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(fr) Courant Alternative #360 (OCL) - La dermatose est la pustule qui cache une crise profonde du monde agricole.
Date
Tue, 19 May 2026 10:52:32 -0400
Yannick Ogor est éleveur, maraîcher en Bretagne. Il a fait partie de la
Confédération Paysanne et en est parti. Il a fait partie de collectifs
qui se sont battus contre le puçage des animaux et contre les normes
administratives qui étouffent les paysans. Il est l'auteur du livre «Le
paysan impossible» où il retrace les luttes du monde agricole en France
depuis soixante ans, leurs tentatives et leurs impasses. Dans une
nouvelle parution, Yannick Ogor revient sur la mort de Jérôme Laronze,
éleveur en Saône-et-Loire, écrasé par l'administration agricole et
abattu par des gendarmes. Voici une retranscription de quelques
questions posées à Yannick [1]. ---- En ces temps de pandémies dans les
élevages intensifs, comment faire face à un système qui prétend
«protéger les populations» en éliminant les agriculteurs?
La DNC est une maladie qui ne touche que les vaches, elle se traduit par
des nodules et une fièvre. Elle est réputée peu mortelle. Elle n'est pas
transmissible à l'Homme. Ce qui est surprenant, c'est la réaction des
États face à une maladie qui est plutôt anodine. Il faut regarder d'où
viennent ces in-jonctions à gérer cette maladie avec des moyens aussi
radicaux: l'abattage systématique de l'en-semble du troupeau.
Ce n'est pas la première fois que ce type de gestion est appliquée, il y
a eu les moutons, les poulets, les canards...
On ne peut qu'être surpris par l'ampleur de ce mouvement agricole, alors
que ce sont des pratiques très régulières. La gestion de la grippe
aviaire depuis une dizaine d'années en France, donne lieu à des
abattages systématiques dès qu'une bête est diagnostiquée; ce n'est pas
le cas dans toutes les maladies puisque, par exemple, la fièvre
catarrhale ovine, n'a pas donné lieu à ce type d'abattage. Par contre,
c'est le cas pour la tuberculose et l'amylose. C'est pour ça que c'est
difficile de comprendre les enjeux de ces mesures d'abattages alors que
ça ne semble pas être une évidence pour contenir toutes les maladies.
Par exemple sur la DNC, elle n'est pas contagieuse mais vectorielle car
la maladie se transmet par les insectes piqueurs. Il n'y a aucune
systématicité dans la transmission. Donc il y aurait une possibilité de
gérer complètement différemment cette maladie en mettant les animaux
sous surveillance, en les isolant plutôt qu'en les abattant. Et là, je
suis obligé de rejoindre la mobilisation agricole, pour me scandaliser
de telles pratiques qui ne se justifient pas du tout. D'autant plus que
cette maladie, pour l'instant à des effets anodins.
La demande du mouvement serait la vaccination?
L'État, quand les vaccins existent, tente d'imposer la vaccination. Par
exemple, pour la fièvre catarrhale ovine en 2000, ça a été une
obligation que les mobilisations agricoles de l'époque avaient réussi à
remettre en question. Depuis cette fièvre, qui re-sévit depuis
deux-trois ans en France, donne lieu à des campagnes de vaccination
massives. Il n'y a plus d'obligation et pourtant les agriculteurs le
font d'eux-même; or on sait qu'il y a des effets secondaires importants.
De même, lors de l'apparition de la grippe aviaire en 2024, l'État a de
nouveau sorti de son chapeau la vaccination. Tous les canards ont été
vaccinés, résultat aujourd'hui: la grippe aviaire repart comme si de
rien n'était. Donc ces questions de vaccinations en élevage sont pour le
moins à mettre en question. Ce qui est étonnant, c'est que la
profession, dans son ensemble, demande par la voix de ses représentants
syndicaux, la vaccination. Pourtant, le troupeau qui a été abattu dans
le Doubs était vacciné, les syndicats ont trouvé qu'il était absurde
d'abattre un troupeau vacciné (les animaux auraient du faire face à la
maladie) or je n'ai entendu personne remettre en question le vaccin. Il
y a une quinzaine d'années, une grande minorité d'éleveurs mettait en
doute la vaccination et les intérêts pharmaceutiques qu'il y a derrière.
Aujourd'hui, quelques années après la crise du COVID, on voit
qu'idéologiquement le travail de sape a été fait et que plus personne
n'ose critiquer la vaccination. C'est lamentable! Il faut toujours
regarder les intérêts qu'il y a à défendre soit d'un côté l'abattage
systématique soit la vaccination.
Ce qui est en jeu-là, c'est avant tout une gestion économique d'une
crise sanitaire, ce sont les agréments à l'exportation pour les pays
atteints qui sont dans la balance! La France a décidé l'abattage parce
que - au niveau international, où se gère les agréments à l'exportation
sous critère sanitaire - la DNC fait l'objet d'une injonction des États
à éradiquer immédiatement la maladie pour maintenir leurs permis de
commercer. Ce n'est pas le cas pour toutes les maladies, pour la fièvre
catarrhale ovine, on peut perde son agrément à l'exportation quand le
pays est atteint mais il n'y a pas d'abattage systématique. Dans le cas
de la DNC, pour que les agroindustriels puissent continuer à exporter en
Italie, en Espagne, en Afrique du nord, l'abattage est imposé pour ne
pas perdre ces marchés.
Pourquoi les syndicats de la Coordination Rurale et de la Confédération
Paysanne demandent la vaccination généralisée du troupeau?
Dès qu'un pays vaccine, il perd son agrément puisqu'il est compliqué de
distinguer une bête vaccinée d'une bête malade. Sauf qu'on sait
aujourd'hui qu'avec les tests PCR, il est possible de faire cette
distinction! Dans ces conditions, ce que demandent la CR et la conf',
c'est qu'on vaccine et qu'on obtienne le rétablissement des agréments
pays par pays, ce que l'Italie et la Suisse ont accepté et qu'il reste à
obtenir de l'Espagne. Ces syndicats ont un double discours: d'un côté,
ils disent que la responsabilité de ces maladies incombe au commerce
international qui déplace des animaux sur des milliers de kilomètres et
déplace par la même occasion les maladies - donc logiquement, il faut
arrêter avec ce type de commerce; d'un autre côté, ils sont en train de
demander des mesures sanitaires qui permettent de ne pas interrompre ce
commerce. On voit toute l'absurdité politique de cette gestion. Tous ces
syndicats, avec la FNSEA, sont dans une réal-politique, et ne sont pas
du tout en train de remettre en question les causes premières du
développement de ces maladies.
Quelles autres solutions pour combattre les maladies?
Là, j'ai envie de m'appuyer sur le travail de vétérinaires qui sont
regroupés au sein du GIE Zone verte (Groupement d'Interventions et
d'Entraide) qui est une coopérative de vétérinaires qui interviennent
sur des élevages, pour aider les agriculteurs à trouver des solutions de
soins qui ne soient pas entièrement dépendantes de l'industrie
pharmaceutique, notamment à base de plantes. Il n'y a pas tant de recul
que ça sur la DNC, il n'y a que quelques années qu'elle est arrivée en
Europe, on la connaît mieux en Afrique. Ce qu'ils ont pu constater en
lisant les études internationales sur ce sujet, c'est que l'immunité
peut s'acquérir assez facilement car ce virus ne mute pas. Ce qu'on
sait, c'est qu'une bête qui a été touchée une fois ne sera plus
infectée. Il y a donc moyen d'acquérir une immunité pour les troupeaux.
Sauf que tous les dispositifs actuellement mis en place (l'abattage ou
la vaccination systématique) empêchent ce processus d'immunité naturelle
de se produire. On est tout le temps en train de fabriquer des
situations extrêmement couteuses: l'abattage, ce sont des centaines de
millions d'euros qui doivent être déboursés en indemnisations; pour la
vaccination, c'est pareil.
Et pourtant, il y a des solutions non couteuses et qui ne font pas
marcher le système industriel. On l'a vu sur d'autres maladies, Xavier
Nouliane - qui est un collègue éleveur qui a écrit un bouquin qui
s'appelle «Ménage des champs» - raconte notamment son aventure lorsqu'il
a du faire face à une maladie qui s'appelle la paratuberculose, une
maladie à éradication immédiate selon l'Organisation mondiale de la
santé animale. Normalement, la France impose l'abattage totale du
troupeau infecté. X.Nouliane, avec le GIE-zone verte, avait réussi à se
battre au niveau de la préfecture pour empêcher l'abattage et mettre en
place une politique de soin, notamment à base de plantes pour renforcer
l'immunité des bêtes et il avait réussi à faire disparaître la maladie
de cette manière. Donc il y a des solutions alternatives,
malheureusement elles sont peu pratiquées et peu connues. C'est une
bataille! Ce regroupement d'éleveurs avec le GIE zone verte sont
systématiquement dénoncés par l'État comme des charlatans. C'est faux
car il y a un vrai travail de fond qui est fait. Par exemple, sur la
fièvre catarrhale ovine, le travail de renforcement de l'immunité
naturelle chez les brebis est bien plus efficace que la vaccination. Les
éleveurs le savent, le nombre de bêtes vaccinées qui finissent par être
malades démontre chaque jour l'inefficacité de ces vaccins. Sans parler
des effets secondaires! Malheureusement, les syndicats préfèrent faire
la pub de ce type de solution simpliste et bercer d'illusion les éleveurs.
Je trouve que le dernier mouvement agricole est très faible car il ne
décortique pas ces choix politiques. Notamment, je n'ai entendu personne
venir dénoncer l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA),
anciennement appelée l' OIE - l'organisation internationale de
l'élevage. Leur rôle central est de réguler le commerce mondial par le
biais sanitaire. C'est là que se décide que telle ou telle maladie
contagieuse va être épinglée comme une maladie à déclaration
systématique, qui oblige les États à déclarer la présence de cette
maladie qui devient à éradication immédiate. Je trouve incroyable que
les syndicats ne soient pas allés dénoncer les intérêts qui sont en jeu,
c'est à dire les laboratoires pharmaceutiques et les agro-industriels
qui exportent à travers le monde. C'est eux qui fabriquent ces normes
pour servir leurs propres intérêts. Le siège de cette organisation est
tout à fait accessible; il se trouve à Paris. Personne n'a appelé à
aller manifester devant, alors que c'est là que tout se décide.
On est obligé de rejoindre la colère agricole qui s'exprime contre le
MERCOSUR, contre la libéralisation des échanges internationaux. Il
promet une arrivée massive de viande bovine de pays où les couts de
production sont plus faibles et il supprime ou diminue drastiquement les
taxes douanières qui permettent de rééquilibrer les prix face à des
concurrences déloyales. Il y a un enjeu énorme, mais les syndicats
ratent leur cible en ne mettant pas en avant les nouvelles règles de
régulation du commerce international. Car effectivement, on est en train
de diminuer les taxes douanières un peu partout, ce qui fait que les
aliments peuvent venir d'Ukraine, du Brésil pour pas cher. Mais en
parallèle, on remet d'autres règlements en place, notamment des normes
sanitaires qui sont ces nouvelles barrières douanières qu'ont dit
non-tarifaires. C'est ce type de gestion sanitaire qui permet de réguler
le marché mondial. La moindre des choses, pour les syndicats
contestataires, serait de mettre en avant et de critique cette OMSA.
C'est là que se décide aujourd'hui les types de gestion sanitaire à
travers le monde et la fabrication de marché d'opportunité; quand une
maladie touche un pays comme par exemple la peste porcine en Chine il y
a quelques années, l'État Chinois a été contraint d'abattre plus de la
moitié du cheptel. Par conséquent, ça a fabriqué un nouveau marché dont
ont profité grandement les agro-industriels bretons ont massivement
exporté leurs cochons en Chine. Après cela, ce sont surtout les petites
fermes qui ne s'en remettent pas. En Chine, plus de la moitié des
élevages était des élevages vivriers et les élevages industriels étaient
encore balbutiants. Cinq ans après la crise, il n'y a plus aucun élevage
vivrier - ils ont été interdits - et il n'y a plus que des méga-usines
de centaines de milliers de cochons. Ce sont eux désormais qui emportent
les parts de marché. La gestion sanitaire ne profite qu'aux industriels
qui réussissent à fabriquer des rentes de situation. Pendant la crise
porcine en Chine, les gros éleveurs bretons ont amassé des dividendes
extraordinaires. Tant que les syndicats ne viendront pas dénoncer ce
type de gestion qui fabrique des rentes de situation extraordinaires et
intensifient le développement du modèle industriel, ils font semblant de
contester le monde tel qu'il va.
La FNSEA ne faisait pas partie du dernier mouvement agricole au début de
l'année 2026. Pourtant aujourd'hui, elle essaie de récupérer la colère
en demandant d'assouplir les normes concernant les pesticides.
C'est tout le débat qui s'appelle les normes miroirs: soit on demande
aux pays qui exportent leurs produits chez nous de respecter nos normes,
pour qu'il n'y ait pas de concurrence déloyale; soit on diminue les
normes ici pour être concurrentiel sur le marché international et
permettre l'exportation. C'est cette deuxième option que défend la FNSEA
et la Coordination Rurale.
Les petits exploitants dans tout ça?
Il n'y a aucun syndicat, même pas la Confédération Paysanne qui porte
leur voix et il y a très peu de mouvements indépendants qui émergent
dans le monde agricole. On a tenté, il y a quelques années de créer un
mouvement qu'on a appelé «hors norme» qui justement venait dénoncer la
supercherie de la gestion par les normes qui ne protègent ni le
consommateur, ni les animaux, ni les paysans. On n'a pas été suivi. A
l'époque, on s'était mobilisé pour défendre et être solidaire avec des
éleveurs qui ont vécu des abattages dans leur ferme, pour le non-respect
de telle ou telle norme mais on n'a pas eu de soutien. Je pense bien-sur
à Jérôme Laronze, éleveur de bovins en Saône-et-Loire, en bio, qui s'est
fait tuer par les gendarmes en 2017. Cet éleveur était menacé d'abattage
de son troupeau pour le non-respect de normes de traçabilité absurdes.
Il a dénoncé, écrit, tenté de résister et n'a été soutenu par aucun
syndicat. Pourtant, Jérôme était porte-parole de la Conf' à ce moment
là, et son syndicat l'a abandonné. La veille de l'abattage, Jérôme avait
pris le maquis pour prendre le temps auprès des médias de dénoncer sa
situation. Pendant ces quelques jours de cavale, le coporte-parole de la
Conf' n'a rien trouvé de mieux à dire à la presse que la situation de
Jérôme n'était pas un problème politique mais un problème de santé
mentale. Ce qui montre à quel point ce syndicat n'avait rien compris ou
faisait mine de ne rien comprendre de la dénonciation politique de la
gestion sanitaire du cheptel français que menait Jérôme Laronze.
La mobilisation en janvier a été très forte avec des enjeux de vie ou de
mort pour un certain nombre d'éleveurs concernés. Avec la Conf', la
Coordination Rurale (CR) plutôt classée à l'extrême droite de
l'échiquier politique y a été très active. On a pu voir des banderoles
réclamants «des chars dans les cités pas contre les paysans». Que
penses-tu de la rencontre entre des acteurs si différents?
Ils ont en commun d'être exclus de tous les rouages de la cogestion
agricole FNSEA/État qui dure depuis des dizaines d'années. Ça leur donne
une espèce de virginité militante et de ne pas s'être corrompus dans des
alliances douteuses avec les administrations. La CR est constituée
d'agriculteurs assez importants qui cherchent leur développement
industriel. Elle a remporté quelques chambres d'agriculture et là on va
pouvoir regarder ce qu'elle fait de l'argent. On a plutôt assisté à des
pratiques mafieuses, notamment dans le Sud ouest et en Lot-et-Garonne.
Il faut savoir que les salariés de la CR ont attaqué leur conseil
d'administration au Prud'hommes, comme quoi elle ne se soucie pas de ces
employés. Elle est assez déterminée, on l'a vue lors des mobilisations.
Je pense qu'elle s'est développée, en termes d'adhésions, sur la base
d'un sentiment de dénigrement et de déclassement, qui est réel dans le
monde agricole car il fait l'objet de critiques systématiques. Je
comprends ce ressentiment, parce que les critiques écologistes ne
portent pas de la même manière à l'égard de maçons qui utilisent des
produits nocifs, à l'égard des vendeurs de smartphones qui tous
contribuent à détruire cette planète. Des «ploucs» du milieu du siècle,
aux «bouseux» du XXe siècle, il y a une déconsidération du paysan qui se
prolonge aujourd'hui. La CR se nourrit de ce ressentiment sans promettre
la sortie de l'incarcération des paysans par les grands groupes
agro-industriels et par l'État, puisque ces gens-là, en dénonçant les
normes qui empêchent l'utilisation de pesticides sont en train de dire:
«soyons encore plus dépendants des grands groupes industriels qui
vendent ces pesticides». La CR ne dit pas non plus «stop arrêtons d'être
dépendant de ce qui nous échappe», ils continuent à investir, à pousser
à l'endettement des agriculteurs qui ne gagnent pratiquement rien en
terme de revenu, mais drainent des millions en chiffre d'affaire et en
investissement sans récupérer les dividendes. Ils ne remettent pas en
cause l'absurdité de cet investissement permanent. Tant qu'il n'y a pas
un regard lucide là-dessus, on fonce dans le mur.
C'est intéressant de regarder d'où vient ce syndicat, comment il a
évolué, pourquoi il s'est rapproché de l'extrême droite. En 1991, il se
crée autour d'une contestation de la PAC (politique agricole commune),
pas si éloignée des positions de la gauche paysanne avec une radicalité
plus grande dans la manière d'intervenir. C'est vraiment des déçus de la
FNSEA, inscrits dans l'économie capitaliste agricole, menacés de
disparition face aux mutations liées à la PAC. Ils refusaient toutes
formes de cogestion avec un discours très critique mais productiviste.
Alors que la Conf' essayait de négocier des chemins de traverse en
s'appropriant une critique écologiste plutôt urbaine, la CR a beaucoup
fait pour entretenir ce ressentiment envers des agriculteurs qui se
sentent déjà déclassés et qui du coup n'ont pas pris le chemin de la
gauche paysanne. Tant qu'on aura pas un regard critique sur l'écologisme
et ce qu'il fabrique comme ressentiment, les premiers concernés seront
davantage séduits par la CR et l'extrême droite. Pourtant, l'absurdité
dans ce syndicat est à tous les niveaux. Dans le Sud-ouest, il demande à
la Préfecture de régulariser les sans-papiers pour palier une main
d'oeuvre française qui, selon eux, est bonne à rien. C'est totalement
cynique et cela n'empêche évidemment pas le racisme. On voit là que
l'extrême droite dénonce l'immigration et, en même temps, dès qu'elle
arrive au pouvoir, comme en Italie, régularise en bloc pour fournir des
travailleurs bon marché aux fermes industrielles, aux usines... Derrière
ce racisme, il y a de la réal politique.
Ce serait stupide de ne pas rejoindre les mobilisations agricoles parce
qu'il y a des hurluberlus dans la CR qui tiennent des discours racistes.
En Bretagne ça a été impossible de créer des alliances avec la CR car il
y a des affrontements assez durs sur la gestion de l'eau. Du coup, on
n'était pas assez nombreux. On a des bonnes raisons d'être dans la rue
et faisons avec les forces en présence. Voyons jusqu'où on peut aller
dans la fréquentation des membres de ce syndicat, en essayant d'amener
une lecture de classe dans ces mobilisations pour arriver à décortiquer
sincèrement et réellement les liens de dépendance et d'incarcération
dans lesquelles on est pris aujourd'hui. C'est ni en les dénonçant,
comme étant des empêcheurs de mener la liberté d'entreprise à bien, ni
en voulant plus de normes pour soi-disant protéger le consommateur et
l'agriculteur, c'est plutôt en regardant précisément qui décide de
l'application de ces normes, quels effets elles ont et constater que
c'est à chaque fois les petits qui en pâtissent. Pour beaucoup, on a ce
sentiment qu'on est en train de vivre les dernières heures d'une
certaine agriculture en France. Ce qui menace, c'est le modèle Chinois,
Brésilien ou Canadien avec des fermes encore plus gigantesques. La
diminution du nombre d'agriculteurs est loin d'avoir atteint son apogée.
Il reste encore 400 000 agriculteurs - ce qui est déjà ridicule - et, au
rythme où on va, c'est à peine 100 000 agriculteurs qu'il y aura dans
dix ans.
Nadia M
Collectif des paysans libres
Les paysans regroupés au sein du «collectif des paysans libres»
demandent à être concertés, inclus, pris en compte pour partager leurs
expertises. Ils en ont marre d'être trimballés par des technocrates qui
leurs imposent à coup de mesures répressives, leur vision industrielle
ou sanitaire. Il s'agit de les écouter et de prendre en considération
leurs interrogations et leurs propositions. Une étude à grande échelle
réalisée par le Shift Project, montre que plus de 80 % des agriculteurs
aimeraient adopter des pratiques agronomiques plus durables et qu'ils et
elles seraient prêts à prendre le virage de la transition écologique
pour peu qu'ils et elles soient aidés. Voici un communiqué du collectif
en date du 14 février 2026.
La dermatose nodulaire bovine est une maladie bénigne pour les
vaches, avec un taux de mortalité de 2%, et non transmissible à l'homme.
Jusqu'en 2018, classée catégorie C, la gestion sanitaire de cette
maladie relevait d'une mise en quarantaine de l'animal pendant 28 jours.
Une cinquantaine d'éleveurs ont fait le choix de résister à la
vaccination forcée. Ils l'ont fait parce qu'ils aiment et ont confiance
en leur animaux, en leur immunité naturelle. Ils veulent produire pour
le consommateur, une nourriture saine, tout simplement. Le reclassement
de la DNC sanitaire en catégorie A, a conduit à des abattages
systématiques sans raison (plus de 4000 bêtes pour l'instant) et à une
obligation vaccinale. Les effets secondaires de cette vaccination sont
telles (fièvre, perte d'appétit, baisse de la production de lait,
nécrose au point d'injection, symptômes identiques à la maladie,
avortements, morts subites...) que l'Etat a mis un fond public pour les
indemniser. Si le vaccin (virus atténué) induit la maladie, les
troupeaux doivent être abattus selon le protocole. Ainsi, malgré la peur
des conséquences, des éleveurs sortent du silence et petit à petit
rejoignent le collectif et commencent à témoigner. Ils s'élèvent contre
la nouvelle campagne de revaccination obligatoire.
Le droit à la défense est bafoué par les préfets qui nous mettent
en demeure, d'effectuer le vaccin sous 5 à 7 jours, indiquant qu'en cas
de contestation par recours contentieux devant le tribunal
administratif, cela n'aurait aucun effet suspensif quant à l'exécution
de la vaccination. C'est une première, et une atteinte grave aux droits
fondamentaux. Nous appelons nos élus, les consommateurs et la population
civile en général à soutenir les paysans qui refusent des décisions
aveugles et défendent le droit de choisir pour protéger leurs animaux,
leur savoir-faire, la souveraineté alimentaire. Pourquoi sommes-nous
prêts à tout perdre? Parce que nous nous sentons responsable de ce que
l'on fait manger aux consommateurs.
Communiqué du Collectif paysan libre Bourgogne Savoie Franche Comté
en faveur de la liberté vaccinale des troupeaux
Notes
[1] Cette interview a été réalisée par l'actualité des luttes.info sur
FPP. Vous pouvez la retrouver à la date du 08 janvier 2026 et écouter
également l'interview du collectif «paysans libres» du 23 mars 2026
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4703
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