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(fr) ACG [GBR] - Entretien avec l'Association anarchiste tchécoslovaque (en) [Traduction automatique]
Date
Mon, 14 Sep 2026 22:06:20 +0300
ACG: Pouvez-vous présenter votre organisation? Vos activités, etc.? ----
L'Association anarchiste tchécoslovaque, ou ČAS , est une organisation
récente active en République tchèque et en Slovaquie. Après quelques
mois de discussions et de préparatifs, nous avons tenu notre congrès
constitutif à l'automne 2023 à Brno, en Moravie. La ČAS a été fondée par
d'anciens membres du mouvement, presque exclusivement des ouvriers.
Certains d'entre nous étaient actifs dans d'autres organisations
anarchistes aujourd'hui disparues. Par le passé, outre la Fédération
anarchiste (AFED), la Fédération des anarchistes sociaux (FSA), affiliée
à l'Association internationale des travailleurs (AIT), était également
active en Tchécoslovaquie . On trouvait aussi l'Alternative
anarcho-communiste (Anarchokomunistick á Alternativa - AKA ),
l'Organisation des anarchistes révolutionnaires - Solidarita, inspirée
du Mouvement de solidarité ouvrière irlandais. L'Action antifasciste (
Antifashistická Akce ), liée à la FSA, était également très influente .
Nous nous considérons comme des anarchistes sociaux, c'est-à-dire des
communistes anarchistes.
L'AFED étant la seule organisation active et nos divergences politiques
étant anciennes, le déclenchement de la guerre en Ukraine a été la
goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Nous avons donc décidé de
créer une nouvelle organisation afin de redonner au mouvement anarchiste
son caractère de classe et internationaliste. Il s'agissait aussi de
montrer que l'anarchisme n'est pas seulement un mode de vie, mais une
voie vers l'émancipation de notre classe opprimée. Enfin, et surtout, il
était essentiel de réaffirmer que collaborer avec l'État, s'enrôler dans
l'armée, participer au militarisme et aux meurtres sont contraires à nos
principes.
Actuellement, nous concentrons nos efforts sur l'éducation et la
sensibilisation/propagande: gestion de notre site web et de nos réseaux
sociaux, publication de bulletins et de brochures anarchistes imprimés
au sein de la Bibliothèque anarchiste, à la fois pour notre propre
formation et pour faire connaître l'anarchisme au grand public. Nous
travaillons actuellement à structurer notre organisation et à mettre en
place des groupes locaux. Dès que possible, nous organiserons des
événements et des actions publiques.
Certains de nos membres sont engagés dans les mouvements scouts noirs et
rouges, la coopérative de fabrication Solidarita et l'initiative Seeds
not Bombs. Nos membres de Bohême centrale organisent des événements
musicaux sous la bannière «Faites de la musique, pas la guerre».
Êtes-vous en contact avec d'autres organisations dans différents pays?
Êtes-vous affilié à une fédération internationale?
Nous devons admettre que nos compétences linguistiques sont limitées, ce
qui restreint nos possibilités de contact avec l'étranger. Actuellement,
nous sommes en contact avec vous (ACG) et nos camarades d'ACN, ainsi
qu'avec des amis en Slovénie et en Pologne.
Nous ne faisons partie d'aucune fédération internationale, peut-être à
l'avenir, mais nous devons d'abord renforcer notre propre organisation.
Nous pensons qu'il serait bénéfique pour notre mouvement dans le Nord
riche de soutenir nos camarades du Sud. Les soutenir matériellement
permettra au mouvement dans les pays pauvres de se développer, car c'est
là que réside un immense potentiel révolutionnaire.
En résumé, quelle est la situation politique en République tchèque et en
Slovaquie?
Dans ces deux pays, anciens satellites de l'URSS, la faible conscience
de classe est très répandue. Cela a contribué à leur transformation en
colonies et en usines pour les multinationales d'Europe occidentale et
d'Amérique. La restauration effrénée du capitalisme après 1989 a
engendré une nouvelle élite de millionnaires enrichis grâce à des
détournements de fonds et des escroqueries (notamment le «tunneling»,
c'est-à-dire le détournement d'usines entières). L'agriculture a été
ravagée, tout comme de nombreuses usines et industries. Les syndicats
sont impuissants et ne défendent pas les intérêts des travailleurs. Les
grèves sporadiques relèvent davantage du miracle que de l'exception, et
les travailleurs sont donc constamment sur la défensive, conséquence de
leur propre passivité. Ces dernières années, la République tchèque est
exclusivement gouvernée par des partis politiques de droite, le parti le
plus puissant étant ANO, dirigé par un oligarque.
Les sociaux-démocrates, historiquement discrédités, ne parviennent
plus à obtenir de sièges au Parlement. Le Parti communiste a également
été marginalisé et se tourne de plus en plus vers le nationalisme.
En Slovaquie, les sociaux-démocrates sont actuellement au pouvoir, mais
leur victoire est avant tout due à l'accord d'une grande partie de la
population avec la décision du parti de ne pas soutenir militairement
l'Ukraine.
Les sociaux-démocrates slovaques s'inspirent davantage du populiste
hongrois Viktor Orbán que des programmes de gauche. Le deuxième parti le
plus important de Slovaquie est le Parti libéral-démocrate.
Les jeunes générations sont endoctrinées par l'école et les médias au
libéralisme, et le communisme est bien sur le pire des tabous. La
frustration et la haine se répandent surtout parmi les générations qui
ont vécu sous le socialisme d'État et qui se souviennent aujourd'hui
avec nostalgie de l'époque de la sécurité sociale et de l'ordre établi.
Nombreux sont ceux qui participent désormais à des rassemblements et
envahissent les places publiques pour des groupes d'extrême droite aux
idées farfelues, prônant la sortie de l'UE et de l'OTAN, refusant de
soutenir l'effort de guerre ukrainien et affichant une haine féroce
envers les immigrés. Ces groupes organisent actuellement des
manifestations contre les réformes du gouvernement de droite actuel. La
gauche, incapable de se mobiliser, laisse un vide que ces populistes
comblent. Le mouvement anarchiste, marginalisé et de surcroît divisé,
est incapable de mobiliser une quelconque résistance.
En résumé, quelle est l'histoire du mouvement anarchiste tchèque?
Le mouvement anarchiste tchèque possède une histoire riche et longue. Il
a débuté à la fin des années 1870 ou au début des années 1880.
Les principaux pionniers anarchistes étaient également présents à la
naissance du mouvement ouvrier en Bohême. Entre 1880 et 1889, le
mouvement fut principalement influencé par Johan Most.
Le mouvement anarchiste tchèque dut lutter contre de violentes
persécutions, ce qui poussa de nombreux anarchistes à émigrer en France,
en Angleterre, mais surtout aux États-Unis. Un important mouvement était
actif à Chicago, et les anarchistes tchèques participèrent activement
aux événements de mai 1886. Plusieurs ouvriers tchèques furent abattus
par la police lors de manifestations liées à l'événement de Haymarket.
Les anarchistes tchèques étaient membres de l'Association internationale
des travailleurs (IWPA) et, plus tard, s'impliquèrent activement dans la
création et la mise en place de sections de l'IWW.
De retour en République tchèque à partir de 1900, les anarchistes
s'attachaient principalement à la construction d'organisations
syndicales. Leur présence était particulièrement forte parmi les
mineurs, mais on en trouvait également un grand nombre parmi les
ouvriers du textile, du verre et du bâtiment. Le bastion de l'anarchisme
tchèque se situait en Bohême du Nord, et plus précisément dans la région
minière du charbon du Nord-Ouest, où ils prirent l'ascendant sur les
sociaux-démocrates. Ils publiaient des journaux et des brochures,
organisaient des syndicats et des groupes d'éducation ouvrière, et
fondaient des coopératives de production et de consommation. Ils
organisèrent également plusieurs grèves minières importantes, comme
celle de 1906, qui mobilisa 20 000 mineurs et paralysa le travail dans
120 mines.
Le développement du mouvement anarchiste était constamment freiné par la
répression, tandis que les socialistes étaient autorisés à agir sans
difficultés en échange d'une politique de réconciliation envers l'État
et le capitalisme et de sièges au parlement de l'Empire austro-hongrois.
Après la Première Guerre mondiale, de jeunes générations d'anarchistes
issus d'organisations plus intellectuelles, notamment la Fédération
anarchiste tchèque, remanièrent leur programme. Leurs dirigeants
entrèrent en politique et leur chef, le Dr Bohuslav Vrbensky, devint
même député au Parlement tchécoslovaque. Plus tard, ils fondèrent le
Parti socialiste, qui finit par fusionner avec le nouveau Parti
communiste. Ce parti comptait environ 3 000 membres.
Après la guerre, l'organisation syndicaliste des mineurs anarchistes
(Association tchécoslovaque des mineurs) fut créée et comptait environ
14 000 membres. Ils refusèrent la proposition du Dr Vrbensky d'adhérer
au Parti communiste, mais ne développèrent aucune théorie ni pratique
anarchiste et se concentrèrent exclusivement sur la lutte sur les lieux
de travail. En raison de la crise économique et du chômage de masse des
années 1930, leurs effectifs chutèrent à environ 3 000 membres et ils
fusionnèrent avec une autre organisation de mineurs.
Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement anarchiste ne s'est pas
reconstitué. La dictature du Parti communiste, instaurée trois ans plus
tard, ne l'aurait de toute façon pas permis et l'aurait écrasé dès ses
débuts.
Il nous a fallu attendre quarante longues années pour la renaissance du
mouvement anarchiste.
Et quelle est la situation maintenant?
Après la chute du Parti communiste, le mouvement anarchiste a été
restauré en Tchécoslovaquie. On a notamment observé un regain d'intérêt
parmi les jeunes générations dans les années 1990. Le mouvement a
continué de croître jusqu'en 2002 et a atteint son apogée lors du sommet
du FMI et de la Banque mondiale à Prague.
Outre les organisations nationales ČSAF (devenue AFED), ORA Solidarita,
Anarchokomunistická alternativa, Federace sociálních anarchistů - IWA et
Antifashitická akce ( dirigée exclusivement par des anarchistes), ainsi
qu'Anarchofeministická skupina (Groupe anarchoféministe), de nombreux
groupes anarchistes locaux étaient actifs. En Slovaquie, il n'existait
pratiquement qu'une seule organisation active: Zvaz Priama Akcia - IWA
(Union Action Directe), qui l'est toujours. Pendant des années, des
groupes Food Not Bombs ont également été actifs en République tchèque et
en Slovaquie. Après 2008, le mouvement a connu un fort déclin, et de
nombreux militants de longue date l'ont quitté. Pendant de nombreuses
années, le seul mouvement organisé a été représenté par AFED, ce qui a
eu un impact négatif sur son fonctionnement. Pour beaucoup, l'anarchisme
est devenu un simple mode de vie, une «révolte de la jeunesse» ou une
révolte ponctuelle, et le mouvement anarchist
e n'est plus en mesure d'agir de manière continue et systématique.
Néanmoins, la Journée anarchiste de mai de cette année a vu un regain
d'intérêt chez les jeunes pour les idées anarchistes, et les jeunes
représentent l'avenir de tout mouvement. Nous croyons en des jours
meilleurs.
La République tchèque et la Slovaquie accueillent une importante
population d'immigrants ukrainiens. Pouvez-vous décrire la situation des
travailleurs ukrainiens?
Tout d'abord, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs ukrainiens
ont émigré en Tchéquie et en Slovaquie bien avant le début de la guerre.
Ils ont fui leur pays car celui-ci était pillé par ses propres
capitalistes.
Leurs salaires leur permettaient tout juste d'échapper à la famine, et
ils vivaient dans la misère. Ils sont partis chercher refuge ici, car
leur ancienne «patrie» se moquait d'eux et ne servait que les intérêts
du capital. Rien qu'en République tchèque, on parle de 300 000 personnes.
Après le déclenchement de la guerre, 380 000 personnes supplémentaires
ont fui vers la Tchécoslovaquie. Chaque semaine, 1 300 autres arrivent.
Actuellement, environ 100 000 hommes valides en âge de combattre se
trouvent en Tchécoslovaquie et devraient retourner en Ukraine pour
rejoindre l'armée. Mais ils sont partis volontairement car ils ne
voulaient pas prendre part à la guerre; ils ne voulaient pas devenir des
meurtriers, ni servir de chair à canon. Comme ils l'ont dit eux-mêmes
lors de nos conversations: «Je ne mourrai pas à la guerre, ce n'est pas
ma guerre!»
Nous avons discuté avec de nombreux travailleurs ukrainiens, des
ouvriers d'usine aux chauffeurs de transports en commun. Beaucoup
étaient venus avec leurs femmes et leurs enfants. Leurs réponses et
leurs raisons sont presque identiques: comme nous l'avons dit
précédemment, ils refusent de mourir pour un pays qui les a laissés
mourir de faim et travailler comme des forcenés pour des capitalistes
ukrainiens. La plupart sont convaincus qu'il s'agit d'une guerre entre
les États-Unis et la Russie. Ils n'ont pas l'intention de rentrer chez
eux après la fin du conflit.
La plupart travaillent comme ouvriers, un type de travail mal rémunéré
en République tchèque. Pourtant, selon leurs propres dires, ils gagnent
trois fois plus que dans «leur pays» et peuvent ainsi se permettre un
niveau de vie plus élevé. Bien sur, de nombreuses personnes de la classe
moyenne ont également quitté l'Ukraine; certaines ont réussi, mais
d'autres ont du se contenter d'emplois manuels et, malgré cela, ne
souhaitent pas rentrer. Nous avons rencontré un couple dans cette
situation. Ils travaillent dans l'industrie automobile, mais la femme
était auparavant professeure d'université et le mari cadre. Au début de
la guerre, ils ont vendu leur maison et retiré toutes leurs économies
afin de corrompre les fonctionnaires et les gardes-frontières pour que
le mari, mobilisé, puisse franchir la frontière. Aujourd'hui, les
frontières sont gardées et des gens meurent en tentant de les franchir,
mais malgré cela, certains parviennent encore à s'échapper. Bien
évidemment, les plus pauvres n'ont pas les moyens de payer ces
pots-de-vin. L'Ukraine est devenue un immense camp de concentration pour
sa classe ouvrière, où la classe dirigeante peut la faire massacrer à sa
guise, dans cette guerre de tranchées glacée qui ne peut prendre fin que
par une révolte populaire. On observe jusqu'à présent une augmentation
du nombre de révoltes locales contre les recruteurs de l'armée. Il est
encourageant de constater que, même si les travailleurs ukrainiens ne se
considèrent pas comme anarchistes, ils agissent comme tels et refusent
d'obéir aux ordres des dirigeants de prendre les armes, conformément au
slogan «Votre guerre, nos morts».
Des informations concernant les réfugiés russes et les objecteurs de
conscience, ou provenant directement de Russie?
Les médias et le gouvernement tchèques ont attisé un fort sentiment
anti-russe, ce qui explique le départ massif des Russes de République
tchèque. Actuellement, environ 40 000 citoyens russes résident en
République tchèque; les nouveaux arrivants sont principalement des
étudiants. Outre les travailleurs ukrainiens, des travailleurs russes
sont venus chercher du travail. Nous n'avons pas rencontré d'objecteurs
de conscience russes, mais nous avons discuté avec des étudiants russes
qui, bien entendu, désapprouvent la guerre et n'apprécient pas Poutine.
Au Royaume-Uni, on entend souvent dire que, en tant qu'antimilitaristes
occidentaux, nous n'avons pas le droit de commenter la situation en
Europe de l'Est. Qu'en est-il des voix antimilitaristes d'Europe
centrale et orientale?
Nous croyons qu'en tant qu'anarchistes, nous avons le droit de commenter
tout événement, où que ce soit, que nous y résidions ou non. Au
contraire, il est de notre devoir de nous exprimer et de réagir lorsque
l'anarchisme est mal interprété et dénaturé. Si certains «anarchistes»
de l'Est ont abandonné leurs principes révolutionnaires et
anti-étatiques, il est logique qu'ils soient critiqués. C'est normal.
Le mouvement anarchiste tchèque a péri durant l'entre-deux-guerres à
cause du réformisme et de l'abandon de ses principes, et il est
regrettable qu'il n'ait pas été en contact plus étroit avec le mouvement
international; peut-être n'aurait-il pas commis cette erreur fatale.
Actuellement, c'est ce qui se passe avec l'AFED tchèque, qui a abandonné
l'antimilitarisme et l'internationalisme, et soutient idéologiquement et
surtout financièrement des «anarchistes» nationalistes ukrainiens ayant
rejoint l'armée et obéissant aux ordres de leurs officiers et du
gouvernement, contribuant ainsi à la diffusion du nationalisme, du
patriotisme et du militarisme. L'AFED tchèque est actuellement
l'organisation la plus active dans ce sens. Toute discussion avec elle
est impossible, car elle refuse tout dialogue, sachant pertinemment que
ses arguments concernant la théorie anarchiste seraient voués à l'échec.
Espérons que le temps leur permettra de reconnaître leur erreur.
Aujourd'hui, elle bénéficie d'une grande visibilité et d'une large
audience grâce à des canaux d'information bien établis et à une forte
influence. De plus, elle est soutenue par des personnes de gauche
libérale ou de centre libéral, auxquelles elle rend service, alors même q
u'elle était qualifiée d'«extrémiste» par ces mêmes personnes il n'y a
pas si longtemps.
La division au sein du mouvement anarchiste tchèque, déjà très marginal
et en crise, est donc de leur faute, et nous n'avons d'autre choix que
de travailler à la construction du mouvement anarchiste et à lui
indiquer la direction qu'il doit prendre afin qu'il puisse trouver sa
place en tant qu'idée menant à l'émancipation de la classe ouvrière.
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