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(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - Lire Manon Him Aquilli, «Prendre la parole sans prendre le pouvoir: Une histoire des assemblées antiautoritaires»

Date Sat, 25 Jul 2026 21:52:31 +0300


Dans ce (trop) court essai, la chercheuse Manon Him-Aquilli questionne les modes d'organisation horizontaux des assemblées, organisations ou collectifs antiautoritaires cherchant à s'organiser politiquement en s'autonomisant (au maximum) des relations de pouvoir. C'est depuis son domaine d'expertise, les sciences du langage, qu'elle interroge, dans le cadre de dispositifs organisés pour réduire les effets de pouvoir -ordre du jour collectivement validé, tours de paroles organisés, etc.-, «l'existence d'autres voies empruntées par le langage pour faire advenir des rapports d'autorités». ---- Dans un premier chapitre, l'auteure retrace une «brève histoire de l'organisation des mouvements anarchistes et autonomes français» depuis 1864 organisée en deux parties, l'une avant 1968 et l'autre de 1968 au CPE. La première, assez descriptive, pourrait sembler un peu trop rapide et anecdotique tant la période est vaste et que sont nécessairement omis des pans entiers de cette riche histoire. La seconde partie traite de la période post-1968, avec notamment l'émergence d'un mouvement féministe matérialiste inventant des modes d'organisation spécifiques d'une part et les mouvements autonomes. Ces deux mouvements ont en commun de faire des assemblées générales, les AG, des espaces politiques centraux: «les AG [commençant] à être nommées et discutées explicitement comme la meilleure forme pour expérimenter l'autonomie politique conçue comme démocratie directe». Cette partie traitant de la période contemporaine et mettant en question la forme de l'assemblée générale aurait mérité un plus ample développement au regard des différentes expériences et mouvements qui sont ignorés notamment au cours des années 1980-1990: antinucléaires, antiracistes, antifascistes...

La seconde partie traite plus spécifiquement des «positionnements discursifs» concernant les AG et les éventuels rapports de pouvoir qui se construisent autour des imputations d'autoritarisme dont s'accusent mutuellement les tenants et tenantes d'un formalisme explicite encadrant les AG d'une part et, d'autre part, celles et ceux refusant de tels dispositifs au motif qu'ils seraient un obstacle à «l'avènement politique». Ces deux figures «idéales-typiques» comme diraient les sociologues, si elles éclairent des positionnements opposés qu'il est facile de se représenter rendent moyennement compte de la diversité des espaces compris entre ces deux positions. Les collectifs pouvant se rapprocher d'un espace à un autre au grès des situations et des moments.

Dans une troisième et dernière partie, l'auteure propose d'exposer comment les prises de parole au sein d'AG peuvent s'avérer être des prises de risque ou des prises de pouvoir implicites, s'attachant à montrer «la part langagière des rapports de pouvoir».

Cet essai, à la fois enthousiasmant du fait de son sujet et frustrant de par sa brièveté, a l'avantage d'être d'une lecture facile et peut s'avérer être un outil utile aux groupes ou collectifs militants pour questionner collectivement leur rapports aux multiples expressions du pouvoir qui s'expriment dans nos rapports militants et notamment via les prises de parole.

David (Ami d'AL)

* Manon Him-Aquilli, Prendre la parole sans prendre le pouvoir: Une histoire des assemblées antiautoritaires, Éditions du Commun, 2026, 100pages, 10euros.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Lire-Manon-Him-Aquilli-Prendre-la-parole-sans-prendre-le-pouvoir-Une-histoire
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