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(fr) Yeryuzu Postasi [TUR] - 104 étapes pour gagner le vecteur social i. (1/2) [Traduction automatique]
Date
Mon, 17 Aug 2026 08:34:58 +0300
Ces mots sont tirés de l'ouvrage de FARJ, *Social Anarchism and
Organizing*, mais cette version éditée et abrégée reflète notre
interprétation de ce texte, essentielle au développement du Centre
d'études spectrales et à la pérennité de *Militant Kindergarten* . Nous
avons adapté les paragraphes suivants de notre «Guide de lecture», sans
pagination ni points de suspension, et les avons numérotés et
sous-titrés pour une lecture plus fluide. ---- 1. LES DEUX AXES DU
SPÉCIFICISME ---- Par «spécificisme», nous entendons une conception
anarchiste de l'organisation articulée autour de deux axes fondamentaux:
l'organisation et le travail social/l'articulation sociale. Ces deux
axes reposent sur le concept classique d'action anarchiste différenciée
aux niveaux social et politique (l'axe de Bakounine) et sur le concept
spécifique d'organisation anarchiste (l'axe de Malastia).
2. L'idéologie du spécifique
Le synthétisme prône un modèle organisationnel anarchiste englobant tous
les anarchistes (anarcho-communistes, anarcho-syndicalistes,
anarcho-individualistes, etc.). De ce fait, il partage nombre des
caractéristiques que nous critiquons. Nous savons que même au sein des
organisations synthétisme, on trouve des militants engagés en faveur de
l'anarchisme social; nous veillons donc à ce que nos critiques ne
paraissent pas généraliser. Bien que nous ne remettions jamais en
question le caractère anarchiste de ces organisations (à nos yeux, elles
le sont toutes), elles ne correspondent souvent pas à notre conception
de l'organisation anarchiste. Il existe d'autres organisations
anarchistes qui ne sont pas issues de la tradition essentialiste. Par
conséquent, l'essentialisme représente bien plus qu'une simple promotion
de l'organisation anarchiste. Nous concevons l'anarchisme comme une
idéologie; c'est-à-dire «un ensemble d'idées, de motivations,
d'aspirations et de vale
urs directement liées à l'action, une structure ou un système de
concepts, ce que nous appelons pratique politique». Le spécifiqueisme,
en tant qu'idéologie, prône un anarchisme visant à établir un modèle
d'action pour transformer la société contemporaine en un socialisme
libertaire par la révolution sociale. Notre objectif est ici de
distinguer cette conception de l'anarchisme d'une autre, purement
abstraite et théorique, qui encourage uniquement la libre pensée et
n'exige pas nécessairement l'établissement d'un modèle de transformation
sociale. L'anarchisme, envisagé uniquement sous cet angle d'observation
critique de la vie, offre une liberté esthétique et des possibilités
infinies. Cependant, conçu ainsi, il n'offre pas la possibilité d'une
véritable transformation sociale car il n'est pas mis en pratique. Il
lui manque une pratique politique qui prenne en compte les finalités
ultimes.
3. L'ORGANISATION EST UN PRINCIPE FONDAMENTAL.
Dans le modèle specificiste, cette distinction existe nécessairement
entre les niveaux d'activité politique et social. Ainsi, une
organisation anarchiste spécifique est l'organisation d'anarchistes qui
se rassemblent au niveau politique et idéologique et mènent leurs
principales activités au niveau social, avec pour objectif d'être le
catalyseur de la lutte. En établissant cette distinction entre les
niveaux social et politique, nous n'entendons pas sous-entendre que nous
voulons devancer les mouvements sociaux ni que le niveau politique
exerce une quelconque hiérarchie ou domination sur le niveau social. De
manière générale, au sein de l'anarchisme, cette distinction entre les
niveaux social et politique n'est pas acceptée par tous les courants;
ces courants ont une conception vague de l'organisation anarchiste, la
considérant comme un mouvement social, une organisation, un groupe
d'associés, un groupe de travail, une communauté, une coopérative, etc.
Il existe ég
alement des courants anarchistes qui prônent des attitudes
«anti-organisation» voire spontanées, considérant toute forme
d'organisation comme autoritaire ou contraire à l'anarchisme. Certains
anarchistes, partisans de ces idées et désireux de s'engager dans le
travail social, peinent à faire face aux forces autoritaires et, faute
d'organisation adéquate, deviennent les exécutants et les instruments de
projets autoritaires. D'autres, désabusés, quittent les mouvements
sociaux, ne trouvant pas leur place. Selon nous, ces tentatives
d'idéologisation des mouvements sociaux, et d'autres similaires,
affaiblissent à la fois ces mouvements eux-mêmes - qui ne s'articulent
plus autour de problématiques concrètes telles que la terre, le logement
et l'emploi - et l'anarchisme lui-même, car elles empêchent
l'approfondissement des luttes idéologiques en leur sein. L'objectif de
ces anarchistes, convertir tous les militants des mouvements sociaux à
l'anarchisme, est irréalis
able sans une profonde déstabilisation de ces mouvements. Ainsi,
constatant la présence naturelle, au sein des mouvements sociaux, de
personnes d'idéologies différentes qui ne seront jamais anarchistes, ces
anarchistes se désillusionnent et se retirent généralement des luttes.
En conséquence, cet anarchisme a souvent tendance à se replier sur lui-même.
DIFFICULTÉS EN 4E ANNÉE
De notre point de vue, l'anarchisme est né du peuple et lui appartient;
il doit prendre clairement position en faveur des classes exploitées,
constamment engagées dans la lutte des classes. Par conséquent, lorsque
nous nous demandons «où semer les graines de l'anarchisme», il nous
apparaît évident que cela doit se faire au sein même de la lutte des
classes, là où les contradictions du capitalisme sont les plus
flagrantes. Certains anarchistes ne partagent pas cette orientation de
l'anarchisme vers la lutte des classes; pire encore, certains la
critiquent comme une tentative de libération ou une «apologie des
pauvres». Nombre de ces anarchistes qui rejettent la lutte des classes
estiment que la définition classique des classes bourgeoises et
prolétariennes n'est plus valable car elle ne tient pas compte de la
société actuelle, et que, par conséquent, les classes n'existent plus ou
constituent un concept dépassé. Nous nous opposons fondamentalement à
ces concepti
ons et nous pensons que, quelle que soit la définition des classes et
quelle que soit l'importance accordée à l'aspect économique, il est
indéniable qu'il existe des contextes et des conditions dans lesquels
certains souffrent davantage que d'autres des effets du capitalisme. Ce
sont précisément ces contextes et conditions que nous souhaitons
privilégier dans notre travail. Lorsque nous cherchons à appliquer
l'anarchisme à la lutte des classes, nous introduisons le travail
social, que nous avons défini précédemment comme «l'activité que mène
une organisation anarchiste au coeur de la lutte des classes, mettant
l'anarchisme en interaction avec les classes exploitées». Comme nous
l'avons déjà dit, pour nous, le travail social doit être l'activité
première de toute organisation anarchiste. Nous soutenons que
l'organisation anarchiste doit viser l'articulation sociale
(l'insertion), c'est-à-dire «le processus d'influence sur les mouvements
sociaux par la pratiqu
e anarchiste», à travers le travail social.
5. ANARCHISME SECTARIEN[1]
Certains affirment qu'en tant qu'individus au sein de la société, ils
possèdent déjà une capacité d'expression sociale. Ces groupes ont
souvent tendance à se sectaire. Pour les anarchistes qui estiment que le
travail social et l'expression sociale ne sont pas prioritaires, l'idée
prévaut que d'autres activités seront plus efficaces pour le
développement de l'anarchisme, même si cela n'est généralement pas
explicitement formulé. De plus, faute de formulation stratégique, du
moins en apparence, ces anarchistes ont tendance à se concentrer sur la
propagande, qui reste très limitée aux publications, aux événements et à
la culture. La propagande est également essentielle pour nous, mais elle
est insuffisante sans le soutien du travail social et de l'expression
sociale. Avec ce soutien, la propagande devient bien plus efficace. Par
conséquent, concrètement, la propagande devrait s'articuler autour de
deux axes: une dimension éducative et culturelle et un engagemen
t dans la lutte aux côtés des mouvements sociaux.
6. ANARCHISTES BOURGEOIS
Soit ils abandonnent leur projet de transformation sociale, soit ils
forment un groupe qui lutte pour le peuple, mais sans participer
activement à ses côtés, se positionnant en avant-garde plutôt qu'en
minorité engagée. Finalement, ils transforment leur anarchisme en un
«mouvement en soi», composé principalement d'individus issus des classes
moyennes et intellectuelles, se tenant à l'écart des luttes sociales et
populaires et ne communiquant pas avec les personnes d'idéologies
différentes. Dans la plupart des cas, ils prônent la spontanéité car,
selon eux, «venir de l'extérieur», «introduire l'anarchisme dans les
mouvements sociaux», est autoritaire. Ils estiment que les idées doivent
émerger spontanément. Ils condamnent le débat, la persuasion, la
tromperie, l'échange et l'influence, les considérant comme des pratiques
imposées de l'extérieur et donc autoritaires au sein des mouvements sociaux.
7. LA PRATIQUE AU SERVICE DE LA THÉORIE
Comme nous l'avons expliqué, l'anarchisme ne doit ni être replié sur
lui-même, ni se détourner des mouvements sociaux et des personnes
d'idéologies différentes. Puisque nous comprenons que la classe se
définit non par l'origine, mais par la position que l'on défend dans la
lutte, nous estimons que soutenir les mouvements sociaux et les
organisations différents de sa propre réalité, participer aux
mobilisations et à l'organisation, est une obligation éthique pour tout
militant visant à la fin de la société de classes. Enfin, nous pensons
que le travail social apporte à l'anarchisme la pratique nécessaire et
qu'il contribue grandement au développement de la ligne théorique et
idéologique de l'organisation. Les groupes et organisations qui n'ont
pas de travail social ont tendance à radicaliser un discours dépourvu de
fondement pratique.
8. UNITÉ DE LA THÉORIE ET DE L'IDÉOLOGIE
Pour nous, il est impossible d'avoir une pratique efficace, voire de
créer une organisation, sans s'accorder sur des «questions fondatrices».
Nous devons définir une ligne idéologique et théorique que
l'organisation défendra et développera. Cette ligne politique est
construite collectivement, et chaque membre de l'organisation est tenu
d'y adhérer. Pour les anarchistes qui ne prônent pas cette unité, les
organisations anarchistes peuvent fonctionner selon différentes lignes
idéologiques et théoriques. Chaque anarchiste ou groupe anarchiste peut
avoir sa propre interprétation et sa propre théorie de l'anarchisme.
C'est ce qui explique les conflits et les divisions qui surviennent au
sein des organisations partageant cette conception.
9. UNION STRATÉGIQUE
Nous pensons qu'un manque de stratégie disperse les efforts, entraînant
souvent leur perte. Comme nous l'avons vu, agir de manière stratégique
implique d'élaborer un plan de toutes les actions concrètes entreprises
par l'organisation, en validant sa situation actuelle, ses objectifs et
la manière de les atteindre. Comment concevoir une organisation où l'on
tente de concilier un groupe qui estime devoir agir comme une structure
spécifique au sein d'un mouvement social et un autre groupe qui
privilégie les interactions sociales entre amis, la thérapie de groupe,
voire l'épanouissement de l'individu, considérant l'engagement dans les
mouvements sociaux comme autoritaire (voire une forme de philanthropie
marxiste ou progressiste)? Deux solutions s'offrent à nous: soit aborder
les problèmes et composer avec des querelles et des tensions qui
accaparent une grande partie du temps, soit les ignorer. La plupart de
ces organisations optent pour la seconde solution. Le modèle du
spécifique nous oblige à faire des choses qui nous déplaisent, ou à
renoncer à certaines activités que nous apprécions beaucoup. L'objectif
est de garantir que l'organisation progresse selon une stratégie où
chacun rame dans la même direction. Les priorités et les responsabilités
impliquent que chacun ne peut pas faire ce qu'il veut, quand il le veut.
Chaque personne a l'obligation envers l'organisation de remplir ses
engagements et de définir ses priorités.
10. PRISE DE DÉCISION
Nous gardons à l'esprit que le processus décisionnel est un moyen, non
une fin. Certaines organisations, cherchant le compromis à tout prix et
craignant la division, accordent à un ou quelques individus un poids
disproportionné dans les décisions, dans le seul but de parvenir à un
compromis. Parfois, elles consacrent des heures à des arguments
insignifiants. L'unité idéologique et théorique, ainsi que l'unité
stratégique et tactique, sont atteintes grâce au processus décisionnel
collectif adopté par certaines organisations: d'abord, une tentative de
compromis, et si cela s'avère impossible, un vote, la majorité
l'emportant. Comme nous l'avons déjà souligné, dans ce cas, l'ensemble
de l'organisation adopte la décision retenue. L'obligation pour chacun
de suivre la même voie, règle fondamentale du spécifiqueisme, constitue
un engagement envers la stratégie de l'organisation. En effet, si un
groupe refuse d'agir dès qu'une décision déplaît à certains milit
ants, la progression de l'organisation devient impossible.
11. ENGAGEMENT MILITANT
Le manque d'engagement, de responsabilité et d'autodiscipline constitue
un problème majeur dans de nombreux groupes et organisations
anarchistes. Pour nous, le militantisme est essentiel à la lutte pour
une société libre et égalitaire, et nous ne pensons donc pas qu'il soit
toujours «tendance». Si nous devions choisir entre un modèle de
militantisme plus efficace et un modèle plus «tendance», nous
privilégierions l'efficacité. Le modèle spécifique incarne un haut
niveau d'engagement militant. Cet engagement crée un lien entre le
militant et l'organisation, une relation réciproque où l'organisation
est responsable envers le militant et vice-versa. Autrement dit:
l'organisation a une dette de reconnaissance envers le militant, et le
militant a une dette de reconnaissance envers l'organisation. Les
organisations anarchistes spécifiques regroupent uniquement des
militants partageant une affinité idéologique avec l'organisation. Il
existe donc des critères d'adhési
on bien définis, tant au niveau politique que social, depuis les
groupes de sympathisants ou de tendance jusqu'à l'organisation
anarchiste spécifique. Plus ils souhaitent s'engager, plus ils
s'impliquent dans l'organisation et plus leur pouvoir de décision est grand.
12. ORGANISATION SUR LE TOIT
Nous ne souhaitons pas être une organisation fourre-tout englobant tous
les courants anarchistes. Ces définitions larges (voire vagues) semblent
rassembler davantage d'anarchistes au sein de l'organisation. Cependant,
nous pensons qu'il est préférable de privilégier la qualité des
militants à leur quantité. Contrairement au modèle spécifique, certaines
organisations exigent que les militants s'identifient comme anarchistes,
indépendamment de leur compréhension de l'anarchisme. Certains
participent plus ou moins, d'autres sont plus engagés, certains assument
plus de responsabilités, et tous ont un pouvoir de décision égal. Ainsi,
beaucoup décident d'activités qu'ils ne réaliseront pas eux-mêmes,
c'est-à-dire qu'ils déterminent ce que les autres feront. Lorsqu'une
organisation permet à quelqu'un de prendre une décision sans en assumer
la responsabilité, ou d'assumer une responsabilité sans la mettre en
oeuvre, elle instaure une forme d'autoritarisme parmi les décideurs et
fait peser le fardeau du travail sur les autres camarades.
13. INDIVIDUALISME
Pour les individualistes, être anarchiste signifie le plus souvent être
artiste, bohème, prôner la liberté sexuelle à travers les relations
libres ou les relations polygames, porter des vêtements originaux,
arborer une coupe de cheveux radicale, avoir des comportements extrêmes,
manger des aliments différents, se définir et s'épanouir
personnellement, être contre la révolution (?!), être contre le
socialisme (?!), apprécier la liberté esthétique et tenir un discours
décousu et irrationnel, bref, devenir apolitique. Le spécifiqueisme,
quant à lui, désigne un rejet total et absolu de l'individualisme
anarchiste. Autrefois plus répandus, certains préfèrent travailler seuls
tout en partageant notre vision du monde. Leur seul défaut? Leur manque
d'organisation les empêche de consolider les résultats de leur travail.
Un autre type, plus courant aujourd'hui, abandonne le projet socialiste.
S'appuyant sur la critique de l'État propre aux anarchistes, ils critiquen
t très peu le capitalisme et ne s'engagent aucunement dans la
transformation de notre société. En se positionnant comme de simples
observateurs critiques de la société, ils construisent un anarchisme
fondé sur des penseurs et des références secondaires, et qui se résume à
la critique. Ils n'ont aucun projet social, et certainement aucune
action cohérente qui témoigne de cette société nouvelle. Si nous
défendons le spécisme comme forme d'organisation anarchiste, c'est parce
que nous le jugeons plus adapté au travail que nous souhaitons accomplir
aujourd'hui. Nous comprenons qu'il existe des anarchistes qui n'adhèrent
pas au spécisme, et nous ne les considérons pas moins anarchistes pour
autant. Nous demandons simplement que notre choix soit respecté.
14. SOURCES D'INSPIRATION DU SPÉCULATISME
Comme nous l'avons vu, le terme «spécisme» a été développé par
l'Université Friedrich-Alexander d'Erlangen-Nuremberg (FAU) et n'est
parvenu au Brésil qu'à la fin du XXe siècle. Plutôt que de proposer une
nouvelle conception de l'organisation anarchiste, le spécisme visait à
fédérer plusieurs concepts d'organisation anarchiste déjà existants, qui
s'étaient développés depuis le XIXe siècle. Le spécisme de la FAU porte
l'influence de Bakounine et Malatesta, de la lutte des classes propre à
l'anarcho-syndicalisme et de l'anarchisme dépossédé, le tout dans le
contexte latino-américain.
15. Bakounine
La première mention historique de l'adhésion à une cause commune remonte
à Bakounine, dont la conception organisationnelle a façonné l'anarchisme
et constitué l'activité des libertaires au sein de l'Association
internationale des travailleurs (AIT). Deux courants se sont développés
au sein de l'AIT: l'un centraliste, l'autre fédéraliste. L'Alliance
était une organisation minoritaire efficace, composée des membres les
plus fiables, les plus dévoués, les plus intelligents et les plus
énergiques - en somme, les plus proches. Elle fut créée pour traiter
secrètement des questions qui ne pouvaient être abordées publiquement et
pour servir de catalyseur au mouvement ouvrier. L'Alliance a défini le
rapport entre les sphères sociale et politique.
16. MALATESTA
Selon Malatesta, l'avenir n'était pas nécessairement prédéterminé et ne
pouvait être changé que par une intervention volontaire dans les
événements - autrement dit, par la volonté - afin de réaliser la
transformation sociale souhaitée. Dans la lignée de la tradition
anarchiste collectiviste de l'époque de Bakounine, qui prônait une
distribution équitable des richesses selon le travail accompli dans la
société future, le courant anarcho-communiste a émergé, défendant une
distribution équitable selon les besoins de chacun. Sur le plan
politique, Malatesta a développé une conception spécifique de
l'organisation anarchiste, qu'il nommait le parti anarchiste. Cette
organisation devait agir au sein des mouvements de l'époque, appelés
«mouvements de masse», et les influencer; les syndicats constituaient le
terrain privilégié de l'activité anarchiste. Aujourd'hui, nous pensons
que cette organisation anarchiste spécifique doit s'inscrire dans la
lutte des clas
ses, au coeur des mouvements sociaux, et oeuvrer à leurs côtés pour
parvenir à la révolution sociale et au socialisme libertaire.
17e MAGÓN
Selon nous, l'expérience historique de Ricardo Flores Magón a constitué
un tournant majeur dans la compréhension de la spéciation. Le magonisme
s'inscrivait dans la phase radicale du Parti libéral mexicain (PLM).
Durant la Révolution mexicaine, le PLM, devenu illégal, organisa plus de
quarante groupes de résistance armée à travers le Mexique; il comptait
également parmi ses membres des populations autochtones reconnues pour
leurs luttes en faveur des droits des communautés et contre la propriété
capitaliste. Ces groupes s'unirent au sein d'un front anti-réélection
qui leur accordait une relative autonomie et indépendance.
XVIIIe révolution russe
Une autre référence historique importante pour l'ésotérisme est la
participation des anarchistes à la Révolution russe. Sur le terrain,
dans le sud de l'Ukraine, les paysans du village de Gulyai Polye, qui
possédait une solide organisation anarchiste depuis la révolution de
1905, formèrent l'Union des paysans, décidant de lutter pour la
révolution sociale indépendamment du gouvernement et de rechercher
l'autogestion des moyens de production. Une scission apparut alors entre
les éléments révolutionnaires autoritaires et libertaires. Les premiers
préconisaient la prise de contrôle de l'appareil d'État et
l'instauration d'une dictature du parti (bolchevique) dirigée par un
comité central tout-puissant; les seconds privilégiaient un communisme
libertaire et autogéré sous la forme de conseils d'ouvriers, de paysans
et de soviets populaires armés. Les bolcheviks entreprirent
progressivement de nier, de réprimer, d'entraver et finalement
d'interdire la diffusion des
idées et des pratiques libertaires. Ils militarisèrent le mouvement
ouvrier, expulsèrent les dirigeants élus des soviets, forcèrent ces
derniers à se soumettre à l'autorité centrale du parti et interdirent
les grèves. Ce fut la fin du processus de socialisation et d'autonomie
en Ukraine; il fut réprimé et inversé par les bolcheviks au profit de
formes d'organisation et de contrôle social étatiques et totalitaires
sous une nouvelle classe dirigeante.
19e QUAI
Ce document expose des points de vue importants sur l'importance de la
participation anarchiste à la lutte des classes et sur la nécessité
d'une révolution sociale violente pour renverser le capitalisme et
l'État et instaurer un communisme libertaire. Il contribue également de
manière significative à la question de la transition du capitalisme au
communisme libertaire et à la défense de la révolution. Sur le plan
politique, la Plateforme prône une organisation anarchiste opérant au
sein des mouvements sociaux, c'est-à-dire au niveau social, et souligne
le rôle minoritaire efficace de cette organisation. Elle contribue
également de manière significative au modèle d'organisation anarchiste
au niveau politique. Lors des révolutions russes, les anarchistes ont
commis une erreur en négligeant la question de l'organisation. À notre
avis, la Plateforme s'inspire à la fois de Bakounine et de Malatesta et
apporte des contributions nouvelles. Par conséquent, elle doit ê
tre considérée comme une contribution à la spéciation, mais non la
plus importante. Il s'agit moins d'un document traitant de
l'organisation anarchiste dans tous ses contextes que d'une contribution
au débat sur l'action militaire anarchiste.
XXe RÉVOLUTION ESPAGNOLE
À l'instar de la Révolution russe, la Révolution espagnole de 1936 nous
sert de point de référence. Une véritable révolution sociale s'est
déroulée durant ces années. Cette révolution, menée sous le feu des
critiques, visait à transformer tous les domaines, des structures
économiques injustes au quotidien, des conceptions hiérarchiques
pernicieuses aux inégalités historiques entre hommes et femmes. Et tout
cela fut l'oeuvre des anarchistes. Dans la phase initiale (de juillet
1936 au début de 1937), les anarchistes figuraient parmi les groupes les
plus en vue. Les actions des militants dans des régions comme la
Catalogne furent exemplaires. Les structures républicaines se
transformèrent en organisations populaires grâce à un processus de
collectivisation intense et réussi. Les usines furent occupées et des
mesures sociales urgentes furent mises en oeuvre, telles que l'égalité
salariale entre hommes et femmes, la gratuité des soins de santé, le
maintien des
indemnités maladie, la réduction du temps de travail et
l'augmentation des salaires. La métallurgie, l'industrie du bois, les
transports, l'alimentation, la santé, les médias et les services de
divertissement, ainsi que les propriétés rurales furent collectivisés.
Des milices furent formées pour lutter contre les forces fascistes,
progressant sur certains fronts, notamment la colonne menée par
Buenaventura Durruti. Dans la seconde phase (1937-1939), la
contre-révolution connut un essor dévastateur. Les avancées de la
CNT/FAI furent anéanties par ceux qui cherchaient à reconstruire les
fondements de l'État (les modérés de la République, les communistes et
les socialistes). Les communistes commencèrent à occuper des postes clés
au sein du gouvernement. Les anarchistes furent une fois de plus
contraints de se soumettre à des conditions défavorables: certains
membres de la CNT finirent par intégrer le gouvernement.
21. BRÉSIL
Dès le début du XXe siècle, on constate que les anarchistes brésiliens,
notamment les disciples de Malatesta, associés à
l'«organisationnalisme», cherchaient à organiser leurs camarades afin de
créer une structure dotée d'une stratégie et de tactiques communes,
fondées sur des accords tactiques et une compréhension collective
claire. Par la création d'écoles et de troupes de théâtre, ainsi que par
une importante production écrite, ces anarchistes ont instauré les
conditions qui leur ont permis de participer pleinement à la vie
syndicale et sociale.
22. FAU
L'une des influences latines sur le spécifiqueisme que nous défendons
est la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU), fondée en 1956. Elle
puisait son inspiration dans la lutte des classes et les influences
anarcho-syndicales, les modèles organisationnels de Bakounine et
Malatesta, ainsi que dans l'anarchisme des dépossédés de la région du
Río de la Plata. À la fin des années 1960, parallèlement à
l'organisation de masse, la FAU développa son aile armée, l'Organisation
populaire révolutionnaire-33 (OPR-33). Cette organisation mena des
actions de sabotage, des expropriations économiques, des enlèvements de
personnalités politiques et/ou de chefs d'entreprise particulièrement
détestés par la population, et apporta un soutien armé aux grèves et aux
occupations de lieux de travail. La FAU rejetait le focoïsme comme
paradigme de la lutte armée et privilégiait l'articulation sociale au
sein du peuple, tout en évitant la militarisation. L'université FAU
s'est restructurée et a développé son travail avec trois axes
d'articulation - syndical, étudiant et communautaire - sur le modèle de
spécificité que nous préconisons aujourd'hui.
23. RÉSULTATS HISTORIQUES
Cet ensemble de concepts et d'expériences contribue à notre
compréhension actuelle du specificisme. Le specificisme est aujourd'hui
défendu par diverses organisations latino-américaines et, même si ce
n'est pas sous cette appellation, il se développe concrètement dans
d'autres régions du monde. En bref, notre compréhension des références
historiques au specificisme n'est pas dogmatique. Elle englobe un large
éventail d'idées, depuis celles de Bakounine et des Allianceistes de
l'AIT, en passant par les concepts et les expériences pratiques de
Malatesta aux niveaux social et politique, jusqu'aux expériences de
Magón et du PLM lors de la Révolution mexicaine. Nous sommes également
influencés par les expériences des anarchistes de la Révolution russe,
notamment les analyses organisationnelles des makhnovistes en Ukraine et
des Russes en exil, ainsi que par celles des anarchistes de la
Révolution espagnole autour de la CNT-FAI. Au Brésil, nous sommes
influencés pa
r l'«organisationnalisme» anarchiste, en mettant en lumière les
expériences de l'Alliance anarchiste de Rio de Janeiro de 1918 et du
Parti communiste (libertaire) de 1919. Enfin, l'influence de l'FAU est
manifeste tant dans ses luttes contre la dictature que dans ses
activités en première ligne avec les syndicats, les mouvements
communautaires et étudiants.
24. DISCUSSION SUR L'ORGANISATION
Nous souhaitions parvenir à des positions plus précises. Faire
progresser et orienter le débat, diffuser ces informations en interne
comme en externe, devenait de plus en plus nécessaire. Nos actions
visaient à fournir à chaque militant de notre organisation la structure,
l'espace et le soutien nécessaires pour que ce débat se déroule de la
manière la plus appropriée possible. Nous aspirions à élaborer une
théorie pertinente, qui ne soit pas une simple répétition de théories
déjà développées ailleurs et à d'autres époques. Nous cherchions à créer
nos propres concepts, afin de donner à la théorie que nous souhaitions
élaborer un caractère original. Dans cette entreprise, nous pensons
avoir réussi à construire et à façonner une théorie cohérente en
intégrant des théories classiques et contemporaines à nos propres
concepts. Nous souhaitions construire ce débat et son élaboration
collectivement. Pour nous, il ne suffit pas qu'un ou quelques camarad
es rédigent l'intégralité de la théorie de l'organisation tandis que
les autres se contentent d'observer et de suivre leurs positions.
25. L'ANARCHISME
Nous considérons l'anarchisme comme une idéologie qui, sans prétendre à
la rigueur scientifique ni à la prophétie, oriente l'action vers le
remplacement du capitalisme, de l'État et de ses institutions par un
socialisme libertaire - un système fondé sur l'autonomie et le
fédéralisme. L'anarchisme est une démarche consciente visant à insuffler
à la société le désir de transformation sociale.
26. HISTOIRE ET CONTEXTE
Dans certains contextes, l'anarchisme a acquis des caractéristiques
spécifiques qui ont amoindri sa portée idéologique, le transformant en
un concept abstrait réduit à une simple observation critique de la
société. De ce point de vue, l'anarchisme cesse d'être un outil dans la
lutte pour la libération des exploités et devient un passe-temps, un
objet de curiosité, un sujet de débat intellectuel, une niche
académique, une identité, un groupe d'amis, etc. Pour nous, cette vision
menace gravement le sens originel de l'anarchisme.
27. L'anarchisme social et l'anarchisme de style de vie
Aujourd'hui, on distingue un anarchisme social qui renoue avec les
luttes visant la transformation sociale, et un anarchisme de style de
vie qui abandonne cette perspective de transformation et de
participation aux luttes sociales contemporaines. Nous plaidons pour que
l'anarchisme retrouve son caractère idéologique originel, tel que nous
l'avons défini précédemment: «un système de concepts directement liés à
l'action,[...]à la pratique politique». Pour nous, l'anarchisme social,
en tant qu'idéologie, est une forme d'anarchisme qui se veut un
instrument au service des mouvements sociaux et de l'organisation
populaire, dans le but de renverser le capitalisme et l'État et de
construire un socialisme libertaire, fédéraliste et autogouverné.
28. CLASSES EXPLOITÉES
En acceptant cette classification et en étant conscients de ses limites,
nous définissons la catégorie des classes exploitées comme des zones
périphériques dominées par le centre. Par conséquent, toutes les luttes
des classes exploitées doivent s'inscrire dans une perspective
révolutionnaire afin de ne pas tenter de transformer des parties de ces
zones périphériques en nouveaux centres.
29. AUTORITAIRE CONTRE LIBERTAIRE
Les autoritaires, y compris certains qui se réclament de l'anarchisme,
perçoivent le centre comme un instrument et orientent leurs politiques
vers lui. Pour eux, le centre - défini comme l'État, le parti, l'armée
et le pouvoir de contrôle - est un moyen de libérer la société. Les
libertariens, quant à eux, ne considèrent pas le centre comme un
instrument et luttent constamment contre lui, en développant leurs
modèles révolutionnaires et leurs stratégies de lutte vers toutes les
périphéries. Pour que l'anarchisme puisse poursuivre un projet de
transformation sociale, il doit être en contact permanent avec la
périphérie. Les anarchistes encouragent les mouvements sociaux en
périphérie, à partir de la base, et s'efforcent de construire une
organisation populaire pour lutter solidairement contre l'ordre établi
et créer une société nouvelle fondée sur l'égalité et la liberté, où les
classes sociales n'auront plus de sens. Autrement dit, dans son action cont
re les classes, l'anarchisme considère les communautés
traditionnelles, les paysans, les chômeurs, les personnes en situation
de précarité, les sans-abri et d'autres catégories souvent ignorées par
les autoritaires comme faisant partie des classes exploitées.
30. LE VECTEUR SOCIAL DE L'ANARCHISME
L'émergence de ce que nous appelons le «vecteur social de l'anarchisme»
a débuté au début des années 1890 avec l'essor de l'articulation sociale
anarchiste au sein des syndicats et a atteint son apogée dans la
deuxième décennie du XXe siècle. Nous désignons par vecteur social
l'ensemble des mouvements populaires, principalement dans leurs aspects
pratiques, qui exercent une influence anarchiste significative, quel que
soit le secteur où ils se manifestent. Ces mobilisations, issues de la
lutte des classes, ne sont pas anarchistes du seul fait de leur
organisation autour de revendications spécifiques. Les mobilisations qui
constituent le vecteur social de l'anarchisme s'inscrivent dans des
mouvements sociaux perçus non comme une masse à diriger, mais comme des
espaces privilégiés d'action sociale et d'accumulation.
31e Gymnastique Révolutionnaire
Les moyens de lutte employés par la mobilisation autour de
problématiques immédiates fonctionnent comme une «gymnastique
révolutionnaire» préparant le prolétariat à la révolution sociale.
L'anarchisme peut ainsi se présenter comme un instrument idéologique de
lutte.
32e MOUVEMENT DE GRÈVE
Toute cette conjoncture de mobilisation fut impulsée par l'influence
considérable des anarchistes qui cherchaient à diffuser leur propagande
au sein des syndicats. Ces derniers existaient pour les travailleurs, et
non pour les travailleurs anarchistes, mais ils servaient de relais à la
diffusion de leurs idées, sans pour autant enfermer les syndicats dans
l'idéologie anarchiste. Un important mouvement culturel accompagnait
également les mobilisations syndicales: des écoles rationalistes
inspirées des principes de Ferrer y Guardia, des centres sociaux, le
théâtre ouvrier et d'autres initiatives qui jouèrent un rôle fondamental
dans la formation d'une culture de classe devenue un enjeu de l'action
syndicale en temps de lutte. Dans ce contexte de lutte croissante, deux
organisations politiquement et idéologiquement anarchistes se formèrent
également, cherchant à collaborer avec le mouvement syndical. La
première, l'Alliance anarchiste de Rio de Janeiro (Aliança Anarqu
ista do Rio de Janeiro), fut fondée en 1918 pour répondre au besoin
d'une organisation anarchiste oeuvrant au sein des syndicats; elle fut
cruciale pour le soulèvement de 1918. Cependant, sous la pression,
l'Alliance se désintégra et se réorganisa en 1919 avec la fondation du
premier Parti communiste (d'inspiration libertaire). L'Alliance et le
Parti communiste rassemblèrent tous deux des membres d'un courant
anarchiste qu'ils appelaient «organisateurs» et qui percevaient la
nécessité d'une distinction entre deux niveaux d'action: le niveau
politique, idéologiquement anarchiste, et le niveau social, celui de la
mobilisation syndicale. Ces militants considéraient comme indispensable
l'existence d'organisations anarchistes spécifiques agissant de concert
avec les syndicats. Il est important de souligner que, durant cette
période, les anarchistes se préoccupaient déjà de leurs propres
organisations.
33. FIN DE LA MOBILISATION
Le contexte de l'anarchisme était principalement déterminé par la
confusion entre différents niveaux d'action. Malatesta défendait la
nécessité de deux niveaux: l'un politiquement anarchiste, l'autre
social, au sein du syndicat, servant de moyen d'articulation. D'une
part, une partie des anarchistes plaidait pour une organisation
anarchiste spécifique visant à créer une articulation sociale au sein
des syndicats. D'autre part, certains anarchistes considéraient le
militantisme syndical comme leur unique mission. Le syndicalisme,
vecteur social censé mener à une fin exprimée par la révolution sociale
et l'instauration du socialisme libertaire, devint une fin en soi pour
nombre de militants. Le vecteur social de l'anarchisme connut une
progression fulgurante jusqu'au début des années 1920; puis,
parallèlement au syndicalisme lui-même, une crise anarchiste commença à
se développer. Celle-ci culmina avec la fin de la mobilisation dans les
années 1930 et la disparit
ion de ce vecteur social.
34. CRISE SOCIALE ET POLITIQUE
La crise du syndicalisme a fini par toucher l'anarchisme lui-même.
Ainsi, une crise sociale a également entraîné la crise politique,
puisqu'à cette époque, il n'y avait pas de réelle distinction entre les
deux. Sans organisations anarchistes, lorsque le niveau social - ou une
partie de celui-ci - est en crise, les anarchistes ne trouvent aucun
autre espace d'expression sociale.
35. PÈRES IDÉAL[2]
La FARJ se réclame de la continuité du militantisme d'Ideal Peres et de
l'oeuvre issue de son histoire de lutte. En 2002, nous avons lancé un
groupe de travail afin d'étudier la faisabilité de la création d'une
organisation anarchiste à Rio de Janeiro; c'est ainsi que la FARJ a été
fondée le 30 aout 2003. Pour nous, il existe un lien direct entre le
militantisme d'Ideal Peres, la construction et le fonctionnement du CEL,
son changement de nom en CELIP, et par la suite la fondation de la FARJ.
Né en 1925, Ideal Peres a débuté son militantisme dans un contexte de
crise où le vecteur social de l'anarchisme était déjà perdu. Dans les
années 1970, après sa sortie de prison, Ideal a organisé chez lui un
groupe de travail visant à rassembler les jeunes intéressés par
l'anarchisme, à les mettre en relation avec d'anciens militants et à
établir des liens avec d'autres anarchistes brésiliens. Ce groupe de
travail allait former le noyau du Cercle d'études libertaires
(CEL). Après la mort d'Ideal Peres en aout 1995, le CEL a décidé de
le renommer Cercle Idéal Peres pour les études libertaires (Círculo de
Estudos Libertários Ideal Peres - CELIP) en son honneur.
36. L'anarchisme du spécificisme
Pour nous, le chemin vers la reconquête du vecteur social passe
nécessairement par un anarchisme spécifiquement organisé, distinguant
différents niveaux d'action et s'inscrivant dans la lutte des classes.
Toute notre réflexion actuelle vise à concevoir un modèle
organisationnel stratégique permettant cette reconquête, dans la mesure
où il nous conduit à notre objectif de transcender le capitalisme et
l'État, et d'instaurer un socialisme libertaire. Dans ce contexte, nous
ne recherchons qu'une étape dans la lutte. Contrairement au début du XXe
siècle, où les syndicats étaient le lieu privilégié de la lutte des
classes, nous considérons aujourd'hui que si le syndicalisme peut être
un moyen d'expression, d'autres sont bien plus importants. De manière
générale, l'existence de classes particulièrement exploitées aujourd'hui
permet le travail social et l'expression des anarchistes: les chômeurs,
les paysans, les sans-terre, les sans-abri, etc. Pour nous, une org
anisation solide au niveau politique (idéologique) nous permettra de
trouver la meilleure façon de faire renaître ce vecteur social de
l'anarchisme, où qu'il se trouve.
37. LE CAPITALISME
Comme nous l'avons déjà souligné, le salarié, objet d'analyse classique
des thèses socialistes du XIXe siècle, ne représente aujourd'hui pour
nous qu'une seule catégorie de classes exploitées. D'une part, il y a
ceux qu'on appelle la «bourgeoisie», que nous désignerons ici par le
terme «capitalistes», qui possèdent les moyens de production et
emploient des travailleurs salariés. D'autre part, il y a ceux qu'on
appelle le «prolétariat», que nous désignerons ici par le terme
«travailleurs», qui ne possèdent que leur force de travail et sont
contraints de la vendre contre un salaire. Par ailleurs, le chômage fait
que lorsque les capitalistes se rendent sur le marché du travail, ils
trouvent une offre de main-d'oeuvre supérieure à la demande.
38. UN SYSTÈME DE MARCHÉ COMPLEXE
Le capitalisme, système qui reproduit l'injustice, dissocie le travail
manuel du travail intellectuel. Cette dissociation résulte à la fois de
l'héritage et de l'éducation, puisqu'elle instaure une éducation
différente pour les riches et les pauvres.
39. L'EXPLOITATION MONDIALE
Les entreprises privées, motivées par le profit, sont responsables du
transfert de toute la hiérarchie des classes dans les relations entre
les individus et leur environnement. De manière générale, la
mondialisation économique se caractérise par l'intégration des processus
de production, de distribution et d'échange à l'échelle planétaire. La
production s'effectue dans de nombreux pays, et les biens sont importés
et exportés en quantités considérables et sur de longues distances. Ce
système, d'une part, engendre du chômage dans les régions les plus
prospères, et d'autre part, il permet une exploitation qui menace
l'organisation des travailleurs, de plus en plus contrôlés et
marginalisés, et conduit à l'acceptation de la précarité.
40. HISTOIRE DE L'ÉTAT
L'État, quel que soit le mode de production dominant, a toujours été un
instrument de perpétuation des inégalités et un facteur d'atteinte à la
liberté. Nous concevons l'État comme l'ensemble des pouvoirs politiques
d'une nation, structurés par ses institutions politiques, législatives,
judiciaires, militaires et financières, etc. En ce sens, l'État est un
concept plus large que celui de gouvernement. L'État a été caractérisé
par un «double jeu», promettant aux riches de les protéger des pauvres,
et aux pauvres de les protéger des riches. Après la révolution
industrielle, la «question sociale» a émergé, contraignant les États à
élaborer des plans d'aide pour minimiser l'impact du capital sur le
travail. À la fin du XIXe siècle, en réaction au libéralisme, une
conception plus interventionniste de l'État a vu le jour. Celle-ci
visait, d'une part, à créer des politiques de protection sociale et,
d'autre part, à mettre en oeuvre des méthodes pour f
reiner la progression des initiatives socialistes, alors déjà très
influentes.
41. RELATIONS ENTRE ÉTAT ET CLASSE
Un État qui défend ouvertement la position des capitalistes peut
intensifier la lutte des classes; il est donc primordial, du point de
vue capitaliste, de lui présenter une apparence de neutralité.
Cependant, il ne faut pas oublier que l'État, en tant que soutien
indéfectible du capitalisme, cherche à le maintenir. Or, si le
capitalisme est un système d'exploitation et de domination, l'État ne
peut que perpétuer les rapports de classes qui le sous-tendent. Ainsi,
l'État défend les capitalistes au détriment des travailleurs. Détenteur
du monopole de la violence, il y recourt systématiquement pour faire
appliquer la loi. Et puisque les lois sont conçues pour préserver les
privilèges de la société capitaliste, la répression et le contrôle
étatique visent toujours à maintenir «l'ordre», c'est-à-dire à protéger
les privilèges du capitalisme et à perpétuer la domination de la classe
dirigeante. Aujourd'hui, l'État poursuit deux objectifs principaux: premiè
rement, créer les conditions nécessaires à la production et à la
reproduction du capitalisme; deuxièmement, garantir sa légitimité et son
contrôle. Par conséquent, l'État est aujourd'hui un pilier fondamental
du capitalisme. L'État transcende la sphère politique et fonctionne
comme un acteur économique du capitalisme, tentant de prévenir ou de
minimiser l'impact de ses crises ou des baisses de ses taux de profit.
42. LES SOCIALISTES AUTORITAIRES
Contrairement à ce que croyaient (et croient encore) les socialistes
autoritaires, l'État n'est pas un organisme neutre au service des
capitalistes ou des travailleurs. Si les anarchistes ont tant écrit sur
l'État, c'est parce que la critique du capitalisme faisait consensus
entre libertariens et autoritaires; leur point de divergence résidait
dans la nature même de l'État. Les autoritaires prônaient la prise de
contrôle de l'État et la dictature du prolétariat comme étape
intermédiaire entre le capitalisme et le communisme, appelée à tort
socialisme. La position libertarienne que nous défendons aujourd'hui est
que, pour construire le socialisme, l'État, au même titre que le
capitalisme, doit être aboli par la révolution sociale. Tout État, sous
prétexte de protéger le «citoyen», engendre des rapports de domination,
d'exploitation, de violence, de guerre, de massacre et de torture.
43. DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE
En abandonnant notre droit à l'élaboration des politiques à une classe
de politiciens qui entrent en fonction pour nous représenter, nous
accordons un pouvoir considérable à ceux qui décident en notre nom sans
aucun contrôle: une division inévitable s'installe entre les décideurs
et les citoyens. Les politiciens, qu'ils soient membres ou non de leurs
partis, incarnent la hiérarchie et la séparation entre les dirigeants et
les gouvernés. Moins les politiciens sont responsables des politiques
mises en oeuvre, moins le public y participe et plus il se sent aliéné
et éloigné du processus décisionnel. Cela condamne clairement le public
au rôle de simple spectateur, et non à celui de maître de son propre destin.
44. CRITIQUES SPÉCIFIQUES DU JOUR
Si nous pouvons appliquer ces critiques à l'État actuel, nous devons
reconnaître que notre réalité est spécifique et que l'orientation de
l'économie mondiale influe profondément sur la forme de l'État dans
lequel nous vivons. Cette critique de l'État s'applique non pas à une
forme plutôt qu'à une autre, mais à toutes. Par conséquent, tout projet
de transformation sociale visant une révolution sociale et un socialisme
libertaire doit viser la fin du capitalisme et de l'État. Bien que l'on
puisse affirmer que l'État est l'un des piliers les plus solides du
capitalisme, nous ne croyons pas que la fin du capitalisme entraînera
nécessairement la disparition de l'État.
45e révolution sociale
L'objectif de la révolution sociale est de détruire la société
d'exploitation et de domination. Le socialisme libertaire confère à la
révolution sociale un sens constructif. La destruction, en tant que
concept de négation, et la construction, en tant que concept de
proposition, constituent ensemble la transformation sociale possible et
efficace que nous proposons. La révolution sociale est l'une des issues
possibles de la lutte des classes et signifie une transformation
radicale de l'ordre social existant; nous la considérons comme le seul
moyen de mettre fin à la domination et à l'exploitation. Elle diffère
des révolutions politiques des Jacobins et des Léninistes, qui
préconisaient de changer l'«ordre» en remplaçant simplement une minorité
dirigeante par une autre par le biais de l'État. Contrairement à la
révolution politique, la révolution sociale est menée par les
populations des villes et des campagnes, par l'organisation populaire,
en poussant à leurs
limites la lutte des classes et le rapport de force avec le
capitalisme et l'État. La révolution sociale se produit lorsque le
pouvoir social développé au coeur de l'organisation populaire est
supérieur au pouvoir du capitalisme et de l'État, et lorsqu'il est mis
en pratique, établissant des structures qui soutiennent l'autonomie et
le fédéralisme, abolissant la propriété privée et l'État, et ouvrant la
voie à une société de liberté et d'égalité complètes. Par conséquent,
nous concevons la révolution sociale non comme une simple évolution ni
comme une conséquence inévitable des contradictions du capitalisme, mais
comme un événement déterminé par la volonté des classes exploitées
organisées et représentant une rupture. La construction de
l'organisation sociale développera l'esprit de lutte et d'organisation
au sein des classes exploitées, visera l'accumulation du pouvoir social
et intégrera en elle les moyens de lutte propres à la société que n
ous souhaitons bâtir.
46. LA VIOLENCE
L'action violente de la révolution sociale doit simultanément déposséder
les capitalistes, détruire immédiatement l'État et le remplacer par des
structures autogérées et fédérées, éprouvées et validées au sein de
l'organisation sociale. Par conséquent, la conception autoritaire du
«socialisme» comme période transitoire d'instauration d'une dictature au
sein de l'État n'est, à nos yeux, rien d'autre qu'un autre moyen de
perpétuer l'exploitation du peuple et doit être absolument rejetée en
toutes circonstances.
47. SOCIALISME LIBERTAIRE
Puisque la révolution sociale ne saurait être l'apanage des seuls
anarchistes, il est crucial de s'engager pleinement dans la lutte des
classes afin d'orienter la révolution vers un socialisme libertaire. Le
socialisme libertaire est, d'une part, le socialisme - un système fondé
sur l'égalité sociale, politique et économique - et, d'autre part, la
liberté. Par conséquent, pour nous, un projet de société future
promouvant l'égalité et la liberté ne peut être que le socialisme
libertaire, façonné par les pratiques d'autogouvernance et de
fédéralisme. La culture de l'autogouvernance et du fédéralisme doit
d'ores et déjà être solidement ancrée dans les luttes des classes afin
que le peuple ne se laisse pas opprimer par des opportunistes
autoritaires au moment révolutionnaire; ceci s'accomplira grâce à
l'autonomie de classe, au militantisme, à l'action directe et aux
pratiques de démocratie directe. Plus ces valeurs seront présentes dans
l'organisation popu
laire, moins de nouvelles tyrannies auront de chances d'émerger. Nous
tenons à préciser que, lorsque nous réfléchissons à notre conception de
la révolution sociale, ou même à une société future possible, nous ne
cherchons pas à prédéterminer de manière absolue le déroulement du
processus révolutionnaire ou du socialisme libertaire. Nous savons qu'il
est impossible de prédire quand cette transformation aura lieu; aussi,
toute réflexion doit-elle toujours prendre en compte la projection
stratégique des possibilités futures, non pas en termes de certitudes
absolues, mais en termes de probabilités et de points de repère.
48. AUTOGouvernement et fédéralisme
Les interprétations contemporaines de l'autogestion et du fédéralisme
distinguent la première comme le système économique du socialisme
libertaire et le second comme le système politique. Nous n'envisageons
pas cette distinction entre économique et politique de cette manière
lorsqu'il s'agit d'autogestion et de fédéralisme. Dans la société
nouvelle, toute personne apte au travail devra travailler; le chômage
disparaîtra. Le travail sera fondé sur les compétences et les aptitudes
individuelles. Nul ne sera plus contraint d'accepter quoi que ce soit
sous peine de privation et d'incapacité à atteindre les conditions de
vie minimales. Les enfants, les personnes âgées et les personnes inaptes
au travail se verront garantir une vie digne, sans privation, tous leurs
besoins étant satisfaits. Pour les tâches les plus fastidieuses ou les
plus pénibles, des rotations ou des changements de personnel pourront
être mis en place. Même lorsque la production requiert la coo
rdination de certains spécialistes, des rotations de fonctions et un
engagement à former d'autres travailleurs possédant des compétences
similaires seront nécessaires pour les tâches plus complexes. Dans un
système de propriété collective, les droits, les responsabilités, les
salaires et la richesse ne sont plus liés à la propriété privée ni aux
anciens rapports de classes, et ces derniers, fondés sur la propriété
privée, doivent disparaître. Le socialisme libertaire est donc une
société sans classes. La classe dirigeante n'existe plus, et tout le
système d'inégalité, de domination et d'exploitation disparaît. Personne
ne possède de biens, et les moyens de production appartiennent à la
collectivité dans son ensemble, ou bien chaque membre de la collectivité
en possède une part proportionnellement égale.
49. VILLE ET CAMPAGNE
Si la propriété individuelle des terres par les paysans qui les
cultivent eux-mêmes se maintient, il serait plus juste de parler non pas
de propriété, mais de possession. Ainsi, la propriété resterait toujours
collective, tandis que la possession serait individuelle. La valeur de
la terre réside dans son usage, non dans son commerce. Dès lors, les
relations ne seraient plus dictées par le marché, mais par les besoins
du producteur. Une telle situation bouleverse tout, d'où la nécessité de
créer une nouvelle catégorie.
50e Conseils des travailleurs et des consommateurs
L'économie du socialisme libertaire est gérée par les travailleurs et
les consommateurs. Les travailleurs créent le produit social, et les
consommateurs en profitent. Dans ces deux fonctions, médiatisées par la
distribution, le peuple est responsable de la vie économique et
politique; il doit décider de ce qui est produit, et les consommateurs
de ce qu'ils consomment. Les structures locales au sein desquelles
travailleurs et consommateurs s'organisent dans le socialisme libertaire
sont les conseils ouvriers et les conseils de consommateurs. Le profit
n'est plus une nécessité dans les rapports de production. Ces conseils
sont des organes et des instruments sociaux où le peuple exprime ses
préférences politiques et économiques et met en oeuvre l'autogestion et
le fédéralisme. Les activités politiques et économiques quotidiennes y
sont décidées et réalisées. Le conseil ouvrier organise la production,
et le conseil de consommateurs organise la consommation.
51. TRAVAIL MENTAL ET MANUEL
De nombreuses tâches, notamment celles impliquant un travail manuel,
sont extrêmement pénibles, ardues et aliénantes. Il est injuste que
certains travailleurs s'y consacrent entièrement tandis que d'autres se
consacrent à des tâches agréables, stimulantes et intellectuelles. Si
tel était le cas, le système de classes serait certainement remanié, non
plus fondé sur la propriété privée, mais sur une classe d'intellectuels
pour diriger et une classe de travailleurs manuels pour exécuter leurs
ordres. Des conseils ouvriers, soucieux de mettre fin à cette division,
pourraient établir un ensemble de tâches équilibré et équivalent pour
tous. Ainsi, chaque travailleur serait responsable de tâches agréables
et stimulantes impliquant un travail intellectuel, et d'autres tâches
plus ardues et aliénantes impliquant un travail manuel.
52. LE COLLECTIVISME FONCTIONNEL
L'objectif du système salarial socialiste libertaire est de s'inspirer
du principe communiste «de chacun selon ses capacités, à chacun selon
ses besoins». Cependant, nous pensons que pour mettre en oeuvre ce
principe, le socialisme libertaire doit d'abord être pleinement
opérationnel, avec une production abondante. En attendant, les salaires
peuvent être basés sur le travail ou l'effort, compris comme un
sacrifice personnel pour le bien commun. Ainsi, un collectivisme
fonctionnel, fondé sur le principe «de chacun selon ses capacités, à
chacun selon son travail», existera, et lorsque la mise en oeuvre du
principe communiste sera possible, le salaire sera distribué «à chacun
selon ses besoins».
53. TECHNOLOGIE
Contrairement à certains courants libertariens qui considèrent la
technologie comme porteuse de domination, nous pensons que sans elle, le
socialisme libertaire est impossible à développer. L'émergence de la
technologie et son utilisation au service du travail plutôt que du
capital entraîneront inévitablement un gain de productivité et, par
conséquent, une réduction significative du temps de travail, permettant
ainsi aux individus de consacrer ce temps à d'autres activités. Il
convient de souligner que nos propositions écologiques diffèrent
radicalement du «conservatisme» et du «primitivisme». Elles diffèrent
car le premier implique le maintien de la société de classes et la
marchandisation totale de la nature. Elles diffèrent car nous
considérons la proposition «anti-civilisationnelle» comme une
aberration, une quête d'un retour romantique à un passé lointain, voire
pire, une forme de suicide pour l'humanité et un déni de notre
contribution à la prés
ervation et au bien-être de la nature. La conscience écologique doit
se développer dès la période de lutte précédant la rupture
révolutionnaire et au sein même de la société future. L'être humain se
distingue des autres éléments naturels et des autres espèces par sa
capacité à nouer des relations sociales avec tout ce qui l'entoure, car
il possède la capacité de penser par lui-même, de théoriser sur la
réalité, et grâce à cette capacité, il a réussi à modifier
fondamentalement l'environnement qui le constitue.
54. FÉDÉRALISME AUTOGouvernemental
Avec l'utilisation et le développement de la technologie au service des
travailleurs, la fin de l'exploitation capitaliste et le transfert
intégral des fruits du travail aux travailleurs, et l'instauration du
plein emploi, les travailleurs disposeront de plus de temps qu'ils
pourront utiliser de trois manières. Premièrement, la baisse naturelle
de productivité résultant d'une répartition équilibrée des tâches
entraînera une certaine «déspécialisation» du travail. Deuxièmement, les
décisions politiques nécessiteront du temps pour la discussion et la
négociation au sein de l'entreprise et de la communauté autogérées.
Enfin, avec le temps restant, qui devrait être bien plus important
qu'aujourd'hui grâce à ces changements, chacun pourra choisir ses
activités: repos, loisirs, formation, culture, etc. Les conseils de
travailleurs et de consommateurs utiliseront l'autogestion comme mode de
gestion et de prise de décision, tant sur les lieux de travail que dans le
s communautés. Il est essentiel de rappeler que le processus
décisionnel est un moyen, et non une fin, et qu'il convient donc de
veiller à sa flexibilité. Il est clair que le consensus ne devrait pas
être utilisé pour la plupart des décisions, car il est très inefficace,
surtout lorsqu'il s'agit de décisions d'envergure. De plus, il confère
un pouvoir excessif à des acteurs isolés, capables d'entraver le
consensus ou d'exercer une influence considérable sur une décision
lorsqu'ils sont minoritaires. La société doit faire évoluer sa culture
vers un libéralisme progressif, et ce, non seulement pendant et après la
révolution sociale, mais dès la lutte, lors de la construction et du
développement de l'organisation populaire. Il n'y aura plus de
distinction entre ceux qui s'engagent en politique et ceux qui ne le
font pas, car, sous le socialisme libéral, ce seront les citoyens
eux-mêmes qui exerceront la politique au quotidien.
55e RÉSISTANCE
Le capitalisme et l'État exercent une pression sur les forces politiques
qui leur résistent. C'est pourquoi, pour atteindre nos objectifs, nous
préconisons une résistance efficace et structurée visant un
accroissement continu du pouvoir social par l'organisation. La
construction de cette résistance exige un alignement avec celles et ceux
qui adhèrent à notre proposition de transformation sociale. Cette
transformation nécessaire est inconcevable sans la croissance
progressive de l'organisation et du pouvoir social. Pour nous, la
transformation sociale que nous souhaitons voir se concrétiser dépend
nécessairement de la construction d'une organisation populaire, de
l'accroissement progressif de son pouvoir social jusqu'à ce qu'il
devienne possible de renverser le capitalisme et l'État par la
révolution sociale et d'ouvrir la voie au socialisme libertaire. De
plus, nous affirmons que l'organisation populaire doit s'accompagner
d'un développement parallèle d'une organisat
ion anarchiste spécifique qui l'influencera et lui donnera le
caractère souhaité.
56. L'ORDRE ACTUEL
La désorganisation, la mauvaise organisation et l'isolement contribuent
en réalité à soutenir le capitalisme et l'État, car ils empêchent la
construction du pouvoir social nécessaire. En ne participant pas de
manière appropriée aux rapports de force et aux conflits perpétuels de
la société, on reproduit l'«ordre». La désorganisation et la mauvaise
organisation se reproduisent au niveau social, au sein des mouvements
sociaux, là où l'organisation populaire doit se construire et se
développer, du fait de la difficulté d'accumuler le pouvoir social. Ceci
empêche la spontanéité naturelle de ce niveau d'atteindre la totalité
des transformations sociales souhaitées. L'isolement et l'individualisme
conduisent à l'absence d'une existence désirée, tant au niveau politique
que social, et à l'incapacité des organisations populaires ou
anarchistes à s'articuler. Pour l'organisation populaire, il faut
envisager les moyens de renverser le capitalisme et l'État et de
construire, par la révolution sociale, un socialisme libertaire,
objectif ultime. Dans le même temps, pour une organisation anarchiste
spécifique, il faut aussi considérer les moyens par lesquels elle peut
construire et influencer une organisation populaire, lui donner le
caractère souhaité et atteindre le socialisme libertaire - son objectif
- par la révolution sociale.
57. LE POUVOIR SOCIAL
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