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(fr) Alternative Libertaire #372 (UCL) - Lire Jean Le Gal: «Reconnaître aux enfants le droit au respect et à la parole»
Date
Tue, 23 Jun 2026 18:12:28 +0100
Jean Le Gal, né en 1933, dans un milieu pauvre, est un des derniers
compagnons d'Élise et Célestin Freinet, avec lesquels il a entretenu des
relations de coopération. ---- Instituteur, il a intégré le mouvement
Freinet en 1959. Il a défendu la nécessité d'agir au sein de l'école
publique pour avoir des pratiques pédagogiques forgeant des individu·es
à même d'accomplir une révolution sociale. Tout en menant une expérience
autogestionnaire avec sa classe à Rezé, près de Nantes, entre 1964 et
1983; il a contribué à l'engagement de son Mouvement pédagogique pour
l'autogestion. Responsable des droits de l'enfant et de recherche en
1986 au Comité directeur du Mouvement Freinet, il a milité pour
l'adoption de La Convention internationale des droits de l'enfant par
l'ONU. Depuis cette adoption en 1989, il reste engagé dans l'action et
la recherche pour le respect des droits et libertés des enfants avec des
enseignant·es, des animateurs et animatrices, des éducateurs et
éducatrices, et depuis 2002 avec des familles.
Suite à sa participation à un colloque sur le thème de la «parole des
élèves» organisé en mars dernier par les Cahiers Pédagogiques,
l'association Pidapi et l'Icem34, nous avons eu la chance de réaliser
un entretien avec lui. Toujours pleins de convictions, de pertinence et
de simplicité, ses propos nous ont semblé devoir absolument être
partagés aux lectrices et lecteurs d'Alternative libertaire.
AL: Changer l'école pour changer la société et changer la société pour
changer l'école semble avoir été le fil conducteur de ton action tout au
long de ta vie. Peux-tu expliquer pourquoi défends-tu encore les
convictions révolutionnaires et autogestionnaires dans un moment où la
réaction semble avoir le vent en poupe?
Jean Le Gal: Lorsqu'en mars 1957, j'ai été libéré du maintien sous les
drapeaux, je me suis immédiatement engagé dans la défense de la paix en
Algérie, des droits et libertés.
En découvrant, par hasard, à Vence, en juillet 1959, la dimension
éducative, sociale et politique de la pédagogie Freinet, qui
correspondait à mes engagements hors de l'école, je m'y suis
immédiatement engagé. J'ai mis en oeuvre, tout au long des années, le
principe de Freinet: «changeons la société, mais luttons aussi pour
changer l'école, car il s'agit de lutter sur deux fronts à la fois, sur
le front politique et sur le front culturel...»
Peux-tu décrire rapidement l'expérience autogestionnaire que tu as menée
dans ta classe de perfectionnement, ses motivations, sa mise en oeuvre,
ses réussites et ses difficultés?
En 1964, à partir de mes recherches sur la classe coopérative, en tenant
compte des contraintes imposées par l'institution externe et
l'environnement social, je décide de voir s'il est possible aux enfants
d'exercer un pouvoir encore plus important dans toutes les prises de
décision concernant leur vie et leur travail. Pour moi, donner aux
enfants les moyens d'exercer des droits-libertés et de participer aux
décisions au sein d'un collectif organisé démocratiquement étaient une
dimension fondamentale d'une lutte globale autogestionnaire.
Je conçois la classe coopérative en pédagogie Freinet comme un système
complexe cohérent en création permanente, chaque classe constituant, à
un moment donné de son évolution, de son tâtonnement expérimental, un
milieu vivant original, une synthèse particulière de multiples facteurs
autour de finalités communes, d'une idée de l'Homme et de la société.
Mon initiative, partagée avec quelques camarades, a ensuite été reprise
par de nombreux militants du Mouvement Freinet. Elle a permis, pendant
une vingtaine d'années, d'expérimenter, de confronter les pratiques et
les idées, d'analyser les difficultés, avec tous ceux qui étaient en
marche «vers l'autogestion», dans et hors de l'école.
Tu parles plus volontiers de «marche vers l'autogestion» avec les
enfants que d'autogestion, peux-tu développer pourquoi?
Nous doutions que des enfants, qui ont toujours vécu dans un système où
l'enseignant décide de tout, soient d'emblée en mesure de créer des
institutions qui leur permettent de décider ensemble, de manière
autonome et responsable. Notre expérience a montré que ce n'est que
progressivement que les enfants arrivent à maîtriser, collectivement, le
fonctionnement d'un conseil, à apprécier la portée de leurs décisions et
à résoudre leurs problèmes. C'est pourquoi nous ne parlions pas de
classe autogérée mais de marche «vers l'autogestion». Au fil de nos
tentatives autogestionnaires, nous avons recherché quelles attitudes et
stratégies de l'enseignant répondaient le mieux à notre objectif: faire
que chacun soit en mesure d'exercer pleinement son droit à participer à
la gestion de sa vie et à celle du groupe auquel il appartient.
Ta définition de la liberté et de ce qu'elle implique, la différence que
tu fais entre devoirs et obligations me semblent être profondément
d'essence libertaire et pleines de bon sens. Peux-tu nous les partager?
Ayant subi dans l'armée et les contraintes d'une autorité coercitive,
j'ai toujours résisté ensuite à un devoir imposé impérativement. Par
contre, je comprends que la vie en société et l'exercice des libertés
imposent des obligations: respect des libertés des autres, de l'intérêt
collectif, des limites posées... Dans ma classe coopérative en
autogestion, même avant l'adoption de la Convention internationale des
droits de l'enfant, je reconnaissais aux enfants le droit au respect, le
droit à la parole, la libre circulation, la participation aux
décisions... Nous en déterminions ensemble les modalités d'exercice, les
limites et les obligations. Chacun, adulte et enfant, devait répondre de
ses actes, devant la communauté.
Tu as été et tu restes un acteur pour la reconnaissance des droits et
libertés des enfants. Peux-tu développer en quoi c'est aussi important
pour toi et comment analyses-tu les freins mis par les États à les faire
appliquer?
Engagé depuis de nombreuses années dans l'action pour une société de
liberté et de justice sociale, à l'avènement de laquelle chaque personne
doit pouvoir pleinement participer, je soutiens que les enfants doivent
y être préparés par une éducation à une citoyenneté participative et par
l'exercice des droits-libertés, dans les institutions éducatives et la
famille. Or, force est de constater que les détenteurs d'autorité, à
tous les niveaux, refusent souvent de reconnaître l'enfant comme un être
capable d'exercer les libertés fondamentales qui lui sont pourtant
reconnues. La lutte doit donc continuer car la participation de toutes
et tous aux décisions est impérative pour le devenir d'une réelle
société autogestionnaire.
Entretien réalisé par Gil (UCL Montpellier)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Lire-Jean-Le-Gal-Reconnaitre-aux-enfants-le-droit-au-respect-et-a-la-parole
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