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(fr) Yeryuzu Postasi [TUR] - 104 étapes pour gagner le vecteur social II. (2/2) [Traduction automatique]

Date Mon, 17 Aug 2026 08:36:50 +0300


54. FÉDÉRALISME AUTOGouvernemental --- Avec l'utilisation et le développement de la technologie au service des travailleurs, la fin de l'exploitation capitaliste et le transfert intégral des fruits du travail aux travailleurs, et l'instauration du plein emploi, les travailleurs disposeront de plus de temps qu'ils pourront utiliser de trois manières. Premièrement, la baisse naturelle de productivité résultant d'une répartition équilibrée des tâches entraînera une certaine «déspécialisation» du travail. Deuxièmement, les décisions politiques nécessiteront du temps pour la discussion et la négociation au sein de l'entreprise et de la communauté autogérées. Enfin, avec le temps restant, qui devrait être bien plus important qu'aujourd'hui grâce à ces changements, chacun pourra choisir ses activités: repos, loisirs, formation, culture, etc. Les conseils de travailleurs et de consommateurs utiliseront l'autogestion comme mode de gestion et de prise de décision, tant sur les lieux de travail que dans le
s communautés. Il est essentiel de rappeler que le processus décisionnel est un moyen, et non une fin, et qu'il convient donc de veiller à sa flexibilité. Il est clair que le consensus ne devrait pas être utilisé pour la plupart des décisions, car il est très inefficace, surtout lorsqu'il s'agit de décisions d'envergure. De plus, il confère un pouvoir excessif à des acteurs isolés, capables d'entraver le consensus ou d'exercer une influence considérable sur une décision lorsqu'ils sont minoritaires. La société doit faire évoluer sa culture vers un libéralisme progressif, et ce, non seulement pendant et après la révolution sociale, mais dès la lutte, lors de la construction et du développement de l'organisation populaire. Il n'y aura plus de distinction entre ceux qui s'engagent en politique et ceux qui ne le font pas, car, sous le socialisme libéral, ce seront les citoyens eux-mêmes qui exerceront la politique au quotidien.

55e RÉSISTANCE

Le capitalisme et l'État exercent une pression sur les forces politiques qui leur résistent. C'est pourquoi, pour atteindre nos objectifs, nous préconisons une résistance efficace et structurée visant un accroissement continu du pouvoir social par l'organisation. La construction de cette résistance exige un alignement avec celles et ceux qui adhèrent à notre proposition de transformation sociale. Cette transformation nécessaire est inconcevable sans la croissance progressive de l'organisation et du pouvoir social. Pour nous, la transformation sociale que nous souhaitons voir se concrétiser dépend nécessairement de la construction d'une organisation populaire, de l'accroissement progressif de son pouvoir social jusqu'à ce qu'il devienne possible de renverser le capitalisme et l'État par la révolution sociale et d'ouvrir la voie au socialisme libertaire. De plus, nous affirmons que l'organisation populaire doit s'accompagner d'un développement parallèle d'une organisat
ion anarchiste spécifique qui l'influencera et lui donnera le caractère souhaité.

56. L'ORDRE ACTUEL

La désorganisation, la mauvaise organisation et l'isolement contribuent en réalité à soutenir le capitalisme et l'État, car ils empêchent la construction du pouvoir social nécessaire. En ne participant pas de manière appropriée aux rapports de force et aux conflits perpétuels de la société, on reproduit l'«ordre». La désorganisation et la mauvaise organisation se reproduisent au niveau social, au sein des mouvements sociaux, là où l'organisation populaire doit se construire et se développer, du fait de la difficulté d'accumuler le pouvoir social. Ceci empêche la spontanéité naturelle de ce niveau d'atteindre la totalité des transformations sociales souhaitées. L'isolement et l'individualisme conduisent à l'absence d'une existence désirée, tant au niveau politique que social, et à l'incapacité des organisations populaires ou anarchistes à s'articuler. Pour l'organisation populaire, il faut envisager les moyens de renverser le capitalisme et l'État et de construire, par la révolution sociale, un socialisme libertaire, objectif ultime. Dans le même temps, pour une organisation anarchiste spécifique, il faut aussi considérer les moyens par lesquels elle peut construire et influencer une organisation populaire, lui donner le caractère souhaité et atteindre le socialisme libertaire - son objectif - par la révolution sociale.

57. LE POUVOIR SOCIAL

Nous croyons que chaque individu, en tant qu'acteur social, possède un pouvoir social - une énergie qu'il peut naturellement mobiliser pour atteindre ses objectifs. Ce pouvoir varie d'une personne à l'autre, et même chez une même personne au fil du temps. Les individus utilisent souvent des moyens pour accroître leur pouvoir social et atteindre leurs objectifs. L'organisation, sous la forme d'associations libres, est indispensable à notre projet de transformation sociale, car lorsque les individus oeuvrent ensemble, leur pouvoir social dépasse largement la simple somme de leurs pouvoirs individuels. L'organisation peut prendre une forme autoritaire, par la domination, ou une forme libérale, par la libre association. Ainsi, nous pouvons conclure que l'unité est fondamentale pour la réalisation de notre projet de transformation sociale, car c'est uniquement par elle que nous pourrons accumuler le pouvoir social nécessaire pour renverser le capitalisme et l'État. L'accroiss
ement du pouvoir social peut être obtenu par divers moyens, mais principalement par l'organisation des classes exploitées, en rassemblant le plus grand nombre de personnes possible et en adoptant un niveau d'organisation élevé, ce qui requiert nécessairement autodiscipline, engagement et responsabilité. Pour distinguer la discipline prônée avec tant d'insistance par les autoritaires de celle que nous préconisons, nous privilégions le terme d'autodiscipline. Celle-ci, conjuguée à l'engagement et à la responsabilité, est, à nos yeux, indispensable à la construction d'une organisation anti-autoritaire visant à accroître son influence sociale. Cette autodiscipline est, selon nous, moins répandue dans les organisations populistes et plus fréquente dans les organisations anarchistes spécifiques, et son ampleur varie selon le contexte. Le besoin d'autodiscipline s'accroît lors des périodes de fortes turbulences sociales et peut s'atténuer en période de stagnation. Par conséquent, une organisation spécifique doit se constituer en une organisation anarchiste minoritaire efficace, caractérisée par un haut niveau d'autodiscipline, d'engagement et de responsabilité.

58. S'ORGANISER COMME FORME DE CONVERGENCE

Nous préconisons un modèle de création et de développement de ce que nous appelons l'organisation populaire. Il est indéniable qu'une force sociale latente existe au sein des classes exploitées, mais nous comprenons que cette force ne peut émerger du champ des possibles et devenir une véritable force sociale que par l'organisation. L'accroissement continu du pouvoir social de l'organisation des classes exploitées est ce qui permettra d'opérer la transformation sociale souhaitée. Nous concevons l'organisation populaire comme le fruit d'un processus de convergence de diverses organisations sociales et de différents mouvements populaires, eux-mêmes issus de la lutte des classes. Par conséquent, nous pensons qu'il convient de privilégier le soutien à tous ces types d'organisation et de mouvement, ce soutien étant une conséquence de nos idées les plus fondamentales. Lorsqu'une organisation revêt un caractère de classe, elle stimule et renforce la lutte des classes. Ai
nsi, l'organisation populaire se construit de bas en haut, «de la périphérie au centre», en dehors des centres de pouvoir du système existant. Les régimes autoritaires ont abordé les mouvements de masse dans une perspective hiérarchique, cherchant à les dominer.

59. LA NÉCESSITÉ, ET NON L'IDÉOLOGIE

Nous croyons que les mouvements sociaux ne doivent se limiter à aucune idéologie, ni s'y enfermer. Nous ne croyons ni aux mouvements anarchistes, ni aux mouvements marxistes, ni aux mouvements sociaux-démocrates, ni à aucune autre idéologie spécifique. À nos yeux, un mouvement social anarchiste, ou tout autre mouvement adhérant à une idéologie particulière, ne ferait que diviser la classe exploitée, voire celles et ceux qui souhaitent lutter pour une cause précise. Par conséquent, la force qui doit guider la création et le développement des mouvements sociaux n'est pas l'idéologie, mais la nécessité. Si nous pensons que les mouvements sociaux ne doivent pas se cantonner à l'anarchisme, nous croyons également que l'anarchisme doit, autant que possible, les imprégner. Les mouvements sociaux reposent sur trois piliers: la nécessité, la volonté et l'organisation. Les mouvements sociaux que nous défendons ne sont pas, et ne devraient pas être, anarchistes; au co
ntraire, ils constituent un terreau fertile pour l'anarchisme.

60. AUTONOMIE EN MOUVEMENT

Les partis politiques cherchent à contrôler et à diriger les mouvements sociaux, se considérant supérieurs à eux et se prenant pour des êtres éclairés capables d'éveiller les consciences des classes exploitées. Souvent, leurs membres sont des intellectuels qui prétendent savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour eux. D'autres organisations en quête de pouvoir, comme les églises et les syndicats de fonctionnaires, n'aident pas non plus les mouvements sociaux. Ces derniers ne devraient dépendre ni des politiciens ni d'aucune instance de l'État, car lorsqu'ils proposent leur aide, c'est le plus souvent pour servir leurs propres intérêts partisans ou pour apaiser les mouvements et instaurer un dialogue avec les institutions étatiques. Par conséquent, ceux qui veulent gérer, diriger ou instrumentaliser les mouvements sociaux à leur profit ne devraient pas avoir d'influence sur eux, car ils ne luttent pas pour le bien commun, mais appliquent le principe selon leq
uel servir ses propres intérêts est la meilleure façon de servir autrui. Il n'y a rien de mal à ce que les personnes qui soutiennent les mouvements sociaux ne partagent pas exactement les mêmes conditions que les autres militants. Par conséquent, il nous semble juste que les travailleurs soutiennent la lutte des chômeurs, que les personnes logées soutiennent celle des sans-abri, etc. De plus, lorsqu'on aborde la question de l'autonomie, il est essentiel de rappeler que, pour nous, elle ne signifie ni absence de lutte idéologique, ni même absence d'organisation. Promouvoir systématiquement la spontanéité, abandonner le projet et le programme révolutionnaire - et qualifier cela d'autonomie - c'est ouvrir un espace et offrir un terrain fertile à la classe dirigeante, aux bureaucrates et aux autoritaires qui s'empareront de cet espace.

61. MOUVEMENTS DE COMBATTANT

Une caractéristique essentielle des mouvements sociaux est leur nature militante. Affirmer qu'ils doivent être militants signifie qu'ils doivent consolider leurs acquis en affirmant leur pouvoir social et qu'ils ne doivent dépendre d'aucune faveur ni d'aucune bienveillance de la part d'un quelconque segment de la société, y compris l'État. Le militantisme se caractérise par une position de défense de la lutte des classes en dehors de l'État. Les mouvements sociaux militants ne luttent pas pour s'emparer du pouvoir au sein de l'État ou des structures de pouvoir institutionnelles. Ils s'organisent toujours en dehors de l'État et militent pour le retour du pouvoir politique au peuple. Nous soutenons également l'action directe comme forme d'action politique contre la démocratie représentative. Cependant, certains défendent le pouvoir populaire comme le soutien d'avant-gardes détachées de la base, des hiérarchies, des partis autoritaires, des exigences de l'État et des diverses formes de bureaucratie. Lorsque le pouvoir populaire se réfère à ce second modèle, nous sommes en total désaccord. La lutte pour la libération doit être stratégique et l'action directe doit être plus ou moins violente selon les exigences du contexte. Lorsque la violence s'avère nécessaire, elle doit toujours être comprise comme une réponse, une légitime défense, contre le système de domination et d'exploitation dans lequel nous vivons.

62. MOUVEMENTS DÉMOCRATIQUES

La démocratie directe se manifeste dans les mouvements sociaux lorsque tous les participants prennent activement part au processus décisionnel. Même les dirigeants et les fonctions qu'ils exercent sont temporaires, tournants et révocables.

63. Comportement militant

En l'absence d'un ensemble complet d'informations, ce qui rend possible une éducation où il n'y a ni enseignant ni élève, mais où chacun est à la fois enseignant et élève, c'est le processus d'échange entre militants. Chacun apprend et chacun enseigne. Ainsi se construit une éducation respectueuse des cultures et qui renforce les militants par le dialogue, la discussion et le partage d'expériences. La solidarité de classe se manifeste lorsqu'une personne s'unit à une autre pour former un mouvement social, ou même lorsqu'un mouvement social, visant à construire une organisation populaire et à dépasser le capitalisme et l'État, s'unit à un autre. Animés par les intérêts de la classe, les mouvements sociaux sont internationalistes. Dans ce modèle, l'action militante requiert éthique et responsabilité. L'éthique qui guide une action militante juste repose sur des principes qui s'opposent au capitalisme et à l'État et qui promeuvent la coopération, la solidari
té et l'entraide. Elle guide également une action militante qui ne nuit pas à autrui, encourage le soutien et proscrit les attitudes susceptibles de mener à la division ou à des conflits internes injustes. La responsabilité, principe opposé aux valeurs du capitalisme, encourage les militants des mouvements sociaux à prendre des initiatives, à assumer leurs responsabilités et à les assumer - ce qui évitera à quelques individus d'être surchargés de tâches -, à adopter des attitudes conformes à l'esprit de la lutte et à contribuer au mieux aux mouvements sociaux.

64. COURT, MOYEN ET LONG TERME

Les objectifs organisationnels doivent être poursuivis tout au long de la lutte. Nous sommes convaincus qu'il est possible de réaliser une révolution sociale et d'instaurer ainsi un socialisme libertaire en s'efforçant de radicaliser et d'accroître sans cesse le pouvoir social des organisations populaires. À long terme, les mouvements ont un potentiel de gains plus important, car plus les objectifs sont éloignés dans le temps, plus les gains sont grands; les premiers succès ne marquent pas la fin de la lutte. Lorsqu'ils sont obtenus par les mouvements sociaux, les gains à court terme, à savoir les réformes, permettent d'atténuer les souffrances des personnes en lutte, tout en leur enseignant des leçons d'organisation et de lutte. Nous pensons que, tout en luttant pour des réformes, les mouvements sociaux ne deviennent pas réformistes, c'est-à-dire qu'ils ne considèrent pas les réformes comme une fin en soi. Même dans la lutte pour les réformes, les mouvements soc
iaux peuvent maintenir une pratique révolutionnaire et s'opposer au réformisme.

65. ACTIVITÉS DE L'ORGANISATION ANARCHISTE UNIQUE

Une organisation anarchiste spécifique est un regroupement d'individus anarchistes oeuvrant ensemble, de leur plein gré et par accord mutuel, à la réalisation d'objectifs clairement définis. Sa fonction est de coordonner, de faire converger et d'accroître continuellement la force sociale de l'activité militante anarchiste, en fournissant un instrument de lutte robuste et cohérent - un outil fondamental dans la poursuite des objectifs ultimes. Cette organisation est fondée sur des accords fraternels, garantissant son caractère libertaire, tant en interne qu'en externe, sans relations de domination, d'exploitation ou d'aliénation. Cette organisation bien définie unit les anarchistes aux niveaux politique et idéologique et développe leurs pratiques politiques au niveau social, ce qui la caractérise comme une organisation minoritaire efficace, car le niveau social est toujours bien plus vaste que le niveau politique. Pour créer cet instrument de lutte robuste et cohérent
, il est essentiel que l'organisation anarchiste possède des orientations stratégiques, tactiques et politiques bien définies, concrétisées par une unité théorique et idéologique ainsi qu'une unité de stratégie et de tactique. Ainsi, on peut dire que les activités d'une organisation anarchiste spécifique sont les suivantes:

Travail social et articulation
La production et la reproduction de la théorie
Propagande anarchiste
Éducation politique
Conception et mise en oeuvre de la stratégie
Relations sociales et politiques
Gestion des ressources
Ces activités peuvent être menées de manière plus ou moins publique, en tenant toujours compte du contexte social dans lequel l'organisation évolue.

66. INTÉRÊTS DES CLASSES EXPLOITÉES

Dans cette pratique politique, qui se met au service des classes exploitées, l'organisation anarchiste est guidée par une Déclaration de principes . Ces principes sont des propositions et des concepts éthiques, non négociables, qui orientent toute pratique politique et offrent des modèles d'action anarchiste. L'organisation anarchiste ne se substitue pas à l'organisation des classes exploitées, mais elle donne aux anarchistes la possibilité de se mettre à leur service.

67. DÉCLARATION DE PRINCIPES DE 2003

La Déclaration de principes de 2003 définit neuf principes: la liberté, l'éthique et les valeurs, le fédéralisme, l'autonomie, l'internationalisme, l'action directe, la lutte des classes, la pratique politique et l'expression sociale, et l'entraide. L'organisation anarchiste doit s'engager dans toutes les formes de lutte populaire, où qu'elles se manifestent. Nous reconnaissons et privilégions la lutte des classes. Par l'éthique, nous prônons, entre autres, la cohérence et le respect mutuel entre les moyens et les fins. C'est pourquoi nous rejetons les propositions individualistes de l'anarchisme. La quête du socialisme libertaire est une lutte incessante pour la liberté. Nous défendons le fédéralisme et l'autonomie comme principes d'une organisation non hiérarchique et décentralisée, soutenus par l'entraide et la liberté d'association, conformément au principe de l'AIT selon lequel chacun a des droits et des devoirs. L'internationalisme s'oppose au nationalisme et à la glorification de l'État, car ils engendrent un sentiment de supériorité sur les autres pays et peuples, et renforcent l'ethnocentrisme et les préjugés, premiers pas vers la xénophobie. En prônant l'internationalisme, nous soulignons le caractère international des luttes et la nécessité d'une unité fondée sur les affinités de classe, et non sur les nationalités. L'action directe est présentée comme un principe d'organisation horizontale et, en encourageant la direction ouvrière, elle s'oppose à la démocratie représentative qui, comme nous l'avons déjà affirmé, est politiquement aliénante. L'entraide favorise la solidarité dans la lutte et encourage les relations fraternelles avec tous ceux qui oeuvrent véritablement pour un monde juste et équitable. Elle renforce la solidarité effective entre les exploités.

68. IL N'Y A PAS DE VIDE POLITIQUE.

Nous croyons qu'il n'existe jamais de vide politique. Parmi les diverses forces présentes dans ces espaces, les anarchistes doivent se positionner au premier plan et affirmer leur place. En abordant le débat actuel sur l'espace politique, nous ne prétendons pas que les anarchistes doivent lutter pour le leadership, le contrôle ou une position privilégiée au sein des mouvements sociaux. Nous parlons plutôt de la lutte interne qui surgit lorsque l'on souhaite inciter les mouvements sociaux à adopter des pratiques libertaires. Les régimes autoritaires tentent d'établir une relation de domination sur les mouvements sociaux. Nous savons que les politiciens, les partis, les syndicats, ainsi que d'autres organisations et individus autoritaires tels que les églises, les trafiquants de drogue, etc., entravent la construction d'une organisation populaire en infiltrant les mouvements sociaux. Dans la grande majorité des cas, ils cherchent à tirer profit du nombre important de parti
cipants: obtenir des soutiens lors des élections, jeter les bases de leurs projets de pouvoir autoritaire, s'enrichir, gagner la confiance du public, ouvrir de nouveaux marchés, etc. Les organisations et individus autoritaires ne souhaitent pas soutenir les mouvements sociaux. En réalité, ils les utilisent pour atteindre leurs propres objectifs (ceux des organisations et individus autoritaires), objectifs incompatibles avec ceux des militants des mouvements sociaux. Lorsque les anarchistes ne parviennent pas à construire le pouvoir social nécessaire, deux possibilités s'offrent à eux: soit ils seront instrumentalisés («boulets de travail») par les autoritaires pour la mise en oeuvre de leurs projets de pouvoir, soit ils seront tout simplement marginalisés. Sans organisation, ils ne pourront exercer l'influence nécessaire pour posséder ne serait-ce qu'un minimum de pouvoir social. Sans organisation adéquate, ils ne pourront se maintenir au sein des mouvements sociaux e
t il est fort peu probable qu'ils exercent l'influence souhaitée. Par exemple, lorsque certains anarchistes militent pour un mouvement prônant l'action directe et la démocratie directe, les politiciens et les appareils partisans s'y opposeront. Sans une organisation anarchiste forte, capable de mobiliser les énergies sociales et de défendre ces positions, les positions autoritaires auront davantage de chances de se développer. Lorsque nous, anarchistes, serons correctement organisés, nous ne serons pas à la traîne, mais au contraire, nous pourrons nous exprimer pleinement, ce qui nous permettra d'affirmer nos positions et d'exercer notre influence au sein des mouvements sociaux. Ainsi, dès l'instant où nous prenons position, cela implique nécessairement une diminution de l'influence des autoritaires, et inversement.

69. FAÇADES

Cette pratique politique, déployée dans différents domaines, implique la division des organisations anarchistes en fronts, groupes internes chargés du travail social. Les fronts sont responsables, dans leurs champs d'activité respectifs, de la création et du développement des mouvements sociaux, ainsi que de la présence des anarchistes dans l'espace politique, constamment disputé, et de l'exercice de l'influence nécessaire au sein de ces mouvements. Généralement, les organisations fonctionnant selon cette méthodologie proposent le développement de trois fronts principaux: syndical, communautaire et étudiant. Nous estimons que la division des fronts ne doit pas reposer sur ces domaines d'intervention prédéterminés, mais plutôt sur le travail concret de l'organisation. Selon nous, il ne devrait y avoir aucune obligation de mener des actions au sein de ces trois fronts; d'autres domaines d'intérêt peuvent nécessiter des fronts dédiés. Chaque organisation devrait rechercher les domaines les plus propices au développement de son travail social et construire ses fronts en fonction de cette nécessité pratique. En ce sens, nous soutenons le modèle des fronts dynamiques, qui prend en compte la division interne de chaque organisation anarchiste afin de mener le travail social de la manière la plus efficace possible.

70. UN PARADOXE IMPORTANT

L'organisation anarchiste doit maintenir différents niveaux d'action. Ces différents niveaux doivent renforcer son action, tout en lui permettant de rassembler des militants préparés et très engagés, ainsi que des personnes plus ou moins préparées et engagées, partageant ou non la théorie ou la pratique de l'organisation. Les cercles concentriques visent à offrir une place claire à chaque militant et sympathisant. Ils facilitent et renforcent également le travail social de l'organisation anarchiste et, enfin, créent un canal de recrutement pour de nouveaux militants. En bref, les cercles concentriques tentent de résoudre un paradoxe crucial: l'organisation anarchiste doit être suffisamment fermée pour rassembler des militants préparés, engagés et politiquement alignés, et suffisamment ouverte pour attirer de nouveaux militants. L'organisation anarchiste spécifique est divisée en fronts, chacun opérant au sein d'un mouvement social ou d'un secteur de mouvement social particulier. Dans ce cas, si l'organisation anarchiste spécifique travaille avec trois mouvements sociaux ou trois secteurs de mouvements sociaux, elle se divise en trois fronts. Dans notre cas, notre organisation anarchiste se divise désormais en trois fronts: (A) les mouvements sociaux urbains, (B) le mouvement communautaire et (C) l'écologie agricole (Anarchisme et Nature). Chacun opère au sein d'un ou plusieurs mouvements sociaux. Le front A est impliqué dans le mouvement des sans-abri et le KTH (mouvement social kurde), le front B dans le mouvement communautaire et le front C dans l'écologie rurale et les mouvements agraires.

71. MILITANTS À L'INTÉRIEUR

Il n'existe pas de hiérarchie entre les cercles, mais l'idée est que plus un militant est intégré à l'organisation, mieux il peut formuler, comprendre, reproduire et mettre en oeuvre ses principes. Plus un militant est intégré, plus son engagement et son activité sont importants. Plus un militant contribue à l'organisation, plus celle-ci exige de lui. Les militants décident de leur propre niveau d'engagement et, en fonction de ce choix, participent ou non aux négociations. Ainsi, les militants décident de leur niveau d'engagement: plus ils sont engagés, plus ils prennent de décisions; moins ils sont engagés, moins ils en prennent. Par conséquent, au sein d'une organisation anarchiste, il peut toujours exister un ou plusieurs cercles définis par le niveau d'engagement des militants. Lorsqu'il y a plusieurs niveaux, cela doit être clair pour tous, et les critères de changement de niveau doivent être accessibles à tous. De cette manière, chaque militant décide où
il souhaite se situer. Au sein d'une organisation anarchiste, seuls les anarchistes sont capables, à des degrés divers, de développer, reproduire et mettre en oeuvre la ligne politique de l'organisation, tant en interne que sur le terrain et dans l'action publique. De plus, les militants doivent, à des degrés divers, pouvoir contribuer à l'élaboration de la stratégie et de la tactique de l'organisation et posséder la pleine capacité de la reproduire et de l'appliquer. Par ailleurs, les fonctions doivent être assurées par rotation afin de donner du pouvoir à chacun et d'éviter la stagnation. Les fonctions exercées par les militants au sein de l'organisation sont liées à l'autogestion et au fédéralisme, ou à une prise de décision horizontale où tous les militants ont voix au chapitre et droit de vote égaux, avec délégation de pouvoir obligatoire dans certaines circonstances.

72. SUPPORTERS

Le cercle suivant, plus périphérique et éloigné du coeur de l'organisation anarchiste, n'en fait plus partie intégrante, mais revêt une importance fondamentale: celui des sympathisants. Ce cercle s'efforce, par exemple, de rassembler toutes les personnes partageant une affinité idéologique avec l'organisation anarchiste. Les sympathisants sont chargés d'assister l'organisation dans son action concrète, notamment: la publication de brochures, de périodiques ou de livres; la diffusion de matériel de propagande; la participation à l'élaboration de théories ou à l'analyse contextuelle; l'organisation d'activités pratiques pour le travail social: actions sociales, soutien à l'éducation, activités logistiques, etc. Ce cercle de soutien permet aux personnes partageant une affinité avec l'organisation anarchiste et son action d'entrer en contact avec d'autres militants, d'approfondir leur connaissance de la ligne politique de l'organisation, de mieux connaître ses activ
ités et d'affiner leur vision de l'anarchisme. L'organisation anarchiste, dans son ensemble, attire le plus grand nombre possible de sympathisants et, par le biais d'actions concrètes, identifie les personnes intéressées à la rejoindre et possédant le profil requis. Bien que chaque militant décide lui-même de son niveau d'engagement et de son implication au sein de l'organisation, l'objectif d'une organisation anarchiste est toujours de rassembler le plus grand nombre possible de militants au sein de ses cercles internes, avec un niveau d'engagement élevé. L'invitation à rejoindre l'organisation peut venir des militants eux-mêmes ou, inversement, des sympathisants.

73. ENGAGEMENT ET PRISE DE DÉCISION

La logique des cercles concentriques exige que chaque militant et l'organisation elle-même aient des droits et des devoirs très clairement définis pour chaque niveau d'engagement. Dans ce modèle, nous recherchons un système de droits et de devoirs où chacun décide de ses engagements. Ainsi, il est normal que les sympathisants décident uniquement de leurs activités. De même, il est normal que les militants de l'organisation décident de leurs objectifs. Il est facile pour un militant occasionnel de vouloir définir la ligne politique de l'organisation, car il n'est généralement pas tenu de la suivre. Par exemple, un sympathisant qui participe aux activités une fois par mois et contribue peu fréquemment ne peut pas décider des règles ou des activités quotidiennes, car il prendrait des décisions pour les autres militants bien plus que pour lui-même. C'est pourquoi nous prenons les décisions et les engagements de manière proportionnelle, ce qui exige de l'organisatio
n des critères d'adhésion clairs, définissant précisément qui participe et qui ne participe pas, ainsi que le niveau d'engagement des militants. En tout état de cause, l'organisation anarchiste doit toujours veiller à offrir une formation et un accompagnement permettant aux sympathisants et aux militants de moduler leur engagement, s'ils le souhaitent. Un sympathisant, en approfondissant sa connaissance de la ligne politique et en ressentant une affinité pour le travail pratique de l'organisation, peut manifester son intérêt à y adhérer, ou l'organisation peut exprimer son intérêt à ce qu'un sympathisant devienne militant. Comme nous l'avons vu, l'organisation anarchiste est structurée en fronts pour la réalisation de l'action pratique. Certaines organisations privilégient les relations directes avec les mouvements sociaux, tandis que d'autres préfèrent se présenter par le biais d'une organisation sociale intermédiaire, que l'on peut appeler groupement de tenda
nce. Ce groupement de tendance se positionne entre les mouvements sociaux et l'organisation anarchiste spécifique, rassemblant des militants de différentes idéologies partageant une même vision pratique. L'idée est que l'organisation anarchiste spécifique recherche une articulation au niveau intermédiaire (groupement de tendance) et, en se présentant par son intermédiaire, mène son action au sein des mouvements sociaux dans le but de favoriser une articulation sociale. Étant donné que les idées que nous défendons dans les mouvements sociaux sont bien plus pratiques que théoriques, travailler avec un groupe de tendances peut s'avérer intéressant, en impliquant des personnes qui partagent certaines ou toutes les positions que nous défendons dans les mouvements sociaux (pouvoir, lutte des classes, autonomie, militantisme, action directe, démocratie directe et perspective révolutionnaire), et en incluant des personnes qui peuvent nous aider à accroître le pouvoir s
ocial dans la défense de ces positions.

74. TRAVAILLER AVEC DES MILITANTS

L'objectif de l'organisation anarchiste n'est pas de convertir tous les militants à l'anarchisme, mais d'apprendre à collaborer au mieux avec chacun d'eux. Cette forme d'organisation vise à résoudre un problème récurrent dans le militantisme: celui de connaître des militants très engagés, des révolutionnaires qui défendent l'autogouvernance, l'autonomie, la démocratie participative, la démocratie directe, etc., et d'autres avec lesquels nous ne collaborons pas car ils ne sont pas anarchistes. Ces militants peuvent travailler avec des anarchistes au sein de groupes de tendance et défendre ensemble leurs positions dans les mouvements sociaux. Un militant ayant une grande affinité pratique avec les anarchistes, sans pour autant être anarchiste, devrait être membre d'un groupe de tendance et peut jouer un rôle fondamental dans le travail social. S'il partage une affinité idéologique, il peut s'impliquer davantage dans l'organisation, voire y adhérer.

75e vote

Quelle que soit la méthode, toutes les activités négociées et dont l'organisation est responsable devront être mises en oeuvre par ses membres. Pour ce faire, il est nécessaire de répartir les activités entre les militants, en recherchant toujours un modèle de répartition équitable, évitant ainsi la concentration des tâches sur les membres les plus actifs ou les plus compétents. Lors d'un vote, il est facile pour les militants non impliqués dans la question soumise au vote d'influencer les actions des autres. De telles situations exigent de la prudence, surtout lorsque tous les membres censés mettre en oeuvre la question négociée perdent le vote et sont contraints d'appliquer la décision prise par d'autres. Afin d'éviter ce genre de situation, nous estimons que le compromis ne doit pas être obligatoire. Pour garantir l'efficacité du processus décisionnel et éviter de conférer un pouvoir excessif à des acteurs isolés, nous avons opté pour ce modèle privil�
�giant la recherche du compromis et, en cas d'impossibilité, le vote. Ce processus décisionnel vise à établir une unité à la fois théorique et idéologique, ainsi qu'une unité stratégique et tactique.

76. DISCIPLINE ORGANISATIONNELLE

Cette position instaure une relation de responsabilité partagée entre les militants et l'organisation. Par conséquent, quiconque assume une responsabilité doit faire preuve de la discipline nécessaire pour l'assumer. De même, lorsque l'organisation définit une ligne de conduite ou un objectif, c'est la discipline individuelle qui garantit la réalisation de l'objectif collectivement fixé.

77. LES PRINCIPAUX ACTEURS DE LA CLASSE EXPLOITÉE

Dans la lutte des classes, les classes exploitées sont toujours en conflit avec la classe dominante. En réalité, les contradictions du capitalisme engendrent diverses manifestations de l'exploitation, et nous pensons que c'est là le terreau le plus fertile pour semer les graines de l'anarchisme. En expliquant cette perspective, nous n'idéalisons pas ces classes et nous ne supposons pas que tout ce qu'elles font soit toujours juste, mais nous insistons sur le caractère absolument central de leur participation au processus de transformation sociale. Le travail social et la mobilisation sont les activités les plus importantes de l'organisation anarchiste. C'est pourquoi ce processus doit impérativement se dérouler au sein même des classes exploitées, qui sont les véritables acteurs principaux de la transformation sociale que nous prônons.

78. TRAVAIL SOCIAL AXÉ SUR LES BESOINS

Le travail social de l'organisation anarchiste se déroule de deux manières:

Par un travail continu avec les mouvements sociaux existants.
En créant de nouveaux mouvements sociaux.
Comme nous l'avons déjà évoqué, nous concevons les mouvements sociaux comme le fruit d'un triptyque: nécessité, volonté et organisation. Cela signifie que les anarchistes organisés doivent avant tout s'attacher à susciter le désir et à structurer un mouvement fondé sur les besoins des classes exploitées. Rares sont ceux qui sont prêts à se battre pour une idée qui ne portera ses fruits qu'à long terme. Par conséquent, pour mobiliser les populations, il est primordial de s'attaquer aux problèmes concrets qui les touchent et les concernent directement. Le rôle de l'organisation anarchiste est d'articuler ces nécessités et de mobiliser autour d'elles. Qu'il s'agisse de créer des mouvements sociaux ou de collaborer avec des mouvements existants, l'idée centrale reste toujours de se mobiliser autour de la nécessité.

79. LES ACTIONS MÈNENT À LA PRATIQUE.

Les mouvements sociaux constituent les étapes de la mobilisation des classes exploitées. Ce sont ces mouvements qui leur permettent de s'engager dans la pratique politique. Cette pratique vise à impliquer le peuple dans la lutte contre les forces du système qui l'opprime, en provoquant une confrontation avec ces forces. Dans la mesure où il le juge nécessaire, le peuple doit exiger, mettre en oeuvre et obtenir toutes les améliorations, les avancées et les libertés qu'il souhaite. Cela se réalise grâce à l'organisation et à la volonté. Ces revendications doivent être persistantes et s'intensifier progressivement, exigeant toujours plus et visant la libération complète des classes exploitées.

80. IDÉOLOGIE ET POLITIQUE DES MOUVEMENTS

La pratique politique des mouvements sociaux, qui se mue en lutte pour des gains à court terme, revêt une dimension pédagogique: celle d'une prise de conscience accrue chez les militants, face aux victoires comme aux défaites. Nous appelons articulation sociale le processus d'influence exercée sur les mouvements sociaux par la pratique anarchiste. Ainsi, une organisation anarchiste accomplit un travail social lorsqu'elle crée ou développe un travail avec les mouvements sociaux, et pratique l'articulation sociale lorsqu'elle parvient à influencer ces mouvements par des pratiques anarchistes. Ce ne sont pas les mouvements sociaux qui sont inscrits dans l'idéologie, mais plutôt l'idéologie qui est inscrite dans les mouvements sociaux. L'articulation sociale ne vise pas à «idéologiser» les mouvements sociaux, ni à les transformer en mouvements sociaux anarchistes. Au contraire, elle cherche à leur insuffler certaines caractéristiques précises afin qu'ils puissent progr
esser vers la construction et le développement d'une organisation populaire et s'orienter vers la révolution sociale et le socialisme libertaire. Elle s'efforce de permettre aux mouvements sociaux d'avancer le plus loin possible. Lorsque nous parlons d'articulation sociale, nous nous intéressons à l'influence de l'anarchisme au sein des mouvements sociaux. À cet égard, tout en maintenant une distinction entre les niveaux politique (organisation anarchiste) et social (mouvements sociaux), nous ne croyons pas que le niveau politique doive exercer une hiérarchie ou une domination sur le niveau social. De plus, nous croyons que le niveau politique lutte aux côtés du niveau social, et non pour ou avant lui - une relation éthique. L'organisation anarchiste, dans son action en tant que minorité efficace, lutte aux côtés des classes exploitées, et non pour ou avant elles. Cette relation de complémentarité et de dialectique conduit à une influence réciproque entre l'anarchi
sme et les mouvements sociaux.

81. INFLUENCE

Nous rappelons brièvement les caractéristiques essentielles des mouvements sociaux: la force, la lutte des classes, le militantisme, l'autonomie, l'action directe, la démocratie directe et une perspective révolutionnaire. Les mouvements sociaux doivent s'orienter vers la lutte des classes et défendre une ligne de classe, c'est-à-dire rechercher une large participation des classes exploitées et soutenir cette lutte. Ils doivent être militants et consolider leurs acquis en affirmant leur force sociale. Ils doivent être autonomes vis-à-vis de l'État, des partis politiques, des syndicats, de l'Église et de tout autre organe bureaucratique et/ou autoritaire, en prenant leurs propres décisions et en agissant de manière indépendante. De plus, ils doivent recourir à l'action directe comme forme d'action politique, par opposition à la démocratie représentative. Les mouvements sociaux doivent également utiliser la démocratie directe comme mode de prise de décision, au sei
n d'assemblées horizontales où tous les militants participent activement et à égalité aux décisions. Pour nous, influencer signifie susciter le changement chez un individu ou un groupe par la persuasion, le conseil, l'exemple, le partage d'idées et la pratique. Nous croyons qu'au sein même de la société, à chaque instant, de multiples interactions ont lieu entre différents acteurs qui influencent et sont influencés. Même d'un point de vue anti-autoritaire, cette influence est inévitable et saine.

82e MOBILISATION

Il est crucial pour nous de considérer que le processus de mobilisation et d'influence dépasse les aspects objectifs de la lutte et englobe également des dimensions subjectives. Dans ce processus de mobilisation, les organisations anarchistes doivent toujours agir de manière éthique, quelles que soient les circonstances; elles doivent s'efforcer d'éviter d'établir des relations hiérarchiques ou dominatrices avec les mouvements sociaux; elles doivent dire la vérité et ne jamais tromper le peuple; et elles doivent toujours promouvoir la solidarité et l'entraide dans leurs relations avec les autres militants. Nous devons enseigner par l'exemple, bien plus que par la parole. Les militants des organisations anarchistes doivent parfaitement connaître le contexte dans lequel ils évoluent. Même si les positions de l'organisation anarchiste ne sont pas majoritaires, elles doivent être défendues et les points de vue qu'elles prônent doivent être clarifiés. De même, ils ne d
oivent pas se contenter de formuler des critiques, mais aussi adopter une attitude positive et proactive visant à construire et à faire progresser les mouvements. En interpellant et en encourageant le peuple, nous devons rechercher l'articulation sociale et veiller à ce que les mouvements sociaux fonctionnent de la manière la plus libre et égalitaire possible. Pour les militants anarchistes, l'intégration complète aux autres activistes des mouvements sociaux est cruciale; une présence constante est essentielle pour être reconnus, légitimés, écoutés, souhaités et accueillis. Par conséquent, toute action d'organisation doit s'adresser non pas aux dirigeants et aux personnes détenant le pouvoir au sein des mouvements sociaux, mais aux activistes de base, souvent opprimés par la direction et qui constituent la périphérie, et non le centre, des mouvements. Il est également important d'identifier et de concentrer ses efforts sur les personnes influentes (leaders locaux
proches du terrain et légitimés par celui-ci) dans les quartiers, les communautés, les mouvements, les syndicats, etc. Ces personnes sont essentielles pour soutenir la mobilisation de base, générer potentiellement une influence anarchiste, et même s'impliquer dans des groupements de tendance. Ainsi, la mobilisation devient un véritable processus de transformation. On peut donc dire que la fonction de l'organisation anarchiste spécifique dans le travail social et l'articulation des idées est d'être un moteur, un engin de lutte sociale, qui ne les remplace pas et ne les représente pas. Nous pensons qu'il est possible de construire ce moteur en «participant activement à la vie quotidienne des mouvements populaires en action, principalement au Brésil, en Amérique latine, et plus particulièrement à Rio de Janeiro».

83. THÉORIE: ORGANISATIONS ET DÉFINITIONS

La compréhension du socialisme libertaire et du processus révolutionnaire de transformation ne peut aujourd'hui être envisagée que d'un point de vue théorique, car nous ne vivons pas concrètement en période révolutionnaire. La théorie structure donc les concepts qui définissent la transformation vers la société future et la société elle-même, objectifs ultimes de toute organisation anarchiste. Elle définit également comment cette organisation doit agir dans le contexte où elle évolue pour atteindre ces objectifs. D'autres étapes sont réservées à l'avenir et ne peuvent être envisagées aujourd'hui que théoriquement. La théorie est fondamentale tant pour l'élaboration de la stratégie que pour la propagande menée par l'organisation. La stratégie vise à accroître l'efficacité de son action, tandis que la propagande est cruciale pour diffuser les idées anarchistes. Afin de comprendre le contexte dans lequel elle opère, la théorie organise les informatio
ns et les données. Elle façonne notre compréhension du moment historique et définit ses caractéristiques sociales, politiques et économiques. Elle fournit également un diagnostic complet de ce contexte. La théorie est importante pour prendre en compte le contexte régional, car si cela n'est pas fait, on risque d'appliquer une méthodologie incorrecte au processus de transformation sociale (l'«importation» de théories toutes faites issues d'autres époques et d'autres contextes).

84. THÉORIE DE LA PROPAGANDE

Il est également important que la production théorique vise à actualiser les aspects idéologiques obsolètes ou à adapter l'idéologie à des réalités spécifiques et particulières. La théorie est aussi cruciale dans le processus de propagande, car il est nécessaire d'articuler de manière cohérente les concepts pour promouvoir les idées anarchistes. Plus la théorie est produite et diffusée, plus il devient facile pour l'anarchisme de s'imprégner dans la société dans son ensemble. Lorsque la théorie est utilisée à des fins de propagande, elle façonne le passé par l'étude et la reproduction de théories anarchistes visant à approfondir le niveau idéologique et à rendre l'idéologie anarchiste plus reconnaissable. Cela peut également se produire en relation avec le présent et l'avenir par la diffusion théorique de documents expliquant nos critiques de la société actuelle, notre compréhension de la société future et le processus de transformation social
e.

85. THÉORIE ET PRATIQUE

Tout ce qui est théoriquement produit ou généré au sein de l'anarchisme ne sert pas nécessairement la pratique souhaitée. La théorie promue par des intellectuels éloignés de la lutte ou peu impliqués dans le travail social, par ceux qui se croient plus compétents que quiconque en la matière et qui pensent avoir trouvé des réponses définitives aux questions théoriques, est de peu d'utilité, car c'est dans la pratique que l'on vérifie l'utilité d'une théorie; or, la pratique contribue nécessairement à la théorie. De plus, nous ne pensons pas qu'une organisation anarchiste, pour agir, doive avant tout posséder une théorie profonde et élaborée. Si nous affirmons que la théorie est essentielle à une pratique efficace, nous ne croyons pas qu'une théorie élaborée sans contact concret et soutenu avec la pratique puisse donner des résultats prometteurs. Par conséquent, le travail social et l'articulation permettent à l'organisation anarchiste de mettre en oe
uvre toute sa production théorique avec une plus grande précision. La pratique met à l'épreuve l'idéologie anarchiste, permet à l'organisation anarchiste de mieux envisager ses possibilités et ses perspectives, d'être plus programmatique, d'agir en restant ancrée dans la réalité et de vivre la vie telle qu'elle est, et non telle qu'elle devrait être. De cette relation entre théorie et pratique, nous comprenons le parcours théorique d'une organisation anarchiste spécifique comme un processus continu de théorisation, de pratique, d'évaluation de la théorie et de reformulation si nécessaire, de théorisation, de pratique, etc.

86. THÉORIE ET IDÉOLOGIE

La théorie comporte nécessairement des aspects idéologiques, et l'idéologie nécessairement des aspects théoriques. Il existe donc un lien direct entre les deux. De nombreuses organisations anarchistes définissent la théorie uniquement comme une compréhension de la réalité dans laquelle elles évoluent. Elles distinguent ainsi la théorie de l'idéologie; la première étant un «ensemble de concepts articulés de manière cohérente», servant uniquement à répondre à la «première question» de la stratégie, que nous appelons «où en sommes-nous?». Cependant, la théorie sert également à répondre aux deuxième et troisième questions de la stratégie, à savoir: «où voulons-nous aller?» et «comment pensons-nous pouvoir passer de là où nous sommes à là où nous voulons aller?»

87e UNITÉ

Cette unité est réalisée grâce au processus décisionnel de l'organisation anarchiste. Son objectif est d'établir une ligne politique claire (théorique et idéologique) qui doit nécessairement guider toutes les activités et actions, dans leur ensemble et dans leurs détails, en conformité totale et continue avec la ligne définie par l'organisation. Grâce à cette ligne politique bien définie, chacun sait comment agir, et il est admis qu'elle doit être révisée en cas de problèmes pratiques. Lorsque la ligne théorique et idéologique est mal définie et qu'un problème survient, il est difficile de savoir ce qui doit être révisé. C'est donc la clarté de cette ligne qui permet le développement théorique de l'organisation. L'absence de cette ligne politique théorique et idéologique conduit à un manque de cohérence, voire à une cohérence contradictoire, dans l'ensemble des concepts, ce qui engendre une pratique incorrecte, confuse et/ou improductive.

88. ORGANISATION COHÉRENTE

Comme nous l'avons vu, l'organisation, comprise comme la coordination des forces en vue d'atteindre un objectif, démultiplie les résultats du travail individuel, et cela vaut également pour la propagande. Nous entendons par propagande la diffusion des idées anarchistes et une activité fondamentale de l'organisation anarchiste. Son but est de faire connaître l'anarchisme et de rallier des personnes à notre cause. La propagande est une des activités de l'organisation anarchiste, mais non la seule. Elle doit être menée de façon continue et organisée.

89. ACTIVATION DE LA CONSCIENCE

Nous comprenons que tout processus de transformation sociale visant des objectifs ultimes, tels que ceux que nous proposons, dépendra de l'acceptation, ou du moins de la non-rejet, d'une large partie de la population. En ce sens, la propagande théorique, éducative et/ou culturelle y contribuera de manière significative. Ce travail de propagande de masse modifie progressivement la conscience publique et conduit à une remise en question plus approfondie et à une moindre reproduction de l'idéologie capitaliste déjà véhiculée par la culture. Nous affirmons que les organisations anarchistes utilisent tous les moyens à leur disposition pour mener à bien cette propagande continue et organisée. Principalement dans la sphère théorique, éducative et/ou culturelle, à travers des cours, des conférences, des débats, des colloques, des groupes d'étude, des sites web, des courriels, du théâtre, des bulletins d'information, des journaux, des magazines, des livres, des vidéos,
de la musique, des bibliothèques, des événements publics, des émissions de radio et de télévision, des écoles libertaires, etc. Cette propagande est fondamentale car, menée à grande échelle, elle agit comme un «lubrifiant» social, transformant progressivement la culture dans laquelle nous vivons et facilitant l'introduction des idées et des pratiques anarchistes dans la société.

90. LES LIMITES DE LA PROPAGANDE

La propagande vise à transformer les idées. C'est pourquoi nous constatons de sérieuses limites à ce modèle. Cette prise de conscience accrue n'implique aucunement une diminution de l'exploitation et de la domination de la société capitaliste. Elle ne signifie pas non plus nécessairement que les individus continueront à s'organiser pour lutter contre cette situation. Même dans l'hypothèse où chacun serait éveillé, l'exploitation et l'asservissement persisteraient.

PROPAGANDE AVEC EXEMPLES (EXEMPLE 91)

La question de savoir «où et pour qui la propagande doit être menée» doit toujours être posée. Nous affirmons qu'en plus de la propagande dans les sphères théorique, éducative et/ou culturelle, il est primordial de poursuivre la propagande dans la lutte et l'organisation - c'est-à-dire la propagande par le travail social visant à l'articulation sociale. Nous considérons l'ensemble du processus de travail social et d'articulation, que nous avons évoqué précédemment, comme le principal travail de propagande que l'organisation anarchiste doit développer. Se déroulant dans le champ de la lutte des classes et des mouvements sociaux, la propagande anarchiste vise à mobiliser, organiser et influencer les mouvements sociaux par la pratique anarchiste. Pour que les mouvements soient influencés par l'anarchisme, il faut veiller à ce qu'ils possèdent les caractéristiques que nous préconisons: le pouvoir, une perspective de lutte des classes, le militantisme, l'autonomie
, l'action directe, la démocratie directe et une perspective révolutionnaire. En tant que minorité active dans la lutte, les anarchistes créent des mouvements sociaux, participent à ceux existants et s'efforcent de les influencer, toujours par l'exemple, afin qu'ils fonctionnent de manière aussi libertaire et égalitaire que possible. De cette manière, la propagande anarchiste sert l'ensemble du processus de travail des anarchistes en tant que minorité efficace au sein des mouvements sociaux et dans la création effective d'organisations populaires.

92. FORMATION AU NIVEAU POLITIQUE

L'éducation politique, au niveau politique, approfondit la connaissance des autres courants idéologiques et mouvements sociaux, ainsi que des enjeux historiques, actuels et futurs. Elle est promue de diverses manières: cours et manuels de formation pour les militants, séminaires de formation, autoformation des militants, etc. L'éducation soutient les nouveaux militants, afin de minimiser les écarts de niveau d'instruction entre les plus et les moins instruits et de préserver la qualité des débats au sein de l'organisation. Pour les militants d'une organisation anarchiste spécifique, l'éducation politique fournit le socle théorique et idéologique nécessaire à la compréhension de sa ligne politique.

93. ÉDUCATION AU NIVEAU SOCIAL

L'éducation politique vise à former des militants actifs au sein de groupements de tendances et à les intégrer à une organisation anarchiste lorsqu'ils partagent des affinités idéologiques. Pour que les mouvements sociaux présentent des caractéristiques souhaitables et tendent vers la construction d'une organisation populaire, il est essentiel que les militants soient aussi politisés que possible, et l'éducation politique joue un rôle crucial à cet égard. Cette éducation politique, au niveau sociétal, est fondamentale pour la politisation des militants.

94. RELATIONS ET FONDS

Les relations peuvent être plus ou moins organiques, plus ou moins formelles. Sur le plan politique, l'organisation anarchiste cherche à collaborer avec des organisations, des groupes et des individus de tous horizons susceptibles de contribuer à sa pratique. Sur le plan social, elle cherche à identifier et à s'engager auprès des mouvements sociaux, à tisser des liens plus ou moins étroits avec eux, et même à entrer en contact avec d'autres instances telles que les universités, les conseils municipaux, les fondations, les ONG, les organisations de défense des droits humains, les organisations écologistes, etc. Bien que nous nous opposions à la logique du capitalisme, tant que nous vivons au sein de ce système, nous devons collecter et gérer des fonds pour la réalisation de nos activités. Ces fonds sont essentiels: pour mener à bien le travail social (transport des militants, etc.); pour l'achat de livres; pour l'impression de matériel de propagande (brochures, jou
rnaux, livres, vidéos, etc.); pour les structures organisationnelles (entretien des locaux, etc.); pour les déplacements et autres activités.

L'acteur principal de la 95e transformation

À ce niveau, lorsqu'on aborde la question des mouvements sociaux, il est essentiel de souligner qu'ils ne doivent pas se cantonner à une idéologie, mais se structurer autour d'un besoin, d'une cause commune et concrète. Nous sommes convaincus que seule la convergence de divers mouvements sociaux au sein d'une organisation populaire permettra de dépasser le capitalisme et l'État, et d'instaurer un socialisme libertaire par la révolution sociale. Le niveau social est l'acteur principal du processus de transformation sociale. Les mouvements sociaux doivent s'organiser autour de problématiques concrètes et pragmatiques visant à améliorer les conditions de vie des classes exploitées en cas de victoire. Ces mouvements doivent inclure toutes les personnes intéressées par la lutte autour de ces enjeux et qui bénéficieront d'une éventuelle victoire.

96. LIMITES DES MOUVEMENTS SOCIAUX

Les mouvements sociaux restent soumis aux aléas de la conjoncture et sont parfois responsables de la fin de la mobilisation. Ces processus de régression entraînent souvent la perte de l'expérience et des enseignements tirés des luttes. Nombre de mouvements sociaux se transforment en mouvements réformistes, c'est-à-dire des mouvements visant à corriger ou à obtenir des gains au sein du système capitaliste. Certaines caractéristiques inhérentes au niveau social complexifient ce processus de transformation sociale (mouvements sociaux -> organisation populaire -> révolution sociale -> socialisme libertaire). Certaines organisations tentent d'idéologiser les mouvements, les affaiblissant ainsi; d'autres cherchent à les instrumentaliser à des fins qui diffèrent de celles des mouvements; certains mouvements ne recherchent pas la participation des classes exploitées et deviennent une «avant-garde» déconnectée de la base; d'autres encore fonctionnent uniquement avec l'ai
de des gouvernements et des capitalistes; certains sont totalement dépendants des politiciens, des partis et autres groupements autoritaires; d'autres enfin souhaitent élire des candidats et participer politiquement uniquement par le biais de la démocratie représentative. Il existe des mouvements qui soutiennent des relations hiérarchiques où la direction prend les décisions et la base ne fait qu'obéir; il existe des mouvements réformistes; il existe des mouvements isolés qui ne souhaitent pas se connecter aux autres; il existe des mouvements qui ne produisent ni théorie ni analyse situationnelle; et bien d'autres encore.

97. LE NIVEAU POLITIQUE EST IDÉOLOGIQUE.

Contrairement au niveau social, le niveau politique est un niveau idéologique, un niveau anarchiste. Ce niveau politique doit nécessairement interagir avec le niveau social, car nous comprenons que sans ce dernier, il est incapable de réaliser la transformation sociale souhaitée. Nous comprenons que seule cette articulation sociale permet de construire une organisation populaire et d'accroître son pouvoir social pour atteindre les objectifs ultimes. Nous comprenons que cette transformation sera le fruit d'une contribution du niveau politique au niveau social. L'organisation anarchiste spécifique vise à mettre en oeuvre une politique révolutionnaire qui conçoit les moyens d'atteindre les objectifs ultimes (révolution sociale et socialisme libertaire), en fondant toujours son action sur une stratégie. À cette fin, elle s'organise en minorité active coordonnant des activités militantes idéologiques qui alimentent les luttes du niveau social. L'activité principale de ce n
iveau politique est le travail social, qui se déroule lors de ses interactions avec le niveau social. Dans ce contexte, le niveau politique cherche à influencer le niveau social autant que possible, afin qu'il fonctionne de la manière la plus libertaire et égalitaire possible. Nous avons constaté que cela peut se produire directement ou par le biais de regroupements de tendances entre organisations anarchistes et mouvements sociaux. Nous affirmons que le niveau politique s'articule socialement dès lors qu'il atteint ce stade, même partiellement. Le niveau social, plus sensible aux conjonctures que le niveau politique, est caractérisé par de fortes fluctuations. Lors des phases d'essor des mouvements sociaux, le rôle des organisations anarchistes est de les propulser. Lors des phases de déclin, leur rôle est de maintenir la flamme, d'attendre et de se préparer à de nouvelles opportunités de mobilisation. Ainsi, une fonction essentielle du niveau politique est d'assurer
la continuité de l'idéologie et l'accumulation des luttes lors des phases de déclin (et même lors des phases d'essor) du niveau social.

98. UN PIONNIER COMME UN RAYON DE LUMIÈRE

Lorsque nous définissons le niveau politique comme l'organisation anarchiste spécifique d'une minorité efficace, nous recherchons une signification opposée à celle d'une organisation d'avant-garde autoritaire. Ainsi, le processus par lequel le niveau politique influence le niveau social vise à lui conférer les caractéristiques souhaitées. Si le niveau social existe déjà, le niveau politique se contente de l'accompagner; sinon, il s'efforce d'assurer son existence. Bien que les autoritaires postulent une distinction entre les niveaux social et politique, ils considèrent que le niveau politique entretient une relation hiérarchique et dominante avec le niveau social. Ainsi, la hiérarchie et la domination au sein du niveau politique (partis autoritaires) se reproduisent dans leurs relations avec le niveau social. De même, les autoritaires conçoivent la reproduction de la conscience, qui opère au sein du niveau politique par le biais de la hiérarchie et de la domination,
comme devant, selon eux, être transférée du niveau politique au niveau social, du «conscient» à l'«inconscient». Il ne s'agit pas d'une relation bidirectionnelle du politique vers le social et inversement, mais d'une relation unidirectionnelle du politique vers le social, qui devient en fin de compte un vecteur de diffusion des idées politiques.

99. QUESTION ÉTHIQUE

Une organisation anarchiste ne peut éviter de se comporter comme un parti autoritaire (même révolutionnaire) que par le biais de l'éthique. Contrairement aux organisations d'avant-garde, l'échelon politique organisé en minorité active agissant de manière éthique n'établit aucune hiérarchie ni relation de domination avec l'échelon social. Son objectif est d'encourager, de soutenir et de faire preuve de solidarité lorsque cela est nécessaire et requis, le tout dans le respect de l'éthique. Au contact de l'échelon social, une organisation anarchiste spécifique agit de manière éthique et ne recherche ni privilèges, ni imposer sa volonté, ni dominer, ni tromper, ni aliéner, ni se considérer comme supérieure, ni ne lutte pour ou contre les mouvements sociaux. Elle lutte aux côtés des mouvements sociaux, sans jamais aller au-delà de leurs objectifs.

100. EXPERTISE ÉTRANGÈRE

Contrairement aux régimes autoritaires, nous considérons que le niveau social influence le niveau politique, et cela devrait toujours être le cas. Autrement dit, en confrontant son idéologie à la pratique du niveau social, le niveau politique pourra lui aussi apporter une contribution essentielle à l'organisation anarchiste. Nous sommes convaincus que le niveau politique ne peut concevoir une stratégie révolutionnaire cohérente qu'à partir du moment où il entre en contact avec la pratique du niveau social. Cela ne signifie pas pour autant que nous prônons un certain «mobilisme populaire» qui considérerait comme juste tout ce que revendiquent les mouvements sociaux. Nous savons que ces mouvements présentent souvent des caractéristiques différentes de celles que nous souhaitons, et pire encore: ils dérivent parfois vers la droite, défendant des positions capitalistes, voire dictatoriales, comme dans le fascisme. Si nous ne pensons pas devoir être à l'avant-garde d
es mouvements sociaux, nous ne pensons pas non plus devoir les suivre passivement, en soutenant toutes leurs revendications.

101. TROIS QUESTIONS DE STRATÉGIE

Nous pouvons définir la stratégie à partir de la formulation des réponses à trois questions:

Où sommes-nous?
Où voulons-nous aller?
Comment pouvons-nous, selon nous, sortir de notre situation actuelle et atteindre celle que nous souhaitons?
La stratégie est donc la formulation théorique d'un diagnostic de la situation actuelle, la conception de l'état souhaité et une série d'actions visant à transformer la situation actuelle et à la faire atteindre cet état souhaité. En bref, dans une organisation, tout, du plus complexe au plus simple, peut et doit être fait de manière stratégique. Toute action qu'une organisation anarchiste spécifique, même ses militants, entend mener peut être conçue stratégiquement. Derrière l'ensemble de ce matériel théorique se cache une logique stratégique. Concevoir notre stratégie de transformation sociale, tel est l'objectif de ce texte. Premièrement, en réfléchissant à la première question et en cartographiant le capitalisme et l'État qui façonnent la société de domination et d'exploitation. Ensuite, en réfléchissant à la deuxième question, en essayant de concevoir nos objectifs ultimes: la révolution sociale et le socialisme libertaire. Enfin, en réfléch
issant à la troisième question et en proposant une transformation sociale qui s'opère par le biais de mouvements sociaux se transformant en organisations populaires et en interaction constante avec des organisations anarchistes spécifiques.

102. DÉVELOPPEMENT ET ÉVALUATION

Une organisation anarchiste spécifique doit s'efforcer de diagnostiquer la réalité dans laquelle elle opère, de définir ses objectifs ultimes à long terme et, surtout, d'identifier les différentes périodes et cycles de lutte, chacun avec ses propres objectifs. Cette approche «macro» (diagnostic, objectifs à moyen et long terme) est appelée stratégie, et les objectifs principaux sont appelés objectifs stratégiques. La stratégie est ensuite détaillée sur un plan plus «micro», à savoir la tactique, qui définit les objectifs à court terme et les actions mises en oeuvre par les militants ou les groupes militants afin d'atteindre ces objectifs tactiques. Chaque militant a une fonction bien définie et des objectifs clairs à atteindre. De toute évidence, la réalisation des objectifs tactiques doit contribuer à se rapprocher des objectifs stratégiques, voire à les atteindre. L'évaluation se fait en analysant la progression des activités, leur conformité avec l
es objectifs initiaux et la possibilité d'erreurs. En bref: nous examinons si nous progressons vers les objectifs définis ou si nous nous en éloignons. Dans le premier cas, nous corrigeons les erreurs, procédons aux ajustements nécessaires et poursuivons dans la même voie. Dans le second cas, nous modifions nos actions tactiques et, à terme, notre stratégie, en répétant le même processus dans un laps de temps précis. C'est ce processus d'action, d'évaluation, de maintien, de réévaluation, etc., qui permet à l'organisation de progresser stratégiquement et de poursuivre efficacement son combat.

103. LIGNE STRATÉGIQUE

Pour définir une orientation stratégique et élaborer un programme, le contact avec la pratique, qui enrichit la théorie par le savoir, est essentiel. Ce contact garantit également la bonne mise en oeuvre tactique de la stratégie. À travers ce programme, l'organisation anarchiste présente sa proposition stratégique de transformation sociale. Celle-ci sert à la fois à orienter l'action de ses militants et à clarifier ses positions auprès du grand public, en rendant publiques l'analyse et les propositions. Si les objectifs évoluent, par exemple dans un contexte post-révolutionnaire, la stratégie peut être adaptée. D'où l'importance de comprendre la situation actuelle et de définir des objectifs clairs et précis - éléments fondamentaux de l'élaboration stratégique.

104. DÉCISIONS COLLECTIVES, ET NON LITIGES INDIVIDUELS.

En matière d'idéologie, la stratégie est bien plus flexible, car elle évolue en fonction du contexte social et de la situation. Il est naturel d'appliquer différentes tactiques à la pratique politique de l'anarchisme selon les contextes et les conjonctures. L'organisation décide des réponses aux trois questions stratégiques, par consensus ou par vote. Elle définit la ligne tactique et stratégique, et tous ses membres avancent dans la même direction. La pratique, relativement courante, de nombreux groupes et organisations anarchistes menant des actions divergentes, à droite comme à gauche, tout en reconnaissant leur contribution à un ensemble commun, est inacceptable. Le modèle organisationnel anarchiste spécifique exige des militants qu'ils fassent des choses qui ne leur plaisent pas particulièrement, ou qu'ils renoncent à certaines activités qu'ils apprécient. Ceci afin de garantir la progression de l'organisation selon sa stratégie. Cette progression stratégi
que confère à l'organisation anarchiste sa cohérence et son efficacité; une organisation vouée à un militantisme sérieux et engagé, où les militants agissent selon leurs priorités et travaillent sur les tâches qui contribuent le plus efficacement à la réalisation de leurs objectifs stratégiques. Il convient de souligner que la liberté d'adhérer à une organisation équivaut à la liberté de la quitter, et qu'un individu ou une minorité a la liberté de partir s'il se sent fréquemment ignoré par les décisions de la majorité. Il est important de rappeler que les décisions stratégiques, même prises par vote, sont des décisions collectives et non le fruit de désaccords individuels au sein de l'organisation.

[1]Les anarchistes qui rejettent la théorie de la «double organisation» (voir 3, «L'organisation est le principe principal»), qui est le pilier le plus important de la spéciation, et qui ne peuvent pas être sur le terrain de la lutte. (note du traducteur)

[2]Ideal Peres (1925-1995), militant anarchiste brésilien qui a joué un rôle important dans la réorganisation du mouvement anarchiste brésilien et a poursuivi des activités d'éducation et d'organisation libertaires malgré la répression pendant la dictature militaire.

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