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(fr) CNT-AIT - Anarchisme et anarchosyndicalisme [Pierre Besnard, 1937]
Date
Mon, 22 Jun 2026 18:38:35 +0100
ANARCHISME ET ANARCHOSYNDICALISME ---- Rapport de Pierre Besnard au
Congrès anarchiste international de 1937 ---- Préface ---- Quand il y a
un demi-siècle environ, les anarchistes russes avaient, les premiers,
levé l'étendard de l'anarcho-syndicalisme, ce mot fut reçu assez
fraîchement par le mouvement anarchiste. Et en 1917, au lendemain de la
chute du tsarisme, qui fut aussi la veille de la Révolution d'Octobre,
les anarchistes communistes furent excessivement réservés, voire
hostiles, à cette nouvelle formation anarchiste. L'anarcho-syndicalisme
n'est pas une doctrine. C'est la conjonction d'une doctrine déterminée
et d'une tactique syndicale également déterminée. Le syndicalisme
révolutionnaire tel que nous le connaissions en France, avant la guerre,
fut créé, pour ainsi dire, et développé par des militants anarchistes,
par Pelloutier. par Griffuelles, par Pouget. Mais dès son avènement, ses
créateurs et propagandistes, ses militants voulurent entourer ce
mouvement d'une muraille de neutralisme absolu à l'égard de toute
idéologie politique ou philosophique. Rappelons-nous les termes de la
charte d'Amiens. Mais la lutte de classes ne peut avoir de valeur
positive que si elle est constructive dans ses aspirations. Il fallait
donc donner à cette lutte un programme minimum de revendications
partielles du présent. L'anarcho-syndicalisme est précisément né de
cette nécessité, que les anarchistes ont fini par comprendre, d'ajouter
au programme du jour un programme social qui engloberait toute la vie
économique et sociale d'un peuple. La Grande Guerre balaya la Charte du
neutralisme syndical. Et la scission au sein de la Première
Internationale entre Marx et Bakounine eut son écho - à la distance de
presque un demi-siècle - dans la scission historique inévitable au sein
du mouvement ouvrier international d'après guerre. Contre la politique
de l'asservissement du mouvement ouvrier aux exigences de partis
politiques dénommés » ouvriers «, un nouveau mouvement, basé sur
l'action directe des masses, en dehors et contre tous les partis
politiques, surgissait des cendres encore fumantes de la guerre de
1914-1918. L'anarcho-syndicalisme réalisant la seule conjonction de
forces et d'éléments capable de garantir à la classe ouvrière et
paysanne sa complète indépendance et son droit inéluctable à
l'initiative révolutionnaire dans toutes les manifestations d'une lutte
sans merci contre le Capitalisme et l'Etat, et sans réédification. sur
les ruines des régimes déchus, d'une vie sociale libertaire.
L'anarcho-syndicalisme complète donc l'anarchisme communisme. Ce dernier
souffrait d'une lacune considérable qui paralysait toute sa propagande:
son détachement des masses ouvrières. Pour y infiltrer les principes
libertaires et pour donner à ceux-ci des possibilités de réalisation
concrète, il avait fallu organiser des syndicats et y étayer le
syndicalisme sur des bases libertaires et antiétatiques. C'est ce qu'a
fait, c'est ce que continue à faire l'anarcho-syndicalisme; Maintenant
que l'anarcho-syndicalisme existe comme force organisatrice de la
révolution sociale sur des bases communistes libertaires, les
anarchistes communistes se doivent d'être pour l'organisation de la
révolution, des anarcho-syndicalistes, et chaque anarchiste syndicable
doit être membre de la Confédération du Travail anarcho-syndicaliste.
Organisés, en dehors des syndicats, dans leurs fédérations idéologiques
ou «spécifiques». (si l'on s'en tient à la terminologie de nos camarades
espagnols). les anarchistes restent le ferment toujours en éveil
permettant à l'anarcho-syndicalisme de bâtir, mais ne lui permettant pas
des compromissions dangereuses. Mais il ne faut pas que la direction
idéologique, qui implique que les «réalisateurs» sont imprégnés de
l'idéal des «propagandistes», se mue en direction effective. Jusqu'ici
et surtout après la guerre, les mouvements syndicaux, nationalement ou
internationalement s'étaient toujours trouvés à la remorque d'un
quelconque parti «ouvrier» ou d'une Internationale «ouvrière». Il ne
faut pas que l'anarcho-syndicalisme, qui représente aujourd'hui le
mouvement syndicaliste révolutionnaire d'action directe et de
reconstruction libertaire vienne, en imitant le reste du mouvement
ouvrier, à se trouver, lui aussi, à la remorque d'une organisation »
spécifique » quelconque, nationalement ou internationalement. L'erreur
serait aussi irrévocablement fatale qu'elle l'a été pour le mouvement
syndical à tendance réformiste ou dictatoriale. La Fédération Anarchiste
appuie la Confédération Anarcho-Syndicaliste dans son oeuvre de lutte et
de reconstruction révolutionnaire. Elle ne doit en prendre ni
l'initiative ni la direction. Une Internationale Anarchiste ne peut, sur
le terrain international, qu'être le miroir des Fédérations Anarchistes
nationales. Elle sera le rempart de l'AIT, mais ne devra pas devenir son
commandant en chef. Tels sont les problèmes que l'anarcho-syndicalisme
place devant le mouvement anarchiste et que Pierre Besnard traite dans
son Rapport. Leur solution logique ne dépendra que de la juste
compréhension du passé, du présent et de l'avenir du mouvement
anarchiste de ses erreurs d'hier et des risques que le lendemain comporte.
A. SCHAPIRO
Anarcho-syndicalisme et anarchisme: Tactique et intervention syndicale
Avant d'aborder le problème soumis à l'examen du Congrès, il me paraît
indispensable de donner quelques explications préalables. Constatons
sans tarder davantage qu'il s'agit en réalité, de définir aussi
exactement que possible les rapports du mouvement Anarchiste
Révolutionnaire et des Forces Anarcho-Syndicalistes ou plus clairement
encore, de l'Internationale Anarchiste, à laquelle le Congrès donnera
naissance, et l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) Et
pour résoudre convenablement cette question, il n'est pas inutile, à mon
avis
- 1° de définir succinctement et aussi précisément que possible
l'Anarchisme et l'Anarcho-Syndicalisme;
- 2° de faire ressortir leurs caractères essentiels et de déterminer
leurs rôles respectifs;
- 3° de démontrer l'identité de leur finalité;
- 4° de déterminer leurs rapports.
I - Qu'est-ce que l'Anarchisme révolutionnaire?
L'Anarchisme Révolutionnaire est un mouvement dont la doctrine tend à
instituer une vie individuelle et collective de laquelle l'État, le
Gouvernement et l'autorité seront exclus. La base d'une telle société
est indiscutablement l'homme. L'Anarchisme est donc l'affirmation d'une
revendication sociale permanente, dans le présent, et infinie pour
l'avenir, dans le progrès indéfini. Il suppose l'édification d'une
construction économique administrative et sociale et se doit de la
définir dès maintenant. Je suis convaincu que le Congrès ne manquera pas
de le faire. Historiquement. l'Anarchisme Révolutionnaire est la
troisième branche du socialisme traditionnel. Il est, par opposition aux
deux autres branches, le Socialisme et le Communisme - toutes deux
politiques, autoritaire et étatiques - apolitique, antiparlementaire et
antiétatique. Sa caractéristique essentielle est la liberté, dans le
cadre de la responsabilité, tant individuelle que collective. Ses tâches
principales actuellement sont: la propagande, la vulgarisation et
l'éducation sociale des masses travailleuses, aujourd'hui;
l'administration sociale, demain.
II. - Qu'est-ce que l'Anarcho-Syndicalisme?
L'anarcho-Syndicalisme est un mouvement organique et organisé. Il tient
sa doctrine de l'Anarchisme et sa forme d'organisation du Syndicalisme
Révolutionnaire. Il est l'expression actuelle, sur le plan économique et
social, de la doctrine anarchiste. Il en est aussi, sur le terrain
révolutionnaire, comme le prouve l'expérience espagnole elle-même,
l'agent essentiel de réalisation. Il est représenté dans le monde pat
l'AIT et ses Centrales Nationales. Sa doctrine a été définie par le
Congrès constitutif de la 2ème AIT (25 au 31 décembre 1922). par les
Congrès successifs, les ouvrages et écrits de ses militants. La CNT
représente en Espagne, l'Anarcho-Syndicalisme de l'AIT. Pratiquement et
non moins historiquement, l'Anarcho-Syndicalisme est la forme organique
que prend l'Anarchie, pour lutter contre le capitalisme. Il est en
opposition fondamentale avec le Syndicalisme politique et réformiste. La
substitution de la notion de classe à la notion de parti fait de
l'Anarcho-Syndicalisme une nécessité pour les travailleurs, obligés de
défendre leurs conditions de vie, de préparer leur affranchissement
économique et social. Le mouvement Anarcho-Syndicaliste permet de
conjuguer l'action pour la lutte revendicative quotidienne et les
aspirations les plus hautes des travailleurs. Il réalise l'union de
ceux-ci sur le double plan des intérêts matériels et moraux, immédiats
et futurs. Il fait surgir de la communauté des intérêts l'identité des
buts et, par voie de conséquence logique et naturelle, la concordance
des doctrines. L'Anarcho-syndicalisme, comme toute doctrine vraiment
sociale, est essentiellement expérimental. La preuve est faite
aujourd'hui, en Espagne, que sa doctrine, consacrée et confirmée par les
faits, est immédiatement réalisable. Expérimental? Il l'est comme tous
les mouvements sociaux et toutes les sciences; En sociologie, comme en
physique, en chimie, en mécanique, l'idée part de fait pour revenir au
fait. Toujours le fait précède l'idée et crée la doctrine, la
philosophie, d'où sortira la réalisation. La doctrine, l'idée, le désir
de recherches nouvelles pour arriver au but sont les conséquences de
phénomènes constatés qui donnent naissance à des lois admises par tous
et que l'expérience consacre.
Constatations historiques
Qu'enseigne, depuis des siècles, l'expérience sociale dans tous les pays
et, particulièrement, dans le monde moderne? 1° Que les individus, au
sein de leur propre classe, s'unissent de plus en plus sur le plan
solide de leurs intérêts; 2° Que les classes antagonistes cherchent par
l'élimination de leurs propres contradictions à réaliser leur intérêt
général; les capitalistes par l'instauration du capitalisme d'État, dont
le fascisme est l'expression la mieux caractérisée; les travailleurs par
l'expropriation capitaliste, la suppression du salariat, l'abolition de
l'Etat et l'institution du Communisme Libertaire; 3° Que les
travailleurs tentent, comme leurs adversaires - après eux,
malheureusement - de réaliser l'union et la synthèse de toutes leurs
forces, parce qu'ils ont compris, enfin, que les luttes décisives qui se
déroulent exigent, à la fois: l'organisation méthodique, la
coordination, l'action massive et ordonnée de ces forces; parce qu'ils
ont retenu la leçon des faits et des expériences, qui leur indique
clairement que faction doit être préparée, directe. générale et
simultanée; 4° Que l'ère des révolutions politiques est close; que
l'heure de la révolution sociale est, partout, arrivée; qu'aucun parti
ou gouvernement non spécifiquement de classe, prolétarien, ne peut par
l'opposition des intérêts discordants de ses composants hétérogènes être
une formation de combat révolutionnaire, une organisation de classe;
qu'un patron, se déclarerait-il révolutionnaire, communiste ou
anarchiste - cela existe - s'il peut être d'accord avec son ouvrier
idéologiquement, au siège du groupement n'a en fait, aucun intérêt de
classe commun avec lui dès que tous les deux se retrouvent à l'usine, au
chantier, à l'atelier., au bureau, etc. Dans la vie réelle ils sont et
restent: l'un un patron, l'autre un ouvrier avec tous les antagonismes
que ces situations comportent 5° Que le seul groupement réellement de
classe, capable à la fois, par son nombre, sa puissance, les moyens
qu'il détient - et peut, seul, faire mouvoir - de détruire le
capitalisme et de réaliser le communisme libertaire est le Syndicat.
C'est lui qui groupe déjà organiquement les forces manuelles, techniques
et scientifiques - qu'il recèlera davantage encore demain - qui assurent
en tout temps la continuité de la vie sociale. Le Syndicat est également
le groupement type, la forme d'association libre et concrète qui peut
fournir à la société communiste libertaire les bases économiques
solides, indispensables à l'ordre nouveau qui surgira de la révolution.
L'Anarchisme révolutionnaire et l'Anarcho-Syndicalisme ont une même
finalité. La Charte de l'AIT a dégagé de toutes ces considérations
historiques une conception qui est commune à tous les
anarcho-syndicalistes du monde. La CNT, en accord avec la FAI, en tente
en ce moment même la réalisation. Cette conception n'implique nullement
que l'anarcho-syndicalisme - antiétatiste et fédéraliste, ne l'oublions
pas - entend et prétend être tout et que rien d'autre ne doit exister à
côté de lui. L'anarcho-syndicalisme estime, au contraire, que les
hommes, s'ils ne peuvent se passer de produire pour vivre, ne doivent
pas avoir pour unique but de produire. Il admet très sincèrement et il
n'hésite pas à le proclamer que l'homme a et doit avoir d'autres
aspirations - et les plus hautes - vers le bien, le beau, le mieux, et
cela, dans tous les domaines où il a accès avec ses facultés; que des
organismes administratifs et sociaux adéquats à toutes nécessités d'une
vie pleine, entière et totale, fonctionnant avec le concours éclairé et
sous le contrôle vigilant, constant et permanent de tous. Il admet
indubitablement que les individus ont le droit - mieux, le devoir - de
s'administrer eux-mêmes. Il les y invite formellement d'ores et déjà. De
même, ils souhaitent ardemment que les communes se fédèrent
régionalement, se confédèrent nationalement et que les confédérations
s'associent internationalement comme les syndicats et leurs C.G.T. Il
est même convaincu que c'est indispensable et il est prêt à unir ses
efforts et ceux de ses syndicats aux efforts des individus en tant que
tels, des communes fédérées, confédérées et associées pour réaliser le
véritable communisme libertaire qui ne peut être que l'oeuvre de
l'anarchisme. Je l'ai d'ailleurs expressément déclaré dans ses livres
Les Syndicats ouvriers et la révolution sociale et le Monde nouveau.
L'accord sur la finalité du communisme libertaire, entre les
anarcho-syndicalistes et les anarcho-communistes est forcement complet,
permanent et absolu. Il est donc clair et évident que la place des
travailleurs, des exploités de toutes sortes, dont l'anarcho-communisme
est l'idéal, ne peut être que dans les syndicats anarcho-syndicalistes
et non ailleurs. Leur doctrine leur en fait un devoir impérieux, précis
et inéluctable. C'est d'ailleurs le meilleur moyen pratique de réaliser
concrètement l'unité d'action si nécessaire au mouvement anarchiste
révolutionnaire moderne. Ce n'est que dans l'action et par l'action que
les anarchistes retrouveront leur véritable unité de pensée; que le
mouvement anarcho-syndicaliste désaxé depuis trente ans retrouvera aussi
son équilibre et sa force; que tous les anarchistes, enfin, pourront
considérer la révolution sociale comme une éventualité prochaine et une
réalisation possible;
Le rôle des Groupes Anarchistes et des Syndicats.
Ce qui précède nous conduit normalement et logiquement à envisager le
rôle des groupes anarchistes et des syndicats. Les anarcho-syndicalistes
admettent que parfaitement les groupes anarcho-communistes, plus mobiles
que les organisations syndicales, prospectent les masses travailleuses;
qu'ils recherchent ses adhérents et forment des militants; qu'ils
fassent une propagande active et oeuvre intense de défrichement, dans le
but d'amener à eux, et conséquemment, aux syndicats
anarcho-syndicalistes, à la cause de la révolution sociale, le plus
grand nombre possible de travailleurs trompés et dupés, jusque' là, par
tous les partis politiques, sans exception. Cette tâche purement
idéologique. cette besogne de propagande d'ordre moral sont,
incontestablement, du ressort des groupes anarcho-communistes, à la
condition expresse qu'elles s'identifient avec le travail des syndicats
anarcho-syndicalistes, qu'elles le complètent et le renforcent, pour le
plus grand bien du communisme libertaire. Mais je déclare carrément que
la responsabilité de la décision, de l'action et le contrôle de
celles-ci doivent appartenir actuellement aux syndicats, agents
d'exécution et de réalisation des tâches révolutionnaires. J'estime
également que c'est à ces syndicats qu'il incombe de présenter toutes
ces tâches, sur le plan économique, défensif et offensif. Enfin, je
considère que le système économique, administratif et social doit être
homogène, harmonique, et que la base de ce système, pour être réelle,
solide et durable, ne peut être qu'économique. Je revendique comme un
droit pour les syndicats l'accomplissement des tâches économiques
révolutionnaires et post-révolutionnaires parce que l'organisation de la
production est la véritable fonction des travailleurs. Par contre, il
est logique que les communes. organes administratifs, leurs services
techniques et sociaux aient le soin de distribuer la production;
d'interpréter les désirs des hommes sur le plan social, d'organiser la
vie dans toutes ses manifestations. Dès maintenant, les groupes
anarchistes ont pour devoir de préparer ces réalisations
révolutionnaires. La besogne de chacun des organismes est donc
extrêmement nette, parfaitement délimitée. Elle suffira largement à
accepter sur chaque plan l`activité et les efforts de tous, selon les
attributions réelles de chacun. À aucun moment, j'en donne l'assurance
la plus formelle, les syndicats anarcho-syndicalistes ne pourront
constituer un obstacle à la marche en avant du communisme
révolutionnaire. À aucun moment, non plus, ils ne pourront devenir
réformistes, parce qu'ils sont et resteront révolutionnaires,
fédéralistes et antiétatistes, parce qu'ils visent, en un mot, comme les
groupes anarcho-communistes, à instaurer le communisme libertaire. En
conclusion de cette partie de mon exposé, j'affirme: 1 ° Que le
mouvement anarcho-syndicaliste ne peut dévier, en raison du contrôle
permanent et sévère qui s'exerce sué les organisations et les militants;
2° Que le mouvement anarcho-syndicaliste, épuise, sur le plan actuel,
dans le domaine révolutionnaire, les moyens de réalisation du communisme
libertaire. Qu'il appartient aux groupes anarcho-communistes, sur le
plan exclusivement idéologique, de porter la propagande aussi loin que
possible; 3° Que le mouvement anarcho-communiste doit s'intéresser
surtout aux tâches de propagande et d'éducation; d'étude et de
vulgarisation sociale; 4° Que le meilleur contact permanent qui puisse
être réalisée sera, comme en Espagne. par l'adhésion sans restriction de
tous les anarcho-communistes, dans tous les pays, aux syndicats
anarcho-syndicalistes, chargés de la préparation et de l'exécution de
l'action, seuls capables de mener celle-ci à bonne fin, avec des
effectifs et des moyens suffisants; que la doctrine expérimentale de
l'anarcho-syndicalisme. qui est celle de l'anarchisme lui-même, est
assez solide et ferme pour ne pas risquer aucune atteinte, atténuation
ou déviation. 5° Que l'anarcho-communisme, véritable figure du
socialisme, est né de la carence totale de tous les partis politiques;
que l'anarcho-syndicalisme, forme moderne et active de ce mouvement,
issu lui-même de l'anarchisme, remplit présentement toutes les tâches
positives de l'anarcho-communisme et prépare les voies du communisme
libertaire dont il sera le principal agent de réalisation; que les
tâches de l'anarcho-communisme - comme celles de l'anarcho-syndicalisme
- s'épuiseront dans la période post-révolutionnaire quand les hommes.
par leur évolution et le développement de leurs facultés de
compréhension, seront capables d'accéder au communisme libre, finalité
de l'anarchie. En résumé, l'anarcho-syndicalisme est la force nécessaire
de lutte, dans le régime actuel, de l'agent de réalisation économique du
communisme libertaire. dans la période post-révolutionnaire.
L'anarchisme aide le mouvement anarcho-syndicaliste, sans se substituer
à lui. L'activité de ses militants se confond, dans les syndicats, avec
celle des militants anarcho-syndicalistes. Les deux mouvements se
doivent donc une aide mutuelle et permanente. Et, plus tard, dans la
paix, la concorde et l'harmonie, l'anarchisme et l'anarcho-syndicalisme.
confondus dans un même mouvement, poursuivront la réalisation du
communisme libre, but suprême de l'anarchie. La tâche la plus urgente de
l'anarcho-syndicalisme est aujourd'hui d'organiser dans son sein les
travailleurs en vue de la lutte décisive contre le capitalisme; de
préparer techniquement cette lutte, d'opérer la synthèse des forces de
la production pour la construction révolutionnaire de l'ordre communiste
libertaire; et, demain, de l'organisation économique, et cela, jusqu'à
l'instauration du communisme libre; de défendre, enfin la révolution.
Celle de l'anarchisme révolutionnaire consiste à aider de toutes ses
forces à leur accomplissement par tous les moyens dont il dispose.
Rapports de l'anarchisme et de l'Anarcho-Syndicalisme
De toute évidence, des rapports doivent exister entre l'anarchisme et
l'anarcho-syndicalisme, tant sur le plan national qu'international.
L'A.I.T. a, d'ailleurs, prévu cette éventualité dès son Congrès
constitutif. Ces rapports doivent être basés sur l'indépendance et
l'autonomie réciproque des deux mouvements et demeurer sur le plan de la
plus parfaite égalité. En dehors de la copénétration des deux
mouvements, par l'action de leurs militants, il est souhaitable que dans
chaque localité, chaque région, chaque pays, des contacts s'établissent
entre les organisations anarchistes et anarcho-syndicalistes. Pour être
féconds et durables, ces rapports devront reposer sur les bases d'une
tolérance mutuelle, facilité par une identité de doctrine sur tous les
plans, et une compréhension exacte des tâches qui incombent aux deux
mouvements. Ces tâches sont suffisamment définies par le présent rapport
pour ne pas prêter à confusion et à chevauchement. 1° L'unité de
doctrine des anarchistes dans chaque pays; 2° L'unification, également
dans chaque pays, des groupements anarchistes, sur le plan de la
doctrine unique de l'anarchisme révolutionnaire.
Conclusions générales
Quels que soient les désirs du Congrès et ceux de l'A.I.T. de réaliser
pratiquement ces rapports, ils ne pourront y parvenir, comme l'exigent
les événements, si ces ceux conditions n'étaient pas remplies
préalablement par les mouvements anarchistes dans chaque pays. Il eut
été infiniment préférable et aussi conforme à nos principes connus qui
sont ceux du fédéralisme, que cette unité de doctrine et cette
unification de forces anarchistes fussent réalisées avant la tenue du
Congrès qui doit donner naissance à l'Internationale Anarchiste. Au nom
des anarcho-syndicalistes qui ont atteint ce double but par la
constitution de l'actuelle AIT depuis 1922, je demande instamment à tous
nos camarades anarchistes révolutionnaires de nous suivre dans cette
voie. S'ils acceptent tous, l'Internationale qui sortira de ce Congrès
méritera le titre qu'ils lui donneront certainement et qui ne peut être
que: L'Internationale Anarchiste Révolutionnaire - et j'y insiste - ils
atteindront ce but sans difficulté. Il suffit, mais il faut. qu'ils
acceptent tous de rompre définitivement avec les forces prétendues
démocratiques tant politiques que syndicales; qu'ils affirment que
l'anarchisme révolutionnaire. par ses buts, ses moyens d'action, sa
doctrine, n'a rien et ne peut rien avoir de commun avec ces forces dites
» démocratiques » qui sont. dans tous les pays, les meilleurs serviteurs
du capitalisme. Si, poussant ce geste jusqu'à sa limite, le mouvement
anarchiste révolutionnaire rompt également avec toutes les dissidences
des partis politiques autoritaires qui, comme leurs partis originels,
n'ont qu'un désir: prendre ou reprendre le pouvoir, le mouvement
anarchiste révolutionnaire et le mouvement anarcho-syndicaliste pourront
marcher sans crainte et de pair vers leur but commun: la transformation
sociale révolutionnaire par l'établissement du communisme libertaire,
étape nécessaire du communisme libre.
Secrétaire général de l'AIT Pierre BESNARD
https://cnt-ait.info/2026/06/22/anarchisme-et-anarchosyndicalisme/
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