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(fr) Regeneracion [ESP] - La pertinence du Congrès anarchiste d'Amsterdam - Le débat sur la question organisationnelle Par LIZA (es) [Traduction automatique]

Date Tue, 10 Mar 2026 17:52:16 +0000


Nous allons explorer l'un des événements historiques les plus importants de notre mouvement à l'échelle internationale. Le Congrès anarchiste international, qui s'est tenu à Amsterdam en aout 1907, constitue un moment charnière de l'histoire de l'anarchisme organisé, moins pour les résolutions formelles qui y ont été adoptées que pour la profondeur des débats qui s'y sont déroulés. Suite à l'échec de l'AIT (Association internationale des travailleurs), le mouvement anarchiste recherchait un renouveau organisationnel et stratégique. Notre tradition politique se heurtait aux limites de ses pratiques traditionnelles et, par conséquent, à la nécessité d'élaborer des stratégies plus cohérentes face à un mouvement ouvrier en pleine mutation.

Le congrès s'inscrivait dans un contexte de restructuration du mouvement ouvrier international. En France, la CGT (Confédération générale du travail) était devenue une force motrice du syndicalisme révolutionnaire. Cette fédération ouvrière employait l'action directe, l'autonomie ouvrière et la grève générale comme outils essentiels pour préparer le terrain à une grève générale insurrectionnelle. Aux États-Unis, la fondation de l'IWW (Industrial Workers of the World) amorçait un processus similaire visant à construire une organisation de masse, fondée sur le syndicalisme, avec un horizon révolutionnaire. Par ailleurs, l'anarchisme laissait un héritage paradoxal: un discours symboliquement radical contrastant avec une pratique fragmentée, parfois marquée par l'individualisme, le localisme, un manque de continuité stratégique et l'absence de structures propres.

Amsterdam a réuni des figures majeures de l'anarchisme international telles qu'Errico Malatesta, Pierre Monatte, Christiaan Cornelissen, Emma Goldman, Rudolf Rocker, Luigi Fabbri et Amédée Dunois. Au-delà de leurs divergences politiques et personnelles, ils partageaient tous la conviction que l'anarchisme devait clarifier ses liens avec la lutte des classes et les organisations de masse, notamment les syndicats. Le principal débat portait précisément sur cette question: l'anarchisme devait-il être conçu comme un courant politique et idéologique relativement autonome, intervenant dans le mouvement ouvrier sans s'y fondre, ou devait-il fusionner organiquement avec le syndicalisme révolutionnaire, l'adoptant ainsi comme principal outil stratégique?

Errico Malatesta fut l'une des voix les plus influentes en faveur de la première position. Pour lui, l'anarchisme ne pouvait se réduire à une simple expression spontanée de la lutte économique du prolétariat. Il estimait que les syndicats, bien que nécessaires et utiles comme instruments de résistance et d'amélioration immédiate des conditions de vie, tendaient inévitablement vers la modération, le réformisme et la bureaucratisation. C'est pourquoi il soutenait que les anarchistes devaient préserver leur indépendance organisationnelle et idéologique, agissant au sein des organisations ouvrières comme propagandistes et agitateurs, sans pour autant subordonner leur projet révolutionnaire à la dynamique syndicale. Dans cette perspective, la fonction principale de l'organisation anarchiste était de préserver et de développer un horizon éthique et politique radical, capable de transcender les revendications immédiates et de préparer les masses à une transformation sociale profonde.

«Les organisations ouvrières, nécessaires à la résistance quotidienne, peuvent facilement devenir des forces conservatrices si elles ne sont pas constamment animées par un idéal révolutionnaire.»

E. Malatesta À l'opposé de cette conception, Pierre Monatte et d'autres militants liés au syndicalisme révolutionnaire défendaient une conception beaucoup plus intégrée de l'anarchisme et du mouvement ouvrier. Pour eux, la lutte des classes n'était pas un simple terrain d'intervention tactique, mais le coeur même du projet libertaire. Ils affirmaient que le syndicalisme révolutionnaire, fondé sur l'action directe, l'autogestion et la solidarité ouvrière, incarnait dans la pratique nombre de principes fondamentaux de l'anarchisme. Dans cette perspective, les syndicats n'étaient pas seulement des instruments de lutte économique, mais l'embryon de la future société libertaire, les structures par lesquelles la classe ouvrière pourrait organiser la production et la vie sociale après l'abolition du capitalisme et de l'État.

«Le syndicalisme n'est pas une doctrine, mais un mouvement; sa force réside dans l'action directe et l'organisation consciente des masses laborieuses.»

P. Monatte Ce désaccord ne se limitait pas à une discussion théorique ou abstraite, mais portait sur des divergences tactiques et stratégiques très concrètes. L'une d'elles concernait la neutralité politique des organisations de masse. De nombreux syndicalistes révolutionnaires soutenaient que les syndicats devaient rester formellement neutres, ouverts aux travailleurs de différents courants idéologiques, afin de préserver l'unité du mouvement ouvrier. Dans cette optique, les anarchistes agiraient comme une minorité active au sein des syndicats, exerçant une influence par l'exemple et la pratique, sans pour autant imposer une étiquette idéologique explicite et ostentatoire. D'autres, en revanche, craignaient qu'une pratique sans développement théorique et stratégique n'entraîne une dilution du contenu révolutionnaire, favorisant une dégénérescence réformiste ou autoritaire.

Par ailleurs, un aspect crucial du débat portait sur l'organisation interne de l'anarchisme. Bien que le congrès n'ait pas adopté de résolutions claires à ce sujet, une préoccupation commune quant à la fragmentation et au manque de coordination du mouvement était manifeste.  La tendance à s'appuyer exclusivement sur la spontanéité ou l'initiative individuelle, sans mettre en place de structures stables capables de soutenir une intervention continue dans la lutte sociale, fut critiquée.  Ces discussions laissaient présager des problèmes qui allaient éclater avec plus de force après la Révolution russe et qui allaient donner lieu, des années plus tard, au débat autour de la Plateforme Dielo Truda, laquelle soulignait explicitement la nécessité d'une organisation anarchiste dotée d'une unité théorique et tactique et d'une responsabilité collective.

Concernant l'organisation anarchiste, Emma Goldman, l'une des figures majeures du mouvement libertaire, a souligné l'importance de l'autonomie individuelle du militant anarchiste:

«Je suis également favorable à l'organisation en principe. Cependant, je crains que tôt ou tard, cela ne dégénère en exclusivisme... Je n'accepterai l'organisation anarchiste qu'à une seule condition: qu'elle repose sur le respect absolu de toutes les initiatives individuelles et qu'elle n'entrave ni leur développement ni leur évolution. Le principe essentiel de l'anarchie est l'autonomie individuelle.»

Le lien entre «organisation anarchiste» et «les masses» était central.  Il était clairement affirmé que la révolution sociale ne pouvait être l'oeuvre de minorités conspiratrices ou d'élites hyper-idéologisées, mais bien des masses laborieuses organisées. Toutefois, une tension persistait entre la confiance dans la capacité autonome des masses à développer une conscience révolutionnaire et la nécessité d'une intervention politique consciente pour guider ce processus. Pour le courant issu du syndicalisme français, l'expérience quotidienne de l'exploitation et de la lutte suffisait à engendrer des pratiques libertaires; pour d'autres, faute d'un cadre idéologique et stratégique plus clair, le mouvement de masse risquait de s'enliser dans des réformes partielles ou d'être récupéré par des forces opportunistes et/ou réformistes.

Bien que ces tensions soient restées irrésolues, ces débats ont eu le mérite de les aborder ouvertement. Ils ont marqué un tournant, avec une attention accrue portée à l'organisation, à la stratégie et à un véritable engagement dans la lutte des classes. Ils ont également révélé la diversité interne de l'anarchisme et la difficulté d'établir une relation stable et cohérente entre les principes libertaires, l'organisation politique et les mouvements de masse.

L'Organisation Révolutionnaire.

Plus d'un siècle après, nombre de questions posées en 1907 demeurent centrales dans les débats anarchistes contemporains: comment s'organiser sans reproduire les hiérarchies, comment intervenir dans les luttes sociales sans diluer le projet d'émancipation, et comment articuler théorie, pratique et masses populaires. Déjà à l'époque, la nécessité d'une action politique éthique était abordée. Son contenu était certes différent de celui d'aujourd'hui. On constate néanmoins que la question préfigurative de notre praxis continue d'imprégner le mouvement libertaire.

Au vu des expériences historiques, anciennes comme récentes, il est clair que le danger de déviation réformiste est bien réel. Un militantisme partiel et individualiste nous a conduits à une pratique contradictoire et floue, comme l'ont souligné les débats mentionnés précédemment. Par ailleurs, un autre participant à ce congrès, Christiaan Cornelissen, dans son ouvrage * Le communisme libertaire et le régime de transition*, a déclaré ce qui suit concernant les pratiques individualistes et volontaristes des camarades libertaires en Russie:

«Nos camarades anarchistes qui, par amour de la liberté et de l'indépendance personnelle, oublient cette vérité fondamentale, subiront à l'avenir le même sort que les anarchistes durant la Révolution russe: ils n'auront aucune influence réelle, mais seront précisément utiles pour aider les sociaux-démocrates marxistes et étatistes à accéder au pouvoir. Ils seront probablement fusillés ou emprisonnés après avoir déployé, en quelque sorte en vain, tous leurs efforts pour la révolution sociale.»

Le débat sur l'organisation révolutionnaire anarchiste, comme nous le constatons, reste ouvert. Se laisser emporter par le courant des événements ou agir dans le sillage d'autres mouvements faute de programme commun est une erreur historique que nous avons commise à plusieurs reprises. Des décennies plus tard, Fontenis, dans son Manifeste communiste libertaire, écrivait ce qui suit sur la nécessité d'une organisation révolutionnaire:

«L'avant-garde révolutionnaire joue assurément un rôle de guide et de chef de file au sein du mouvement de masse. Les arguments en ce sens ne sont pas dénués de sens: à quoi d'autre pourrait servir une organisation révolutionnaire? Son existence même témoigne de son caractère directeur et orientateur. La véritable question est de savoir comment ce rôle est compris, quel sens nous donnons au mot «guide». L'organisation révolutionnaire tend à se créer car la majorité des travailleurs conscients en ressentent le besoin face à l'inégalité du processus et à l'insuffisance de la cohésion des masses.»

Un autre événement historique pour l'anarchisme fut la révolution de 1936, centrée en Catalogne, en Aragon et dans le Pays valencien. Suite à l'acceptation d'un gouvernement de partage du pouvoir avec des secteurs de la bourgeoisie, une faction populaire émergea, insatisfaite de la ligne officielle de la CNT-FAI: les Amis de Durruti. Très critiques à l'égard de la collaboration avec l'État républicain et de l'échec du processus révolutionnaire, ils allèrent jusqu'à déclarer:

«L'absence de programme clair a permis à la contre-révolution de se reconstruire. En mai, les forces étaient suffisantes pour imposer le pouvoir des travailleurs.»

Conclusions

La relation entre les militants les plus engagés et les masses est marquée par une tension constante. La frontière entre la conduite d'un processus révolutionnaire et le rôle d'une «avant-garde éclairée», se livrant à des discussions théoriques totalement détachées de notre classe, est ténue. En fin de compte, cette tension doit constituer une relation dialectique qui s'auto-alimente, et non une vague dichotomie.  Il n'y a pas de militants sans expérience pratique du terrain; il n'y a pas d'organisations révolutionnaires si ce besoin n'est pas identifié compte tenu des contraintes du terrain, et ces structures ne seront jamais reconnues par les masses si le travail des militants sur le terrain n'est pas salué.

D'un autre côté, ce débat est stimulant et passionnant. Malgré les frictions théoriques qui peuvent surgir entre l'anarcho-syndicalisme et le platformisme contemporain, cela signifie que nous participons à un mouvement en pleine évolution: un anarchisme qui identifie ses limites et cherche des solutions, un mouvement qui se reconstruit grâce à des échanges fraternels et à un contact quotidien avec la réalité.

Ce qui est clair, c'est que, tout au long de l'histoire, de nombreux camarades anarchistes ont reconnu la nécessité de s'organiser, d'avoir un programme et de s'unir. Au-delà de l'engagement dans des luttes plus larges, il s'agit aussi de se rassembler en tant qu'anarchistes pour réfléchir, progresser et agir. Non par fétichisme organisationnel ou esthétique, mais par nécessité politique. Le Congrès anarchiste d'Amsterdam révèle la généalogie d'un débat qui demeure vivant, une flamme que nous continuons d'entretenir.

HkBk, un militant de Liza Granada .

Liens de référence:

Le Congrès anarchiste d'Amsterdam de 1907
https://www.antorcha.net/biblioteca_virtual/historia/amsterdam/indice.html

V. Syndicalisme révolutionnaire de Griffuelhes
https://www.solidaridadobrera.org/ateneo_nacho/libros/Victor%20Griffuelhes%20-%20El%20sindicalismo%20revolucionario.pdf

F. Pelloutier, Histoire des bourses du travail: les origines du
syndicalisme révolutionnaire
https://www.solidaridadobrera.org/ateneo_nacho/libros/Fernand%20Pelloutier%20%20Historia%20de%20las%20Bolsas%20del%20Trabajo.pdf

E. Pouget Action Directe
http://solidaridadobrera.org/ateneo_nacho/libros/Emile%20Pouget%20-%20La%20accion%20directa.pdf

E. Pouget, Le Sabotage
https://www.solidaridadobrera.org/ateneo_nacho/libros/Emile%20Pouget%20-%20El%20sabotaje.pdf

A. Guillamón Les Amis de Durruti. Histoire et anthologie de textes
https://bibliothequedumarxisme.wordpress.com/wp-content/uploads/2019/08/los_amigos_de_durruti._historia_y_antologc38da_de_textos_-_agustc3adn_guillamon.pdf

C. Cornelissen, Le communisme libertaire et le régime de transition
https://www.solidaridadobrera.org/ateneo_nacho/libros/Christiaan%20Cornelissen%20-%20Comunismo%20libertario%20y%20regimen%20de%20transicion.pdf

Manifeste communiste libertaire de G. Fontenis
https://mirror.anarhija.net/es.theanarchistlibrary.org/mirror/g/gf/george-fontenis-manifiesto-comunista-libertario.c109.pdf

https://regeneracionlibertaria.org/2026/03/02/la-vigencia-del-congreso-anarquista-de-amsterdam/
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