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(fr) Alternative Libertaire #368 (UCL) - 1976-2026: XXIIe congrès du PCF, que reste-t-il de l'«eurocommunisme»?
Date
Wed, 11 Feb 2026 18:00:24 +0000
L'eurocommunisme est un courant du communisme né en Europe de l'Ouest
dans les années 1970 qui cherchait à concilier le communisme avec la
démocratie parlementaire en prenant de l'indépendance vis-à-vis de
l'URSS. Le Parti communiste français (PCF) a été l'un des partis
communistes initiateurs de ce courant, mais l'a renié lors de son
XXIIecongrès. ---- En février 1976, il y a 50 ans, le PCF tenait son
XXIIecongrès à Saint-Ouen. Parfois considéré comme son apogée, le parti
était alors pris depuis une dizaine d'années dans un grand élan de
rénovation. En effet, l'intervention du pacte de Varsovie en 1968 pour
faire taire le printemps de Prague et le «socialisme à visage humain»
l'avait poussé à se réinventer. La plupart des partis communistes
occidentaux n'avaient pu que dénoncer l'intervention russe, et le
caractère carcéral des «démocraties populaires» devenait tous les jours
plus indéniable. En parallèle, un vent progressiste semblait s'être
emparé de la planète, et des luttes semblaient éclore partout dans le monde.
Le XXIIecongrès était donc un moment essentiel de la «transformation
démocratique» du PCF. Il entérinait cette stratégie de
l'«eurocommunisme» que développaient en simultané plusieurs partis
communistes d'Europe (notamment les partis italien et espagnol). Il
s'agit d'adapter la stratégie révolutionnaire à la période en
construisant une voie vers le socialisme par la démocratie, par la
conquête d'une majorité. Ainsi, le PCF (qui pouvait rêver à ce moment de
grands succès électoraux) acceptait de jouer le jeu de la démocratie
bourgeoise.
Lors de ce congrès, le parti acta donc son nouveau mot d'ordre d'«union
du peuple de France», slogan aguicheur et rassembleur, et abandonna cet
autre de «dictature du prolétariat» qui lui semblait par trop démodé et
rattaché à l'URSS. Mais il ne le fit pas après mures réflexions
théoriques, il s'agissait davantage alors de se marketer comme un
produit désirable dans la grande course des élections. Georges Marchais
(secrétaire général du PCF de 1972 à 1994) ne s'y trompait pas,
l'explication qu'il proposait tenait au sens commun pris par chacun des
deux mots. «Dictature» faisait peur après les expériences fascistes et
«prolétariat» semblait trop excluant pour un mouvement qui entendait
dorénavant rassembler tout le «peuple».
On en oubliait la signification de l'expression dans la théorie
marxiste. Mais comment penser qu'il puisse en être autrement? La course
électorale commençait déjà à imposer ses règles, quatre ans après la
signature du programme commun entre le PCF, le Parti socialiste (PS) de
Mitterrand et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG).
Pire: ce congrès qui devait acter une renaissance démocratique fut
surtout une énième démonstration de l'hypercentralisme du PCF. Georges
Marchais évoque, par exemple, la question de l'abandon de la «dictature
du prolétariat» pour la première fois en direct à la télévision, avant
le congrès, à la fin des préparations. Si la déstalinisation était
proclamée au dehors, la hiérarchie de fer restait bien vivante au dedans.
Que reste-t-il alors de l'eurocommunisme? En un mot: rien. Ou pas
grand-chose. Le Parti communiste italien a disparu. Les partis
communistes espagnols et français ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils
furent. Le PCF, en proposant un programme moins radical, plus
«rassurant», moins clivant, abandonnait le chemin de la lutte des
classes et commençait sa lente descente aux enfers. Au début des années
1980, il sombra dans l'électoralisme le plus crasse, le plus raciste, en
menant des politiques anti-immigration.
Wendelin (UCL Alsace)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?1976-2026-XXIIe-congres-du-PCF-que-reste-t-il-de-l-eurocommunisme
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