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(fr) FDCA, Il Cantiere #44 [ITA] - Le rôle de l'État dans le conflit inter-impérialiste - Lino Roveredo (it) [Traduction automatique]
Date
Thu, 21 May 2026 09:14:12 -0400
Nous assistons à une profonde transformation historique du rôle et de la
forme de l'État moderne. Les États-nations, apparus en réponse à la
fragmentation politique du Moyen Âge, ont constitué pendant des siècles
le cadre fondamental du développement du capitalisme. Les processus de
centralisation du pouvoir ont permis l'unification d'espaces économiques
homogènes, favorisant la formation de marchés nationaux et l'expansion
de la bourgeoisie. Dans ce contexte, le principe de souveraineté
étatique et la construction de l'identité nationale ont été des outils
politiques essentiels à l'organisation et à la stabilisation des
rapports sociaux et productifs.
Loin d'être un espace neutre, le marché national se configure comme un
instrument politique régulé par l'État et fonctionnel à la consolidation
du pouvoir économique et social. Le lien entre l'État-nation et le
marché national tend structurellement à générer une dynamique
concurrentielle entre les États, chacun étant appelé à garantir les
conditions d'accumulation du capital sur son territoire et à les
projeter à l'extérieur. Il en résulte une concurrence systémique qui,
tout en prenant des formes historiquement variables, intègre en elle la
possibilité de conflits, voire de guerres.
Une fois le marché national consolidé, la dynamique d'accumulation
capitaliste pousse à l'expansion au-delà des frontières étatiques. La
recherche de matières premières, de nouveaux marchés et d'opportunités
d'investissement n'est pas une contingence, mais une tendance
intrinsèque au processus de valorisation. En ce sens, l'impérialisme -
et, dans sa phase historique initiale, le colonialisme - ne constitue
pas une déviation, mais bien un développement cohérent de la relation
entre l'État et le capital. Les conquêtes coloniales, soutenues
militairement et politiquement par les États, s'inscrivent dans une
logique d'expansion des relations capitalistes à l'échelle mondiale.
Cette dynamique est particulièrement manifeste au XIXe siècle, avec des
phénomènes tels que la course à l'Afrique, durant laquelle les
puissances européennes se sont partagé des territoires entiers.
L'idéologie de la «mission civilisatrice», l'appel au prestige national
et à la grandeur de l'État, non seulement masque les intérêts
économiques, mais contribue activement à leur légitimité, jouant un rôle
matériel dans la construction du consensus et l'organisation de la
domination. Dans le contexte actuel, le rôle de l'État ne diminue pas,
mais se réorganise à une échelle plus vaste. L'émergence de puissances
telles que la Chine, les États-Unis, l'Inde et la Russie témoigne de la
consolidation de formations étatiques à l'échelle continentale,
caractérisées par une forte intégration des appareils politiques, des
capacités de production et de la projection géopolitique. Les
États-nations ne disparaissent pas, mais se hiérarchisent
progressivement au sein d'un système international de plus en plus
polarisé, où les dimensions territoriales, démographiques et économiques
jouent un rôle décisif.
Dans ce cadre, la compétition entre puissances ne peut se réduire ni à
une logique purement économique ni à une simple «volonté de puissance»:
ces deux dimensions sont intimement liées au sein de stratégies
complexes de reproduction du pouvoir. Les formes contemporaines de
conflit inter-impérialiste tendent à privilégier les méthodes
indirectes, où l'objectif n'est pas tant l'acquisition immédiate de
ressources que la modification des conditions systémiques dans
lesquelles évoluent les acteurs rivaux. Ceci instaure une logique de
compétition relative, où le renforcement d'un acteur dépend de
l'affaiblissement structurel de l'autre. Dans cette perspective, les
tensions impliquant des zones stratégiques comme l'Iran ou le Venezuela
peuvent également être interprétées en lien avec le contrôle des flux
énergétiques mondiaux. La place de plus en plus centrale de la Chine en
tant que premier importateur mondial de pétrole fait de ces flux un
enjeu crucial de la compétition géoéconomique: Pékin importe environ 10
à 11 millions de barils par jour, soit plus de 70 % de ses besoins, dont
une part importante provient du Moyen-Orient. Plutôt que d'établir un
contrôle direct et stable des ressources, les stratégies mises en oeuvre
tendent à engendrer une instabilité et une incertitude qui influent sur
les couts, l'accès et la sécurité des approvisionnements.
Des points de passage stratégiques tels que le détroit d'Ormuz jouent un
rôle crucial, assurant le transport d'environ 20 % du pétrole mondial,
soit entre 17 et 20 millions de barils par jour, ainsi que d'une part
importante de gaz naturel liquéfié. Contrôler ou déstabiliser ces
passages revêt une importance non seulement régionale, mais constitue
également un moyen d'exercer une pression systémique susceptible
d'affecter l'équilibre des pouvoirs entre les grandes puissances, en
particulier celles qui dépendent le plus des importations d'énergie.
Ces dynamiques sont intimement liées aux transformations internes des
économies capitalistes avancées. D'un point de vue matérialiste, la
désindustrialisation et la financiarisation doivent être appréhendées
comme des étapes d'une restructuration plus large du capital. Confronté
aux difficultés de valorisation de la production, le capital réorganise
celle-ci à l'échelle mondiale et, simultanément, intensifie son recours
aux instruments financiers, non comme une alternative, mais comme un
complément.
La financiarisation ne remplace pas la production, mais en redéfinit les
conditions, accentuant la dépendance des processus de production à
l'égard des dynamiques spéculatives et d'une logique de court terme.
Avec la fin du compromis «social-démocrate» entre capital et travail,
qui garantissait une redistribution partielle des richesses, ces
transformations se répercutent également sur les plans politique et
institutionnel. Plutôt que d'engendrer automatiquement des dérives
autoritaires, elles redéfinissent le champ d'action des États,
restreignant la marge de manoeuvre des médiateurs et intensifiant
l'utilisation des instruments de contrôle. Dans ce contexte, on observe
des tendances à l'affaiblissement des garanties formelles et à la
gestion croissante des conflits sociaux sous l'angle de l'ordre public,
dynamiques également constatées en Italie sous le gouvernement de
Giorgia Meloni.
Globalement, une situation se dessine où la compétition entre les
puissances, la restructuration du capital et la transformation des
structures étatiques s'entremêlent de plus en plus. Les contradictions
du capitalisme contemporain se manifestent non seulement au niveau
économique, mais affectent aussi l'ensemble de la structure politique et
sociale, façonnant un système caractérisé par une instabilité croissante
et des conflits qui tendent à se déployer simultanément à l'échelle
mondiale et nationale.
L'escalade du conflit entre puissances impérialistes, qui fait ressurgir
la possibilité concrète d'un conflit mondial, marque une transition
historique où les contradictions du capitalisme se manifestent sous des
formes de plus en plus violentes. Dans ce contexte, l'émergence d'un
rôle direct pour les masses exploitées ne peut plus être différée: un
rôle capable de rompre avec les médiations dominantes, de se
réapproprier le langage de la lutte des classes et d'aborder ouvertement
la question de la transformation radicale de l'ordre établi. La
concurrence entre les différentes fractions du capital - bien que minée
par des contradictions internes - continue de peser sur les exploités,
alimentant divisions, conflits et hiérarchies qui affaiblissent leur
capacité de réaction. Les opprimés sont ainsi mobilisés, dressés les uns
contre les autres et sacrifiés au sein de dynamiques qui répondent à des
logiques de pouvoir et d'accumulation les excluant.
Cette fragmentation doit être contrée par une rupture nette: la
reconstruction d'une solidarité internationaliste entre les exploités,
non comme un principe abstrait, mais comme une pratique concrète de
lutte. Seuls des processus concrets d'organisation, de conflit et de
coopération peuvent permettre l'émergence d'une force capable de contrer
l'intensification de la domination, de l'exploitation et de la guerre,
ouvrant la possibilité réelle de dépasser les rapports sociaux qui les
engendrent.
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