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(fr) Socialisme Libertaire - Kropotkine - À l'épreuve du temps
Date
Sun, 5 Apr 2026 18:43:00 +0100
«Pierre Kropotkine est né avec l'anarchisme, deux ans après la
publication de Qu'est-ce que la propriété? de Proudhon. En cela, il est
bien un homme de son siècle, le XIXe. Un siècle où toutes les idées
économiques et sociales majeures sont apparues. Nous, nous n'avons fait
qu'affiner les constructions de Proudhon et de Bakounine. Kropotkine
aussi, d'une certaine manière, puisqu'il entra en contact avec
l'Internationale en Suisse, en 1872, à un moment décisif du mouvement
ouvrier. La Commune de Paris, écrasée dans le sang, venait de démontrer
que le mouvement ouvrier était désormais majeur et que la prochaine
révolution, imminente, allait voir la victoire définitive de la
fédération des communes sur les États. ---- Cette vision optimiste de la
fin du siècle dernier, Kropotkine la partageait; d'aucuns lui
reprocheront de la nourrir et d'avoir laissé sa ferveur militante
prendre le pas sur sa rigueur historique. Mais on ne reproche pas à un
militant de la carrure de Kropotkine des traits essentiels de sa
personnalité: bonté, chaleur humaine et enthousiasme, notamment lorsque
ces qualités donnent une résonance toute particulière à son oeuvre:
L'Entraide et L'Éthique par exemple.
Si le Kropotkine enfant, prince et page à la Cour de Russie est connu,
on sait moins l'immense culture scientifique et les importantes
découvertes de celui qui fut membre de la Société russe de géographie.
Pourtant, le Kropotkine militant de l'Internationale et théoricien de
l'anarchisme est une filiation directe du prince géographe.
Kropotkine ne pouvait pas être insensible à la misère du paysan
finlandais ou sibérien, devant lequel ses connaissances étaient
inadaptées à l'amélioration de la vie - à la survie, souvent - de ce
paysan tant qu'il n'aurait pas les moyens de manger à sa faim.
Kropotkine, en renonçant à sa carrière de géographe, mettait toute sa
culture et son savoir au service d'une action militante qui ne faiblira pas.
Aujourd'hui, les apports de Kropotkine sont toujours à considérer selon
ces deux angles: ses écrits scientifiques fondés qui font date et les
autres, ceux plus circonstanciels, qui datent. Il est dont utile de
relire Kropotkine, soixante-sept ans après sa mort, à la lumière des
changements sociaux intervenus et de considérer son oeuvre dans toute
son actualité.
Le communisme anarchiste
Théoricien de l'anarchisme, Kropotkine est aussi l'un des propagandistes
du communisme anarchiste. Replaçons-nous dans son époque pour trouver le
sens de ce concept. Communisme, parce que l'économie doit être organisée
selon le précepte de «A chacun selon ses besoins». Seul principe
valable, en dehors de toute ambiguïté, pour instaurer une véritable
égalité économique. C'est à l'individu, et à lui seul, de déterminer ses
besoins, d'agir pour les satisfaire. Les besoins d'un individu sont
couverts lorsqu'il en a décidé ainsi. Cette logique n'est pas compatible
avec un régime de propriété privée des moyens de production de biens ou
de services. Le communisme, théorie économique bien antérieure au
marxisme, suppose la mise en commun et la propriété collective de tous
les moyens de produire les richesses.
Le communisme de Kropotkine s'appuie sur deux principes: au-delà même de
ses besoins vitaux, chaque individu a le droit de voir tous ses besoins
de consommation satisfaits par le travail collectif et la propriété
commune. Ensuite, ce travail collectif libéré, dont la plus-value ne
retombe plus dans quelques poches privées, produit une somme de
richesses considérable, excédentaire par rapport aux besoins de la
population. Le communisme est dès lors une idée, «une grande idée (qui)
vient prendre la place des préoccupations mesquines de notre vie
quotidienne. Comment donc douter que, le jour où tous les instruments de
production seraient remis à tous, où l'on ferait la besogne en commun,
et le travail (...) produirait bien plus qu'il n'en faut pour tous.
Comment douter qu'alors, cette tendance (déjà si puissante) n'élargisse
sa sphère d'action jusqu'à devenir le principe même de la vie sociale?». [1]
Le communisme certes mais le «communisme anarchiste, le communisme sans
gouvernement, celui des hommes libres. C'est la synthèse des deux buts
poursuivis par l'humanité à travers les âges: la liberté économique et
la liberté politique» [2]. Asseoir la liberté politique sur la liberté
économique (ou plus exactement l'égalité économique), voilà la société
que Kropotkine nous propose à la suite de Proudhon et de Bakounine.
Circonstanciellement, Kropotkine, en prônant le communisme anarchiste,
se démarque des collectivistes de l'Association internationale des
travailleurs. Les collectivistes proposaient bien la propriété
collective des moyens de production mais voulaient maintenir un salaire
basé sur l'effort fourni. La distinction est d'importance dès lors qu'il
s'agit d'assurer une consommation libre jusqu'à la satisfaction des
besoins ou de maintenir un salariat forcément inégalitaire, dans son
principe même, et limitatif d'une consommation individuelle ou familiale.
Parmi les questions qui agitent le Landerneau politique et social de la
fin des années 80, celle d'un revenu minimum pour les pauvres (sans
doute pas nouveaux, mais plus voyants) est à L'ordre du jour. Parle-t-on
de couvrir leurs besoins même indispensables pour une vie décente?
Envisage-t-on de les faire accéder, eux et l'ensemble de la population,
à une consommation qui ne serait plus liée à un salaire mais à une juste
satisfaction des besoins? Les enchères évoluent de 2 000 F à 6 000 F par
mois sans bien sur que la propriété privée ne soit remise en cause et
sans que le salariat ne soit abandonné. Dans ces conditions, il ne
s'agit que d'aumône et le propre d'une aumône reste bien de faire
perdurer un système où les généreux bienfaiteurs continuent de dormir la
conscience en paix et les poches pleines.
Sans égalité économique, pas d'égalité politique possible, disions-nous.
De fait, où se trouve notre pouvoir de décider sur nos vies, dans nos
quartiers, nos entreprises, nos associations? L'égalité politique se
réduit à un simulacre de consultation électorale où beaucoup parmi les
plus démunis iront voter pour l'Ordre et des valeurs qui leur
maintiennent la tête enfoncée. A un changement de régime de la propriété
doit bien correspondre un nouvel ordre social: l'anarchisme. En cela,
Kropotkine, théoricien du communisme anarchiste, nous met en garde
contre toute réforme qui, ne touchant pas à la propriété privée, ne peut
résoudre la question économique et, partant, l'instauration d'une
liberté politique totale. «A chaque phase économique répond sa phase
politique, et il sera impossible de toucher à la propriété sans trouver
du même coup un nouveau mode de politique» [3].
L'entraide
«La tendance à l'entraide chez l'homme a une origine si lointaine et
elle est si profondément liée à toute l'évolution de la race humaine
qu'elle a été conservée par l'humanité jusqu'à l'époque actuelle, à
travers toutes les vicissitudes de l'histoire» [4]. Voilà un discours
bien différent des outrances de «la lutte pour la vie» où la sélection
impitoyable élimine le faible au bénéfice du fort, du plus intelligent
ou du mieux adapté.
En l'occurrence, Darwin a été trahi par ses continuateurs qui n'ont pas
retenu ses propositions théoriques mettant en valeur également, comme
Kropotkine, l'entraide et la solidarité comme moteurs des sociétés
animales et humaines. Cette trahison était sans doute inéluctable à une
époque où la bourgeoisie triomphante trouvait dans la lutte pour la vie
la justification théorique la plus éclatante de ses propres exactions.
La nature volait au secours de l'exploitation de l'homme par l'homme et
Darwin voyait son oeuvre cautionner l'ordre social bourgeois.
Le mérite de Kropotkine est d'autant plus grand d'affirmer, à
contre-courant, que l'entraide est une tendance aussi puissante et aussi
«naturelle» que la lutte pour la survie. A quoi peut donc nous servir
cette lecture des sociétés sur le mode de l'entraide? Nous vivons
pourtant dans une société marquée par la lutte ouverte ou voilée; contre
les patrons pour ne pas perdre trop en pouvoir d'achat ou tout
simplement son emploi, contre l'État qui en l'absence de tout rapport de
force réduit sans cesse notre liberté de penser et de s'organiser contre
l'Église et les ayatollahs de tous bords qui n'en peuvent plus de leur
morale de culs-bénits.
Il ne s'agit pas, en prônant l'entraide et la solidarité, de s'immerger
dans l'idéologie du consensus. L'entraide est plutôt conçue comme le
ciment naturel nécessaire à tout projet de reconstruction de la société
sur une base autre que la division en classes antagonistes. Puisque
cette tendance existe, il faut la favoriser et simplement considérer
combien la solidarité est un fait patent dans notre vie quotidienne. Les
500 000 associations en France qui agissent en marge de l'État, ou en
comblant ses carences notamment dans le secteur social, sur la base de
la mise en commun des moyens matériels et humains considérables, dans
l'optique d'un but qui leur est propre, ces associations témoignent
aujourd'hui de la persistance d'une solidarité indispensable hors de
laquelle aucune vie sociale ne pourrait exister.
Mais s'intéresser aux associations, c'est aussi évoquer d'autres
organisations d'appui mutuel: les syndicats, mais aussi les
coopératives, les mutuelles. Autant de composantes de l'économie sociale
qui rassemble 5 000 entreprises pour un million deux cent mille salariés
et 6 % du produit national brut. Cette économie sociale, coincée entre
l'économie libérale et le dirigisme économique de l'État, obéit à une
charte rédigée en 1980. Cette charte définit l'égalité des droits et la
solidarité entre les sociétaires, incite à des «liens nouveaux» dans
l'entreprise (rien à voir avec la culture d'entreprise et ses cercles de
qualité, producteurs eux aussi de liens nouveaux un peu particuliers!)
et insiste sur l'égalité des chances pour chaque entreprise de
l'économie sociale. Quant aux excédents financiers dégagés, ils ne
peuvent servir qu'à la croissance de l'entreprise ou à assurer un
meilleur service aux sociétaires.
Bien sur, de cette charte à la réalité, il y a un pas, un fossé parfois
pour certains responsables d'associations ou de coopératives atteintes
de gigantisme où la rigueur de la gestion impose des choix bien
étrangers à la philosophie de l'économie sociale (voir la Coopérative de
Landerneau, la F.N.A.C., la M.A.I.F., etc.). Il n'en reste pas moins
vrai que cette activité économique importante est bien fondée sur la
communauté d'intérêts, le regroupement libre de moyens et la gestion
sans but lucratif. Cette application de l'entraide et de la solidarité
est en lien direct avec le principe d'aide mutuelle avancée par
Kropotkine. Il en est de même sur le plan de nos rapports
interindividuels, de voisinage, familiaux, de travail, de loisirs où,
«spontanément, on se donne un coup de main». Du menu service à la
solidarité organisée à grande échelle, l'entraide est solidement
enracinée dans notre vie quotidienne. Ce facteur de progrès n'a pas
disparu malgré l'action acharnée de propagandistes de la «lutte de
classe, seul moteur de l'histoire» ou de la loi (et de la liberté) du
plus fort sans autre justification que l'impitoyable combat pour survivre.
Kropotkine le rappelle, les sociétés animales les moins sociales ont
disparu. Quant à l'espèce humaine, elle a failli s'exterminer
totalement, rendant plus urgent un mode d'organisation réglé sur la
solidarité et la disparition de l'État, source d'autorité et de régression.
Kropotkine aujourd'hui
Nous retiendrons de lui l'image du militant, propagandiste de
l'anarchisme dans la Première Internationale, militant qui développa de
solides conceptions avec l'acharnement de celui qui sait avoir raison.
Aujourd'hui, alors que nous vivons dans une société où le recours à
l'autoritarisme forcené devient séduisant, il importe de traduire en
actes le principe d'aide mutuelle de Kropotkine. Nous avons à nous
organiser, à gérer notre vie en dehors de l'État, contre lui, sur une
base de solidarité et d'entraide. Ce ciment indispensable à toute action
de reconstruction sera aussi un bien pré-cieux alors même que nous
travaillerons à satisfaire une consommation libre, dégagée de tout
salariat injuste et inégalitaire.»
Marc Derhenne (CC by-nc-sa)
NOTES:
[1] Pierre Kropotkine, La conquête du pain, Paris, Éditions du Monde
libertaire, 1975, pp. 35-36.
[2] La conquête du pain, op. cit.
[3] Op. cit., p. 42.
[4] Pierre Kropotkine, L'entraide, un facteur de l'évolution, Paris, les
Éditions de l'Entraide, 1979, p. 241.
SOURCE: Partage Noir
https://www.socialisme-libertaire.fr/2026/02/kropotkine-a-l-epreuve-du-temps.html
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