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(fr) FDCA, Il Cantiere #45 [ITA] - Éditorial: Sécurité ou autoritarisme? - Le décret sur la sécurité et la dérive répressive de l'État en temps de crise mondiale (it) [Traduction automatique]
Date
Sun, 14 Jun 2026 18:36:24 +0100
Un mot est revenu de façon obsessionnelle dans le lexique politique de
ces dernières années: sécurité. Un mot en apparence neutre, presque
rassurant. Pourtant, dans son application concrète, il se traduit de
plus en plus par un renforcement des appareils répressifs, une
restriction des libertés et une redéfinition autoritaire des relations
entre l'État et les citoyens. La loi n° 54 du 24 avril 2026 - qui
transpose le décret sur la sécurité du 24 février - s'inscrit pleinement
dans cette trajectoire. Et elle le fait avec une radicalité qu'il est
difficile d'appréhender isolément, si ce n'est dans le contexte plus
large d'une transformation du monde.
La phase historique que nous vivons est marquée par une rupture
progressive des équilibres internationaux établis après la fin de la
Guerre froide. Le système multilatéral montre des signes évidents de
faiblesse, le droit international est souvent appliqué de manière
sélective et la compétition entre grandes puissances domine à nouveau
les relations internationales. Dans ce contexte, la guerre devient un
outil de plus en plus courant pour réguler les rapports de force. Le
conflit en Ukraine, les tensions liées à l'énergie, aux semi-conducteurs
et aux matières premières stratégiques, les guerres par procuration et
les pressions économiques façonnent un monde de plus en plus instable et
fragmenté, marqué par la logique du blocus.
C'est dans ce contexte que le concept de sécurité évolue. Il ne s'agit
plus seulement de protéger les citoyens, mais de devenir partie
intégrante d'une stratégie globale de gestion des crises. Les États, de
nouveau au coeur de leur rôle après des décennies de rhétorique
néolibérale sur leur réduction drastique, renforcent leurs pouvoirs non
seulement pour gouverner l'économie, mais aussi pour contrôler des
sociétés en proie aux inégalités, aux tensions et à une insécurité
généralisée.
Le décret de sécurité de 2026 représente un élément national d'une
tendance internationale plus large. Il ne s'agit pas tant d'une
déviation exceptionnelle que de l'expression cohérente d'un modèle qui,
face à la crise, privilégie le contrôle et la répression de la
dissidence plutôt que la lutte politique contre les inégalités et la
redistribution des richesses.
La dynamique économique des dernières décennies a engendré une forte
concentration des richesses. Une part croissante de la richesse mondiale
est détenue par une petite minorité, tandis que de larges pans de la
population subissent une précarité de plus en plus généralisée. Même en
Europe, les fractures sociales restent marquées. Dans ce contexte, la
promesse néolibérale d'un bien-être généralisé s'est progressivement
muée en une réalité caractérisée par une polarisation économique et une
fragmentation sociale.
Face à ces fractures, la réponse politique dominante n'a pas consisté à
renforcer la protection sociale, mais à développer de nouveaux outils de
gestion des conflits sociaux. Le keynésianisme de guerre en est un
exemple flagrant: tandis que la santé, l'éducation et les droits sociaux
restent sous pression, les dépenses militaires augmentent
considérablement et deviennent un levier de politique économique. Des
ressources sont mobilisées, mais orientées vers la guerre plutôt que
vers le bien-être collectif.
Dans ce scénario, sécurité intérieure et sécurité extérieure tendent à
se confondre. L'ennemi peut être extérieur - géopolitique - mais aussi
intérieur: le migrant, le pauvre, le dissident.
C'est là que le décret sécuritaire révèle son visage le plus évident.
L'élargissement des «justifications» des forces de police n'est pas
qu'une simple mesure technique: il contribue à créer un espace où le
recours à la force est plus facilement légitimé. Ce qui devrait rester
exceptionnel se normalise ainsi. Les citoyens risquent de plus en plus
d'être perçus non comme des sujets à protéger, mais comme des agents
perturbateurs potentiels à contrôler.
Le renforcement des outils de surveillance - écoutes téléphoniques,
collecte de données, surveillance électronique - s'inscrit également
dans cette logique. Dans une société marquée par l'insécurité économique
et sociale, le contrôle est souvent présenté comme la réponse la plus
immédiate. Mais c'est une réponse qui peut produire un effet spécifique:
transformer la liberté en risque et la dissidence en suspicion.
La centralisation du pouvoir au sein du ministère de l'Intérieur suit
une trajectoire similaire: moins de médiation, moins d'autonomie, une
verticalité accrue dans la prise de décision. C'est le modèle d'un État
qui tend à se renforcer non par le consensus social, mais par sa
capacité à prendre des décisions rapides, étouffant parfois les
processus démocratiques normaux.
En matière d'immigration, la loi consolide une tendance désormais
structurelle: la construction des migrants comme sources de risques
sécuritaires. Détention, sélection, contrôle. Derrière cette rhétorique
se cache cependant une dimension matérielle: la production d'une
main-d'oeuvre vulnérable, privée de ses droits fondamentaux et au
service d'une économie fondée sur la concurrence à la baisse.
Le durcissement des réglementations relatives à l'ordre public est tout
aussi significatif. Les conflits sociaux sont de plus en plus
criminalisés. Manifester, occuper et résister risquent d'être considérés
non seulement comme des actes politiques, mais aussi comme des
comportements potentiellement punissables. Ainsi, la dissidence passe
progressivement du domaine démocratique au domaine pénal.
Il s'agit d'une étape cruciale. Car lorsqu'un conflit est réprimé, il
disparaît rarement: le plus souvent, il se radicalise, se transforme ou
prend de nouvelles formes.
D'un point de vue communiste libertaire, tout cela apparaît comme
faisant partie d'un dessein cohérent. Dans un système marqué par des
inégalités structurelles et des crises récurrentes, l'État tend à
intervenir moins pour transformer les conditions matérielles que pour en
gérer les conséquences par des moyens de plus en plus autoritaires. La
sécurité devient ainsi un instrument idéologique: elle sert à légitimer
la suppression des droits, à construire un consensus autour de la peur
et à détourner l'attention des causes profondes des crises vers leurs
manifestations les plus visibles.
Parallèlement, les récits culturels identitaires promettant protection
et appartenance gagnent en influence. «Dieu, la patrie et la famille»
redeviennent des mots d'ordre dans un contexte marqué par la précarité
et la désorientation. Mais il s'agit souvent de réponses simplistes, qui
construisent des communautés d'exclusion fondées sur la distinction
entre ceux qui appartiennent et ceux qui restent à l'écart.
Dans ce contexte, la démocratie ne disparaît pas, mais se transforme.
Elle conserve ses procédures, mais tend à perdre progressivement de sa
substance. Le pouvoir se concentre, les élites économiques et
technologiques acquièrent une influence croissante et l'espace pour la
dissidence se réduit. On parle de démocraties «illibérales», mais il
serait peut-être plus juste de parler de systèmes où la forme
démocratique coexiste avec des pratiques de plus en plus autoritaires.
Le décret de sécurité de 2026 constitue une expression concrète de cette
transformation. Non pas une anomalie, mais un symptôme. Il ne s'agit pas
d'une simple réponse d'urgence, mais d'un choix structurel.
La question se pose donc à nouveau, plus urgente que jamais: la sécurité
pour qui? Et contre qui?
Si la sécurité finit par signifier, avant tout, contrôle, surveillance
et répression, elle risque de ne plus coïncider avec la protection
collective, mais avec la gestion de la peur et des conflits par la force.
Existe-t-il une alternative? Oui. Mais elle exige un changement radical
de perspective. Il s'agit de reconnaître que la véritable sécurité
découle de conditions matérielles dignes: travail, logement, santé,
éducation. Il s'agit de reconstruire les liens sociaux, de renforcer la
participation démocratique et de redistribuer les richesses et les
ressources.
Surtout, il s'agit de rejeter l'idée que l'autoritarisme est une réponse
inévitable.
Car lorsque la sécurité devient le prétexte pour justifier la réduction
des libertés, nous risquons de franchir un seuil dangereux.
Et le décret de 2026 sur la sécurité semble aller précisément dans ce sens.
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