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(fr) Alternative Libertaire #372 (UCL) - Droit à la formation: La destruction silencieuse de la formation professionnelle
Date
Wed, 17 Jun 2026 18:00:20 +0100
Conquête sociale, le droit à la formation professionnelle subit ces
dernières années une succession d'attaques discrètes mais déterminées,
dans une logique austéritaire. ---- Le droit à la formation
professionnelle est une des conquêtes des mobilisations de Mai 68. Pour
les syndicats, elle doit alors protéger les travailleurs et
travailleuses des évolutions des métiers et des compétences, en leur
permettant de financer régulièrement des formations en rapport avec leur
métier, ou avec une reconversion professionnelle. ---- En 2017, l'idée
est récupérée sous un verni libéral dans le programme d'Emmanuel Macron.
Il y défend l'idée de «flexisécurité»: il faudrait accepter des
conditions d'emploi de plus en plus précaires, inévitablement imposées
par les sacro-saintes lois du marché, en échange de quoi l'État
renforcerait l'assurance chômage et la formation professionnelle. Neuf
ans plus tard, on sait à quoi s'en tenir pour l'assurance chômage,
régulièrement attaquée par les gouvernements successifs.
De son coté, la casse de la formation professionnelle a surement été
plus discrète. Elle est profondément réformée en 2013: le droit
individuel à la formation (DIF) devient le compte personnel de formation
(CPF), la disparition du mot «droit» n'est pas anodine, elle
s'accompagnera bientôt de la création des opérateurs de compétences
(OPCO), chargés d'accompagner la formation professionnelle: peu à peu,
le projet social est effacé au profit d'une vision entièrement libérale
et patronale, au seul service de l'économie et du capital.
Puis en 2020, le lancement de la plateforme Mon Compte formation permet
d'accéder directement a ses droits et facilite grandement leur
utilisation. Il en résulte une utilisation plus égalitaire: le recourt à
la formation professionnelle se féminise, et touche plus de salarié·es
non cadres ou sans diplôme [1]. Mais tout cela a un cout: sur la période
2020-2024, le nombre de formations effectuées est multiplié par trois,
et le cout pour l'État par deux par rapport à la période 2015-2019.
Alors que l'ambiance est à l'austérité budgétaire, cette hausse ne peut
pas durer. Elle subit une première attaque en mai 2024. Avec
l'instauration d'un «reste à charge» obligatoire de 100euros pour toute
utilisation du CPF: il faut désormais payer pour avoir accès aux droits
pour lesquels on a cotisé. 2026 marque une nouvelle attaque. Le «reste à
charge» est portée à 150euros, et plusieurs limitations sont mises en
place, dont un plafond de prise en charge de 1 500euros par formation.
Il est désormais impossible d'utiliser librement ses cotisations,
quelque soit le montant économisé.
Mais la conséquence la plus brute de cette casse de la formation
professionnelle était incarné par l'Afdas cet hiver. L'Assurance
formation des activités de spectacle est l'OPCO responsable de tout le
secteur de la culture, et notamment des intermittents et intermittentes
du spectacle. Début octobre, il a soudain annoncé qu'aucune demande de
formation ne serait acceptée au dernier trimestre 2025. La raison
invoquée: les caisses sont vides. Dans les fait, ce sont plus de 500
000travailleurs et travailleuses qui ont été privé·es d'accès à leurs
droits pendant 3mois [2]. Particulièrement impacté par les coupes
budgétaires ces dernières années, le secteur de la culture est le canari
dans la mine: il préfigure la destruction à venir du droit à la
formation professionnelle si nous ne nous mobilisons pas pour le défendre.
N. Bartosek (UCL Alsace)
Notes:
[1] Synthèse du rapport annuel 2024 de la gestion de Mon Compte
Formation, Caisse des Dépôts.
[2] Voir « Afdas "Elle est où la moulaga ?" », communiqué intersyndical,
28 novembre 2025.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Droit-a-la-formation-La-destruction-silencieuse-de-la-formation-professionnelle
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