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(fr) Socialisme Libertaire - Guerre et peur
Date
Tue, 21 Jul 2026 14:27:30 +0300
«Le système capitaliste, qui fonce dans le mur, se défend bien. La lutte
pour l'hégémonie incarnée par les États-Unis est accompagnée par
l'éternel sermon de l'affrontement entre le bien et le mal. Il ne
faudrait pas qu'on s'imagine qu'il s'agit d'une affaire de gros sous, de
marchands d'armes, de pétrole ou de plans de reconstruction futurs...
Civils et soldats sont pulvérisé-es par les bombardements, mais pendant
le spectacle, les affaires continuent! ---- Nous sommes pessimistes. Le
réchauffement global; le fascisme qui revient; la guerre, et pas
seulement en Ukraine, face à laquelle l'impuissance a remplacé la
colère. C'est toujours pire. Nous avons conscience d'être désinformé-es
et sommes hanté-es par le doute. Celles et ceux qui n'acceptent pas
l'incertitude, cultivent l'exclusivisme et favorisent la division des
exploité-es.
Pandémie et divisions
On nous a vendu une pandémie autant politique que sanitaire, créant une
telle anxiété, au point que les mesures d'enfermement et de contrôle ont
été acceptées sans discussion par la majorité de la population. Même si
beaucoup pensent que tout cela est derrière nous, les officiels battent
périodiquement le rappel, avec de nouveaux variants ou de nouvelles
pathologies. Ils voudraient nous imposer un «passe» perpétuel assurant
notre traçabilité, comme pour les animaux de boucherie.
Les analyses critiques sont régulièrement discréditées ou censurées par
les médias mainstream, elles peinent à sortir de la confidentialité et
sont parfois récupérées par l'extrême-droite. Il n'en reste pas moins
qu'elles font apparaitre des tricheries et manipulations (dans la
collecte des données, les statistiques, etc.) qui sont nécessaires au
maintien du discours monolithique et paralysant de la pandémie.
Difficile de faire le tri entre les faits avérés, les hypothèses
crédibles et les interprétations sensationnalistes (d'autres diraient
complotistes). Ainsi, la peur circule et pas seulement de la part des
tenants du discours officiel, elle est aussi propagée par certains
outsiders.
Surtout pas de répit, «la peur contribue sans aucun doute à la capacité
dont disposent certains acteurs de solliciter et d'obtenir une forme de
soumission à l'autorité» (1). Cette affaire du Covid laisse en présence
deux camps a priori irréconciliables et beaucoup de gens lassés par
cette histoire, si révélatrice pourtant des conflits d'intérêts et des
choix technocratiques qui gouvernent nos vies.
D'autres thèmes triviaux ou importants divisent aussi profondément ce
qu'on appelle «la gauche». Faut-il soutenir ou s'opposer au port du
burkini dans les piscines? à la procréation médicalement assistée? à la
gestation pour autrui? à l'abolition de la prostitution? etc. Autant de
sujets qui passionnent dans certains cercles et que nous ne traiterons
pas aujourd'hui. Notre boussole indique que ce qui implique exploitation
et oppression doit être combattu, mais nous ne voulons pas cultiver
l'art de compliquer les choses en fabriquant à la pelle de nouvelles
divisions, toujours plus particularistes, sous l'oeil amusé du pouvoir.
Par contre - on l'a vu avec les «Gilets jaunes» - tout ce qui pourrait
incarner une opposition sociale importante est violemment réprimé.
La guerre en Ukraine
Dans le registre de la terreur et de son utilisation politique, le
conflit actuel n'est pas en reste. Il semble que les va-t-en-guerre
aiment jouer à la roulette russe (c'est le cas de le dire) en laissant
entendre que si l'humiliation de Poutine est trop forte, il risque
d'activer la bombe et que là on pourrait tous y passer.
Nous avons déjà publié un texte contre la guerre et, avec l'article de
Carlos Taibo, une réflexion qui tente de complexifier le contexte dans
lequel le conflit trouve son origine. Depuis, nous avons appris qu'il y
a en Ukraine des anarchistes qui appellent à combattre l'envahisseur.
N'étant pas sur le terrain, mais à l'abri dans un pays tranquille, nous
nous abstiendrons de porter un jugement sur leur positionnement. Par
contre, il apparaît qu'ils dénoncent des «anti-guerre», en attaquant
nominalement des résistants en Russie, au nom du principe selon lequel
«ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous». Ces nouveaux
nationalistes, ex-anarchistes, mettent en péril des personnes qui ne les
menacent pas. Faut-il mourir pour l'Ukraine ou considérer que cette
guerre n'est pas la nôtre? Nous avons dès le début choisi la seconde option.
Ce conflit est autant le produit du nationalisme russe et de la volonté
de puissance des dirigeants du Kremlin que de la lutte des États-Unis
pour l'hégémonie mondiale. L'agression de la Russie contre l'Ukraine est
illégitime et ses justifications sont fallacieuses, mais que dire du
camp occidental? Faut-il rappeler qu'en 2003, les troupes américaines
ont envahi l'Irak avec la participation de quinze États européens, sous
le prétexte mensonger de l'existence d'armes de destruction massive? Les
crimes commis par les Occidentaux ne sont pas très différents de ceux
que les troupes russes commettent actuellement. Aucun n'est tolérable.
Si l'on revient un peu en arrière, la dissolution du Pacte de Varsovie
en 1991 aurait du conduire à celle de l'OTAN, or c'est l'inverse qui
s'est produit, l'expansion de l'Alliance atlantique n'a pas cessé depuis
lors, intégrant de plus en plus de pays ayant une frontière commune avec
la Russie. Au sommet de Bucarest en avril 2008, les dirigeants de l'OTAN
avaient approuvé l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à leur
alliance. Or, comme le signalait le sénateur américain Bernie Sanders,
le 10 février dernier: «Quelqu'un peut-il croire sérieusement que les
États-Unis n'auraient rien à dire si le Mexique formait une alliance
militaire avec un de nos adversaires?»
Par ailleurs, les accords de Minsk concernant les républiques
séparatistes de Lougansk et Donetsk, signés en 2015 par les chefs d'État
russe, ukrainien, français et allemand (sous l'égide de l'Organisation
pour la sécurité et la coopération en Europe), n'ont jamais été mis en
oeuvre. Kiev a refusé toute modification de sa constitution allant dans
le sens d'accorder un statut d'autonomie à ces deux républiques et le
conflit armé s'est poursuivi, faisant près de 14 000 morts. On peut dire
qu'en reconnaissant unilatéralement l'indépendance de Lougansk et
Donetsk, en février dernier, Poutine a piétiné ces accords... qui
étaient restés lettre morte depuis leur signature! Et pendant toutes ces
années, les gouvernements français et allemands n'ont guère mis la
pression sur Kiev pour faire avancer le dossier.
Pourtant, admettre aujourd'hui que la Russie ait pu s'estimer menacée
est difficilement audible. Le récit qui prévaut est celui de
l'agressivité. Selon certains, l'OTAN n'aurait pas été trop menaçante,
mais au contraire pas assez et le pouvoir russe aurait vu, dans cette
prétendue faiblesse, une opportunité de récupérer une partie du terrain
perdu depuis l'effondrement de l'URSS.
Dans cette optique, il n'y aurait de solution que militaire et la guerre
à outrance devrait se poursuivre quoi qu'il en coute. Le remake de la
lutte du «monde libre» contre le «totalitarisme» bénéficie aux courants
les plus réactionnaires. Les néo-conservateurs reprochent désormais aux
réglementations écologiques d'avoir amoindri la domination pétrolière et
gazière des États-Unis (2) et donc de les avoir affaiblis. Le pays met
maintenant les bouchées doubles pour vendre des armes et, comme
substitut au gaz russe, du gaz liquéfié dont l'impact sur
l'environnement est pire.
La terreur induite par la guerre est aussi un bon moyen de faire taire
toute opposition, par la répression comme c'est le cas aujourd'hui en
Russie, ou pour gagner en popularité, ce dont Biden et quelques autres
ont bien besoin. Les guerres extérieures sont aussi un moyen pour
résoudre les problèmes internes des grandes puissances.
Pour nous, ce conflit est insupportable et tout devrait être tenté pour
l'arrêter. En plus des pertes humaines toujours plus importantes, on
assiste à une orgie de destructions matérielles. Les explosions, les
incendies, la quantité de carburant nécessaire aux engins blindés,
avions et autres navires de guerre impliquent une «empreinte carbone»
démesurée. Dans le monde, des millions de personnes vont manquer de blé,
d'huile de tournesol et d'autres denrées produites en Ukraine. Pour les
plus pauvres, c'est la famine assurée. L'urgence n'est pas seulement
climatique, elle est aussi d'arrêter cette guerre, toutes les guerres.
Un vaste mouvement pour la paix, s'il pouvait se développer, devrait
logiquement rassembler de nombreuses personnes et collectifs: des
internationalistes, des antimilitaristes, des activistes du climat, des
anarchistes, des pacifistes, des ONG, etc. Si nous étions nombreu-x-se à
y participer, nous cesserions d'être bloqué-es par la peur et pourrions,
d'une manière ou d'une autre, reprendre en main notre destin.»
Notes:
1) Patrick Boucheron & Corey Robin. Débat présenté par Renaud Payre,
L'exercice de la peur. Usages politiques d'une émotion. Presses
universitaires de Lyon, 2015.
2) Karl Rove l'un des architectes de la guerre d'Irak, cité par Serge
Halimi, Le Monde diplomatique, avril 2022, p. 21.
SOURCE: Site L'Affranchi, pour la Sociale!
https://www.socialisme-libertaire.fr/2026/07/guerre-et-peur.html
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