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(fr) Alternative Libertaire #375 (UCL) - 1er Mai: Répression à l'inspection du travail

Date Mon, 19 Oct 2026 23:45:14 +0300


Les attaques patronales se succèdent, mais le 1erMai restera un jour particulier dans l'histoire de nos luttes. Les agents et agentes de l'inspection du travail sont aussi au charbon pour le rappeler à nos employeurs délinquants si besoin. Même si les directions essayent de mettre des bâtons dans les roues en empêchant les contrôles et en réprimant. Un épisode de la lutte des classes qui rappelle qu'un président et son gouvernement aux abois peuvent se croire au dessus des lois? ---- On se rappelle toutes et tous, en avril dernier, des effets d'annonce grandiloquents du gouvernement pour attaquer le jour le plus symbolique de notre camp politique, le seul jour férié, chômé et payé: la fête internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs. La proposition de loi Attal était censée permettre aux patrons de faire travailler des millions de travailleurs et de travailleuses. Malgré les ronds de jambe et face à la réaction unanime promise pa
r les syndicats, la bourgeoisie avait fait marche arrière.

La légalité du 1erMai n'ayant pas été compromise, les agents et agentes de l'inspection du travail de faire leur travail: sanctionner le patronat voleur exploitant des salarié·es le 1erMai. Mais c'étaient sans compter les annonces gouvernementales qui visaient à rassurer les patrons: ils ne subiront aucune sanction en cas de fraude [1].

Zone de non-droit

Ainsi, la petite direction du ministère du Travail, pleine de zèle et d'envie de carrière, s'est mise en branle. Dans plusieurs départements, elle a déconseillé aux agents et agentes d'aller contrôler, a bloqué des courriers, voire en est venue aux mains pour empêcher le personnel de sortir. En Isère, à la suite d'une vive altercation au sujet des contrôles du 1erMai entre la hiérarchie et les syndicats, une petite cheffe décide de porter plainte en gendarmerie contre Pierre et Benoît, deux camarades syndicalistes. Un contre-feu classique dans un contexte syndical déjà tendu par une dégradation des conditions de travail au sein de l'inspection du travail. Si la procédure pénale est finalement classée sans suite par le parquet, la direction régionale décide quant à elle, d'engager une procédure disciplinaire.

Le mardi 15septembre s'est donc tenue une Commission administrative paritaire (CAP), composée des syndicats et de l'administration, devant rendre un avis au ministre sur le sort des deux syndicalistes. Le contexte était posé avec la mobilisation des collègues du ministère devant les bureaux de la DRH à Paris, une large tribune unitaire [2] et une grève reconductible en Isère depuis le 7septembre. Mais le couperet est tombé: les deux syndicalistes seront sanctionnés par l'administration. Benoît hérite d'un blâme, mais Pierre d'un déplacement d'office: une mutation obligatoire de changement de département. C'est une des mesures les plus fortes sur l'échelle de sanction disciplinaire de la fonction publique. L'abstention de la CFDT lors de la CAP a fait basculer le vote, un positionnement pour le moins particulier à quelques mois des élections professionnelles.

L'exécutif prend ses aises

Cette procédure illustre les évolutions dans la manière d'appréhender l'État de droit par la macronie et, par extension par le bloc bourgeois. Depuis la dissolution, ils ont perdu la main-mise sur l'Assemblée nationale. Le pouvoir exécutif occupe aujourd'hui une place de plus en plus grande. Il utilise l'ensemble des outils légaux pour imposer sa vision et contourner l'Assemblée. La justice, elle, est rendue inopérante par le manque de moyens. Il peut ainsi appliquer sans filet une politique toujours plus alignée avec le patronat, dont l'objectif est bel et bien de «défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance» au détriment de la classe populaire, des plus précaires et des plus fragiles que le droit tentait péniblement de protéger.

On assiste également à une inversion des valeurs bouleversant le champ de la lutte de classes et les rapports de domination. Soudainement, les opprimé·es en ­lutte deviennent les envahisseurs et envahisseuses conquérantes. À l'inverse, l'oppresseur devient le libre défenseur de la démocratie et du droit à vivre. C'est ce renversement, appliqué à l'ensemble du champ social, qui permet au dominateur de rentrer dans le rapport de force avec toutes les armes dont il dispose. L'autre n'est alors au mieux qu'un ou une ennemie de la République, et même au pire un animal.

Cette inversion, appliquée à l'inspection du travail, permet donc deux choses, d'une part la légitimation de la répression violente de l'administration, d'autre part le discrédit des syndicats vus et jugés comme nuisible au bon fonctionnement des services. De seuls remparts à l'exploitation patronale et étatique, les syndicats deviennent, dans le discours politique, l'origine du problème. Il est donc normal de le briser quel que soit le moyen.

Le contournement de l'État de droit et l'inversion des valeurs n'a cependant pas réussi à détruire le 1erMai. Un nouveau projet de loi a cependant été déposé par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Il est passé au Sénat et doit ensuite passer à l'Assemblé national. Mais rien n'est moins sur au vu du calendrier électoral de 2027: l'an prochain, ce jour de lutte tombera la veille du second tour de l'élection présidentielle. Cette année plus qu'une autre, les organisations syndicales ne devront pas trembler face à une potentielle arrivée au pouvoir de l'extrême droite. Cette repolitisation de l'action syndicale doit se préparer dès maintenant, à l'image de la mobilisation des 24 et 25octobre à Orléans contre la tenue du congrès du Rassemblement national [3].

La fête internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs reste et restera ancrée dans le rapport de force comme une victoire à défendre face au patronat. Plus que jamais les forces de la rue prolétarienne et l'action directe resteront déterminantes dans la transformation sociale libertaire quel que soit le pantin choisis par les urnes.

Francis (UCL Marseille)

Notes:
[1] «La bataille de la CGT pour défendre le 1erMai», 24avril 2026, à lire sur Cgt.fr.
[2] «Qui veut la peau de l'inspection du travail?», 23 juillet 2026, à lire sur Solidaires.org.
[3] À lire dans la rubrique «antifascisme» de ce présent numéro d'Alternative libertaire.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?1er-Mai-Repression-a-l-inspection-du-travail
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