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(fr) Courant Alternative #358 (OCL) - El Hacen Diarra, Viry-Châtillon et Interpol, chroniques du contrôle et de la répression
Date
Sun, 5 Apr 2026 18:42:57 +0100
Mobilisations pour El Hacen Diarra décédé suite à l'intervention des
flics du XXe ---- Mercredi 14 janvier au soir, El Hacen Diarra, jeune
Mauritanien de 35 ans du foyer des Muriers dans le XXe à Paris, est
sorti sur le trottoir d'en face fumer une cigarette et boire un café. En
effet, les chambres du foyer sont un peu bondées et on doit laisser les
couloirs libres. Les flics du XXe l'ont interpellé et il a protesté de
la palpation dont il était victime. Et il est mort. Une vidéo le montre
à terre brutalisé par les policiers. L'autopsie révèle une fracture du
cartilage thyroïde et des signes d'étranglement. ---- Le dimanche 18 un
hommage lui a été rendu, à l'initiative de sa famille et du comité des
résidents du foyer. La foule était nombreuse et très compacte. Les
discours allaient de la dénonciation des violences policières à l'appel
à une police démocratique. Le dimanche suivant, il y a eu une
manifestation depuis le foyer jusque vers le commissariat du XXe. La
foule était encore plus nombreuse, on pouvait remarquer des banderoles
du comité des résidents, des collectifs de sans papiers, outre les
divers comités Vérité et justice. Il y avait aussi des militants
syndicalistes notamment CGT et des militants PCF. C'est relativement
inhabituel dans ce type de protestation.
Il faut dire que le commissariat du XXe n'en est pas à son coup d'essai:
en 2007, Lamine Dieng est mort étouffé dans un fourgon de police; entre
2019 et 2020, cinq femmes et une mineure y ont subi des agressions
sexuelles; en 2023, Safyatou, Salif et Ilan, 17, 13 et 14 ans ont été
renversés volontairement par une voiture du même commissariat.
Il faut dire aussi que le foyer des Muriers est un foyer bien organisé
(nous vous avons relaté récemment l'occupation de ce foyer sous la
rubrique Sans Frontières), et que les collectifs antifascistes et
antiracistes sont bien implantés dans le quartier. Une nouvelle
manifestation doit avoir lieu le 21 février, avec six revendications:
justice immédiate (mise en examen des policiers impliqués dans la mort
d'El Hacen, justice pour Safyatou, Salif et Ilan, et réouverture de tous
les dossiers classés sans suite); vérité et transparence (enquête
indépendante sous contrôle citoyen avec publication de tous les éléments
et fin du mensonge des "caméras déchargées"); sanctions et dissolution
(suspension immédiate des agents impliqués dans les violences, et
dissolution des brigades violentes); fin du racisme et des violences
policières (interdiction du contrôle au faciès et des amendes abusives,
du plaquage ventral et des techniques d'étranglement, abrogation de la
loi "Permis de tuer"); égalité des droits (droits égaux pour les
résidents des foyers, même droits que tous les locataires,
régularisation de tous les sans-papiers); réparations et soutien
(reconnaissance de la responsabilité de l'État et soutien financier,
médical et psychologique aux victimes et familles, engagements concrets
de l'ensemble des candidats aux municipales et aux présidentielles).
Source: Une militante du quartier
Utilisation d'Interpol
Interpol est une organisation internationale créée en 1923 dont le but
est de promouvoir la coopération policière internationale. Son siège est
actuellement à Lyon. Interpol regroupe un total de 196 pays membres,
c'est-à-dire la quasi-totalité des Etats du monde. Chaque Etat membre
dispose d'un Bureau central national (National Central Bureau (NCB))
assurant la liaison entre sa police nationale et celles des autres pays
pour former le réseau mondial.
Ses activités tournent autour de la production et du trafic de drogue,
du terrorisme, du blanchiment d'argent, du crime organisé et de la
criminalité internationale. C'est grâce à elle qu'ont été interpellés
les criminels de guerre Radovan Karadzic et Ratko Mladic, responsables
du génocide de Srebrenica en Bosnie, et des poids lourds du trafic de
cocaïne mondial, tel Rocco Morabito, un chef de la Ndrangheta
calabraise. Des arrestations saluées qui contribuent, selon la
communication d'Interpol, à «créer un monde plus sur». Mais cette
structure internationale policière a déjà connu de beaux scandales.
Après la guerre, Interpol avait donné l'ordre, en interne, de ne pas
poursuivre les crimes liés au régime nazi, sous le prétexte qu'ils
étaient «de nature politique» afin de protéger les nombreux policiers
ayant participé aux crimes nazis. Depuis plusieurs années,
l'organisation permet les persécutions d'opposant·es politiques,
militant·es, journalistes ou membres de minorités ethniques et
religieuses, pourchassé·es à travers le monde. Des abus de pouvoir qui
mettent en danger des milliers de personnes, et dont l'organisation est
parfaitement informée. Elle prétend s'attaquer au problème depuis dix
ans. En vain.
Rapports confidentiels, correspondances entre bureaux nationaux,
tableaux des notices en circulation, noms des pays émetteurs, notes de
service des instances de contrôle... Disclose et la télévision publique
britannique BBC ont été destinataires d'une fuite sans précédent de
documents internes à Interpol, qui révèlent un scandale international au
coeur de la prestigieuse institution; un système qui transforme une
force de police réputée en une redoutable arme d'oppression politique.
Les failles sont vertigineuses. À commencer par l'utilisation
frauduleuse des «notices rouges», ces fameuses fiches de police
permettant à un Etat d'envoyer une demande d'arrestation à tous les pays
membres de l'organisation. Chaque année, des milliers de notices rouges
sont publiées sans que les personnes visées ne soient informées·es.
Nombre d'entre elles le découvrent à l'aéroport ou lors d'un contrôle de
police qui peut aboutir à leur arrestation puis leur incarcération et
enfin leur extradition vers le pays qui a édité cette «notice rouge», il
y en a actuellement 86 000 en circulation. Ces dizaines de milliers
d'avis de recherche sont censés être doublement contrôlés. En amont de
leur diffusion, mais aussi a posteriori par la Commission de contrôle
des fichiers (CCF) en cas de plainte des personnes visées. Objectif de
ces garde-fous: s'assurer que la demande d'entraide policière respecte
bien les statuts de l'organisation, dont l'article 3, qui précise que
«toute activité ou intervention dans des questions ou affaires
présentant un caractère politique, militaire, religieux ou racial est
rigoureusement interdite». Autrement dit, en cas d'entorse à la
neutralité politique de l'institution, les agents doivent annuler la
notice. De l'aveu même de la CCF, le nombre de recours a été multiplié
par cinq en l'espace de dix ans. Pour la seule année 2024, au moins 322
personnes qui estimaient leur fichage injustifié ont obtenu la
suppression de leur dossier par la commission de contrôle. Un chiffre
qui exclut toutes celles et ceux qui n'ont pas les moyens de payer un
avocat pour contester leur mise sous surveillance, qui exclu aussi
toutes celles et ceux qui ne sont pas informés de leur notice rouge.
Source: disclose.ngo
Dérives sécuritaires au Parlement
A l'approche des élections, comme il fallait s'y attendre, le nombre des
lois sécuritaires en discussion au Parlement (Sénat + Assemblée
Nationale) explose! La Quadrature du Net a fait le point sur les sujets
du moment:
* L'extension de l'autorisation de la Vidéo Surveillance Algorithmique
(VSA) jusqu'en 2027 continue son chemin. Les JO de 2030 vont servir de
prétexte pour allonger cette expérimentation à la grande satisfaction
des industriels bien que l'intérêt même de cette technologie a un bilan
négatif. Mais le texte qui circule au Parlement veut aussi créer un
nouveau régime d'interdiction de paraître dans les lieux où se déroule
un grand évènement. Le ministère de l'Intérieur considère que les MICAS
(Mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance)
sont trop contraignantes pour les forces de répression même si, pendant
les JO de 2024, il avait prononcé plus de 300 de ces mesures. Il veut
donc créer à la place un nouveau régime, plus simple: les interdictions
de paraître permettraient au préfet d'empêcher quelqu'un de venir sur un
lieu, sans intervention du juge ni nécessité d'une condamnation pénale
préalable. Elles ont été introduites dans le droit par la loi
Narcotrafic et ont déjà été utilisées 1682 fois depuis le mois de juin
2025. La loi JO 2030 viserait à les étendre à «toute personne pour
laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement
constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité
publique». Difficile de faire plus large et vague!
* Cette vidéosurveillance algorithmique se généralise. Les députés
viennent de voter, lundi 16 février en première lecture,
l'expérimentation de la VSA pour lutter contre les vols dans les
magasins et centres commerciaux. Le texte propose de mettre en oeuvre
des technologies analysant en direct les flux vidéo des caméras de
surveillance afin de détecter tout geste suspect pouvant suggérer qu'un
vol soit en cours. Ces logiciels peuvent directement envoyer une alerte
sur le téléphone du gérant d'un magasin pour lui permettre d'en attester
la validité et d'agir en conséquence. Nous y reviendrons ultérieurement
car la solution proposée est pour l'instant estimée non conforme au
Règlement général sur la protection des données (RGPD) par la Cnil
(Commission nationale sur la protection des données).
* Etendre les pouvoirs des polices municipales et des gardes champêtres
aux contrôles d'identité et à la délivrance des amendes forfaitaires
délictuelles (voir précédent CA sous cette rubrique)
* Faciliter l'usage des logiciels de lecture automatisée de plaques
d'immatriculation (LAPI).
* Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Source: Laquadrature.net
Traitements judiciaires des violences policières
L'auteur de cette rubrique a décidé de regrouper quelques «cas» du mois
où les procès se suivent et se ressemblent
* Procès des violences gratuites contre des «gilets jaunes» bloqués dans
un Burger King le 1er décembre 2018: 9 CRS de la compagnie 43 de Chalon
sur Saône ont finalement été identifiés comme faisant partie des
cogneurs ayant entraîné des séquelles durables parmi les GJ gazés venus
se réfugier dans ce Burger King. Ces 9 CRS sont passés en procès pendant
3 jours, début février, à Paris. La procureure a livré des réquisitions
fermes avec demande de six à vingt mois de prison avec sursis tout en
cadrant leur portée: «Ce procès n'est pas un procès global, ce n'est pas
le procès de la police avec un grand P, c'est le procès d'actes
individuels, commis par 9 hommes.» Ouf! L'institution est sauve même si
toute la compagnie était solidaire de ces brebis dites égarées et
couvertes par leur chef simplement cité comme témoin.
* Le 11 février la Cour de Cassation a confirmé le non-lieu en faveur
des 3 gendarmes accusés d'avoir procédé à un placage ventral de
plusieurs minutes d'Adama Traoré et de ne pas avoir secouru ce jeune
homme qui avait fait un malaise dans leur véhicule et qu'il avait été
laissé menotté jusqu'à l'arrivée des pompiers. Rappelons ici que
l'affaire Adama Traoré a porté au plus haut la question des violences
policières en France grâce au comité «Vérité et justice pour Adama»
animé par sa soeur Assa. Dans la foulée l'avocat de la famille a saisi
la Cour européenne des droits de l'Homme «pour faire condamner la
France». A suivre!
* Un policier condamné à huit mois de prison avec sursis pour des tirs
de LBD non réglementaires lors d'une manifestation parisienne contre le
projet de réforme des retraites le 9 janvier 2020. Le tribunal
judiciaire de Paris a retenu à l'encontre du fonctionnaire, des faits de
«violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l'autorité
publique». La présidente du tribunal a tout de même souhaité justifier
ce quantum relativement faible, la loi prévoyant jusqu'à cinq ans fermes
pour de tels faits. «Les rapports hiérarchiques concernant M. étaient
tout à fait laudateurs», a rappelé la magistrate, citant ses bonnes
notations et son absence d'antécédents judiciaires. Le tribunal a
également décidé de ne pas assortir cette sanction de la peine
complémentaire d'interdiction de port d'arme, et de ne pas la faire
apparaître au casier judiciaire du policier, afin de «ne pas entraver la
poursuite de sa carrière». Pas de commentaires.
Sources; lemonde.fr et médiapart.fr
Affaire de Viry-Châtillon: la justice va disculper les policiers qui
ont incriminé des innocents!
Les policiers chargés de l'enquête sur l'agression de leurs collègues,
grièvement brulés en octobre 2016 à Viry-Châtillon, ont rédigé de faux
procès-verbaux, en déformant les déclarations de plusieurs mis en cause
ainsi que d'un témoin central. Un crime passible de quinze ans de
prison. Ces policiers, sous forte pression, voulaient absolument livrer
des coupables: leurs faux ont énormément compté dans la condamnation de
certains jeunes, dont l'innocence a été reconnue par la suite, après des
années de prison. C'est le cas de F, 24 ans, et de D, 26 ans, qui ont,
respectivement, passé quatre ans et dix-huit mois en détention, avant
d'être définitivement mis hors de cause par la cour d'assises d'appel
des mineurs de Paris, en avril 2021. Ces méthodes auraient pu rester
secrètes. Mais depuis 2007, les gardes à vue sont filmées pour les faits
de nature criminelle. Ayant contesté les procès-verbaux qui en avaient
été tirés, c'est-à-dire les retranscriptions à l'écrit de ce qui avait
été dit lors de la garde à vue, plusieurs avocat·es ont pu obtenir le
visionnage des vidéos lors du procès en appel, découvrant alors les
pratiques des policiers et leurs dissimulations. Visés par une
information judiciaire ouverte pour faux en écriture publique, violences
volontaires et escroquerie au jugement, avec la circonstance aggravante
qu'ils ont été commis par des personnes dépositaires de l'autorité
publique (PDAP), dix policiers ont été entendus comme simples témoins.
Quatre autres, les plus impliqués, ont été placés sous le statut de
témoin assisté à l'issue de leur interrogatoire. Or, en octobre 2025,
les magistrats ont annoncé la fin de l'instruction, laissant un délai de
trois mois aux avocats pour faire leurs observations. Aucun des
policiers n'ayant été mis en examen au cours de cette instruction, sauf
nouveau coup de théâtre dans l'enquête, les policiers mis en cause ne
seront donc pas jugés.
Source: Médiapart.fr
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4673
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