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(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - Asexualité et aromantisme: Pour un militantisme asexuel LGBTI et féministe

Date Tue, 25 Aug 2026 07:44:26 +0300


L'asexualité désigne le fait de ne pas ou peu ressentir de désir sexuel. Pensée comme une orientation sexuelle minoritaire, cette notion apparaît au début des années 2000 et est portée notamment par l'AVEN [1] aux États-Unis. Comment les problématiques que soulève l'asexualité s'insèrent-elles de fait dans les luttes LGBTI et féministes? ---- Cette nouvelle catégorie arrive en France dans le courant des années 2010, d'abord sur Internet. Les militantes et militants asexuel·les cherchent alors à faire connaître la définition de l'asexualité, au vu du soulagement personnel que cette auto-identification permet. L'affirmation qu'il existe des personnes qui ne désirent pas ou peu et que chaque rapport à la sexualité mérite d'être reconnu et respecté s'inscrit alors dans la continuité des discours LGBTI. L'asexualité est ensuite portée par des militantes et militants LGBTI s'identifiant elles et eux-mêmes asexuel·les. Cette implantation dans les associations
et collectifs LGBTI se traduit par la création de groupes de parole et d'auto-support mensuels, sur le modèle de ce qui existe déjà dans les espaces communautaires trans. Des cortèges asexuels et aromantiques [2] sont organisés dans des prides (comme à Paris ou à Lyon) avec une volonté d'articuler asexualité et critique du patriarcat ou de la psychiatrie, qui construisent l'hétérosexualité comme saine et obligatoire.

Un regard neuf sur la sexualité

On peut analyser ce foisonnement militant, ainsi que le fait qu'une large majorité des personnes qui s'identifient asexuelles ne sont pas des hommes [3], par le fait que l'asexualité est un espace où se déploient des contre-discours sur la sexualité obligatoire. Or, les femmes ont un rapport à la sexualité souvent beaucoup plus altruiste que les hommes [4], tourné vers le soin de la relation, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la culpabilisation ou au fait de s'auto-forcer quand elles ne désirent pas assez.

Cette dimension genrée se retrouve aussi dans les constructions médicales du non-désir. La sexologie naturalise des rapports différenciés à la sexualité entre hommes et femmes en affirmant que le corps féminin désirerait par nature moins [5]. De ce fait, il devient pathologique quand cela met à mal la possibilité d'une relation hétérosexuelle harmonieuse.

À l'inverse, les troubles sexuels masculins ne sont pas perçus comme une menace fondamentale pour le couple hétérosexuel, entendu que la femme n'investirait pas la relation pour la sexualité uniquement. Par le passé, les asexuel·les ont pu mettre en cause la validité des troubles du désir en faisant de l'autodéfinition asexuelle une contre-indication au diagnostic du trouble du désir sexuel hypoactif, mais sans conceptualiser leur lutte comme féministe. Pourtant, penser ces constructions médicales comme oppressives envers les asexuel·les d'une part, et comme des processus qui relèvent de la domination masculine d'autre part, permettrait de décloisonner les luttes asexuelles et d'imaginer des alliances stratégiques, au-delà d'un paradigme identitaire de l'asexualité.

Louison (Sympathisant·e Kreiz Breizh)

Notes:
[1] Asexuality and Visibility Education Network est une communauté en ligne.
[2] L'aromantisme désigne le fait de ne pas ou peu tomber amoureux ou amoureuse.
[3] 16% des asexuel·les sont des hommes selon l'Ace Survey de 2022, un sondage communautaire lié à l'AVEN.
[4] Voir Michel Bozon, Sociologie de la sexualité, Armand Colin, 2025.
[5] Voir le modèle sexo-corporel de Desjardins, ou l'idée de désir spontané ou réactif de Basson.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Asexualite-et-aromantisme-Pour-un-militantisme-asexuel-LGBTI-et-feministe
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