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(fr) Union Communiste Libertaire (UCL) - Treizième Rencontres nationales du travail social en lutte: Une mobilisation constante pour la considération des travailleuses
Date
Sun, 25 Jan 2026 19:08:01 +0000
En octobre, à Marseille, avaient lieu les 13erencontres nationales du
travail social en lutte (RNTS). 103personnes se sont réunies,
représentant une quinzaine de délégations. Retour sur les échanges et
les perspectives dans un secteur très féminisé et par conséquent plus
que maltraité. ---- L'année dernière de nouveaux plans sociaux ont
commencé dans le secteur: suppression de 50 à 60postes dans le service
de prévention spécialisée à Lille, suppression de 500postes de
contractuel·les au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse,
baisse toujours plus marquée des moyens et des effectifs pour
l'accompagnement des mineur·es non accompagné·es, etc. ---- L'État entre
silence et casse du secteur ---- Face à cette débandade au sein des
départements et des associations, l'État lui-même a demandé un rapport
sur le secteur. Celui-ci est sans appel: il faut d'urgence augmenter les
salaires et mettre en place une convention collective de haut niveau
afin de permettre de meilleures conditions de travail et donc
d'accompagnement des personnes les plus vulnérables. À quoi bon suivre
les préconisations d'un rapport que l'on a soi-même commandé? La réponse
de l'État a été tout autre: silence total et donc blocage au sein des
négociations pour la convention et attaques toujours plus renouvelées
contre les travailleurs et travailleuses du social dont la
généralisation de la tarification à l'acte et l'attaque sur les diplômes.
En réponse à ces mesures dégradantes, le secteur s'organise,
particulièrement sous la forme de collectifs de lutte issus d'assemblées
générales interprofessionnelles. Mais la répression ne prend plus de
gants. Dans le Gard, suite à des mobilisations, de nombreux
licenciements parmi les camarades syndiqué·es ont été essuyés. À
Toulouse, 500salarié·es ont également été licencié·es par le Conseil
départemental via un simple mail, en lien avec l'activité du collectif
Travail social en lutte. Dans la prévention spécialisée, ce sont
également des collègues qui ont été licencié·es pour avoir posé en photo
avec de jeunes accompagné·es et un drapeau palestinien.
Une formation qui dépolitise le travail social
Au-delà des coupes budgétaires parce que nos publics ne rapportent pas
d'argent et de la maltraitance institutionnelle «classique», l'État
cette année prend le problème à la source: la formation. En effet, dans
le travail social, les formations définissent les diplômes, les
spécificités de chaque acteur et actrice, mais également la grille de
salaire qui va avec. L'idée ici est de casser le système de branches
pour ne plus avoir que des «référents et référentes sociales» à la place
des autres corps de métiers. À terme, les travailleurs et travailleuses
ne seraient donc plus éducateurs ou éducatrices spécialisées, des
assistants ou assistantes sociales ou encore des conseillèr·es en
économie sociale et familiale rémunéré·es selon leur diplôme et leur
ancienneté, mais des référents et référentes sociales payées à la tâche
et selon un score de points. Il s'agit ni plus ni moins que de la mise
en concurrence des salarié·es entre elles et eux.
Deux idées sont à la manoeuvre dans cette casse des diplômes. La
première est bien évidemment la question du contrôle social des masses
populaires et non plus de l'accompagnement à l'autonomie et
l'émancipation. La suppression du mémoire de réflexion, la baisse des
heures de théorie au sein de la formation ont pour conséquence
d'attaquer la question de la posture professionnelle et de l'éthique de
chaque travailleur et travailleuse du social. Plus besoin de remise en
question, de réflexivité, ou d'analyse des situations pour avoir des
réponses individuelles au plus près des besoins; la tâche des futur·es
«référents et référentes sociales» ne sera que de mettre en oeuvre des
politiques de contrôle.
La seconde est moins évidente: il s'agit d'une attaque réactionnaire sur
les métiers féminisés. Les métiers du soin, de l'accompagnement, de la
relation à l'autre, ne sont pas considérés comme des métiers à part
entière mais comme des compétences de care naturellement présentes chez
les travailleuses.
Un travail féminin n'est pas un vrai travail pour l'État
Depuis le début de cet article, nous parlons de travailleurs et
travailleuses, mais la réalité est qu'il faudrait davantage parler de
travailleuses. La répartition genrée dans les métiers du social est
effrayante: 9 travailleurs et travailleuses sur 10 sont des
travailleuses! L'explication de cette répartition est à trouver dans
l'histoire et dans le patriarcat. Originellement, le travail social
auprès de personnes vulnérables, âgées ou en situation de handicap était
très majoritairement exécuté par des soeurs ou alors des dames
patronnesses -c'est-à-dire des femmes issues de la bourgeoisie dans une
démarche de charité. Il s'agissait alors d'une extension de leur rôle de
femme au foyer. À présent que le soin est un secteur professionnel à
part entière, on pourrait s'attendre à une mixité dans le recrutement. Raté.
Le travail social se caractérise par le qualitatif en opposition au
quantitatif. Accompagner un enfant en foyer, c'est des centaines de
petits gestes et paroles du quotidien qui fondent une relation à l'autre
qui vient soutenir et parfois soigner les blessures qui saignent. Il
s'agit en d'autres termes de compétences professionnelles difficilement
objectivables et évaluables qui sont considérées de fait comme le
prolongement du travail domestique. Les hommes quant à eux -ça ne
surprendra personne- sont en surnombre dans les postes d'encadrement et
de direction. Toujours considéré comme inférieur et effectué en grande
partie par des femmes, le travail social ne mérite donc ni considération
ni augmentation salariale. Et c'est là tout le problème du serpent qui
se mord la queue: secteur féminisé donc méconsidéré, pas de valorisation
dans les salaires ou dans les budgets des établissements, pas de
construction d'un secteur social attractif pour les professionnelles et
efficient pour les publics, dégradation des conditions de vie des
usagers et usagères, et ainsi de suite.
L'espoir dans le collectif
Que faire alors? C'est dans la fonction même d'une travailleuse sociale,
peu importe la situation, de ne jamais baisser les bras pour le public
qu'elle accompagne et d'essayer, de recommencer tous les jours. Cette
abnégation mise au service des usagers et usagères, ne se transcrit
malheureusement pas souvent dans la lutte pour l'amélioration de ses
propres conditions de travail. Toute la difficulté est de faire
comprendre aux travailleuses sociales que les deux sont liés. Plusieurs
syndicats combatifs (CGT, SUD Santé sociaux et CNT) sont implantés dans
le secteur. De plus en plus, le modèle de collectif local, d'assemblée
générale de lutte se généralise au secteur social également. Les RNTS
ont rassemblé syndicalistes, militant·es de collectifs en lutte,
travailleurs et travailleuses sociales isolées et ensemble un constat
était partagé: celui du ras-le-bol des grèves perlées inutiles. Une
proposition très volontariste a donc été adoptée, celle d'une grève de
3jours les 16, 17 et 18décembre avec notamment pour objectif de soutenir
la grève de la Marche des solidarités. Charge à chacun et chacune de
pousser dans nos structures pour relever le défi!
Myriam (UCL Marseille)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Treizieme-Rencontres-nationales-du-travail-social-en-lutte-Une-mobilisation
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