|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 40 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
_The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours |
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025 |
of 2026
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Yeryuzu Postasi [TUR] - 104 étapes pour gagner le vecteur social II. (2/2) [Traduction automatique]
Date
Mon, 17 Aug 2026 08:36:50 +0300
54. FÉDÉRALISME AUTOGouvernemental --- Avec l'utilisation et le
développement de la technologie au service des travailleurs, la fin de
l'exploitation capitaliste et le transfert intégral des fruits du
travail aux travailleurs, et l'instauration du plein emploi, les
travailleurs disposeront de plus de temps qu'ils pourront utiliser de
trois manières. Premièrement, la baisse naturelle de productivité
résultant d'une répartition équilibrée des tâches entraînera une
certaine «déspécialisation» du travail. Deuxièmement, les décisions
politiques nécessiteront du temps pour la discussion et la négociation
au sein de l'entreprise et de la communauté autogérées. Enfin, avec le
temps restant, qui devrait être bien plus important qu'aujourd'hui grâce
à ces changements, chacun pourra choisir ses activités: repos, loisirs,
formation, culture, etc. Les conseils de travailleurs et de
consommateurs utiliseront l'autogestion comme mode de gestion et de
prise de décision, tant sur les lieux de travail que dans le
s communautés. Il est essentiel de rappeler que le processus
décisionnel est un moyen, et non une fin, et qu'il convient donc de
veiller à sa flexibilité. Il est clair que le consensus ne devrait pas
être utilisé pour la plupart des décisions, car il est très inefficace,
surtout lorsqu'il s'agit de décisions d'envergure. De plus, il confère
un pouvoir excessif à des acteurs isolés, capables d'entraver le
consensus ou d'exercer une influence considérable sur une décision
lorsqu'ils sont minoritaires. La société doit faire évoluer sa culture
vers un libéralisme progressif, et ce, non seulement pendant et après la
révolution sociale, mais dès la lutte, lors de la construction et du
développement de l'organisation populaire. Il n'y aura plus de
distinction entre ceux qui s'engagent en politique et ceux qui ne le
font pas, car, sous le socialisme libéral, ce seront les citoyens
eux-mêmes qui exerceront la politique au quotidien.
55e RÉSISTANCE
Le capitalisme et l'État exercent une pression sur les forces politiques
qui leur résistent. C'est pourquoi, pour atteindre nos objectifs, nous
préconisons une résistance efficace et structurée visant un
accroissement continu du pouvoir social par l'organisation. La
construction de cette résistance exige un alignement avec celles et ceux
qui adhèrent à notre proposition de transformation sociale. Cette
transformation nécessaire est inconcevable sans la croissance
progressive de l'organisation et du pouvoir social. Pour nous, la
transformation sociale que nous souhaitons voir se concrétiser dépend
nécessairement de la construction d'une organisation populaire, de
l'accroissement progressif de son pouvoir social jusqu'à ce qu'il
devienne possible de renverser le capitalisme et l'État par la
révolution sociale et d'ouvrir la voie au socialisme libertaire. De
plus, nous affirmons que l'organisation populaire doit s'accompagner
d'un développement parallèle d'une organisat
ion anarchiste spécifique qui l'influencera et lui donnera le
caractère souhaité.
56. L'ORDRE ACTUEL
La désorganisation, la mauvaise organisation et l'isolement contribuent
en réalité à soutenir le capitalisme et l'État, car ils empêchent la
construction du pouvoir social nécessaire. En ne participant pas de
manière appropriée aux rapports de force et aux conflits perpétuels de
la société, on reproduit l'«ordre». La désorganisation et la mauvaise
organisation se reproduisent au niveau social, au sein des mouvements
sociaux, là où l'organisation populaire doit se construire et se
développer, du fait de la difficulté d'accumuler le pouvoir social. Ceci
empêche la spontanéité naturelle de ce niveau d'atteindre la totalité
des transformations sociales souhaitées. L'isolement et l'individualisme
conduisent à l'absence d'une existence désirée, tant au niveau politique
que social, et à l'incapacité des organisations populaires ou
anarchistes à s'articuler. Pour l'organisation populaire, il faut
envisager les moyens de renverser le capitalisme et l'État et de
construire, par la révolution sociale, un socialisme libertaire,
objectif ultime. Dans le même temps, pour une organisation anarchiste
spécifique, il faut aussi considérer les moyens par lesquels elle peut
construire et influencer une organisation populaire, lui donner le
caractère souhaité et atteindre le socialisme libertaire - son objectif
- par la révolution sociale.
57. LE POUVOIR SOCIAL
Nous croyons que chaque individu, en tant qu'acteur social, possède un
pouvoir social - une énergie qu'il peut naturellement mobiliser pour
atteindre ses objectifs. Ce pouvoir varie d'une personne à l'autre, et
même chez une même personne au fil du temps. Les individus utilisent
souvent des moyens pour accroître leur pouvoir social et atteindre leurs
objectifs. L'organisation, sous la forme d'associations libres, est
indispensable à notre projet de transformation sociale, car lorsque les
individus oeuvrent ensemble, leur pouvoir social dépasse largement la
simple somme de leurs pouvoirs individuels. L'organisation peut prendre
une forme autoritaire, par la domination, ou une forme libérale, par la
libre association. Ainsi, nous pouvons conclure que l'unité est
fondamentale pour la réalisation de notre projet de transformation
sociale, car c'est uniquement par elle que nous pourrons accumuler le
pouvoir social nécessaire pour renverser le capitalisme et l'État.
L'accroiss
ement du pouvoir social peut être obtenu par divers moyens, mais
principalement par l'organisation des classes exploitées, en rassemblant
le plus grand nombre de personnes possible et en adoptant un niveau
d'organisation élevé, ce qui requiert nécessairement autodiscipline,
engagement et responsabilité. Pour distinguer la discipline prônée avec
tant d'insistance par les autoritaires de celle que nous préconisons,
nous privilégions le terme d'autodiscipline. Celle-ci, conjuguée à
l'engagement et à la responsabilité, est, à nos yeux, indispensable à la
construction d'une organisation anti-autoritaire visant à accroître son
influence sociale. Cette autodiscipline est, selon nous, moins répandue
dans les organisations populistes et plus fréquente dans les
organisations anarchistes spécifiques, et son ampleur varie selon le
contexte. Le besoin d'autodiscipline s'accroît lors des périodes de
fortes turbulences sociales et peut s'atténuer en période de stagnation.
Par conséquent, une organisation spécifique doit se constituer en une
organisation anarchiste minoritaire efficace, caractérisée par un haut
niveau d'autodiscipline, d'engagement et de responsabilité.
58. S'ORGANISER COMME FORME DE CONVERGENCE
Nous préconisons un modèle de création et de développement de ce que
nous appelons l'organisation populaire. Il est indéniable qu'une force
sociale latente existe au sein des classes exploitées, mais nous
comprenons que cette force ne peut émerger du champ des possibles et
devenir une véritable force sociale que par l'organisation.
L'accroissement continu du pouvoir social de l'organisation des classes
exploitées est ce qui permettra d'opérer la transformation sociale
souhaitée. Nous concevons l'organisation populaire comme le fruit d'un
processus de convergence de diverses organisations sociales et de
différents mouvements populaires, eux-mêmes issus de la lutte des
classes. Par conséquent, nous pensons qu'il convient de privilégier le
soutien à tous ces types d'organisation et de mouvement, ce soutien
étant une conséquence de nos idées les plus fondamentales. Lorsqu'une
organisation revêt un caractère de classe, elle stimule et renforce la
lutte des classes. Ai
nsi, l'organisation populaire se construit de bas en haut, «de la
périphérie au centre», en dehors des centres de pouvoir du système
existant. Les régimes autoritaires ont abordé les mouvements de masse
dans une perspective hiérarchique, cherchant à les dominer.
59. LA NÉCESSITÉ, ET NON L'IDÉOLOGIE
Nous croyons que les mouvements sociaux ne doivent se limiter à aucune
idéologie, ni s'y enfermer. Nous ne croyons ni aux mouvements
anarchistes, ni aux mouvements marxistes, ni aux mouvements
sociaux-démocrates, ni à aucune autre idéologie spécifique. À nos yeux,
un mouvement social anarchiste, ou tout autre mouvement adhérant à une
idéologie particulière, ne ferait que diviser la classe exploitée, voire
celles et ceux qui souhaitent lutter pour une cause précise. Par
conséquent, la force qui doit guider la création et le développement des
mouvements sociaux n'est pas l'idéologie, mais la nécessité. Si nous
pensons que les mouvements sociaux ne doivent pas se cantonner à
l'anarchisme, nous croyons également que l'anarchisme doit, autant que
possible, les imprégner. Les mouvements sociaux reposent sur trois
piliers: la nécessité, la volonté et l'organisation. Les mouvements
sociaux que nous défendons ne sont pas, et ne devraient pas être,
anarchistes; au co
ntraire, ils constituent un terreau fertile pour l'anarchisme.
60. AUTONOMIE EN MOUVEMENT
Les partis politiques cherchent à contrôler et à diriger les mouvements
sociaux, se considérant supérieurs à eux et se prenant pour des êtres
éclairés capables d'éveiller les consciences des classes exploitées.
Souvent, leurs membres sont des intellectuels qui prétendent savoir
mieux que le peuple ce qui est bon pour eux. D'autres organisations en
quête de pouvoir, comme les églises et les syndicats de fonctionnaires,
n'aident pas non plus les mouvements sociaux. Ces derniers ne devraient
dépendre ni des politiciens ni d'aucune instance de l'État, car
lorsqu'ils proposent leur aide, c'est le plus souvent pour servir leurs
propres intérêts partisans ou pour apaiser les mouvements et instaurer
un dialogue avec les institutions étatiques. Par conséquent, ceux qui
veulent gérer, diriger ou instrumentaliser les mouvements sociaux à leur
profit ne devraient pas avoir d'influence sur eux, car ils ne luttent
pas pour le bien commun, mais appliquent le principe selon leq
uel servir ses propres intérêts est la meilleure façon de servir
autrui. Il n'y a rien de mal à ce que les personnes qui soutiennent les
mouvements sociaux ne partagent pas exactement les mêmes conditions que
les autres militants. Par conséquent, il nous semble juste que les
travailleurs soutiennent la lutte des chômeurs, que les personnes logées
soutiennent celle des sans-abri, etc. De plus, lorsqu'on aborde la
question de l'autonomie, il est essentiel de rappeler que, pour nous,
elle ne signifie ni absence de lutte idéologique, ni même absence
d'organisation. Promouvoir systématiquement la spontanéité, abandonner
le projet et le programme révolutionnaire - et qualifier cela
d'autonomie - c'est ouvrir un espace et offrir un terrain fertile à la
classe dirigeante, aux bureaucrates et aux autoritaires qui s'empareront
de cet espace.
61. MOUVEMENTS DE COMBATTANT
Une caractéristique essentielle des mouvements sociaux est leur nature
militante. Affirmer qu'ils doivent être militants signifie qu'ils
doivent consolider leurs acquis en affirmant leur pouvoir social et
qu'ils ne doivent dépendre d'aucune faveur ni d'aucune bienveillance de
la part d'un quelconque segment de la société, y compris l'État. Le
militantisme se caractérise par une position de défense de la lutte des
classes en dehors de l'État. Les mouvements sociaux militants ne luttent
pas pour s'emparer du pouvoir au sein de l'État ou des structures de
pouvoir institutionnelles. Ils s'organisent toujours en dehors de l'État
et militent pour le retour du pouvoir politique au peuple. Nous
soutenons également l'action directe comme forme d'action politique
contre la démocratie représentative. Cependant, certains défendent le
pouvoir populaire comme le soutien d'avant-gardes détachées de la base,
des hiérarchies, des partis autoritaires, des exigences de l'État et des
diverses formes de bureaucratie. Lorsque le pouvoir populaire se
réfère à ce second modèle, nous sommes en total désaccord. La lutte pour
la libération doit être stratégique et l'action directe doit être plus
ou moins violente selon les exigences du contexte. Lorsque la violence
s'avère nécessaire, elle doit toujours être comprise comme une réponse,
une légitime défense, contre le système de domination et d'exploitation
dans lequel nous vivons.
62. MOUVEMENTS DÉMOCRATIQUES
La démocratie directe se manifeste dans les mouvements sociaux lorsque
tous les participants prennent activement part au processus décisionnel.
Même les dirigeants et les fonctions qu'ils exercent sont temporaires,
tournants et révocables.
63. Comportement militant
En l'absence d'un ensemble complet d'informations, ce qui rend possible
une éducation où il n'y a ni enseignant ni élève, mais où chacun est à
la fois enseignant et élève, c'est le processus d'échange entre
militants. Chacun apprend et chacun enseigne. Ainsi se construit une
éducation respectueuse des cultures et qui renforce les militants par le
dialogue, la discussion et le partage d'expériences. La solidarité de
classe se manifeste lorsqu'une personne s'unit à une autre pour former
un mouvement social, ou même lorsqu'un mouvement social, visant à
construire une organisation populaire et à dépasser le capitalisme et
l'État, s'unit à un autre. Animés par les intérêts de la classe, les
mouvements sociaux sont internationalistes. Dans ce modèle, l'action
militante requiert éthique et responsabilité. L'éthique qui guide une
action militante juste repose sur des principes qui s'opposent au
capitalisme et à l'État et qui promeuvent la coopération, la solidari
té et l'entraide. Elle guide également une action militante qui ne
nuit pas à autrui, encourage le soutien et proscrit les attitudes
susceptibles de mener à la division ou à des conflits internes injustes.
La responsabilité, principe opposé aux valeurs du capitalisme, encourage
les militants des mouvements sociaux à prendre des initiatives, à
assumer leurs responsabilités et à les assumer - ce qui évitera à
quelques individus d'être surchargés de tâches -, à adopter des
attitudes conformes à l'esprit de la lutte et à contribuer au mieux aux
mouvements sociaux.
64. COURT, MOYEN ET LONG TERME
Les objectifs organisationnels doivent être poursuivis tout au long de
la lutte. Nous sommes convaincus qu'il est possible de réaliser une
révolution sociale et d'instaurer ainsi un socialisme libertaire en
s'efforçant de radicaliser et d'accroître sans cesse le pouvoir social
des organisations populaires. À long terme, les mouvements ont un
potentiel de gains plus important, car plus les objectifs sont éloignés
dans le temps, plus les gains sont grands; les premiers succès ne
marquent pas la fin de la lutte. Lorsqu'ils sont obtenus par les
mouvements sociaux, les gains à court terme, à savoir les réformes,
permettent d'atténuer les souffrances des personnes en lutte, tout en
leur enseignant des leçons d'organisation et de lutte. Nous pensons que,
tout en luttant pour des réformes, les mouvements sociaux ne deviennent
pas réformistes, c'est-à-dire qu'ils ne considèrent pas les réformes
comme une fin en soi. Même dans la lutte pour les réformes, les
mouvements soc
iaux peuvent maintenir une pratique révolutionnaire et s'opposer au
réformisme.
65. ACTIVITÉS DE L'ORGANISATION ANARCHISTE UNIQUE
Une organisation anarchiste spécifique est un regroupement d'individus
anarchistes oeuvrant ensemble, de leur plein gré et par accord mutuel, à
la réalisation d'objectifs clairement définis. Sa fonction est de
coordonner, de faire converger et d'accroître continuellement la force
sociale de l'activité militante anarchiste, en fournissant un instrument
de lutte robuste et cohérent - un outil fondamental dans la poursuite
des objectifs ultimes. Cette organisation est fondée sur des accords
fraternels, garantissant son caractère libertaire, tant en interne qu'en
externe, sans relations de domination, d'exploitation ou d'aliénation.
Cette organisation bien définie unit les anarchistes aux niveaux
politique et idéologique et développe leurs pratiques politiques au
niveau social, ce qui la caractérise comme une organisation minoritaire
efficace, car le niveau social est toujours bien plus vaste que le
niveau politique. Pour créer cet instrument de lutte robuste et cohérent
, il est essentiel que l'organisation anarchiste possède des
orientations stratégiques, tactiques et politiques bien définies,
concrétisées par une unité théorique et idéologique ainsi qu'une unité
de stratégie et de tactique. Ainsi, on peut dire que les activités d'une
organisation anarchiste spécifique sont les suivantes:
Travail social et articulation
La production et la reproduction de la théorie
Propagande anarchiste
Éducation politique
Conception et mise en oeuvre de la stratégie
Relations sociales et politiques
Gestion des ressources
Ces activités peuvent être menées de manière plus ou moins publique, en
tenant toujours compte du contexte social dans lequel l'organisation évolue.
66. INTÉRÊTS DES CLASSES EXPLOITÉES
Dans cette pratique politique, qui se met au service des classes
exploitées, l'organisation anarchiste est guidée par une Déclaration de
principes . Ces principes sont des propositions et des concepts
éthiques, non négociables, qui orientent toute pratique politique et
offrent des modèles d'action anarchiste. L'organisation anarchiste ne se
substitue pas à l'organisation des classes exploitées, mais elle donne
aux anarchistes la possibilité de se mettre à leur service.
67. DÉCLARATION DE PRINCIPES DE 2003
La Déclaration de principes de 2003 définit neuf principes: la liberté,
l'éthique et les valeurs, le fédéralisme, l'autonomie,
l'internationalisme, l'action directe, la lutte des classes, la pratique
politique et l'expression sociale, et l'entraide. L'organisation
anarchiste doit s'engager dans toutes les formes de lutte populaire, où
qu'elles se manifestent. Nous reconnaissons et privilégions la lutte des
classes. Par l'éthique, nous prônons, entre autres, la cohérence et le
respect mutuel entre les moyens et les fins. C'est pourquoi nous
rejetons les propositions individualistes de l'anarchisme. La quête du
socialisme libertaire est une lutte incessante pour la liberté. Nous
défendons le fédéralisme et l'autonomie comme principes d'une
organisation non hiérarchique et décentralisée, soutenus par l'entraide
et la liberté d'association, conformément au principe de l'AIT selon
lequel chacun a des droits et des devoirs. L'internationalisme s'oppose
au nationalisme et à la glorification de l'État, car ils engendrent un
sentiment de supériorité sur les autres pays et peuples, et renforcent
l'ethnocentrisme et les préjugés, premiers pas vers la xénophobie. En
prônant l'internationalisme, nous soulignons le caractère international
des luttes et la nécessité d'une unité fondée sur les affinités de
classe, et non sur les nationalités. L'action directe est présentée
comme un principe d'organisation horizontale et, en encourageant la
direction ouvrière, elle s'oppose à la démocratie représentative qui,
comme nous l'avons déjà affirmé, est politiquement aliénante. L'entraide
favorise la solidarité dans la lutte et encourage les relations
fraternelles avec tous ceux qui oeuvrent véritablement pour un monde
juste et équitable. Elle renforce la solidarité effective entre les
exploités.
68. IL N'Y A PAS DE VIDE POLITIQUE.
Nous croyons qu'il n'existe jamais de vide politique. Parmi les diverses
forces présentes dans ces espaces, les anarchistes doivent se
positionner au premier plan et affirmer leur place. En abordant le débat
actuel sur l'espace politique, nous ne prétendons pas que les
anarchistes doivent lutter pour le leadership, le contrôle ou une
position privilégiée au sein des mouvements sociaux. Nous parlons plutôt
de la lutte interne qui surgit lorsque l'on souhaite inciter les
mouvements sociaux à adopter des pratiques libertaires. Les régimes
autoritaires tentent d'établir une relation de domination sur les
mouvements sociaux. Nous savons que les politiciens, les partis, les
syndicats, ainsi que d'autres organisations et individus autoritaires
tels que les églises, les trafiquants de drogue, etc., entravent la
construction d'une organisation populaire en infiltrant les mouvements
sociaux. Dans la grande majorité des cas, ils cherchent à tirer profit
du nombre important de parti
cipants: obtenir des soutiens lors des élections, jeter les bases de
leurs projets de pouvoir autoritaire, s'enrichir, gagner la confiance du
public, ouvrir de nouveaux marchés, etc. Les organisations et individus
autoritaires ne souhaitent pas soutenir les mouvements sociaux. En
réalité, ils les utilisent pour atteindre leurs propres objectifs (ceux
des organisations et individus autoritaires), objectifs incompatibles
avec ceux des militants des mouvements sociaux. Lorsque les anarchistes
ne parviennent pas à construire le pouvoir social nécessaire, deux
possibilités s'offrent à eux: soit ils seront instrumentalisés («boulets
de travail») par les autoritaires pour la mise en oeuvre de leurs
projets de pouvoir, soit ils seront tout simplement marginalisés. Sans
organisation, ils ne pourront exercer l'influence nécessaire pour
posséder ne serait-ce qu'un minimum de pouvoir social. Sans organisation
adéquate, ils ne pourront se maintenir au sein des mouvements sociaux e
t il est fort peu probable qu'ils exercent l'influence souhaitée. Par
exemple, lorsque certains anarchistes militent pour un mouvement prônant
l'action directe et la démocratie directe, les politiciens et les
appareils partisans s'y opposeront. Sans une organisation anarchiste
forte, capable de mobiliser les énergies sociales et de défendre ces
positions, les positions autoritaires auront davantage de chances de se
développer. Lorsque nous, anarchistes, serons correctement organisés,
nous ne serons pas à la traîne, mais au contraire, nous pourrons nous
exprimer pleinement, ce qui nous permettra d'affirmer nos positions et
d'exercer notre influence au sein des mouvements sociaux. Ainsi, dès
l'instant où nous prenons position, cela implique nécessairement une
diminution de l'influence des autoritaires, et inversement.
69. FAÇADES
Cette pratique politique, déployée dans différents domaines, implique la
division des organisations anarchistes en fronts, groupes internes
chargés du travail social. Les fronts sont responsables, dans leurs
champs d'activité respectifs, de la création et du développement des
mouvements sociaux, ainsi que de la présence des anarchistes dans
l'espace politique, constamment disputé, et de l'exercice de l'influence
nécessaire au sein de ces mouvements. Généralement, les organisations
fonctionnant selon cette méthodologie proposent le développement de
trois fronts principaux: syndical, communautaire et étudiant. Nous
estimons que la division des fronts ne doit pas reposer sur ces domaines
d'intervention prédéterminés, mais plutôt sur le travail concret de
l'organisation. Selon nous, il ne devrait y avoir aucune obligation de
mener des actions au sein de ces trois fronts; d'autres domaines
d'intérêt peuvent nécessiter des fronts dédiés. Chaque organisation
devrait rechercher les domaines les plus propices au développement de
son travail social et construire ses fronts en fonction de cette
nécessité pratique. En ce sens, nous soutenons le modèle des fronts
dynamiques, qui prend en compte la division interne de chaque
organisation anarchiste afin de mener le travail social de la manière la
plus efficace possible.
70. UN PARADOXE IMPORTANT
L'organisation anarchiste doit maintenir différents niveaux d'action.
Ces différents niveaux doivent renforcer son action, tout en lui
permettant de rassembler des militants préparés et très engagés, ainsi
que des personnes plus ou moins préparées et engagées, partageant ou non
la théorie ou la pratique de l'organisation. Les cercles concentriques
visent à offrir une place claire à chaque militant et sympathisant. Ils
facilitent et renforcent également le travail social de l'organisation
anarchiste et, enfin, créent un canal de recrutement pour de nouveaux
militants. En bref, les cercles concentriques tentent de résoudre un
paradoxe crucial: l'organisation anarchiste doit être suffisamment
fermée pour rassembler des militants préparés, engagés et politiquement
alignés, et suffisamment ouverte pour attirer de nouveaux militants.
L'organisation anarchiste spécifique est divisée en fronts, chacun
opérant au sein d'un mouvement social ou d'un secteur de mouvement
social particulier. Dans ce cas, si l'organisation anarchiste spécifique
travaille avec trois mouvements sociaux ou trois secteurs de mouvements
sociaux, elle se divise en trois fronts. Dans notre cas, notre
organisation anarchiste se divise désormais en trois fronts: (A) les
mouvements sociaux urbains, (B) le mouvement communautaire et (C)
l'écologie agricole (Anarchisme et Nature). Chacun opère au sein d'un ou
plusieurs mouvements sociaux. Le front A est impliqué dans le mouvement
des sans-abri et le KTH (mouvement social kurde), le front B dans le
mouvement communautaire et le front C dans l'écologie rurale et les
mouvements agraires.
71. MILITANTS À L'INTÉRIEUR
Il n'existe pas de hiérarchie entre les cercles, mais l'idée est que
plus un militant est intégré à l'organisation, mieux il peut formuler,
comprendre, reproduire et mettre en oeuvre ses principes. Plus un
militant est intégré, plus son engagement et son activité sont
importants. Plus un militant contribue à l'organisation, plus celle-ci
exige de lui. Les militants décident de leur propre niveau d'engagement
et, en fonction de ce choix, participent ou non aux négociations. Ainsi,
les militants décident de leur niveau d'engagement: plus ils sont
engagés, plus ils prennent de décisions; moins ils sont engagés, moins
ils en prennent. Par conséquent, au sein d'une organisation anarchiste,
il peut toujours exister un ou plusieurs cercles définis par le niveau
d'engagement des militants. Lorsqu'il y a plusieurs niveaux, cela doit
être clair pour tous, et les critères de changement de niveau doivent
être accessibles à tous. De cette manière, chaque militant décide où
il souhaite se situer. Au sein d'une organisation anarchiste, seuls
les anarchistes sont capables, à des degrés divers, de développer,
reproduire et mettre en oeuvre la ligne politique de l'organisation,
tant en interne que sur le terrain et dans l'action publique. De plus,
les militants doivent, à des degrés divers, pouvoir contribuer à
l'élaboration de la stratégie et de la tactique de l'organisation et
posséder la pleine capacité de la reproduire et de l'appliquer. Par
ailleurs, les fonctions doivent être assurées par rotation afin de
donner du pouvoir à chacun et d'éviter la stagnation. Les fonctions
exercées par les militants au sein de l'organisation sont liées à
l'autogestion et au fédéralisme, ou à une prise de décision horizontale
où tous les militants ont voix au chapitre et droit de vote égaux, avec
délégation de pouvoir obligatoire dans certaines circonstances.
72. SUPPORTERS
Le cercle suivant, plus périphérique et éloigné du coeur de
l'organisation anarchiste, n'en fait plus partie intégrante, mais revêt
une importance fondamentale: celui des sympathisants. Ce cercle
s'efforce, par exemple, de rassembler toutes les personnes partageant
une affinité idéologique avec l'organisation anarchiste. Les
sympathisants sont chargés d'assister l'organisation dans son action
concrète, notamment: la publication de brochures, de périodiques ou de
livres; la diffusion de matériel de propagande; la participation à
l'élaboration de théories ou à l'analyse contextuelle; l'organisation
d'activités pratiques pour le travail social: actions sociales, soutien
à l'éducation, activités logistiques, etc. Ce cercle de soutien permet
aux personnes partageant une affinité avec l'organisation anarchiste et
son action d'entrer en contact avec d'autres militants, d'approfondir
leur connaissance de la ligne politique de l'organisation, de mieux
connaître ses activ
ités et d'affiner leur vision de l'anarchisme. L'organisation
anarchiste, dans son ensemble, attire le plus grand nombre possible de
sympathisants et, par le biais d'actions concrètes, identifie les
personnes intéressées à la rejoindre et possédant le profil requis. Bien
que chaque militant décide lui-même de son niveau d'engagement et de son
implication au sein de l'organisation, l'objectif d'une organisation
anarchiste est toujours de rassembler le plus grand nombre possible de
militants au sein de ses cercles internes, avec un niveau d'engagement
élevé. L'invitation à rejoindre l'organisation peut venir des militants
eux-mêmes ou, inversement, des sympathisants.
73. ENGAGEMENT ET PRISE DE DÉCISION
La logique des cercles concentriques exige que chaque militant et
l'organisation elle-même aient des droits et des devoirs très clairement
définis pour chaque niveau d'engagement. Dans ce modèle, nous
recherchons un système de droits et de devoirs où chacun décide de ses
engagements. Ainsi, il est normal que les sympathisants décident
uniquement de leurs activités. De même, il est normal que les militants
de l'organisation décident de leurs objectifs. Il est facile pour un
militant occasionnel de vouloir définir la ligne politique de
l'organisation, car il n'est généralement pas tenu de la suivre. Par
exemple, un sympathisant qui participe aux activités une fois par mois
et contribue peu fréquemment ne peut pas décider des règles ou des
activités quotidiennes, car il prendrait des décisions pour les autres
militants bien plus que pour lui-même. C'est pourquoi nous prenons les
décisions et les engagements de manière proportionnelle, ce qui exige de
l'organisatio
n des critères d'adhésion clairs, définissant précisément qui
participe et qui ne participe pas, ainsi que le niveau d'engagement des
militants. En tout état de cause, l'organisation anarchiste doit
toujours veiller à offrir une formation et un accompagnement permettant
aux sympathisants et aux militants de moduler leur engagement, s'ils le
souhaitent. Un sympathisant, en approfondissant sa connaissance de la
ligne politique et en ressentant une affinité pour le travail pratique
de l'organisation, peut manifester son intérêt à y adhérer, ou
l'organisation peut exprimer son intérêt à ce qu'un sympathisant
devienne militant. Comme nous l'avons vu, l'organisation anarchiste est
structurée en fronts pour la réalisation de l'action pratique. Certaines
organisations privilégient les relations directes avec les mouvements
sociaux, tandis que d'autres préfèrent se présenter par le biais d'une
organisation sociale intermédiaire, que l'on peut appeler groupement de
tenda
nce. Ce groupement de tendance se positionne entre les mouvements
sociaux et l'organisation anarchiste spécifique, rassemblant des
militants de différentes idéologies partageant une même vision pratique.
L'idée est que l'organisation anarchiste spécifique recherche une
articulation au niveau intermédiaire (groupement de tendance) et, en se
présentant par son intermédiaire, mène son action au sein des mouvements
sociaux dans le but de favoriser une articulation sociale. Étant donné
que les idées que nous défendons dans les mouvements sociaux sont bien
plus pratiques que théoriques, travailler avec un groupe de tendances
peut s'avérer intéressant, en impliquant des personnes qui partagent
certaines ou toutes les positions que nous défendons dans les mouvements
sociaux (pouvoir, lutte des classes, autonomie, militantisme, action
directe, démocratie directe et perspective révolutionnaire), et en
incluant des personnes qui peuvent nous aider à accroître le pouvoir s
ocial dans la défense de ces positions.
74. TRAVAILLER AVEC DES MILITANTS
L'objectif de l'organisation anarchiste n'est pas de convertir tous les
militants à l'anarchisme, mais d'apprendre à collaborer au mieux avec
chacun d'eux. Cette forme d'organisation vise à résoudre un problème
récurrent dans le militantisme: celui de connaître des militants très
engagés, des révolutionnaires qui défendent l'autogouvernance,
l'autonomie, la démocratie participative, la démocratie directe, etc.,
et d'autres avec lesquels nous ne collaborons pas car ils ne sont pas
anarchistes. Ces militants peuvent travailler avec des anarchistes au
sein de groupes de tendance et défendre ensemble leurs positions dans
les mouvements sociaux. Un militant ayant une grande affinité pratique
avec les anarchistes, sans pour autant être anarchiste, devrait être
membre d'un groupe de tendance et peut jouer un rôle fondamental dans le
travail social. S'il partage une affinité idéologique, il peut
s'impliquer davantage dans l'organisation, voire y adhérer.
75e vote
Quelle que soit la méthode, toutes les activités négociées et dont
l'organisation est responsable devront être mises en oeuvre par ses
membres. Pour ce faire, il est nécessaire de répartir les activités
entre les militants, en recherchant toujours un modèle de répartition
équitable, évitant ainsi la concentration des tâches sur les membres les
plus actifs ou les plus compétents. Lors d'un vote, il est facile pour
les militants non impliqués dans la question soumise au vote
d'influencer les actions des autres. De telles situations exigent de la
prudence, surtout lorsque tous les membres censés mettre en oeuvre la
question négociée perdent le vote et sont contraints d'appliquer la
décision prise par d'autres. Afin d'éviter ce genre de situation, nous
estimons que le compromis ne doit pas être obligatoire. Pour garantir
l'efficacité du processus décisionnel et éviter de conférer un pouvoir
excessif à des acteurs isolés, nous avons opté pour ce modèle privil�
�giant la recherche du compromis et, en cas d'impossibilité, le vote.
Ce processus décisionnel vise à établir une unité à la fois théorique et
idéologique, ainsi qu'une unité stratégique et tactique.
76. DISCIPLINE ORGANISATIONNELLE
Cette position instaure une relation de responsabilité partagée entre
les militants et l'organisation. Par conséquent, quiconque assume une
responsabilité doit faire preuve de la discipline nécessaire pour
l'assumer. De même, lorsque l'organisation définit une ligne de conduite
ou un objectif, c'est la discipline individuelle qui garantit la
réalisation de l'objectif collectivement fixé.
77. LES PRINCIPAUX ACTEURS DE LA CLASSE EXPLOITÉE
Dans la lutte des classes, les classes exploitées sont toujours en
conflit avec la classe dominante. En réalité, les contradictions du
capitalisme engendrent diverses manifestations de l'exploitation, et
nous pensons que c'est là le terreau le plus fertile pour semer les
graines de l'anarchisme. En expliquant cette perspective, nous
n'idéalisons pas ces classes et nous ne supposons pas que tout ce
qu'elles font soit toujours juste, mais nous insistons sur le caractère
absolument central de leur participation au processus de transformation
sociale. Le travail social et la mobilisation sont les activités les
plus importantes de l'organisation anarchiste. C'est pourquoi ce
processus doit impérativement se dérouler au sein même des classes
exploitées, qui sont les véritables acteurs principaux de la
transformation sociale que nous prônons.
78. TRAVAIL SOCIAL AXÉ SUR LES BESOINS
Le travail social de l'organisation anarchiste se déroule de deux manières:
Par un travail continu avec les mouvements sociaux existants.
En créant de nouveaux mouvements sociaux.
Comme nous l'avons déjà évoqué, nous concevons les mouvements sociaux
comme le fruit d'un triptyque: nécessité, volonté et organisation. Cela
signifie que les anarchistes organisés doivent avant tout s'attacher à
susciter le désir et à structurer un mouvement fondé sur les besoins des
classes exploitées. Rares sont ceux qui sont prêts à se battre pour une
idée qui ne portera ses fruits qu'à long terme. Par conséquent, pour
mobiliser les populations, il est primordial de s'attaquer aux problèmes
concrets qui les touchent et les concernent directement. Le rôle de
l'organisation anarchiste est d'articuler ces nécessités et de mobiliser
autour d'elles. Qu'il s'agisse de créer des mouvements sociaux ou de
collaborer avec des mouvements existants, l'idée centrale reste toujours
de se mobiliser autour de la nécessité.
79. LES ACTIONS MÈNENT À LA PRATIQUE.
Les mouvements sociaux constituent les étapes de la mobilisation des
classes exploitées. Ce sont ces mouvements qui leur permettent de
s'engager dans la pratique politique. Cette pratique vise à impliquer le
peuple dans la lutte contre les forces du système qui l'opprime, en
provoquant une confrontation avec ces forces. Dans la mesure où il le
juge nécessaire, le peuple doit exiger, mettre en oeuvre et obtenir
toutes les améliorations, les avancées et les libertés qu'il souhaite.
Cela se réalise grâce à l'organisation et à la volonté. Ces
revendications doivent être persistantes et s'intensifier
progressivement, exigeant toujours plus et visant la libération complète
des classes exploitées.
80. IDÉOLOGIE ET POLITIQUE DES MOUVEMENTS
La pratique politique des mouvements sociaux, qui se mue en lutte pour
des gains à court terme, revêt une dimension pédagogique: celle d'une
prise de conscience accrue chez les militants, face aux victoires comme
aux défaites. Nous appelons articulation sociale le processus
d'influence exercée sur les mouvements sociaux par la pratique
anarchiste. Ainsi, une organisation anarchiste accomplit un travail
social lorsqu'elle crée ou développe un travail avec les mouvements
sociaux, et pratique l'articulation sociale lorsqu'elle parvient à
influencer ces mouvements par des pratiques anarchistes. Ce ne sont pas
les mouvements sociaux qui sont inscrits dans l'idéologie, mais plutôt
l'idéologie qui est inscrite dans les mouvements sociaux. L'articulation
sociale ne vise pas à «idéologiser» les mouvements sociaux, ni à les
transformer en mouvements sociaux anarchistes. Au contraire, elle
cherche à leur insuffler certaines caractéristiques précises afin qu'ils
puissent progr
esser vers la construction et le développement d'une organisation
populaire et s'orienter vers la révolution sociale et le socialisme
libertaire. Elle s'efforce de permettre aux mouvements sociaux d'avancer
le plus loin possible. Lorsque nous parlons d'articulation sociale, nous
nous intéressons à l'influence de l'anarchisme au sein des mouvements
sociaux. À cet égard, tout en maintenant une distinction entre les
niveaux politique (organisation anarchiste) et social (mouvements
sociaux), nous ne croyons pas que le niveau politique doive exercer une
hiérarchie ou une domination sur le niveau social. De plus, nous croyons
que le niveau politique lutte aux côtés du niveau social, et non pour ou
avant lui - une relation éthique. L'organisation anarchiste, dans son
action en tant que minorité efficace, lutte aux côtés des classes
exploitées, et non pour ou avant elles. Cette relation de
complémentarité et de dialectique conduit à une influence réciproque
entre l'anarchi
sme et les mouvements sociaux.
81. INFLUENCE
Nous rappelons brièvement les caractéristiques essentielles des
mouvements sociaux: la force, la lutte des classes, le militantisme,
l'autonomie, l'action directe, la démocratie directe et une perspective
révolutionnaire. Les mouvements sociaux doivent s'orienter vers la lutte
des classes et défendre une ligne de classe, c'est-à-dire rechercher une
large participation des classes exploitées et soutenir cette lutte. Ils
doivent être militants et consolider leurs acquis en affirmant leur
force sociale. Ils doivent être autonomes vis-à-vis de l'État, des
partis politiques, des syndicats, de l'Église et de tout autre organe
bureaucratique et/ou autoritaire, en prenant leurs propres décisions et
en agissant de manière indépendante. De plus, ils doivent recourir à
l'action directe comme forme d'action politique, par opposition à la
démocratie représentative. Les mouvements sociaux doivent également
utiliser la démocratie directe comme mode de prise de décision, au sei
n d'assemblées horizontales où tous les militants participent
activement et à égalité aux décisions. Pour nous, influencer signifie
susciter le changement chez un individu ou un groupe par la persuasion,
le conseil, l'exemple, le partage d'idées et la pratique. Nous croyons
qu'au sein même de la société, à chaque instant, de multiples
interactions ont lieu entre différents acteurs qui influencent et sont
influencés. Même d'un point de vue anti-autoritaire, cette influence est
inévitable et saine.
82e MOBILISATION
Il est crucial pour nous de considérer que le processus de mobilisation
et d'influence dépasse les aspects objectifs de la lutte et englobe
également des dimensions subjectives. Dans ce processus de mobilisation,
les organisations anarchistes doivent toujours agir de manière éthique,
quelles que soient les circonstances; elles doivent s'efforcer d'éviter
d'établir des relations hiérarchiques ou dominatrices avec les
mouvements sociaux; elles doivent dire la vérité et ne jamais tromper le
peuple; et elles doivent toujours promouvoir la solidarité et l'entraide
dans leurs relations avec les autres militants. Nous devons enseigner
par l'exemple, bien plus que par la parole. Les militants des
organisations anarchistes doivent parfaitement connaître le contexte
dans lequel ils évoluent. Même si les positions de l'organisation
anarchiste ne sont pas majoritaires, elles doivent être défendues et les
points de vue qu'elles prônent doivent être clarifiés. De même, ils ne d
oivent pas se contenter de formuler des critiques, mais aussi adopter
une attitude positive et proactive visant à construire et à faire
progresser les mouvements. En interpellant et en encourageant le peuple,
nous devons rechercher l'articulation sociale et veiller à ce que les
mouvements sociaux fonctionnent de la manière la plus libre et
égalitaire possible. Pour les militants anarchistes, l'intégration
complète aux autres activistes des mouvements sociaux est cruciale; une
présence constante est essentielle pour être reconnus, légitimés,
écoutés, souhaités et accueillis. Par conséquent, toute action
d'organisation doit s'adresser non pas aux dirigeants et aux personnes
détenant le pouvoir au sein des mouvements sociaux, mais aux activistes
de base, souvent opprimés par la direction et qui constituent la
périphérie, et non le centre, des mouvements. Il est également important
d'identifier et de concentrer ses efforts sur les personnes influentes
(leaders locaux
proches du terrain et légitimés par celui-ci) dans les quartiers, les
communautés, les mouvements, les syndicats, etc. Ces personnes sont
essentielles pour soutenir la mobilisation de base, générer
potentiellement une influence anarchiste, et même s'impliquer dans des
groupements de tendance. Ainsi, la mobilisation devient un véritable
processus de transformation. On peut donc dire que la fonction de
l'organisation anarchiste spécifique dans le travail social et
l'articulation des idées est d'être un moteur, un engin de lutte
sociale, qui ne les remplace pas et ne les représente pas. Nous pensons
qu'il est possible de construire ce moteur en «participant activement à
la vie quotidienne des mouvements populaires en action, principalement
au Brésil, en Amérique latine, et plus particulièrement à Rio de Janeiro».
83. THÉORIE: ORGANISATIONS ET DÉFINITIONS
La compréhension du socialisme libertaire et du processus
révolutionnaire de transformation ne peut aujourd'hui être envisagée que
d'un point de vue théorique, car nous ne vivons pas concrètement en
période révolutionnaire. La théorie structure donc les concepts qui
définissent la transformation vers la société future et la société
elle-même, objectifs ultimes de toute organisation anarchiste. Elle
définit également comment cette organisation doit agir dans le contexte
où elle évolue pour atteindre ces objectifs. D'autres étapes sont
réservées à l'avenir et ne peuvent être envisagées aujourd'hui que
théoriquement. La théorie est fondamentale tant pour l'élaboration de la
stratégie que pour la propagande menée par l'organisation. La stratégie
vise à accroître l'efficacité de son action, tandis que la propagande
est cruciale pour diffuser les idées anarchistes. Afin de comprendre le
contexte dans lequel elle opère, la théorie organise les informatio
ns et les données. Elle façonne notre compréhension du moment
historique et définit ses caractéristiques sociales, politiques et
économiques. Elle fournit également un diagnostic complet de ce
contexte. La théorie est importante pour prendre en compte le contexte
régional, car si cela n'est pas fait, on risque d'appliquer une
méthodologie incorrecte au processus de transformation sociale
(l'«importation» de théories toutes faites issues d'autres époques et
d'autres contextes).
84. THÉORIE DE LA PROPAGANDE
Il est également important que la production théorique vise à actualiser
les aspects idéologiques obsolètes ou à adapter l'idéologie à des
réalités spécifiques et particulières. La théorie est aussi cruciale
dans le processus de propagande, car il est nécessaire d'articuler de
manière cohérente les concepts pour promouvoir les idées anarchistes.
Plus la théorie est produite et diffusée, plus il devient facile pour
l'anarchisme de s'imprégner dans la société dans son ensemble. Lorsque
la théorie est utilisée à des fins de propagande, elle façonne le passé
par l'étude et la reproduction de théories anarchistes visant à
approfondir le niveau idéologique et à rendre l'idéologie anarchiste
plus reconnaissable. Cela peut également se produire en relation avec le
présent et l'avenir par la diffusion théorique de documents expliquant
nos critiques de la société actuelle, notre compréhension de la société
future et le processus de transformation social
e.
85. THÉORIE ET PRATIQUE
Tout ce qui est théoriquement produit ou généré au sein de l'anarchisme
ne sert pas nécessairement la pratique souhaitée. La théorie promue par
des intellectuels éloignés de la lutte ou peu impliqués dans le travail
social, par ceux qui se croient plus compétents que quiconque en la
matière et qui pensent avoir trouvé des réponses définitives aux
questions théoriques, est de peu d'utilité, car c'est dans la pratique
que l'on vérifie l'utilité d'une théorie; or, la pratique contribue
nécessairement à la théorie. De plus, nous ne pensons pas qu'une
organisation anarchiste, pour agir, doive avant tout posséder une
théorie profonde et élaborée. Si nous affirmons que la théorie est
essentielle à une pratique efficace, nous ne croyons pas qu'une théorie
élaborée sans contact concret et soutenu avec la pratique puisse donner
des résultats prometteurs. Par conséquent, le travail social et
l'articulation permettent à l'organisation anarchiste de mettre en oe
uvre toute sa production théorique avec une plus grande précision. La
pratique met à l'épreuve l'idéologie anarchiste, permet à l'organisation
anarchiste de mieux envisager ses possibilités et ses perspectives,
d'être plus programmatique, d'agir en restant ancrée dans la réalité et
de vivre la vie telle qu'elle est, et non telle qu'elle devrait être. De
cette relation entre théorie et pratique, nous comprenons le parcours
théorique d'une organisation anarchiste spécifique comme un processus
continu de théorisation, de pratique, d'évaluation de la théorie et de
reformulation si nécessaire, de théorisation, de pratique, etc.
86. THÉORIE ET IDÉOLOGIE
La théorie comporte nécessairement des aspects idéologiques, et
l'idéologie nécessairement des aspects théoriques. Il existe donc un
lien direct entre les deux. De nombreuses organisations anarchistes
définissent la théorie uniquement comme une compréhension de la réalité
dans laquelle elles évoluent. Elles distinguent ainsi la théorie de
l'idéologie; la première étant un «ensemble de concepts articulés de
manière cohérente», servant uniquement à répondre à la «première
question» de la stratégie, que nous appelons «où en sommes-nous?».
Cependant, la théorie sert également à répondre aux deuxième et
troisième questions de la stratégie, à savoir: «où voulons-nous aller?»
et «comment pensons-nous pouvoir passer de là où nous sommes à là où
nous voulons aller?»
87e UNITÉ
Cette unité est réalisée grâce au processus décisionnel de
l'organisation anarchiste. Son objectif est d'établir une ligne
politique claire (théorique et idéologique) qui doit nécessairement
guider toutes les activités et actions, dans leur ensemble et dans leurs
détails, en conformité totale et continue avec la ligne définie par
l'organisation. Grâce à cette ligne politique bien définie, chacun sait
comment agir, et il est admis qu'elle doit être révisée en cas de
problèmes pratiques. Lorsque la ligne théorique et idéologique est mal
définie et qu'un problème survient, il est difficile de savoir ce qui
doit être révisé. C'est donc la clarté de cette ligne qui permet le
développement théorique de l'organisation. L'absence de cette ligne
politique théorique et idéologique conduit à un manque de cohérence,
voire à une cohérence contradictoire, dans l'ensemble des concepts, ce
qui engendre une pratique incorrecte, confuse et/ou improductive.
88. ORGANISATION COHÉRENTE
Comme nous l'avons vu, l'organisation, comprise comme la coordination
des forces en vue d'atteindre un objectif, démultiplie les résultats du
travail individuel, et cela vaut également pour la propagande. Nous
entendons par propagande la diffusion des idées anarchistes et une
activité fondamentale de l'organisation anarchiste. Son but est de faire
connaître l'anarchisme et de rallier des personnes à notre cause. La
propagande est une des activités de l'organisation anarchiste, mais non
la seule. Elle doit être menée de façon continue et organisée.
89. ACTIVATION DE LA CONSCIENCE
Nous comprenons que tout processus de transformation sociale visant des
objectifs ultimes, tels que ceux que nous proposons, dépendra de
l'acceptation, ou du moins de la non-rejet, d'une large partie de la
population. En ce sens, la propagande théorique, éducative et/ou
culturelle y contribuera de manière significative. Ce travail de
propagande de masse modifie progressivement la conscience publique et
conduit à une remise en question plus approfondie et à une moindre
reproduction de l'idéologie capitaliste déjà véhiculée par la culture.
Nous affirmons que les organisations anarchistes utilisent tous les
moyens à leur disposition pour mener à bien cette propagande continue et
organisée. Principalement dans la sphère théorique, éducative et/ou
culturelle, à travers des cours, des conférences, des débats, des
colloques, des groupes d'étude, des sites web, des courriels, du
théâtre, des bulletins d'information, des journaux, des magazines, des
livres, des vidéos,
de la musique, des bibliothèques, des événements publics, des
émissions de radio et de télévision, des écoles libertaires, etc. Cette
propagande est fondamentale car, menée à grande échelle, elle agit comme
un «lubrifiant» social, transformant progressivement la culture dans
laquelle nous vivons et facilitant l'introduction des idées et des
pratiques anarchistes dans la société.
90. LES LIMITES DE LA PROPAGANDE
La propagande vise à transformer les idées. C'est pourquoi nous
constatons de sérieuses limites à ce modèle. Cette prise de conscience
accrue n'implique aucunement une diminution de l'exploitation et de la
domination de la société capitaliste. Elle ne signifie pas non plus
nécessairement que les individus continueront à s'organiser pour lutter
contre cette situation. Même dans l'hypothèse où chacun serait éveillé,
l'exploitation et l'asservissement persisteraient.
PROPAGANDE AVEC EXEMPLES (EXEMPLE 91)
La question de savoir «où et pour qui la propagande doit être menée»
doit toujours être posée. Nous affirmons qu'en plus de la propagande
dans les sphères théorique, éducative et/ou culturelle, il est
primordial de poursuivre la propagande dans la lutte et l'organisation -
c'est-à-dire la propagande par le travail social visant à l'articulation
sociale. Nous considérons l'ensemble du processus de travail social et
d'articulation, que nous avons évoqué précédemment, comme le principal
travail de propagande que l'organisation anarchiste doit développer. Se
déroulant dans le champ de la lutte des classes et des mouvements
sociaux, la propagande anarchiste vise à mobiliser, organiser et
influencer les mouvements sociaux par la pratique anarchiste. Pour que
les mouvements soient influencés par l'anarchisme, il faut veiller à ce
qu'ils possèdent les caractéristiques que nous préconisons: le pouvoir,
une perspective de lutte des classes, le militantisme, l'autonomie
, l'action directe, la démocratie directe et une perspective
révolutionnaire. En tant que minorité active dans la lutte, les
anarchistes créent des mouvements sociaux, participent à ceux existants
et s'efforcent de les influencer, toujours par l'exemple, afin qu'ils
fonctionnent de manière aussi libertaire et égalitaire que possible. De
cette manière, la propagande anarchiste sert l'ensemble du processus de
travail des anarchistes en tant que minorité efficace au sein des
mouvements sociaux et dans la création effective d'organisations populaires.
92. FORMATION AU NIVEAU POLITIQUE
L'éducation politique, au niveau politique, approfondit la connaissance
des autres courants idéologiques et mouvements sociaux, ainsi que des
enjeux historiques, actuels et futurs. Elle est promue de diverses
manières: cours et manuels de formation pour les militants, séminaires
de formation, autoformation des militants, etc. L'éducation soutient les
nouveaux militants, afin de minimiser les écarts de niveau d'instruction
entre les plus et les moins instruits et de préserver la qualité des
débats au sein de l'organisation. Pour les militants d'une organisation
anarchiste spécifique, l'éducation politique fournit le socle théorique
et idéologique nécessaire à la compréhension de sa ligne politique.
93. ÉDUCATION AU NIVEAU SOCIAL
L'éducation politique vise à former des militants actifs au sein de
groupements de tendances et à les intégrer à une organisation anarchiste
lorsqu'ils partagent des affinités idéologiques. Pour que les mouvements
sociaux présentent des caractéristiques souhaitables et tendent vers la
construction d'une organisation populaire, il est essentiel que les
militants soient aussi politisés que possible, et l'éducation politique
joue un rôle crucial à cet égard. Cette éducation politique, au niveau
sociétal, est fondamentale pour la politisation des militants.
94. RELATIONS ET FONDS
Les relations peuvent être plus ou moins organiques, plus ou moins
formelles. Sur le plan politique, l'organisation anarchiste cherche à
collaborer avec des organisations, des groupes et des individus de tous
horizons susceptibles de contribuer à sa pratique. Sur le plan social,
elle cherche à identifier et à s'engager auprès des mouvements sociaux,
à tisser des liens plus ou moins étroits avec eux, et même à entrer en
contact avec d'autres instances telles que les universités, les conseils
municipaux, les fondations, les ONG, les organisations de défense des
droits humains, les organisations écologistes, etc. Bien que nous nous
opposions à la logique du capitalisme, tant que nous vivons au sein de
ce système, nous devons collecter et gérer des fonds pour la réalisation
de nos activités. Ces fonds sont essentiels: pour mener à bien le
travail social (transport des militants, etc.); pour l'achat de livres;
pour l'impression de matériel de propagande (brochures, jou
rnaux, livres, vidéos, etc.); pour les structures organisationnelles
(entretien des locaux, etc.); pour les déplacements et autres activités.
L'acteur principal de la 95e transformation
À ce niveau, lorsqu'on aborde la question des mouvements sociaux, il est
essentiel de souligner qu'ils ne doivent pas se cantonner à une
idéologie, mais se structurer autour d'un besoin, d'une cause commune et
concrète. Nous sommes convaincus que seule la convergence de divers
mouvements sociaux au sein d'une organisation populaire permettra de
dépasser le capitalisme et l'État, et d'instaurer un socialisme
libertaire par la révolution sociale. Le niveau social est l'acteur
principal du processus de transformation sociale. Les mouvements sociaux
doivent s'organiser autour de problématiques concrètes et pragmatiques
visant à améliorer les conditions de vie des classes exploitées en cas
de victoire. Ces mouvements doivent inclure toutes les personnes
intéressées par la lutte autour de ces enjeux et qui bénéficieront d'une
éventuelle victoire.
96. LIMITES DES MOUVEMENTS SOCIAUX
Les mouvements sociaux restent soumis aux aléas de la conjoncture et
sont parfois responsables de la fin de la mobilisation. Ces processus de
régression entraînent souvent la perte de l'expérience et des
enseignements tirés des luttes. Nombre de mouvements sociaux se
transforment en mouvements réformistes, c'est-à-dire des mouvements
visant à corriger ou à obtenir des gains au sein du système capitaliste.
Certaines caractéristiques inhérentes au niveau social complexifient ce
processus de transformation sociale (mouvements sociaux -> organisation
populaire -> révolution sociale -> socialisme libertaire). Certaines
organisations tentent d'idéologiser les mouvements, les affaiblissant
ainsi; d'autres cherchent à les instrumentaliser à des fins qui
diffèrent de celles des mouvements; certains mouvements ne recherchent
pas la participation des classes exploitées et deviennent une
«avant-garde» déconnectée de la base; d'autres encore fonctionnent
uniquement avec l'ai
de des gouvernements et des capitalistes; certains sont totalement
dépendants des politiciens, des partis et autres groupements
autoritaires; d'autres enfin souhaitent élire des candidats et
participer politiquement uniquement par le biais de la démocratie
représentative. Il existe des mouvements qui soutiennent des relations
hiérarchiques où la direction prend les décisions et la base ne fait
qu'obéir; il existe des mouvements réformistes; il existe des mouvements
isolés qui ne souhaitent pas se connecter aux autres; il existe des
mouvements qui ne produisent ni théorie ni analyse situationnelle; et
bien d'autres encore.
97. LE NIVEAU POLITIQUE EST IDÉOLOGIQUE.
Contrairement au niveau social, le niveau politique est un niveau
idéologique, un niveau anarchiste. Ce niveau politique doit
nécessairement interagir avec le niveau social, car nous comprenons que
sans ce dernier, il est incapable de réaliser la transformation sociale
souhaitée. Nous comprenons que seule cette articulation sociale permet
de construire une organisation populaire et d'accroître son pouvoir
social pour atteindre les objectifs ultimes. Nous comprenons que cette
transformation sera le fruit d'une contribution du niveau politique au
niveau social. L'organisation anarchiste spécifique vise à mettre en
oeuvre une politique révolutionnaire qui conçoit les moyens d'atteindre
les objectifs ultimes (révolution sociale et socialisme libertaire), en
fondant toujours son action sur une stratégie. À cette fin, elle
s'organise en minorité active coordonnant des activités militantes
idéologiques qui alimentent les luttes du niveau social. L'activité
principale de ce n
iveau politique est le travail social, qui se déroule lors de ses
interactions avec le niveau social. Dans ce contexte, le niveau
politique cherche à influencer le niveau social autant que possible,
afin qu'il fonctionne de la manière la plus libertaire et égalitaire
possible. Nous avons constaté que cela peut se produire directement ou
par le biais de regroupements de tendances entre organisations
anarchistes et mouvements sociaux. Nous affirmons que le niveau
politique s'articule socialement dès lors qu'il atteint ce stade, même
partiellement. Le niveau social, plus sensible aux conjonctures que le
niveau politique, est caractérisé par de fortes fluctuations. Lors des
phases d'essor des mouvements sociaux, le rôle des organisations
anarchistes est de les propulser. Lors des phases de déclin, leur rôle
est de maintenir la flamme, d'attendre et de se préparer à de nouvelles
opportunités de mobilisation. Ainsi, une fonction essentielle du niveau
politique est d'assurer
la continuité de l'idéologie et l'accumulation des luttes lors des
phases de déclin (et même lors des phases d'essor) du niveau social.
98. UN PIONNIER COMME UN RAYON DE LUMIÈRE
Lorsque nous définissons le niveau politique comme l'organisation
anarchiste spécifique d'une minorité efficace, nous recherchons une
signification opposée à celle d'une organisation d'avant-garde
autoritaire. Ainsi, le processus par lequel le niveau politique
influence le niveau social vise à lui conférer les caractéristiques
souhaitées. Si le niveau social existe déjà, le niveau politique se
contente de l'accompagner; sinon, il s'efforce d'assurer son existence.
Bien que les autoritaires postulent une distinction entre les niveaux
social et politique, ils considèrent que le niveau politique entretient
une relation hiérarchique et dominante avec le niveau social. Ainsi, la
hiérarchie et la domination au sein du niveau politique (partis
autoritaires) se reproduisent dans leurs relations avec le niveau
social. De même, les autoritaires conçoivent la reproduction de la
conscience, qui opère au sein du niveau politique par le biais de la
hiérarchie et de la domination,
comme devant, selon eux, être transférée du niveau politique au
niveau social, du «conscient» à l'«inconscient». Il ne s'agit pas d'une
relation bidirectionnelle du politique vers le social et inversement,
mais d'une relation unidirectionnelle du politique vers le social, qui
devient en fin de compte un vecteur de diffusion des idées politiques.
99. QUESTION ÉTHIQUE
Une organisation anarchiste ne peut éviter de se comporter comme un
parti autoritaire (même révolutionnaire) que par le biais de l'éthique.
Contrairement aux organisations d'avant-garde, l'échelon politique
organisé en minorité active agissant de manière éthique n'établit aucune
hiérarchie ni relation de domination avec l'échelon social. Son objectif
est d'encourager, de soutenir et de faire preuve de solidarité lorsque
cela est nécessaire et requis, le tout dans le respect de l'éthique. Au
contact de l'échelon social, une organisation anarchiste spécifique agit
de manière éthique et ne recherche ni privilèges, ni imposer sa volonté,
ni dominer, ni tromper, ni aliéner, ni se considérer comme supérieure,
ni ne lutte pour ou contre les mouvements sociaux. Elle lutte aux côtés
des mouvements sociaux, sans jamais aller au-delà de leurs objectifs.
100. EXPERTISE ÉTRANGÈRE
Contrairement aux régimes autoritaires, nous considérons que le niveau
social influence le niveau politique, et cela devrait toujours être le
cas. Autrement dit, en confrontant son idéologie à la pratique du niveau
social, le niveau politique pourra lui aussi apporter une contribution
essentielle à l'organisation anarchiste. Nous sommes convaincus que le
niveau politique ne peut concevoir une stratégie révolutionnaire
cohérente qu'à partir du moment où il entre en contact avec la pratique
du niveau social. Cela ne signifie pas pour autant que nous prônons un
certain «mobilisme populaire» qui considérerait comme juste tout ce que
revendiquent les mouvements sociaux. Nous savons que ces mouvements
présentent souvent des caractéristiques différentes de celles que nous
souhaitons, et pire encore: ils dérivent parfois vers la droite,
défendant des positions capitalistes, voire dictatoriales, comme dans le
fascisme. Si nous ne pensons pas devoir être à l'avant-garde d
es mouvements sociaux, nous ne pensons pas non plus devoir les suivre
passivement, en soutenant toutes leurs revendications.
101. TROIS QUESTIONS DE STRATÉGIE
Nous pouvons définir la stratégie à partir de la formulation des
réponses à trois questions:
Où sommes-nous?
Où voulons-nous aller?
Comment pouvons-nous, selon nous, sortir de notre situation actuelle et
atteindre celle que nous souhaitons?
La stratégie est donc la formulation théorique d'un diagnostic de la
situation actuelle, la conception de l'état souhaité et une série
d'actions visant à transformer la situation actuelle et à la faire
atteindre cet état souhaité. En bref, dans une organisation, tout, du
plus complexe au plus simple, peut et doit être fait de manière
stratégique. Toute action qu'une organisation anarchiste spécifique,
même ses militants, entend mener peut être conçue stratégiquement.
Derrière l'ensemble de ce matériel théorique se cache une logique
stratégique. Concevoir notre stratégie de transformation sociale, tel
est l'objectif de ce texte. Premièrement, en réfléchissant à la première
question et en cartographiant le capitalisme et l'État qui façonnent la
société de domination et d'exploitation. Ensuite, en réfléchissant à la
deuxième question, en essayant de concevoir nos objectifs ultimes: la
révolution sociale et le socialisme libertaire. Enfin, en réfléch
issant à la troisième question et en proposant une transformation
sociale qui s'opère par le biais de mouvements sociaux se transformant
en organisations populaires et en interaction constante avec des
organisations anarchistes spécifiques.
102. DÉVELOPPEMENT ET ÉVALUATION
Une organisation anarchiste spécifique doit s'efforcer de diagnostiquer
la réalité dans laquelle elle opère, de définir ses objectifs ultimes à
long terme et, surtout, d'identifier les différentes périodes et cycles
de lutte, chacun avec ses propres objectifs. Cette approche «macro»
(diagnostic, objectifs à moyen et long terme) est appelée stratégie, et
les objectifs principaux sont appelés objectifs stratégiques. La
stratégie est ensuite détaillée sur un plan plus «micro», à savoir la
tactique, qui définit les objectifs à court terme et les actions mises
en oeuvre par les militants ou les groupes militants afin d'atteindre
ces objectifs tactiques. Chaque militant a une fonction bien définie et
des objectifs clairs à atteindre. De toute évidence, la réalisation des
objectifs tactiques doit contribuer à se rapprocher des objectifs
stratégiques, voire à les atteindre. L'évaluation se fait en analysant
la progression des activités, leur conformité avec l
es objectifs initiaux et la possibilité d'erreurs. En bref: nous
examinons si nous progressons vers les objectifs définis ou si nous nous
en éloignons. Dans le premier cas, nous corrigeons les erreurs,
procédons aux ajustements nécessaires et poursuivons dans la même voie.
Dans le second cas, nous modifions nos actions tactiques et, à terme,
notre stratégie, en répétant le même processus dans un laps de temps
précis. C'est ce processus d'action, d'évaluation, de maintien, de
réévaluation, etc., qui permet à l'organisation de progresser
stratégiquement et de poursuivre efficacement son combat.
103. LIGNE STRATÉGIQUE
Pour définir une orientation stratégique et élaborer un programme, le
contact avec la pratique, qui enrichit la théorie par le savoir, est
essentiel. Ce contact garantit également la bonne mise en oeuvre
tactique de la stratégie. À travers ce programme, l'organisation
anarchiste présente sa proposition stratégique de transformation
sociale. Celle-ci sert à la fois à orienter l'action de ses militants et
à clarifier ses positions auprès du grand public, en rendant publiques
l'analyse et les propositions. Si les objectifs évoluent, par exemple
dans un contexte post-révolutionnaire, la stratégie peut être adaptée.
D'où l'importance de comprendre la situation actuelle et de définir des
objectifs clairs et précis - éléments fondamentaux de l'élaboration
stratégique.
104. DÉCISIONS COLLECTIVES, ET NON LITIGES INDIVIDUELS.
En matière d'idéologie, la stratégie est bien plus flexible, car elle
évolue en fonction du contexte social et de la situation. Il est naturel
d'appliquer différentes tactiques à la pratique politique de
l'anarchisme selon les contextes et les conjonctures. L'organisation
décide des réponses aux trois questions stratégiques, par consensus ou
par vote. Elle définit la ligne tactique et stratégique, et tous ses
membres avancent dans la même direction. La pratique, relativement
courante, de nombreux groupes et organisations anarchistes menant des
actions divergentes, à droite comme à gauche, tout en reconnaissant leur
contribution à un ensemble commun, est inacceptable. Le modèle
organisationnel anarchiste spécifique exige des militants qu'ils fassent
des choses qui ne leur plaisent pas particulièrement, ou qu'ils
renoncent à certaines activités qu'ils apprécient. Ceci afin de garantir
la progression de l'organisation selon sa stratégie. Cette progression
stratégi
que confère à l'organisation anarchiste sa cohérence et son
efficacité; une organisation vouée à un militantisme sérieux et engagé,
où les militants agissent selon leurs priorités et travaillent sur les
tâches qui contribuent le plus efficacement à la réalisation de leurs
objectifs stratégiques. Il convient de souligner que la liberté
d'adhérer à une organisation équivaut à la liberté de la quitter, et
qu'un individu ou une minorité a la liberté de partir s'il se sent
fréquemment ignoré par les décisions de la majorité. Il est important de
rappeler que les décisions stratégiques, même prises par vote, sont des
décisions collectives et non le fruit de désaccords individuels au sein
de l'organisation.
[1]Les anarchistes qui rejettent la théorie de la «double organisation»
(voir 3, «L'organisation est le principe principal»), qui est le pilier
le plus important de la spéciation, et qui ne peuvent pas être sur le
terrain de la lutte. (note du traducteur)
[2]Ideal Peres (1925-1995), militant anarchiste brésilien qui a joué un
rôle important dans la réorganisation du mouvement anarchiste brésilien
et a poursuivi des activités d'éducation et d'organisation libertaires
malgré la répression pendant la dictature militaire.
https://www.yeryuzupostasi.org/2026/08/01/sosyal-vektoru-kazanmak-icin-104-adim/
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center