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(fr) La Platforme - La catastrophe écologique est-elle soluble dans l'éthique?

Date Tue, 21 Apr 2026 19:10:59 +0100


Nous publions ici quelques bonnes feuilles extraites du dernier ouvrage du sociologue Alain Bihr, L'écocide capitaliste coédité en février 2026 en trois volumes par Page 2 (Lausanne) et Syllepse (Paris). Son propos, d'abord faire le point sur la catastrophe écologique de dimensions planétaires qui ne cesse de s'aggraver; montrer en quoi les principaux aspects des rapports capitalistes de production sont écocidaires; rappeler que seul un bouleversement révolutionnaire est en mesure de nous permettre de limiter la catastrophe. Les extraits publiés ici sont centrés sur quelques-uns des mécanismes d'autojustification du capital en recherche permanente de valorisation et d'accumulation. Ainsi sont décortiqués les «petits gestes», l'appel à prendre des risques et enfin à être résilients.

Comme bien souvent, l'éthique consiste ici à faire de nécessité vertu, autrement dit à enseigner la soumission volontaire à l'ordre des choses existant, en l'occurrence au capitalisme écocidaire, avec pour principal effet de justifier en définitive ce dernier, en en masquant notamment la lourde responsabilité dans la catastrophe écologique en cours. Et, tout comme dans le cas des recours aux supposées vertus du marché et de la technique, la solution est cherchée dans une ressource propre au capitalisme, créée et façonnée par ce dernier. En l'occurrence, l'individualité assujettie, caractérisée à la fois par son indépendance personnelle, sa libération des liens de dépendance personnels et communautaires, sa supposée autonomie de pensée et de vie; et sa dépendance impersonnelle, sa dépendance à l'égard de l'ensemble des rapports sociaux autonomisés et fétichistes qui caractérisent le capitalisme en propre, dépendance qui lui enjoint d'être en toutes circonstances responsable et seul responsable de ses actes et de sa situation, en se soumettant à leurs injonctions (Bihr, 2017: 195-208).

Cette soumission volontaire peut être prêchée à différents titres et sur différents modes. Livrons-en ici un bref échantillon.
Faisons un geste!

Nudge est un terme anglais signifiant coup de coude, pris dans le sens de coup de pouce, d'une aide d'appoint et ponctuelle. Il désigne ici une technique consistant à inciter les individus à adopter un certain comportement en le valorisant à leurs yeux.

Cette technique a été popularisée par le best-seller de Cass Sunstein et Richard Thaler qui porte ce titre (Sunstein et Thaler, 2022). Dérivée de la psychologie comportementale (Thaler a obtenu le «prix Nobel» d'économie en 2017 pour ses travaux d'économie comportementale), cette technique s'inspire du constat que «de petits changements dans le contexte de l'action peuvent exercer une grande influence sur les enfants, comme sur les adultes, dans le bon ou le mauvais sens (...) de petits détails, apparemment insignifiants, peuvent avoir un impact énorme sur le comportement des gens» (Id.: 19 et 22). Ainsi de la mouche dessinée au fond de l'urinoir pour inciter les hommes à maîtriser leur jet d'urine en la visant, de sorte à limiter les projections hors de l'urinoir et à réduire le cout de nettoyage des WC publics...

Cette technique procède de ce que Sunstein et Thaler définissent comme un «paternalisme libertarien» consistant à inciter (mais non contraindre) les individus à prendre les bonnes décisions et accomplir les bonnes actions, c'est-à-dire celles qui contribueront finalement à leur bien-être, en se comportant en définitive en ces sujets rationnels qu'ils ne sont pas spontanément mais que le fonctionnement du capitalisme requiert:

«Au sens où nous l'entendons une politique est "paternaliste" si elle s'efforce d'influencer les choix de façon à promouvoir l'intérêt des gens, tels qu'ils les conçoivent eux-mêmes (...) Bref, notre but est d'aider les individus à prendre les décisions - qu'ils auraient prises s'ils avaient concentré toute leur attention, s'ils avaient possédé une information complète, des aptitudes cognitives illimitées et une totale maîtrise de soi» (Id.: 24).

L'alliance de mots «paternalisme libertarien» dit bien toute l'ambivalence de cette technique: il s'agit de «piloter» en douceur le comportement des individus dans le sens de leur intérêt personnel ou de l'intérêt général, jusqu'à chercher à le transformer, tout en respectant fondamentalement leur liberté de choix. On retrouve ici tout simplement la contradiction potentielle inhérente à l'individualité assujettie telle que je l'ai définie plus haut.

Conçue pour influencer le comportement des individus en le modifiant le plus souvent, cette technique intéresse, outre les entreprises capitalistes qui l'ont initialement mise au point dans leurs pratiques de marketing, les administrations chargées d'obtenir des administrés qu'ils acceptent de se plier aux législations et réglementations en vigueur, en les invitant par conséquent à imaginer et diffuser des incitations (nudges) relayant les obligations et interdictions édictées par ces dernières ou se substituant même à elles. Et Sunstein et Thaler de se féliciter du nombre des États et des organisations internationales qui ont développé en leur sein des «Nudget Units» à cette fin (Id.: 34-35).

Cette technique peut donc aussi être mise en oeuvre dans le cadre des politiques de gestion de la catastrophe écologique conçues et menées par ces organismes. Le pari sous-jacent est que, comme les petits ruisseaux peuvent donner naissance aux grandes rivières, une myriade de «petits gestes» au quotidien («faire la chasse au gaspi»: éteindre la lumière en quittant une pièce, ne pas laisser couler l'eau pendant que l'on se lave les dents, ne pas laisser les appareils électroniques en mode veille, réduire la température de son logement à 19-20°C en hiver, etc.) sont susceptibles de nous faire sortir du régime écologique catastrophique actuel. Ils peuvent se compléter par le recours à une alimentation moins voire non carnée, aux produits de l'agriculture biologique, au tri de nos déchets, aux moyens de transport terrestres collectifs plutôt qu'à l'automobile, au renoncement aux transports aériens, au partage de certains moyens de consommer (véhicules individuels, lave-linge, livres, etc.). Plus largement, il s'agit d'inciter à une «révolution» des comportements individuels en cherchant à «responsabiliser» (en fait, souvent, à culpabiliser) les individus désignés comme les principaux voire uniques responsables de la catastrophe écologique en cours.

Chercher à réduire de la sorte le changement climatique ou les atteintes à la biodiversité serait cependant hautement problématique. Le nombre de nudges à développer serait tel qu'il faudrait craindre que leur ensemble soit incohérent et, surtout, qu'il ne se heurte au rejet d'individus qui refuseraient finalement de se faire manipuler en permanence. Et, surtout, il ne serait pas même assuré qu'une telle action soit suffisante. Car quelques milliards de petits coups de pouce ne suffiront pas à nous sortir de l'impasse écologique catastrophique dans laquelle nous sommes engagés par le mode de production actuel (Rotillon, 2020: 88-97).

Sunstein et Thaler l'avouent d'ailleurs eux-mêmes dans le chapitre de l'ouvrage (présomptueusement intitulé «Sauver la planète») où ils abordent le sujet, en le restreignant cependant aux émissions toxiques (GES inclus). D'emblée, ils mettent le lecteur en garde: «Si vous êtes en train de lire ce chapitre en espérant apprendre qu'il est inutile de vous faire du souci, parce que quelques nudges qui ne coutent pratiquement rien régleront le problème, pardonnez-nous de vous décevoir» (Sunstein et Thaler, 2022: 263). Puis, après avoir évoqué la lutte contre le changement climatique moyennant l'instauration de taxes carbone ou de marchés du carbone, abordant la question de la sobriété énergétique, ils en viennent à reconnaître la supériorité des obligations sur les simples incitations: «Reconnaissons au moins que les règles et les obligations donnent sans doute aux consommateurs l'opportunité de faire de sérieuses économies - tout en protégeant en même temps la planète» (Id.: 275). Dès lors, les nudges sont ramenés au rang de simples appoints d'une législation et réglementation contraignante: «Une législation ciblée qui irait au-delà de la méthode douce pourrait être imposée dans plusieurs domaines. Diverses interventions assimilables à des nudges pourraient compléter la palette d'outils» (Id.: 276). Mais les exemples qu'ils en donnent par la suite sont peu nombreux et peu probants: publier la liste des entreprises les plus polluantes pour les désigner à l'opprobre public (ce qui relève de la pratique du name and shame: désigner et faire honte) (Id.: 276-279); faire de l'option verte (dans un produit ou un service) l'option par défaut pour le consommateur (Id.: 279-280); permettre aux usagers de comparer leur consommation d'électricité avec celle de leurs voisins (Id.: 279-290), etc.

La principale limite de cette stratégie des «petits gestes» réside en fait dans ses postulats. D'une part, ils parient qu'il est possible de modifier substantiellement le procès de consommation (improductive, personnelle, domestique) sans toucher au procès de production qui le détermine en amont, faisant du gaspillage consumériste le pendant et le prolongement nécessaire de l'hubris productiviste. S'astreindre à user jusqu'au bout de ses appareils domestiques se heurte aux pratiques de leurs concepteurs et producteurs qui en programment l'obsolescence technique et les rendent irréparables. Trier ses déchets alors que l'on n'a pas le moyen de s'opposer aux pratiques d'emballage et de suremballage des marchandises par leurs producteurs (capitalistes), liées elles-mêmes à l'allongement des distances et des durées du procès de circulation de ces mêmes marchandises, s'apparente à un travail de Sisyphe. Choisir de renoncer à la voiture individuelle comme moyen de transport alors que l'on ne dispose pas de transports en commun suffisants et satisfaisants et que l'on ne maîtrise pas les raisons pour lesquelles on est contraint de se déplacer quotidiennement (les distances entre domicile et lieu de travail par exemple), c'est souvent mission impossible. Réduire la température de son appartement alors que celui-ci est une passoire thermique ne réduira que peu la note de chauffage, etc. En somme, s'agissant des «petits gestes», que les producteurs commencent à en donner l'exemple avant d'essayer d'y amener les consommateurs à coups de campagnes culpabilisantes ou d'incitations insidieuses!

D'autre part, en parfaite conformité avec la constitution de l'individualité assujettie qui rend en définitive les individus responsables des effets des structures sociales du coup invisibilisées, cette même stratégie des «petits gestes» confie aux individus, qui plus est isolés, atomisés, parcellisés, le soin d'infléchir une dynamique écocidaire qui tient aux rapports de production (capitalistes) existants, sans toucher pour autant à ces derniers qui sont précisément responsables de cette dynamique, ainsi que l'ensemble des chapitres de la partie suivante de l'ouvrage se propose précisément de le mettre en évidence. Une contradiction qui ne peut se résoudre que par l'action collective, impliquant que les individus en question se solidarisent pour transformer ces rapports voire pour leur en substituer d'autres, et non pas qu'ils continuent à agir isolément les uns des autres dans le cadre de ces rapports. Ce qui soit dit en passant n'irait pas sans un haut niveau de conflictualité politique, loin du monde de Bisounours dans lequel chacun-e est appelé-e à «faire un geste pour sauver la planète» en toute bonne conscience... et méconnaissance de cause!
Courons le risque!

Face aux risques de toutes sortes allant croissant (en ampleur et en fréquence) sous l'effet de la catastrophe écologique mais aussi de certaines de ses pseudo-solutions marchandes ou techniques, des voix se sont fait entendre pour tenter de nous convaincre que ces risques sont le prix à payer pour persister sur la voie du «progrès», du «développement» ou de la «modernité». Autant de termes vagues et confus qui voilent et légitiment par leur euphémisme le devenir-capitalisme du monde qui accompagne le devenir-monde du capitalisme, soit l'emprise destructrice grandissante que le capital exerce sur le monde naturel et social au fur et à mesure qu'il le soumet de plus en plus aux exigences de sa reproduction. C'est en ce sens que je compte bien les comprendre dans ce qui suit.

Parmi ces voix, la plus entendue aura été celle du sociologue allemand Ulrich Beck (1944-2015), auteur d'un autre best-seller, La société du risque. Selon Beck, il se serait produit au cours de la seconde moitié du 20e siècle «une rupture survenue à l'intérieur d'une modernité qui s'émancipe des contours de la société industrielle classique pour adopter une forme nouvelle - que nous appelons ici "société industrielle du risque"» (Beck, 2001: 20), nous forçant à abandonner «la religion du progrès», c'est-à-dire la croyance naïve dans les vertus intrinsèques de la modernité. C'est que cette dernière n'a pas tenu ses promesses comme Beck le montre dans la première partie de l'ouvrage: la misère perdure, les inégalités sociales croissent à nouveau, les formations périphériques ne sont pas sorties du sous-développement, etc. Bien plus, l'accroissement des richesses, là où elle s'est produite, s'est accompagné de toute une série de maux nouveaux que Beck amalgame sous le concept de risque: pollutions de l'environnement, catastrophes industrielles, risques nucléaires, atteintes à la santé et à la sécurité, etc. Risques dus non pas à des causes extérieures, naturelles, mais nés du propre développement industriel de la société et de son appareillage technico-scientifique; risques non pas ponctuels et accidentels mais généralisés, affectant autant les non humains que les humains, dénoncés tout particulièrement par les mouvements écologistes; risques qui alimentent des tendances anti-modernistes (critique de la science, de la technique, de la croissance économique, etc.). En bref, nous serions ainsi passés d'une «société du progrès», confiante dans les avancées des sciences et des techniques, à une «société du risque»  consciente de l'ambivalence foncière de ces dernières et des «dégâts du progrès» qu'elles impliquent, en proie de ce fait à une perte de confiance dans la rationalité scientifique et technique, d'autant plus grande que, partie prenante la production de ces risques, cette rationalité est finalement incapable et de les prévenir et de nous en protéger.

De la sorte, la production croissante de richesses qu'a assurée la société industrielle s'est accompagnée d'une production croissante de risques, au point que la répartition des risques a supplanté la répartition des richesses comme enjeu central de la conflictualité politique. Dans la «société industrielle du risque», le fait majeur ne serait plus la lutte des classes, la lutte pour l'appropriation des richesses sociales, mais le rapport aux risques et leur répartition au sein de la société. Soit en définitive une société dans laquelle croissent la sensibilité aux risques et, avec elle, la demande de sécurité et de protection adressée notamment à l'État, qui ne dispose pas toujours des moyens d'y répondre.

Un second facteur vient à la fois aggraver la perception des risques précédents tout en en ajoutant d'autres, de nature différente, sur lequel Beck se penche dans la deuxième partie de l'ouvrage. Il s'alimente principalement à «une poussée sociale de l'individualisation» (Id.: 158). Y ont contribué, outre le développement de l'État-providence qui aura libéré les individus de leur ancienne dépendance à l'égard de la famille, du voisinage, de la profession, l'augmentation de l'espérance de vie, la réduction du temps de travail, la diffusion massive des biens culturels, la transformation des marchés du travail impliquant plus de mobilité, de précarité et de flexibilité de la force de travail, etc. Cette affirmation redoublée de l'individu aura ébranlé tous les cadres antérieurs de la société industrielle, à commencer par les solidarités de classe, conduisant à la formation d'«un capitalisme sans classe sociale, qui conserve néanmoins toutes ses structures et les problèmes d'inégalités sociales qui en découlent» (Id.: 160). Et elle n'aura pas davantage épargné la cellule familiale, en remettant en cause les statuts sexuels traditionnels, contribuant ainsi à l'émancipation des femmes en les libérant de leur enfermement dans leur rôle d'épouses et de mères par l'accession à la formation secondaire et supérieure et au travail salarié, mais en les confrontant aussi à des nouveaux risques de paupérisation dans un contexte où les unions conjugales elles-mêmes deviennent plus précaires. Ainsi, «c'est l'individu lui-même, qu'il soit homme ou femme, qui devient l'unité de reproduction de la sphère sociale» (Id.: 162). Cela n'empêche pas mais favorise au contraire la formation de communautés socioculturelles plus ou moins stables et durables, dans lesquelles s'expérimentent de nouveaux rapports sociaux, ainsi que celle de nouveaux mouvements sociaux (écologistes, pacifistes, féministes) qui se mobilisent notamment contre les risques de la société industrielle.

Pour autant, contrairement à bien d'autres sociologues contemporains, cette critique de la modernité industrielle ne s'accompagne pas chez Beck du diagnostic de l'avènement d'une quelconque société post-industrielle ou post-quoi-que-ce-soit (Id.: 19). Beck tient à rester et à nous faire rester résolument modernes (au sens précédemment entendu). Selon lui, les deux processus précédents d'affirmation de l'individualisation et de subsomption de la répartition des richesses sous la répartition des risques président à l'avènement d'un nouveau stade et d'un nouveau régime de la modernité, une «modernité réflexive» dont il explore les potentialités et les difficultés dans la dernière partie de l'ouvrage. Elle impliquerait que les sociétés industrielles continuent de se moderniser (toujours au sens de l'approfondissement de l'emprise capitaliste sur elles) mais qu'elles ne le fassent plus comme auparavant, en remettant en toute confiance et inconscience cette tâche aux gouvernements, aux industriels, aux experts et aux savants. «La modernisation réflexive qui s'inscrit dans le contexte d'une démocratie ultra développéeet d'une scientificisation très poussée conduit justement à un effacement caractéristique des frontières entre science et politique» (Id.: 340). Selon les voeux de Beck, elle impliquerait l'instauration d'un autre rapport à la science, en obligeant ses tenants à être plus attentifs à ses effets immédiats et lointains et à s'ouvrir aux demandes et exigences de la société mais aussi en leur garantissant un large droit d'autocritique. Mais elle supposerait aussi l'instauration d'un autre rapport à la politique, en démocratisant la prise de décisions en matière de recherche, qu'il s'agisse de recherche fondamentale ou de recherche-développement, bien au-delà du Parlement et des assemblées élues, au profit d'enceintes extraparlementaires ad hoc (tribunaux, médias, associations, syndicats, groupes de citoyens, etc.) constituant autant de contre-pouvoirs dont l'exercice serait juridiquement garanti.

En somme, Beck nous propose un nouveau «grand récit» divisant la modernité en deux temps, le second prolongeant le premier tout en le dépassant, parvenant à le corriger de ses excès et défauts en faisant preuve de réflexivité, y introduisant ainsi une nouveauté radicale. Or ce «grand récit» ne résiste pas à une véritable histoire des rapports de la modernité au(x) risque(s). Esquissant une telle histoire, Jean-Baptiste Fressoz et Dominique Pestre (2013) montrent en effet que la modernité a toujours été en un sens réflexive, c'est-à-dire consciente sinon parfaitement soucieuse des risques qu'elle faisait courir aux êtres humains et à leur environnement... tout en encourageant en définitive à les courir malgré tout. De ce fait, elle se caractérise plus précisément par la désinhibition à l'égard du risque:

«(...) le mot de désinhibition présente un avantage majeur, celui de rassembler les deux temps du passage à l'acte: celui de la réflexivité bien sur, mais aussi celui du passage outre, celui de la prise en compte du danger et celui de sa normalisation. La modernité fut certes un processus de désinhibition, mais de désinhibition toujours déjà inquiète - une situation qui n'est peut-être pas si différente aujourd'hui» (Id.: 24).

À l'aube de la «révolution industrielle» et durant tout le premier XIXe siècle, la gestion des risques techniques, sanitaires et environnementaux, impliqués par cette dernière, vise ainsi à les minimiser en soumettant à un régime d'autorisation administrative préalable les manufactures et usines susceptibles de présenter de tels risques (ce qui conduit à l'établissement de normes de sécurité, fixées par des savants, ingénieurs et experts), doublée d'une possibilité de recours devant les tribunaux pour ceux qui en seraient finalement victimes, pour autant qu'ils en aient les moyens. Notamment sous l'effet de la montée en puissance du mouvement ouvrier, le second 19e siècle et le premier 20e siècle infléchissent le mode de gestion précédent en introduisant la notion de risques professionnels (de l'accident du travail à la maladie professionnelle) et un système d'assurances, assurances privées aussi bien qu'assurances sociales, ces dernières dans le cadre de ce qui va progressivement s'affirmer comme État-providence. L'évaluation des risques devient alors de plus en plus l'affaire de commissions d'experts composées de savants, cependant aussi soumises aux pressions contradictoires des industriels, des médecins et hygiénistes, des professions organisées et des responsables politiques et administratifs, inventoriant les produits et procédés toxiques et conduisant à l'introduction de la notion de seuil à ne pas dépasser - une manière de faire accepter le développement industriel en dépit de ses risques connus et avérés.

L'après Seconde Guerre mondiale généralise ce processus à l'ensemble des activités productives dans le cadre de la production et de la consommation de masse (le fordisme) et du parachèvement de l'État-providence, la notion de risque montant ainsi en généralité. L'évaluation des risques s'enrichit du coup de quelques nouvelles notions (effet sans seuil, facteurs de risque, calcul couts-bénéfices) sous l'effet notamment du développement de l'industrie nucléaire et de l'usage de plus en plus intensif de pesticides dans l'agriculture. Mais apparaissent aussi les prémices d'une contestation radicale des risques que fait courir à l'humanité la poursuite de l'industrialisation et des méfaits environnementaux qu'elle implique qui fait pendant au renforcement du fétichisme des sciences et des techniques.

Enfin, à partir des années 1980, le néolibéralisme tend à promouvoir une gestion strictement individualisée et individualiste des risques sociaux, laissant à chacun-e le soin d'évaluer ceux auxquels il estime être soumis et de choisir son mode et niveau de couverture. Tandis que, inversement, une conscience élargie des risques inhérents à la «mondialisation» des marchés et à l'approfondissement des crises écologiques alimente une demande croissante de sécurité adressée aux pouvoirs publics, qui n'en peuvent mais bien souvent. Et c'est dans ce contexte que Beck a développé ses thèses.

On mesure aussi, dès lors, toute l'étroitesse de ces dernières. Contrairement à ce que Beck prétend, notre époque n'a nullement le monopole de la réflexivité à l'égard des risques que nous fait courir la modernité, au sens que je lui donne. Dès l'aube de la «révolution industrielle», qui parachève la formation des rapports capitalistes de production, tant les promoteurs de celle-ci que certains de ses détracteurs ont eu conscience qu'elle était facteur de risques, sinon conscience de tous les risques qu'elle impliquait. Tout le souci des premiers et de leurs successeurs a été de minimiser ses risques (réellement, en les masquant ou en les déniant) et de courir ses risques malgré tout, dans la mesure où c'était selon eux la condition nécessaire du développement industriel. Entendons: de les faire courir à d'autres pour l'essentiel, les travailleurs salariés, les populations vivant aux environs de leurs établissements (et quelquefois bien plus loin), les consommateurs de leurs produits.

Mais, si le risque apparaît ainsi inhérent à l'industrialisation capitaliste, c'est qu'en elle l'usage des forces productives (dont la force de travail fait partie au même titre que l'appareillage technico-scientifique) échappe à la maîtrise des producteurs (du fait de leur expropriation) et se trouve subordonné au double impératif de la valorisation et de l'accumulation du capital. Du même coup, ce n'est tant la science et la technique en tant que telles qui sont à incriminer en qualité de facteurs de risques et qui constituent, plus généralement, le facteur majeur de notre temps, que les rapports capitalistes de production qui s'inscrivent (se matérialisent) en elles, en en déterminant et les finalités et les modalités.

Or c'est là une dimension de la modernité, quel qu'en soit le régime, qui semble totalement échapper à Beck. Comme lui échappent plus largement les rapports capitalistes de production. Ainsi en vient-il à écrire:

«L'hypothèse que nous développons ici est la suivante: aujourd'hui les monopoles nés avec la société industrielle et inscrits dans ses institutions s'effondrent; les monopoles s'effondrent mais les univers ne s'écroulent pas: monopole de la science sur la rationalité, monopole des hommes sur la vie professionnelle, monopole du couple marié sur la sexualité, monopole de la politique sur la politique» (Beck, 2001: 487).

Il est en tout cas un monopole de la «société industrielle» qui se porte très bien, qui n'a cessé de se renforcer au cours du devenir de cette dernière: c'est le monopole capitaliste des moyens sociaux de production, qui institue ses détenteurs en maîtres du monde. Que Beck puisse ignorer ou seulement méconnaître ce point fondamental signe les limites de sa propre réflexivité!

Et si, pas plus aujourd'hui qu'hier, l'humanité n'est en mesure de maîtriser le développement des sciences et des techniques, en étant consciente des risques qu'elles induisent et en les affrontant d'une manière lucide, c'est tout simplement parce que l'immense majorité de ses membres sont dans la situation d'être des producteurs (et des consommateurs) expropriés dans le cadre de ces rapports de production. Cela aussi semble échapper à Beck. Par exemple dans le passage suivant, dans lequel il décline une de ses propositions visant à la «démocratie ultradéveloppée» qu'il appelle de ses voeux:

«On aurait déjà fait beaucoup si l'on avait supprimé les prescriptions qui font des hommes les esclaves de l'opinion de ceux pour qui ils travaillent. Alors il deviendrait possible que les techniciens parlent des expériences qu'ils ont vécues dans les entreprises et des risques qu'ils voient et produisent, au lieu de les oublier en passant la porte de l'usine» (Beck, 2001: 491).

Il y aurait pour cela un moyen radical: mettre fin à la dépendance salariale des techniciens et des autres producteurs, ouvriers comme ingénieurs, en les rendant maîtres du procès de production parce que possesseurs associés des moyens de production. En dehors de cette révolution des rapports de production, qui implique de mettre fin au capital, il est illusoire de croire que les salariés puissent disposer d'un véritable contre-pouvoir dans l'entreprise.

Dès lors, la promesse et l'exigence de Beck de l'avènement d'une «modernité réflexive», capable enfin de nous mettre en situation de maîtriser les risques nés de son propre développement, sont elles-mêmes pures illusions. En se maintenant dans le cadre de la modernité, elles équivalent à nous annoncer qu'il nous faut continuer à nous soumettre aux exigences de la désinhibition capitaliste face au risque, cette désinhibition qui, en dépit des risques (re)connus à chaque fois, a conduit hier à recourir massivement aux engrais de synthèse et aux pesticides, conduit aujourd'hui à développer les OGM et conduira demain à des expériences de géo-ingénierie. Car, au fond, comme le montre toute l'histoire des rapports de la modernité aux risques, la réflexivité dont a pu faire preuve cette dernière n'a jamais pu conjurer cette désinhibition: elle en a été partie prenante. Seule une sortie de la modernité, c'est-à-dire du devenir-capitalisme du monde, pourrait nous en libérer.
Soyons résilients!

Puisqu'au sein de la modernité le risque est inévitable, il faut apprendre à le gérer, si ce n'est l'apprivoiser. Cela impose de devenir résilient.

Le mot résilience désigne initialement la capacité d'un matériau de résister au choc ou de reprendre sa structure initiale après avoir été déformé, tel un ressort ou une matière plastique. Par extension, il en est venu à désigner la capacité d'un corps, d'un organisme, d'une espèce, d'un système, etc., à surmonter une altération de son état à la suite d'une modification de son environnement, en retrouvant son état antérieur ou en évoluant vers un nouvel état stable sans changer fondamentalement de structure.

C'est en psychologie que le concept de résilience a connu son baptême académique dans le domaine des sciences humaines. Il y a été élaboré à partir des années 1950 par des psychologues anglo-saxons (principalement Emmy Werner, Michael Rutter et Norman Garmezy) travaillant avec des personnes ayant connu dans leur enfance des situations traumatisantes (victimes de maltraitance, de négligence, d'abandon, d'agressions physiques ou sexuelles, de familles dispersées ou détruites par la misère, la famine, l'épidémie, la guerre, etc.). Contre toute attente, ils ont remarqué que certaines d'entre elles étaient pourtant parvenues à devenir des adultes apparemment épanouis. Depuis, le concept désigne couramment la capacité que peuvent développer certaines personnes de «rebondir» en quelque sorte après une expérience traumatisante1 ou tout simplement de se construire dans un environnement pourtant défavorable.

En France, ce concept a été introduit notamment par Boris Cyrulnik, médecin neuropsychiatre, qui l'a popularisé à travers un grand nombre d'ouvrages à succès, largement répétitifs2. Il réduit finalement la résilience à une idée simple: «une vie est encore possible après la blessure du traumatisme» (Cyrulnik, 2001: 79). Mais il y faut certaines conditions. Tout d'abord une solide structuration psychologique antérieure permettant au sujet d'acquérir une confiance en soi grâce à une certaine stabilité affective. Cela lui permettra, au moment du trauma, de mettre en place des mécanismes de défense tels que le refuge dans la rêverie, l'intellectualisation, le déni ou le clivage, pour se protéger des blessures psychiques subies. Il lui faudra ensuite trouver «une nouvelle niche écologique, affective, comportementale et institutionnelle» lui fournissant de nouveaux tuteurs de développement: des personnes qui vont le guider et le soutenir en lui apportant aide, affection et estime. Enfin cette «nouvelle niche» devra aussi lui procurer la possibilité d'«exprimer sa blessure», de manière à lui permettre d'abandonner «les mécanismes de défense couteux tels que le déni, le clivage ou le secret honteux» et de se (re)construire une «identité narrative enfin apaisée», par la parole, l'écriture, le dessin, l'humour, le théâtre, l'altruisme, etc., de sorte à «transformer la souffrance en oeuvre d'art» (Id.: 80-81).

En psychologie même, la résilience a suscité d'innombrables travaux qui, tout en en éclaircissant le processus, les conditions et les résultats, mais aussi les limites et les risques, ont suscité des controverses qui en ont multiplié les acceptions et, pour partie, brouillé le sens. À tel point que «au milieu des années 2000, les significations données à ce mot sont devenues si nombreuses que certains des chercheurs qui l'employaient prenaient soin de préciser qu'ils parlaient de "la résilience véritable" - ou encore "authentique" - comme pour se démarquer des contrefaçons!», la notion prenant ainsi l'allure d'un «fourre-tout» (Tisseron, 2014: 16). Cette polysémie, rançon de son succès, aura sans doute aussi compté parmi les raisons de ce dernier. Mais Tisseron dénombre surtout parmi ces dernières quelques préoccupations de notre époque, telles que le souci de la vie humaine, le désir de se définir davantage par son présent et ses projets d'avenir que par son passé, la volonté de «positiviser» (voir le côté positif des choses plutôt que leur côté négatif: à quelque chose, malheur est bon; tout ce qui ne me tue pas me renforce, etc.) (Id.: 67-69). Des préoccupations qui ne sont pas étrangères au devenir contemporain de l'individualité assujettie qui, au-delà de son aspiration à l'autonomie individuelle, s'affirme de plus en plus comme une individualité autoréférentielle, comprenant une dimension narcissique particulièrement affirmée.

Simultanément, indice supplémentaire de son succès, la notion a migré du champ de la psychologie vers celui, plus large, des sciences sociales et bientôt de l'action politique. Après les «familles résilientes», on s'est mis à parler de «ville résiliente», de «banque résiliente», d'«économie résiliente», etc. Dans ce contexte, la résilience n'est plus envisagée (du moins plus immédiatement) comme un processus individuel (psychique) mais comme un processus collectif, conditionnant le précédent. Et, pour expliquer pareille migration de la notion, il faut invoquer quelques transformations psychosociales plus générales encore.

Tisseron note que l'apparition du concept de résilience aux États-Unis dans les années 1950 est contemporaine de deux évolutions significatives de la société états-unienne: d'une part, «la montée angoissante de la précarité dans une société qui a pour tradition de la valoriser» (Id.: 9); d'autre part, une nouvelle conception du traumatisme psychique: «le traumatisme psychique ne serait pas une réaction anormale à une situation difficile (réaction qu'on pourrait mettre en relation avec une fragilité personnelle préexistante) mais une réaction normale à une situation anormale» (Id.: 10). Dès lors, il ne s'agit plus seulement de soigner des sujets particulièrement fragiles mais de faire advenir la résilience chez tous: «Dans une société où la précarité est la règle, la résilience peut apparaître comme une sorte d'immunologie psychique qui protégerait des traumatismes un peu comme une vaccination met à l'abri des risques d'infection» (Id.: 11). Sur cette base, on peut former l'hypothèse que le succès que le concept de résilience connaît en Europe (et tout particulièrement en France) depuis les années 2000 procède d'une généralisation des conditions qui ont permis son émergence aux États-Unis un demi-siècle auparavant, dans un contexte précisément marqué par la diffusion d'appréhensions, de peurs et d'angoisses face à des situations potentiellement traumatisantes de différentes sortes: persistance du chômage de masse, précarisation des situations professionnelles et des relations personnelles, injonction à une mobilisation intense des individus en tant qu'«entrepreneurs de soi» dans le grand bain du marché, déstabilisation des identités collectives (professionnelles, régionales, nationales) par la «mondialisation» et, bien évidemment aussi, perception de plus en plus aiguë des effets d'une catastrophe écologique planétaire qui ne cesse de s'aggraver.

Mais, simultanément, dans le cours de sa transposition du champ psychologique au champ social et politique, le terme a aussi subi une inflexion sémantique. D'un concept descriptif et analytique, il s'est mué en une norme optative puis rapidement prescriptive et impérative, mutation qui échappe en partie à Tisseron. Elle est pourtant déjà en germe dans le projet de faire advenir la résilience pour tous et en chacun-e: de l'idée que tout le monde peut s'en sortir, on peut facilement passer à l'idée que tout le monde doit pouvoir s'en sortir, puis à celle que tout le monde doit s'en sortir. Et l'adoption du paradigme de la résilience dans le cadre de la gestion des risques collectifs confirme pleinement cette inflexion, en conduisant d'ailleurs à l'élargissement du processus de résilience que Tisseron évoque en fin de parcours. Dans ce cadre:

«la résilience est aujourd'hui envisagée comme un phénomène en quatre temps: l'anticipation de la catastrophe et sa prévention, notamment par la mémoire des bonnes pratiques; la possibilité de lui résister; la reconstruction des capacités et la mise en place des nouvelles attitudes destinées à s'assurer un nouveau départ; la réduction des séquelles physiques, mais aussi psychologiques qui ont pu en résulter, et la consolidation des nouvelles attitudes» (Id.: 115-116).

En somme, les bénéfices de la résilience des uns sont censés pouvoir se convertir en préceptes voire en recettes permettant à d'autres de se préparer à affronter et, le moment venu, surmonter l'épreuve de l'expérience traumatique. La résilience s'inscrit ici clairement dans une perspective de gestion politique des catastrophes, de catastrophes dont le risque et la menace s'accroissent et que l'on (les gouvernants) considère comme inévitables et auxquelles on nous demande de faire face en tant que telles. Cette gestion passe par la mise en place préventive de structures de secours, d'aide et d'assistance aux victimes, non seulement sur le plan matériel et sanitaire mais aussi sur le plan psychologique, impliquant aussi bien des associations et des responsables politiques locaux, bénéficiant de la confiance des populations, que des appareils d'État centralisés et leurs personnels spécialisés. C'est ainsi que, lorsque surviennent de telles catastrophes ponctuelles (accidents ferroviaires, attentats terroristes, etc.), on entend parler de «cellules psychologiques» ou de «cellules de soutien» envoyées sur le terrain. Cette gestion passe aussi par la préparation en amont des populations à faire face à la catastrophe par des campagnes d'information, par des programmes éducatifs enseignant tant les vertus de la solidarité que les pratiques élémentaires de secours, par le déploiement de réseaux porteurs de témoignages de rescapés de catastrophes anciennes et susceptibles de venir en aide à des victimes de nouvelles catastrophes, etc. Et Tisseron de conclure: «Si le mot de "résilience" appliquée aux personnes pose plus de problème qu'il n'en résout, il est en revanche incontestablement promis à un bel avenir dans le domaine de la santé publique et de la prévention collective» (Id.: 118)

Parmi les catastrophes promises à pareil traitement, la catastrophe écologique figure évidemment en bonne place. Et le concept de résilience ainsi retravaillé n'a d'ailleurs pas tardé à occuper une place centrale dans la gestion des risques liés à cette catastrophe. C'est ainsi qu'on le retrouve au coeur du Cadre d'action de Hyogo intitulé «Building the resilience of nations and communities to disasters» adopté en 2007 par 168 États dans le cadre de l'UNISDR (United Nations International Strategy for Disaster Reduction) tout comme au centre des préoccupations du Stockholm Resilience Centre ouvert cette même année. De même est-il fortement mobilisé depuis une vingtaine d'années dans les projets et pratiques d'adaptation des systèmes urbains au changement climatique, en dépit de sa faible opérationnalité dans ce domaine (Quenault, 2013). Ou encore, au début de la pandémie de Covid-19, l'engagement des forces armées françaises dans l'appui sanitaire et logistique à un appareil hospitalier débordé s'est dénommé Opération Résilience. Aussi, dans les prochaines années, quand vous étoufferez en plein été dans des villes surchauffées, quand vous manquerez d'eau potable, quand au contraire à la suite de précipitations surabondantes l'eau viendra envahir votre habitation ou encore quand une tornade en aura emporté le toit, quand vous devrez fuir devant un feu de forêt devenu immaîtrisable, ou que vous serez confronté-e à la prochaine zoonose, attendez-vous à entendre répéter sur différents tons et de différents côtés: soyez ré-si-lients! Sans vous interroger outre mesure sur la nature des risques auxquels on vous demandera de vous adapter ni sur leurs causes ou leurs auteurs.
Bibliographie

Beck Ulrich (2001), La société du risque. Sur la voie d'une autre modernité, Paris, Aubier.

Bihr Alain (2017), La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitaliste, Lausanne/Paris, Page 2/Syllepse.

Cyrulnik Boris (2001), «Manifeste pour la résilience», Spirale, n°18.

Cyrulnik Boris (2012), «Pourquoi la résilience?» dans Cyrulnik Boris et Jorland Gérard (dir.), Résilience. Connaissances de base, Paris, Odile Jacob.

Cyrulnik Boris (2014), «Pourquoi la résilience?» dans Anaut Marie et Cyrulnik Boris (dir.), Résilience. De la recherche à la pratique. 1er congrès mondial sur la résilience, Paris, Odile Jacob.

Fressoz Jean-Baptiste et Pestre Dominique (2013), «Risque et société du risque depuis deux siècles» dans Bourg Dominique, Joly Pierre-Benoît et Kaufmann Alain (dir.), Retour sur la société du risque. Penser la catastrophe, Paris, Presses universitaires de France.

Quenault Béatrice (2013), «Retour critique sur la mobilisation du concept de résilience en lien avec l'adaptation des systèmes urbains au changement climatique», EchoGéo n°24, https://doi.org/10.4000/echogeo.13403

Rotillon Gilles (2020), Le climat ET la fin du mois, Paris, Éditions Maïa.

Sunstein Cass et Thaler Richard (2022), Nudge. Edition ultime, Paris, Vuibert.

Tisseron Serge (2014), La résilience,  Paris, Presses universitaire de France, 5e édition.

1 Résilience dérive du verbe latin resilire qui signifie à la fois sauter en arrière et revenir en sautant, autrement dit rebondir ou encore reculer pour mieux sauter.

2 Boris Cyrulnik se présente lui-même comme un «résilient». Né dans une famille juive tout juste avant la Seconde Guerre mondiale, il n'a échappé que de justesse à la déportation qui a emporté toute sa famille.

https://plateformecl.org/la-catastrophe-ecologique-est-elle-soluble-dans-lethique/

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