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(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - Violences dans la santé: La face raciste du milieu médical
Date
Fri, 24 Jul 2026 00:08:57 +0300
Un rapport consacré aux violences médicales racistes vient d'être publié
récemment. Les violences racistes dans le milieu médicale sont un tabou
difficilement remis en cause, pourtant il ne s'agit pas d'un phénomène
nouveau ni sans causes matérielles. ---- Le collectif féminisme Tant que
je serai noire a réalisé un rapport de 130pages, qui est le premier
rapport consacré aux violences médicales racistes en France [1]. La
sociologue Marie Rivière a aidé dans ce rapport et s'est basée sur plus
de 100témoignages (voir encadré). Ce dossier fait suite à plusieurs
années de mobilisations, publications, témoignages ou encore expressions
sur les réseaux sociaux, notamment à la suite de l'affaire Naomi
Musenga, décédée le 29décembre 2017 à Strasbourg. Âgée de 22ans, elle
appelle le Samu pour des douleurs au ventre. Moquée, la jeune femme
n'est pas prise en compte, comme le révélera l'enregistrement
téléphonique. L'affaire sera dépeinte comme un cas isolé dans les
médias. Mais depuis, de nombreuses militantes afro-féministes et plus
globalement antiracistes ont démontré qu'il ne s'agit pas d'une
exception, mais de phénomènes structurants. Le rapport recommande la
reconnaissance institutionnelle, la formation intersectionnelle
obligatoire des professionnel·les de santé et la mise en place de
dispositifs de signalement indépendants et accessibles. Ces
recommandations peuvent constituer un début de revendication et un
premier support de mobilisation.
Un racisme médical qui a une histoire
Le racisme a une base matérielle générée par le capitalisme lui-même.
Pour justifier auprès de la population le système esclavagiste à
l'encontre des Noir·es au xviiesiècle, les Européens ont du élaborer une
théorie raciste basée sur la science. Par exemple, en mesurant les
crânes pour décréter l'infériorité des Noir·es et la supériorité des
Blancs. La médecine, loin d'être une science neutre, mit son autorité
scientifique au service de l'exploitation esclavagiste et de l'ordre
raciste.
Frantz Fanon décrivait des médecins diagnostiquer leurs patients et
patientes nord-africaines de «pathologie sans lésion»; impossible
d'expliquer ce phénomène par la situation d'oppression vécue (condition
d'exploitations et d'existence, mépris et humiliations racistes, etc.),
ce sont des explications culturalistes qui étaient alors avancées: «dans
leur culture ils simulent, ils sont indolents, ils se plaignent
beaucoup». Les racines des violences actuelles sont en partie à chercher
de ce côté, tel le «syndrome méditerranéen» (fantasme selon lequel les
personnes originaires du pourtour méditerranéens seraient moins
résistantes à la douleur). Fanon explique que c'est toute une vie
d'oppression qui fait naître ces «pathologies sans lésion»
qu'aujourd'hui on comprend mieux (tel le mal de dos lié au stress). Nous
devons aussi comprendre la question des violences médicales racistes par
la base: c'est d'abord la division raciste du travail, les discriminations
et le climat de haine qui fabriquent les maladies.
Le milieu médical peut aussi inventer des maladies pour contrôler les
personnes racisées. En 1851, le médecin Samuel Cartwright prétend que
les esclaves prenant la fuite seraient atteints et atteintes d'une
maladie mentale: la drapétomanie. Il en introduit une autre pour
expliquer pourquoi certains et certaines esclaves travaillaient moins
bien que d'autres: la dysaethesia aethiopica. Cette psychiatrisation
continue toujours: par exemple, jusqu'aux années 1950 aux États-Unis,
les personnes les plus internées et psychiatrisées pour schizophrénie
étaient les femmes blanches, mais depuis la victoire du mouvement des
droits civiques des Noir·es, ce sont les hommes noirs qui sont les plus
internés et psychiatrisés pour cette cause. L'institut psychiatrique est
donc une source d'oppression des personnes racisées et les hôpitaux
psychiatriques complémentent le rôle des prisons.
Créer du handicap pour mieux régner
Les personnes racisées sont plus handicapées que les Blancs et Blanches.
En effet, elles sont surreprésentées dans les métiers à risque qui
créent du handicap (BTP, manutention, etc.).
On observe aussi des taux de handicap plus élevés dans nos colonies, où
le système de santé est volontairement dans un état catastrophique
participant ainsi à la domination coloniale. Par ailleurs, l'institut
médical sert de contrôle de la population: les femmes autochtones des
États-Unis étaient stérilisées de force par l'État dans les années
1960-1970. Plus récemment, l'autorité régionale de santé de Mayotte
incite les femmes à se stériliser.
Le racisme du système médical répond à des préjugés colonialistes,
culturalistes et des minimisations qui conduisent aux drames comme celui
qu'a connu Naomi Musenga. Ces drames doivent interroger autant les
conditions de travail, la destruction et la monétisation du système de
santé que les hiérarchies raciales qui traversent l'institution. Les
discriminations et violences raciales sont aussi vécues par le personnel
médical: on peut penser au cas de Majdouline [2], infirmière licenciée
en novembre dernier pour avoir refusé de retirer son calot sur son lieu
de travail, ou au Bureau pour le développement des migrations
intéressant les départements d'outre-mer (BUMIDOM) qui a fait venir
nombre d'infirmières des outre-mer et a historiquement constitué une
division sexiste, raciste et négrophobe du travail dans le milieu
hospitalier. Cette division sociale, raciale et sexiste autant au niveau
du personnel que des patients et patientes a sauté aux yeux de toutes et to
us à l'occasion du covid, mais ce fut rapidement oublié. C'est donc
par une analyse matérialiste et intersectionnelle que nous pouvons
guider notre lutte. Ce rapport est un outil que les syndicats doivent
rapidement prendre en compte afin de permettre une remise en cause
structurelle de ces violences racistes.
Nicolas Pasadena et Zhong Hua (commission Antiracisme de l'UCL)
++++
QUELQUES CHIFFRES
Le rapport de Tant que je serai noire révèle que 40% des femmes et
minorités de genre noir·es ont déjà changé de médecins après avoir subi
des violences, 88% des violences subies s'accompagnent d'un refus
d'écoute ou d'une minimisation de la douleur, 60%des répondantes ont été
infantilisées par leurs soignants et soignantes (décisions prises à leur
places), 37%ont fait face à un refus de soin ou à un retard d'accès au
traitement, 30%avoue s'éloigner du système de santé par la suite,
74%n'osent pas réagir face à des propos racistes de soignants ou soignantes.
Concernant les disparités de handicap, un rapport de la DREES de 2021
indique que 11,3% des allocataires de la CAF perçoivent l'allocation aux
adultes handicapés (AAH) dans les quartiers populaires, contre 8,6% sur
l'ensemble du territoire. Par ailleurs, 8% des jeunes de 15 à 24 ans et
12% des personnes de 25 à 64 ans vivant dans nos colonies sont
handicapés, contre respectivement 5% et 10% dans l'hexagone.
Notes:
[1] Tant que je serai noire, « Santé pour toustes », avril 2026.
[2] « Chasse aux couvre-chefs: l'AP-HP persiste dans son islamophobie »,
communiqué UCL, 6 février 2026.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Violences-dans-la-sante-La-face-raciste-du-milieu-medical
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