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(fr) Alternative Libertaire #370 (UCL) - Argentine: Milei tronçonne toujours plus le travail
Date
Sat, 11 Apr 2026 18:52:10 +0100
La réforme du travail engagée par le président argentin s'impose d'en
haut. Mais d'en bas, la résistance se forme. Nous partageons ici une
partie du texte exposant la position de l'anarchisme organisé argentin
sur la situation. ---- La réforme dite de «modernisation du travail»
menée par le gouvernement Milei ne constitue en rien une modernisation
juridique en matière de droit du travail. Elle est au contraire au coeur
d'un projet global d'exploitation et de précarisation du travail,
comparable uniquement à celui imposé par la dictature militaire des
années 1970. Elle profite directement au patronat en supprimant ou en
limitant des outils de luttes historiques. Le modèle économique imposé
par les dirigeants profite aux grandes entreprises agro-exportatrices et
aux multinationales extractives qui emploient une main-d'oeuvre infime
par rapport aux licenciements massifs dans les industries
manufacturières en déclin à travers tout le pays (21 339 entreprises ont
fermé depuis l'arrivée au pouvoir de Milei). Les grands capitaux
réorientent leurs investissements vers les secteurs agro-exportateurs et
énergétiques, la spéculation financière, ou quittent tout simplement le
pays, laissant des centaines de milliers de travailleurs et
travailleuses à la rue.
Chaos normatif
Cette réforme bénéficie d'un large consensus au sein d'une grande partie
de la classe politique, des gouverneurs et, bien sur, du Congrès
national, devenu la simple chambre d'enregistrement du président. Il est
flagrant que le gouvernement de Milei applique la même tactique que
Macri il y a une décennie [1], consistant à faire avancer ses politiques
anti-populaires simultanément sur différents fronts -le travail,
l'environnement, le pénal et le social- afin d'empêcher une réponse
ferme de la part des organisations populaires en profitant dune absence
de coordination globale de la résistance.
Cette loi ne fait donc que proposer un chaos normatif dans les relations
employeurs-salarié·es où le pouvoir des entrepreneurs prévaudra encore
davantage, supprimant les garanties pour les employé·es et favorisant
l'instabilité de l'emploi comme règle pour l'ensemble des travailleurs
et travailleuses.
Des appareils syndicaux complaisants
Comme toujours, les effets de ces politiques retombent sur les épaules
de la classe opprimée. Les salaires stagnent ou baissent et la
précarisation est massive: 38,2% des salarié·es se trouvent dans le
secteur informel, sans accès aux droits fondamentaux et occupant
plusieurs emplois. On estime que, depuis l'arrivée au pouvoir de Milei,
le transfert de revenus de la classe ouvrière vers les capitaux
concentrés s'élève à environ 48,8 milliards de pesos [2].
Si la grève générale du 19 février a été un succès, la paralysie sur les
luttes imposée par les principales directions syndicales complaisantes
est plus qu'évidente. Celles-ci tentent de contenir les conflits en
échange du maintien de leur contrôle sur les caisses syndicales.
Les résultats montrent que les actions de grande envergure menées ces
dernières semaines n'ont pas suffi à stopper l'avancée de la loi sur le
travail. Cela met en évidence le poids toujours déterminant de
directions syndicales vendues au patronat et au gouvernement [3] qui
agissent comme de véritables barrages pour contenir la conflictualité.
Cependant, un pôle combatif a émergé autour du Frente Sindical Unido
(Front syndical d'unité - FreSU), pôle syndical qui transcende les
centrales syndicales et maintient une saine indépendance de classe face
aux partis et aux gouvernements. Mais cet espace en pleine croissance
n'a pas réussi à murir suffisamment pour dépasser la dynamique des
autres syndicats, limitée à des grèves sporadiques et à des
mobilisations timides.
À cette difficulté s'ajoute le fait que nous observons une fois de plus
comment une partie de la gauche partisane privilégie le rôle central de
ses appareils politiques selon une logique d'avant-garde éclairée.
Aller au-delà de la légalité
Face à ce panorama, la tâche est claire et urgente: nous ne pouvons pas
déléguer notre défense à la simple légalité, comme tentent de le faire
certaines directions syndicales. Mais les recours judiciaires doivent
s'accompagner par des mesures d'action directe. Les leçons de l'histoire
montrent que la justice étatique, à elle seule, ne se prononce pas en
faveur des opprimé·es, sauf en cas de conflit social.
Dans ce contexte sombre, et comme durant la crise économique de 2001,
avec la multiplication des licenciements massifs et des fermetures
d'entreprises, l'occupation de lieux de travail apparaît comme une forme
légitime de résistance. Les occupations menées par les métallurgistes en
Terre de Feu [4], ou par les travailleuses et travailleurs du pneu de
l'entreprise FATE, ainsi que la prise des tribunaux par les greffières
et greffiers à Buenos Aires, sont l'expression d'une tension avec les
frontières du légalisme; elles tentent d'imposer une limite à l'avancée
patronale, politisent les conflits et démontrent que l'action directe et
la force organisée par la base constituent la réponse incontournable des
travailleurs et travailleuses. Bien sur, ces actions ne résolvent pas la
question de fond. Elles permettent toutefois de rassembler les
travailleurs et travailleuses concerné·es dans une action collective de
résistance.
Dans ce contexte, et pour que la résistance continue de prendre de
l'ampleur, il est nécessaire de renforcer les coordinations syndicales.
À une époque marquée par la personnalisation et les egos syndicaux, la
tâche première des militantes et militants anarchistes est de jeter des
ponts entre les syndicats, de rapprocher les secteurs éloignés et
d'élargir les coordinations, par le haut mais surtout par la base.
Il faut continuer à promouvoir, outre les mobilisations nationales
contre la réforme du travail et ses implications, la lutte pour les
salaires, les conditions de travail et la stabilité dans chaque secteur
et dans chaque province.
Cependant, en ce moment, nous ne pouvons pas négliger la lutte
particulière de chaque secteur car c'est ce qui permet d'accumuler des
forces, d'impliquer et d'interpeller les camarades sur la nécessité de
grandir en tant que force sociale organisée dans ce contexte. En somme,
retrouver la confiance en sa propre force à travers des victoires
immédiates et sectorielles. Il est temps de continuer à élargir la base
organisée et d'aller vers chaque camarade car personne ne sera de trop
dans les temps à venir.
Organización Anarquista de Córdoba (OAC), Organización Anarquista de
Tucumán (OAT), Organización Resistencia Anarquista (ORA), Buenos Aires,
Organización Anarquista de Santa Cruz (OASC), La Tordo Negro -
organización anarquista entrerriana, Organización Impulso Anarquista
(Neuquén-Río Negro), Federación Anarquista de Rosario (FAR)
Notes:
[1] Président de droite de l'Argentine de 2015 à 2019.
[2] Plus de de 29milliards d'euros.
[3] Notamment le noyau « Santé-Commerce-Alimentation » et celui de
l'UOCRA-UPCN-Obras Sanitarias.
[4] Archipel situé à l'extrême sud de l'Argentine.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Argentine-Milei-tronconne-toujours-plus-le-travail
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