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(fr) Union Communiste Libertaire (UCL) - Motion d'orientation générale

Date Sun, 25 Jan 2026 19:07:58 +0000


Bilan et perspective après les deux années d'activité précédentes de l'UCL.

Motion adoptée à 79,44% des mandats exprimés (5,61% de votes contre et 14,95% d'abstentions)

1. Bilan

1.1. Bilan politique de la période 2021-2025

1.1.1. Une situation internationale en pleine tourmente

1.1.1.1. Ces dernières années ont été le théâtre d'une accélération de la crise que traverse le capitalisme à l'échelle mondiale. La conséquence directe est l'augmentation spectaculaire du nombre de conflits armés dans le monde: +25 % entre 2023 et 2024. Les illusions vendues par les capitalistes d'une mondialisation heureuse après la chute du bloc soviétique sont ainsi balayées.

1.1.1.2. Ces dernières années ont notamment connu le génocide à Gaza (avec le soutien intéressé des impérialistes occidentaux à l'État d'Israël); la reprise de la guerre en Ukraine (qui a une double nature: résistance de l'État ukrainien et de populations ukrainiennes face à l'invasion de la superpuissance russe; conflit inter-impérialiste entre l'OTAN et la Russie); la guerre civile syrienne (sur fond d'ingérences internationales et de volonté génocidaire de la Turquie contre le peuple kurde); les avancées du M23 contre les forces gouvernementales de la république démocratique du Congo (pour le contrôle des ressources minières de la région, revendues ensuite aux pays impérialistes alliés des différents protagonistes); le retour victorieux des Talibans au détriment des droits et libertés du peuple afghan et tout particulièrement des femmes. Une période marquée par le recul des forces groupées autour du régime iranien.

1.1.1.3. L'élection de Donald Trump aux États-Unis pèsera lourdement sur les prochaines années: politique intérieure brutale contre les travailleurs et toutes les minorités, relance de l'extractivisme, guerre économique tous azimuts, encouragement à la colonisation israélienne jusqu'au nettoyage ethnique de Gaza, menace d'annexion de territoires voisins (Panama, Canada, Groenland), chèque en blanc aux libertariens de la Sillicon Valley pour déployer leurs projets numériques antisociaux. Le retrait des USA de différentes instances internationales va conduire à un chaos et une reconfiguration des alliances dont la Chine devrait tirer parti.

1.1.1.4. L'impérialisme français a lui subi plusieurs revers avec les différents coups d'États en Afrique ayant renversé les régimes complices de la France. Ce recul explique le regain de violence pour se maintenir dans les territoires d'outre-mer: tentative de dégel du corps électoral en Kanaky visant à diluer le vote des kanaks majoritairement indépendantistes; opération Wuambushu à Mayotte...

1.1.1.5. Les répressions contre les mouvements de protestations entamés sur les territoires outre-mer (Guadeloupe et Martinique en 2021, puis en hiver 2024/2025, Kanaky en 2024) ont entraîné de nombreux morts. L'État français n'a rien perdu de son caractère colonial.

1.1.1.6. Conscient de la perte d'influence de la domination française en territoire colonisé, Macron renouvelle au service de la grande bourgeoisie une forme renouvelée et ultra violente du colonialisme. La sortie du consensus politique issu des luttes des années 80 et 90 qui avaient abouti aux accords de Nouméa dans le cas de la Kanaky a mis le feu aux poudres d'une société déjà exsangue par des inégalités sociales énormes.

1.1.1.7. Dans le cas de Mayotte, la stratégie de division des populations comoriennes, initiée depuis des décennies par la France, se poursuit. La remise en cause du droit du sol à Mayotte, outre d'avoir pour effet un durcissement des droits des personnes sans papiers sur tout le territoire Français, stigmatise les populations locales et constitue une impasse politique pour la région des Comores.

1.1.1.8. Le déclin relatif mais continu de la puissance impériale française pousse l'État et les patrons à encore plus de compromis politiques et militaires avec toutes sortes de dictatures.

1.1.2. La France en crise économique

1.1.2.1. En 2020, la pandémie de Covid-19 a imposé aux gouvernements occidentaux une politique de confinement, dans l'attente des vaccins arrivés quelques mois plus tard. En France, les entreprises menacées par ces confinements ont été protégées par la politique du «quoi qu'il en coute». Le gouvernement a pris en charge une partie des salaires et des pertes pendant plusieurs mois. Les capitalistes et leurs profits ont été sauvegardés sans aucune contrepartie exigée.

1.1.2.2. La situation économique a aussi été déstabilisée par la généralisation de la guerre russo-ukrainienne en 2022. L'inflation boostée par le conflit a impacté durement les travailleur·ses, particulièrement les plus précaires.

1.1.2.3. Le retard considérable accumulé par la France et l'Union européenne sur les secteurs dominants du capitalisme que sont les nouvelles technologies numériques et l'extractivisme place les capitalistes français et européens dans des positions subalternes.

1.1.2.4. Pour autant, le gouvernement Macron reste tourné tout entier vers une politique pro-capital. Les allégements d'impôts sur les revenus financiers et la fiscalité des entreprises enrichissent massivement les grandes fortunes: le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes a plus que doublé entre 2017 et 2023. À l'inverse, la France compte près de 10 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté. Parmi elles, les jeunes, les femmes, les immigré·es, les personnes ayant un handicap sont surreprésenté·es. Au- delà de la pauvreté statistique, 45% des français·es ont du mal à régler leurs factures courantes.

1.1.2.5. Cet appauvrissement se double d'une politique de sape des services publics. Précarisations des statuts des salarié·es des secteurs publics et sous-financement provoquent une dégradation sans précédent des conditions d'accueil et de travail dans la santé, l'éducation, le social, les transports. En parallèle, dans le privé, l'emploi précaire ne cesse d'augmenter et les conditions d'emploi de se dégrader, comme le confirme l'augmentation continue depuis 2020 des mort·es au travail (759 en 2023). Au-delà des effets d'annonce, il y a plus de fermetures que d'ouvertures d'usines en 2024 et le chômage s'envole. Seul le secteur militaro-industriel se renforce, signe d'une course aux armes de plus en plus croissante. En ce début d'année 2025 un budget fortement austéritaire et d'offensive contre les classes populaires est voté.

1.1.3. La France en crise démocratique

1.1.3.1. Sans réelle majorité, élu uniquement comme moindre mal face à Marine Le Pen en 2022, Macron et son gouvernement dirigent constamment dans le passage en force: contournement du parlementarisme et utilisation abusive des clauses constitutionnelles sont devenus monnaie courante. La répression des mouvements sociaux et politiques atteint des paliers inédits.

1.1.3.2. Radicalement libéral, le camp présidentiel n'a cessé de se rapprocher de l'extrême droite, dont il reprend l'obsession sécuritaire et migratoire. Le retour du débat sur «l'identité nationale» du gouvernement Bayrou en janvier 2025 a abouti à ce que le Sénat adopte en mars 2025 une proposition de loi LR, soutenue par le gouvernement, pour durcir les restrictions au droit du sol à Mayotte, optant pour imposer un délai d'un an de résidence à un parent pour que son enfant obtienne la nationalité française. Ce dernier épisode montre une fois de plus la radicalisation vers l'extrême droite de ce gouvernement qui pourrait étendre la remise en cause du droit du sol. Cet épisode montre aussi que Valls, nommé ministre des outres mers, issu il y quelques années des rangs du PS, participe aussi à cette dérive.

1.1.3.3. Cette extrême droite, incarnée électoralement par le RN, n'a cessé de se renforcer. Elle profite du fait que la droite LR souffre d'un manque de leader fédérateur. Ouvertement soutenue par une portion grandissante des capitalistes mus par la peur du déclin et du blocage de leurs intérêts économiques, elle est aujourd'hui installée dans de nombreuses sphères du pouvoir. À l'Assemblée nationale, depuis l'élection législative anticipée de juin 2024, 123 députés RN et 16 députés UDR (Ciotti) sont ses porte-voix. Dans les rues, les groupuscules néo-fascistes, néo-nazis, identitaires, royalistes, etc., se développent et participent par la violence et la propagande à cette conquête progressive du pouvoir par l'extrême droite.

1.1.4. La réaction de notre classe

1.1.4.1. Notre camp social n'est pas resté sans réaction face à la politique macroniste menée depuis 2017: gilets jaunes (en 2018-2019), mouvement des retraites de 2019-2020, mouvements contre la Loi sécurité globale, contre la loi Séparatisme, luttes contre les violences policières.

1.1.4.2. La période fin 2021-2022 a été marquée par l'élection présidentielle et la potentialité d'une victoire de l'extrême droite avec un recul temporaire de la conflictualité.

1.1.4.3. 2023 est une année charnière: celle du mouvement social le plus massif numériquement depuis 13 ans, avec le passage en force du recul de l'âge de la retraite. Pendant six mois, les cortèges syndicaux, unitaires, ont été imposants. Au-delà, le mouvement est marqué par le retour des tentatives de blocages total ou partiel. Néanmoins, en l'absence d'une grève massive, le mouvement ne parvient pas à arrêter le gouvernement. Deux ans plus tard, cette réforme macroniste passée au forceps continue de traumatiser le paysage politique français, de tous bords politiques, et les positionnements sur son abrogation sont devenus des marqueurs politiques forts et incontournables dans les recherches d'alliances politiciennes.

1.1.4.4. Le meurtre de Nahel, en juin 2023, embrase une large partie des quartiers populaires, exténués par les dégradations sociales et économiques de leurs conditions de vie. Ces révoltes seront durement réprimées. D'une manière globale, les mouvements de contestations, notamment écologistes et syndicaux, continuent d'être criminalisés de manière inédite. La répression frappe les manifestations anti-bassines de Saint-Soline en mars 2023. De manière encore plus profonde, elle frappe le mouvement de solidarité avec la Palestine vis-à-vis duquel on a vu s'épanouir une large campagne politico-médiatique, allant d'une partie de la social- démocratie à l'extrême droite et n'hésitant pas à instrumentaliser la notion d'antisémitisme à des fins de soutien à Israël et de diabolisation d'une partie de la gauche et du camp décolonial.

1.1.5. L'évolution des gauches dans la période

1.1.5.1. L'émergence d'un bloc réformiste, avec la NUPES en juin 2022, puis le NFP en juin 2024, dessine de nouvelles ambitions entre les partis et leaders qui composent ces coalitions. Le front républicain s'est considérablement élargi au vu du risque d'arrivée au pouvoir de l'extrême droite, allant de la gauche de la macronie au NPA-Anticapitaliste.

1.1.5.2. L'extrême gauche est divisée, apparaît en recul prolongé et produit presque autant de propositions stratégiques que de partis.

1.1.5.3. Le POI s'est rallié à Mélenchon dès 2017 et est aujourd'hui complètement intégré à LFI.

1.1.5.4. Le NPA-Anticapitaliste hésite à franchir complètement ce pas. La révolution lui parait être une perspective trop lointaine par rapport à l'urgence fasciste. Il considère que dans la conjoncture actuelle, appliquer un programme réformiste conséquent (comme celui du NFP) nécessiterait de toute façon un affrontement de classe quasi-révolutionnaire.

1.1.5.5. LO et le NPA-Révolutionnaires considèrent au contraire que les accointances fascistes des capitalistes ont toujours été évidentes et que la lutte des classes entre prolétariat et bourgeoisie n'est pas fondamentalement reconfigurée par le fascisme; il n'y aurait donc pas de raison de changer de logiciel.

1.1.5.6. RP de son côté analyse de manière ultra-volontariste la conjoncture actuelle comme une période pré-révolutionnaire.

1.1.5.7. Les mouvements autonomes, en recul dans la rue, ont une réalité variable. Ils ont joué un rôle central dans l'émergence des Soulèvements de la terre, qui multiplient les campagnes et montrent un véritable changement de cap dans la volonté de faire des fronts d'actions communs.

1.1.5.8. Le réseau A2C, qui mélange des trotskistes et des autonomes, se renforce et développe des analyses qui rejoignent parfois les nôtres.

1.1.5.9. En dehors de l'UCL, le mouvement libertaire organisé est en état de faiblesse quasi inaudible à l'exception de quelques dynamiques locales.

1.1.5.10. L'évolution de l'UCL est l'objet de la suite de cette motion.

1.2. Bilan de l'UCL dans l'action

1.2.1. Des orientations d'intervention inégalement investies

1.2.1.1. Nous donnerons deux exemples: une réussite relative, «Pour une contre-offensive trans», et un échec relatif, «L'intervention des communistes libertaires dans les mouvements sociaux des quartiers populaires».

1.2.1.2. Suite au travail interne exemplaire de la commission Antipatriarcat, un texte soutenu au préalable par une tournée de formation a été voté par l'organisation. Analysant l'offensive réactionnaire anti-trans comme un cheval de Troie fasciste, il nous a doté d'un cadre d'analyse et d'action clair. Sa publication par le journal et son édition en brochure ont permis la diffusion large de nos idées, appuyant l'organisation de réunions publiques et facilitant notre intervention lors des mobilisations.

1.2.1.3. Durant la mobilisation de mai 2024, les GL se sont mobilisés dans la rue et, selon les situations, dans les cadres unitaires locaux. Une note interne a été produite par la commission Antipatriarcat, analysant les dynamiques d'instrumentalisation de la lutte par RP et fournissant des perspectives tactiques à court et moyen terme. Lors de cette mobilisation, notre coordination est néanmoins restée faible et limitée à la remontée d'information, elle-même peu fournie.

1.2.1.4. Enfin, l'UCL s'est stratégiquement investie dans l'ExistransInter d'octobre 2024 après avoir tiré des leçons de ses erreurs lors de la précédente édition. L'investissement de camarades dans l'organisation de l'événement et sa fédéralisation en interne ont permis d'apporter un soutien fort au service d'ordre de la marche bien qu'au détriment de notre apparition en cortège.

1.2.1.5. Après le meurtre de Nahel et les révoltes qui ont suivi, l'UCL, comme une partie importante de la gauche, a mieux réagi que lors d'évènements similaires comme en 2005. Nous avons été réactives et réactifs dans notre expression fédérale et avons participé assez rapidement à la construction de manifestations politiques de soutien aux révoltes, contre le racisme et les violences policières. Cependant nous avons rapidement atteint nos limites: faiblesse du nombre de nos adhérent·es vivant dans ces lieux, mais aussi faiblesse des organisations implantées dans les quartiers populaires qui ne facilite pas le contact. Conscient·es du problème, nous nous sommes donc doté·es d'un texte lors de notre dernier congrès.

1.2.1.6. Malheureusement, force est de constater que cette motion de congrès «L'intervention des communistes libertaires dans les quartiers populaires» n'a pas été suivie d'effet. Nous devons reconnaître un écueil récurrent, à savoir la production de textes politiquement consensuels mais relativement hors sol quant à nos capacités réelles à les mettre en action. À l'avenir nous devrons être vigilant·es à construire des positions en partant de nos réalités et avec des objectifs atteignables.

1.2.1.7. À ce titre, est-ce que la place de notre intervention concernant les quartiers populaires ne se situerait pas dans les organisations syndicales, en particulier les Unions locales? Est-ce que ce n'est pas particulièrement à cet endroit que des travailleur·euses militant·es à l'UCL peuvent côtoyer des travailleur·euses des quartiers populaires? C'est aussi dans ces organisations que nous pouvons dépasser la division raciste et lui supplanter la lutte des classes.

1.2.2. Les campagnes fédérales

1.2.2.1. L'UCL a mené plusieurs campagnes fédérales depuis sa création. Mais la notion de «campagne» n'est pas clairement définie dans notre organisation. Nous décidons, lors d'une CF en général, de frapper en même temps avec un matériel dédié. Nous gagnerions à mieux planifier nos campagnes, à mieux définir notre vision globale du sujet. Quels objectifs à court et moyen terme, quelles étapes? Quelle stratégie pour y arriver? Quelles actions concrètes ici et maintenant?

1.2.2.2. On peut quand même affirmer que les campagnes, quand elles sont bien menées et investies par l'ensemble de la fédération, nous permettent de: travailler à une production théorique spécifique utile et à son partage dans l'UCL; rendre davantage visible un discours communiste libertaire priorisant pendant un temps un sujet précis; donner une meilleure visibilité à l'UCL et faciliter le recrutement.

1.2.2.3. En termes de résultats, leur appropriation par toute la fédération est pour le moins mitigée. Certaines ont été fortement investies par les GL (c'est le cas des deux campagnes du 8 mars) quand d'autres sont presque désertées (campagne européenne par exemple). Pour garantir à une campagne une large appropriation dans la fédération, nous devons nous assurer dès le départ de son caractère réellement consensuel dans l'UCL, qu'elle soit animée par un GT dédié, pro-actif et avec un effectif suffisant et représentatif, qu'elle mette en relation les commissions pour diviser le travail selon les espaces compétents et ainsi impliquer largement nos instances, et enfin nous devons prendre le temps de convaincre les camarades de l'utilité de telles campagnes.

1.2.2.4. Nous devons particulièrement penser à qui nous nous adressons. Croire que l'UCL aujourd'hui peut être audible auprès d'un très large spectre de l'opinion, c'est se fourvoyer. Une campagne peut cibler, dans notre camp social, les personnes sensibles aux discours des gauches et qui recherchent déjà une voix à suivre. Éviter le maximalisme et l'entre-soi mais plutôt partir de revendications palpables en articulant avec notre projet révolutionnaire.

1.2.2.5. Sur la forme, dans l'ensemble, nous arrivons à produire un matériel varié et complémentaire (tracts, argumentaires quatre pages, documents de cadrage, affiches, autocollants, vidéos longues et courtes, articles dans le journal, publications sur les réseaux sociaux, logos...). La création d'une commission Propagande nous permettra d'aller plus loin dans ce sens.

1.2.2.6. Pour finir, nous constatons un gros manque de travail en fin de campagne pour en tirer les leçons.

1.2.3. Les évènements ponctuels fédéralisés

1.2.3.1. L'UCL a organisé ou a participé à plusieurs évènements ces dernières années, des journées d'été rouge et noir aux meetings unitaires en passant par les manifestations fédéralisées. Nous proposons ici d'évoquer deux exemples caractéristiques de notre action: un évènement UCL, «Au taf», et une mobilisation unitaire, la marche kurde Vérité et justice.

1.2.3.2. La seconde édition de «Au taf» à Lyon en mai 2024 a été l'occasion de dresser un bilan du climat syndical. Ces rencontres permettent de partager et confronter nos positions avec des courants proches, syndicalistes de luttes, autogestionnaires et révolutionnaires. Nous faisons entendre une forme de singularité dans le mouvement social sur des sujets qui sont peu portés ou de manière assez confidentielle. De plus les thématiques de rencontre sont inépuisables, ce qui permet d'imaginer facilement des suites. La fréquentation est modeste, mais elle nous permet d'imaginer pouvoir ritualiser cette rencontre et espérer en faire un temps ancré dans le mouvement social. Une appropriation plus large par la commission Travail et par le GL accueillant que ce qui a été fait à Lyon sera nécessaire pour éviter que cela repose de nouveau sur trop peu d'épaules. La retransmission et la mise en avant ont tardé et les débats ont été mis en ligne un an plus tard.

1.2.3.3. La manifestation Vérité et justice est devenue un moment important dans l'année pour l'UCL car il s'agit d'une manifestation fédéralisée à laquelle participent de nombreux GL. Cela nous permet chaque année de faire un focus important sur la cause kurde et visibiliser ainsi les luttes kurdes tout en partageant nos analyses. Cette date nous permet de garder un lien fort et fidèle avec le mouvement de libération du Kurdistan. Pour l'UCL, c'est un moment où l'on visibilise l'organisation et ses militant·es, où l'on se retrouve pour échanger entre camarades, où l'on se donne de la force en étant ensemble. Il paraît donc pertinent de poursuivre cette dynamique fédérale, et éventuellement de profiter de la montée à Paris de nombreux·ses camarades pour organiser d'autres moments dans le weekend, par exemple un temps de formation internationaliste/anti-impérialiste ou une rencontre publique.

1.2.3.4. Même constat que pour les campagnes: il ne suffit pas que le SF annonce le remboursement des transports pour qu'il y ait affluence. Une animation fédérale doit être mise en place, en suivant l'exemple réussi de la manifestation à Guéret en Creuse en défense des forêts.

1.3. Bilan de la vie interne de l'UCL

1.3.1. L'UCL était une toute jeune organisation lorsque le Covid est arrivé. Elle venait d'accueillir un nombre important de nouvelles et nouveaux militant·es et de mettre en place un nouvel outil de communication interne, le Discourse.

1.3.2. Cette conjoncture potentiellement déstabilisante a percuté une organisation traversée par des tensions politiques pré-existantes. La préparation des congrès de 2021 et 2023 ont été des périodes de conflits internes difficiles. Ces différends ont, à trois reprises, abouti au départ de quelques dizaines de camarades. Au delà de la perte numérique de militant· es, ces départs ont entretenu un climat de tension dans l'organisation rendant difficile un travail de construction politique.

1.3.3. Le congrès de 2023 n'a ainsi pas réussi à se donner un texte d'orientation générale. Les orientations politiques de ce congrès («Réflexion syndicaliste révolutionnaire», «Pour une contre-offensive trans» et «L'intervention des communistes libertaires dans les mouvements sociaux des quartiers populaires») semblent déconnectées les unes des autres. Elles donnent l'image d'une organisation fonctionnant en silos, peu compatible avec notre stratégie révolutionnaire. De fait, ces orientations ont été appliquées à la carte selon les intérêts des groupes locaux. Il n'y a pas eu de vraie campagne ou mobilisation coordonnée durant les deux années écoulées.

1.3.4. L'UCL peine également à faire fonctionner sa propre structure interne fédérale. La plupart des commissions ne reposent que sur le travail de quelques camarades, plusieurs d'entre elles ne sont pas représentées au SF. Le SF lui-même est en sous-effectif permanent et use les camarades les un·es après les autres.

1.3.5. Si le congrès de 2023 n'a pas permis d'aboutir à un texte d'orientation générale, il a tout de même adopté deux textes structurants: le protocole d'adhésion fédéral et le texte «Former pour la révolution». Ces textes proposaient un tronc commun d'accueil et de formation pour tou·tes les militant·es. Ils avaient tous deux vocation à développer notre unité, en veillant à recruter des militant·es réellement en accord avec nos principes d'une part, et en développant une culture de l'organisation commune d'autre part.

1.3.6. La commission Formation tire un bilan quantitatif et qualitatif très positif de la nouvelle politique de formation obligatoire pour l'adhésion (cf. bilan fourni par la commission). Les camarades ayant suivi la formation d'accueil «Militer à l'UCL» ont majoritairement fait des retours positifs sur cette formation. Cependant la CF de mars 2025 a montré que ce bilan ne fait pas consensus dans l'organisation.

1.3.7. Au sein de la motion «Former pour la révolution» votée lors du congrès précédent, la commission Formation était mandatée pour d'abord créer cette formation puis ensuite former des formateur·ices locaux. Cette seconde phase où les GL sont responsables de proposer des formateur·ices peine à advenir. Très peu de formateur·ices sont engagé·es dans cette démarche. Ceci a pour conséquence que la formation ne tient que sur les forces de la commission Formation. Pour une plus grande flexibilité, il est nécessaire que chaque groupe local prenne sa part d'investissement dans la mise en place de cette formation.

1.3.8. Des GL ont demandé une évolution vers un fonctionnement moins contraignant. Faute de retours suffisants pour mesurer les effets négatifs de ces contraintes et proposer des évolutions, la commission Formation invite les GL à faire des retours plus systématiques.

1.3.9. Ce déploiement insatisfaisant de la formation d'accueil empêche la commission Formation de se tourner vers ses autres missions. Les évolutions de la politique de formation et son appropriation par l'ensemble de l'organisation seront un enjeu important d'ici au prochain congrès.
2. Comment analyser la période qui s'ouvre

2.1. La contradiction majeure du capitalisme

2.1.1. Le développement sans précédent des capacités productives et la concentration des moyens de productions, notamment en Chine, entraînent une crise durable de sur-accumulation. Dans un système mondialisé où les intérêts des différentes puissances et de leurs bourgeoisies respectives se sont fortement entremêlés, les possibilités négociées de sortir de cette crise sont limitées. Le retour de Trump brouille un peu plus les cartes.

2.1.2. La capacité du capitalisme à constamment se réinventer et à innover, par la concurrence et l'investissement, est en panne. Malgré la reprise après le choc économique du début de la pandémie de Covid-19, la croissance du PIB stagne dans les pays occidentaux (moins de 2%) et se tasse en Chine (autour de 5%). Les capitalistes cherchent désespérément de nouvelles sources d'extraction de plus-value, des innovations majeures qui ouvriraient de nouveaux marchés: on les voit s'agiter autour de la conquête spatiale, de la fusion nucléaire, ou encore de l'intelligence artificielle.

2.1.3. Mais ces nouvelles sources de plus-value relèvent pour le moment de la science-fiction. Pour l'IA et la conquête spatiale, l'écart gigantesque entre les investissements et les profits est probablement en train d'engendrer une bulle spéculative historique.

2.1.4. Depuis 2010, le capitalisme extractiviste et le capitalisme numérique occupent les dix premières places de capitalisation boursière mondiale. À elles seules, ces dix entreprises concentrent désormais autour de 10 % du total des capitaux boursiers en circulation dans le monde. Par le monopole et la rente, le capitalisme extractiviste et le capitalisme numérique tendent à empêcher le fonctionnement «normal» d'un capitalisme régulé par la concurrence. Les lois antitrust et autres dispositifs étatiques ou internationaux de régulation de la concurrence et de démantèlement des monopoles ne semblent plus employés. L'injection d'argent public en 2008 après la crise des subprimes puis en 2020 pour le «quoi qu'il en coute» tendent au contraire à consolider les monopoles et à rendre les plus grandes entreprises «trop grosses pour tomber», c'est-à- dire que tout doit être fait par les États pour empêcher leurs faillites. Le secteur Big Tech du capitalisme numérique a ainsi aspiré une quantité phénoménale d'investissements publics alors qu'il est établi depuis les années 1990 que ce secteur est en réalité très peu productif (c'est le «paradoxe de la productivité»). Cette concentration monopolistique du capital dans les mains de Big Tech explique donc ainsi, au moins en partie, la stagnation durable.

2.2. La barbarie impérialiste contre les peuples

2.2.1. Après le 11 septembre 2001, l'impérialisme états-unien et ses alliés ont brandi la «guerre au terrorisme» comme étendard pour justifier des guerres impérialistes généralisées. Brandir la menace du «terrorisme islamiste» permet aux impérialismes occidentaux de légitimer un impérialisme guerrier tous azimuts, de la guerre états-unienne en Irak aux massacres israéliens en Palestine, en passant par l'intervention française au Mali. Parallèlement, la «guerre au terrorisme» s'accompagne de la création de figures de «l'ennemi intérieur» et du renforcement de normes de genre prescriptives, comme en témoignent, en France, l'offensive islamophobe généralisée et la guerre faite aux femmes voilées.

2.2.2. Pourtant, derrière ces justifications, les guerres impérialistes sont la continuation de l'accaparement économique des ressources par d'autres moyens. Dans un contexte d'urgence écologique, les appétits impérialistes n'hésitent plus à employer la force militaire, en Ukraine (agriculture et terres rares), au Groenland (terres rares) ou au canal de Panama (contrôle du commerce mondial).

2.2.3. Le recul de l'anti-impérialisme à l'échelle mondiale et jusque dans la gauche révolutionnaire, est une donnée indéniable depuis un demi-siècle, et à plus forte raison depuis le 11 septembre. Mais le paysage anti-impérialiste n'est pas désert: la lutte de libération nationale palestinienne et le mouvement de solidarité global avec la Palestine, le soulèvements populaires contre l'impérialisme français au Sénégal, le mouvement de libération nationale kurde, le soulèvement anticolonialiste en Kanaky et les luttes contre la vie chère dans les Antilles constituent le ferment d'un renouveau des résistances contre l'impérialisme.

2.3. La conflictualité de classe

2.3.1. La crise du capitalisme incapable de tenir ses promesses, l'accélération de l'histoire imposée par la crise écologique et l'impérialisme guerrier sont autant de conditions propices à une intensification de la conflictualité de classe.

2.3.2. Cette conflictualité se manifeste d'abord par les nombreuses luttes des femmes et des personnes LGBTI, luttes antiracistes et anticoloniales, luttes écologistes, luttes sociales en Guadeloupe et lutte de libération nationale en Kanaky, ainsi que par la remontée en puissance des grèves dans de nombreux secteurs aux États-Unis par exemple. Le mouvement massif de 2023 en France contre la réforme des retraites, qui a impacté sur la durée le paysage politique du pays, en est également une manifestation. En retour, ces luttes consolident la conscience de classe. Il y a là une opportunité majeure pour notre camp social, mais celui-ci reste pour le moment trop fragmenté pour vraiment s'en saisir.

2.3.3. La bourgeoisie est consciente que le système qui la maintient au pouvoir est en panne et qu'elle doit sidérer les masses populaires mondiales en frappant vite et fort pour empêcher toute auto-organisation populaire. La démocratie libérale, avec sa séparation des pouvoirs, ses libertés individuelles est devenue un obstacle pour les capitalistes qui nourrissent une puissante vague brune mondiale, la montée en puissance de discours et politiques ouvertement racistes, sexistes, transphobes...

2.4. Le rétrécissement de la puissance européenne

2.4.1. L'Europe est en déclin, attaquée par la Russie militairement, par les États-Unis et la Chine économiquement. La menace d'invasion du Groenland, colonie danoise, idée totalement inconcevable hier, illustre l'accélération de l'histoire en cours. Les créanciers états-uniens ou chinois jouent comme bon leur semble avec l'asphyxie financière de l'Europe endettée. La guerre en Ukraine coute toujours plus cher et les choix de Trump risquent d'entraîner les États européens dans une guerre contre la Russie. Les tentatives d'opposition institutionnelle de l'UE à l'autoritarisme des Big Tech états-uniens et chinois semblent vaines tant que de véritables solutions alternatives ne se développent pas, sous contrôle populaire, à base de réseaux fédérés décentralisés et de logiciels libres.

2.4.2. Cet affaiblissement de l'État français et de ses voisins d'Europe ouvre des brèches pour les luttes, notamment anti-impérialistes, que les révolutionnaires doivent exploiter. Mais il ne faut pas s'y tromper: en l'absence de transformation révolutionnaire, ce seront d'abord les plus démuni·es qui vont payer l'addition et les pots cassés.

2.5. Les propositions de réponse politique en Europe

2.5.1. Face à cette perte de puissance rapide, les projets politiques divergent.

2.5.2. Les extrêmes droites européennes s'alignent sur Trump (Le Pen, Meloni, l'AfD, etc.) ou sur Poutine (Orban), tout en continuant de travailler ensemble sans que cela ne pose de souci. Chez les fascistes, les allégeances sont aussi souples et mobiles que l'idéologie. Les extrêmes droites bénéficient de l'aggravation de la conjoncture et de la fragmentation des luttes. Le sentiment de déclassement leur permet de capter un large pan de l'électorat populaire.

2.5.3. Les libéraux comme Macron, Merz ou Starmer espèrent pouvoir restaurer la grandeur économique d'antan et redonner à l'Europe la capacité de tenir tête aux autres, en poursuivant tête baissée la politique pro business. Ils sont globalement désavoués. Alors que Macron prophétisait la fin du clivage gauche-droite, il a finalement été vaincu par le retour en force de celui-ci.

2.5.4. Malgré la conflictualité de classe, la gauche a globalement du mal à fédérer autour d'elle. Les sociaux- démocrates modérés, socialistes et écologistes, sont tiraillés entre leurs ailes gauche et droite, ce qui les empêche de dégager un plan cohérent. Les sociaux-démocrates radicaux, comme LFI ou Podemos, sont prisonniers des alliances indispensables pour des victoires électorales.

2.5.5. L'extrême gauche a perdu tout le capital électoral gagné dans les années 2000 et peine à recruter dans la jeunesse.
3. Perspectives politiques pour l'UCL

3.0.1. Les perspectives politiques et l'investissement de l'organisation dans les campagnes décrites ci-après feront l'objet d'un travail approfondi par un groupe de travail dédié, avec pour mandat d'élaborer une feuille de route à l'issue du congrès. Cette feuille de route sera soumise au vote lors de la Coordination Fédérale qui suivra le congrès.

3.1. Continuer à construire l'organisation

3.1.1. En dépit de ses faiblesses structurelles, l'UCL a pu mener des campagnes et adopter des positions fortes sur des sujets devenus centraux, notamment les questions antipatriarcales, antifascistes, et dans une moindre mesure sur l'antiracisme et l'écologie. Elle doit continuer ses efforts en ce sens pour faire vivre ses orientations, en renforçant ses outils de coordination interne et en faisant vivre ses orientations sur le terrain.

3.1.2. Avec quelques centaines de militant·es, notre capacité à peser politiquement sur la société est minime. Cependant, depuis le congrès de 2023, notre politique de formation semble porter des fruits. Il est nécessaire de continuer ces efforts et de les amplifier. Notre capacité à mutualiser nos moyens, en particulier à l'échelle régionale entre groupes locaux, doit se renforcer. L'objectif de faire grossir nos rangs tout en maintenant une dynamique de formation est essentiel.

3.1.3. Enfin, après plusieurs turbulences fortes, l'organisation a gagné en méthode de débat. Mais il apparaissait déjà en 2023 le besoin d'un outil permettant à l'ensemble des militant·es d'approfondir notre projet révolutionnaire. Il s'agit de se doter d'un programme révolutionnaire qui nous soit propre, de réécrire un projet de société comme celui que portait Alternative libertaire en son temps. Pour mener ce travail, sur le modèle de la commission Héritage créée après la fusion AL-CGA, un groupe de travail est mandaté pour lancer le travail et les débats en interne comme en public.

3.2. Des axes forts pour les mois à venir

3.2.1. L'extrême droite vise les municipales 2026

3.2.1.1. Lors de la dissolution de juin 2024, l'UCL a décidé de prendre ses responsabilités: entre un bloc réformiste, le Rassemblement national et un bloc bourgeois en crise, nous avons appelé à voter «sans illusion ni scrupule» pour le premier. Nous ne regrettons pas ce choix.

3.2.1.2. Le répit est temporaire: rien n'indique que l'Assemblée nationale ne sera pas dissoute à nouveau dans un avenir proche. Les prochaines municipales de 2026 seront à coup sur une nouvelle occasion pour l'extrême droite de consolider son emprise. Face au risque de cette consolidation, ou de l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite, la question d'un appel au vote se posera à nouveau.

3.2.1.3. À l'heure actuelle, on peut craindre que la réponse du mouvement social ne soit pas suffisante pour faire refluer l'extrême droite, en dépit du regain de mobilisation manifeste en juin dernier et de la condamnation récente de Marine Le Pen et du RN en première instance. La question du vote «barrage» se présentera probablement à nouveau à l'organisation, au plus tard en juin 2027. Dans cette perspective l'organisation devra tirer un bilan de son choix lors des élections législatives anticipées de 2024, afin d'éclairer son choix pour les futures élections. Dans l'hypothèse d'un nouvel appel au vote «barrage», l'UCL maintiendra dans ses campagnes une critique ferme des réformismes et de la démocratie bourgeoise et libérale.

3.2.1.4. Concernant les municipales, porter un mot d'ordre unique semble complexe, étant donné la multiplicité des situations locales. Mais dans les communes où l'extrême droite prend la place, elle la rend difficilement voire ne la rend pas, avec des conséquences locales énormes, en particulier pour les minorités. Chaque GL, selon sa situation, se posera la question du soutien et de ses modalités aux listes locales. Cependant, comme le prévoient les Statuts, «militer avec ou se présenter sur une liste, coalition ou variante électorale sans l'approbation d'une Coordination Fédérale» constitue toujours une rupture du contrat militant.

3.2.1.5. Cela ne remplace en rien le travail mené de longue date sur la mobilisation sociale contre l'extrême droite, dans les structures syndicales, dans les collectifs antifascistes ou les mobilisations de rue. Ces mobilisations restent prioritaires pour l'UCL.

3.2.2. Les municipales: étape dans la stratégie d'accession au pouvoir de LFI

3.2.2.1. Après avoir globalement négligé l'échelon local dans sa stratégie d'implantation, tout indique que LFI opère un virage et compte désormais sur les élections locales, et tout particulièrement les municipales de 2026, dans sa stratégie d'accession au pouvoir. De nombreux candidat·es malheureux aux législatives dernières sont déjà en campagne et jouent la carte de la mobilisation des quartiers populaires «contre les réseaux de notables installés» et le clientélisme, quitte à s'enfermer dans un bras de fer avec les partis de gauche traditionnelle (PS, PCF...). Il s'agit pour le «mouvement gazeux» de matérialiser une partie du soutien populaire, de bâtir un ancrage local et de l'étendre en utilisant, comme ils le font avec les postes de député·es, comme espace de contestation permanent à l'intérieur même de l'État. Ce changement tactique et ses oscillations en ce qui concerne le rapport de LFI aux autres partis de gauche n'est pas sans effet sur les collectifs locaux de militant·es dans lesquels l'UCL peut être impliquée.

3.2.2.2. C'est avant tout avec les associations, organisations et collectifs agissant dans les quartiers populaires que LFI entend réaliser ce mouvement tactique: début février, elle organisait avec elles les troisièmes rencontres nationales des quartiers populaires (RNQP), qui avaient lieu à Toulouse. Cette structure réunit des ancien·nes du Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB), du Forum social des quartiers populaires (FSQP), mais aussi membres du Tactikollectif, des activistes du comité Adama, des militant·es d'AC le feu, des collectifs «Vérité et justice», etc.; autant d'organisations avec lesquelles l'UCL entend travailler et qui se situent sur la question prioritaire de l'antiracisme et des quartiers populaires. Il est donc fondamental que l'UCL réfléchisse et suive de près les débats et les alliances réalisées entre ces forces et sache s'y situer.

3.2.3. La dette et la taxation du capital: ne pas taxer plus mais prendre tout!

3.2.3.1. Deux campagnes anticapitalistes de masse se discutent à gauche, dans les associations et syndicats. Nos forces ne nous permettent pas d'en porter le lancement mais dans nos organisations de masse nous pouvons en promouvoir l'idée, par exemple lors de l'Université d'été des mouvements sociaux qui se tient fin aout à Bordeaux. Ces campagnes seraient aussi des outils pour démasquer la duplicité sociale du RN.

3.2.3.2. Face à l'imminence d'une prise de pouvoir de l'extrême droite en France, et face à la faiblesse historique de la gauche révolutionnaire, il paraît indispensable de réfléchir à un compromis tactique pragmatique. Si l'extrême droite parvenait à prendre le pouvoir, la traversée du désert pour les révolutionnaires serait longue et douloureuse. Rien ne dit même que le courant communiste libertaire organisé survivrait à cette épreuve.

3.2.3.3. Faire un compromis tactique, c'est conserver notre horizon stratégique, la construction de contre- pouvoirs en période non révolutionnaire, mais penser une étape intermédiaire. Le courant communiste libertaire, héritier du syndicalisme révolutionnaire, n'a jamais rechigné à articuler réformes et révolution. La question est plutôt de bien choisir les réformes à promouvoir.

3.2.3.4. Prioriser tactiquement n'est pas hiérarchiser politiquement. Tous les systèmes de domination doivent être combattus et renversés ensemble.

3.2.3.5. LFI et le NPA-A identifient la dette publique comme un levier central de conflictualité politique, dans la mesure où elle reflète l'emprise croissante des logiques rentières et monopolistiques du capitalisme contemporain. Si cette lecture permet de révéler certains mécanismes de domination, elle reste enfermée dans une perspective de renégociation avec l'ordre existant, sans remise en cause des rapports de production.

3.2.3.6. Dans ce cadre, l'UCL ne doit pas s'associer à une campagne large centrée sur la taxation plancher à 2 %, qui constitue une illusion réformiste. Penser que la fiscalité serait en elle-même une contradiction du capitalisme revient à légitimer la classe bourgeoise dans son rôle de gestionnaire des besoins sociaux à travers l'État.

3.2.3.7. À rebours de cette logique, l'UCL doit défendre une stratégie de rupture fondée sur l'extension des droits sociaux par l'augmentation des cotisations. Cette orientation, portée notamment dans les syndicats de classe, permet de sortir les travailleuses et les travailleurs des logiques d'endettement, en affirmant leur rôle de productrices et producteurs de valeur économique. Elle ouvre la voie à l'abolition du marché de l'emploi. Dans cette perspective, l'UCL doit militer pour la mise en sécurité sociale de secteurs essentiels comme l'alimentation ou le logement, en renforçant et en subvertissant les initiatives existantes telles que les caisses alimentaires ou les luttes pour le droit au logement.

3.2.3.8. Plutôt que de se placer sur le terrain de la fiscalité, l'UCL doit aussi porter une campagne offensive pour sortir la Sécurité sociale de l'emprise de l'État, en revendiquant une gestion directe par les travailleuses et les travailleurs, fondée sur les cotisations. Contre l'étatisation, la technocratie et l'impôt, cette orientation permet de repolitiser la question sociale et de construire des formes concrètes d'autonomie de classe.

3.2.3.9. En parallèle, notre organisation tiendra un discours critique sur la nature de la dette elle-même, produit de la non taxation du capital. Nous développerons des argumentaires faisant le lien entre capital et extrême droite, entre crise écologique et nécessaire remise en question du capitalisme. Ainsi, nous pourrons idéalement porter des mots d'ordre qui dépasseront largement le simple cadre d'une renégociation, en attaquant la propriété elle-même: la nécessité de l'expropriation des capitalistes par la grève générale.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Motion-d-orientation-generale-10896

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