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(fr) FDCA, Cantiere #41 [ITA] - La faim comme réalité politique: pauvreté, aide sociale sélective et pratiques d'autogestion en Italie en 2026 (it) [Traduction automatique]

Date Tue, 10 Feb 2026 17:45:34 +0000


En Italie, la faim est de nouveau au coeur des débats. Non pas comme une métaphore, ni comme une image instrumentalisée pour l'indignation rituelle, mais comme une réalité matérielle, structurelle et quotidienne, largement répandue. Des millions de personnes souffrent de diverses formes d'insécurité alimentaire: régimes alimentaires appauvris, sacrifices systématiques, dépendance à l'aide extérieure.  Pourtant, dans le discours public dominant, la faim continue d'être perçue comme une anomalie, un résidu, une conséquence inévitable de crises passagères. ---- La réalité est tout autre. La faim n'est pas un phénomène passager: c'est une réalité politique. ---- Un pays qui normalise l'insécurité ---- Ces dernières années, l'insécurité alimentaire est revenue sur le devant de la scène, touchant des segments toujours plus importants de la population.

Il ne s'agit pas seulement d'une pénurie alimentaire, mais d'une érosion progressive de l'accès à une alimentation suffisante, saine et socialement acceptable. Aujourd'hui, une personne sur dix ne peut se permettre de façon régulière une alimentation minimalement équilibrée.  Ce n'est pas une faim spectaculaire, mais une faim silencieuse, normalisée et invisible.

Les données régionales révèlent de profondes fractures. Dans le sud de l'Italie, le taux d'insécurité alimentaire est plus de deux fois supérieur à celui de nombreuses régions du nord. Des régions entières souffrent d'une vulnérabilité structurelle, où la précarité de l'emploi, le chômage, la faiblesse des services publics et la hausse du cout de la vie se conjuguent pour engendrer une exclusion matérielle. Mais ce serait une erreur d'interpréter cette fracture comme un simple décalage historique: ce qui se passe dans le Sud préfigure des dynamiques qui se propagent progressivement ailleurs.

Faim et travail précaire

L'un des problèmes les plus pertinents - et souvent négligés - concerne le lien entre la faim et le travail. La précarité alimentaire ne touche pas seulement les personnes exclues du marché du travail. Elle affecte de plus en plus celles qui travaillent, mais avec des salaires insuffisants, des contrats précaires et des horaires irréguliers. Le travail ne garantit plus l'accès aux biens essentiels. C'est là le véritable fossé.

Les familles nombreuses, les familles monoparentales, les personnes peu instruites, les jeunes et les travailleurs précaires sont de plus en plus exposés à l'insécurité alimentaire. Dans ce contexte, le discours sur la responsabilité individuelle révèle toute son incohérence: il ne s'agit pas de mauvais choix, mais d'un système qui génère systématiquement des revenus insuffisants pour vivre dignement.

Aide sociale conditionnelle et aide permanente

Face à ce constat, la réponse institutionnelle a été essentiellement défensive. L'aide sociale a progressivement changé de fonction: d'outil de protection collective, elle est devenue un mécanisme sélectif, fondé sur des critères d'accès, des contrôles et des conditionnalités de plus en plus stricts. L'aide alimentaire se fragmente ainsi en mesures temporaires, primes, colis et cartes, sans que les causes structurelles ne soient prises en compte.

La multiplication des soupes populaires, des distributions alimentaires et des interventions d'urgence n'est pas un signe de plus grande justice sociale, mais plutôt le symptôme d'une aide continue. On gère les besoins, on ne les élimine pas. On prend en charge la faim, on ne la combat pas.

Dans ce contexte, l'alimentation devient un outil de régulation sociale: qui peut accéder à l'aide, à quelles conditions, avec quelles obligations? Les droits se muent en concessions. La dignité devient compatibilité.

Faim et démocratie

Une société qui tolère un tel niveau d'insécurité alimentaire est une société politiquement fragile. La faim, même sous ses formes modérées, engendre l'adaptation, le silence et la peur de perdre le peu qui reste.  Elle réduit la participation, fragmente les conflits et rend toute forme d'organisation collective plus difficile.

La faim n'est pas seulement une privation matérielle. Elle limite la capacité de choisir, de s'exprimer, d'agir politiquement.

Mutualisme et autogestion: pratiques de rupture

C'est précisément dans les espaces laissés vacants par l'État et le marché que les pratiques de mutualisme et d'autogestion continuent de se développer. Les soupes populaires, les épiceries solidaires autogérées, les réseaux de récupération et de partage alimentaire, les groupes d'achat et d'entraide ne sont pas de simples actions caritatives. Ce sont des tentatives concrètes pour soustraire le besoin à la logique de sélection et de contrôle.

Dans ces expériences, la nourriture n'est ni une récompense ni un outil de discipline. Il n'y a pas de personnes méritantes ou indignes. Ce qui existe, c'est la reconnaissance mutuelle d'un besoin commun et le choix d'y répondre collectivement. Le mutualisme n'élimine pas la faim en tant que telle, mais il en inverse la signification politique: il démontre que la rareté n'est pas naturelle et que la mobilisation citoyenne peut engendrer des réponses plus dignes que les réponses institutionnelles.

C'est pourquoi ces pratiques sont tolérées tant qu'elles restent marginales et que leur développement est freiné. Car elles remettent en cause un principe fondamental de l'ordre social actuel: l'accès aux biens essentiels doit être conditionné par le revenu, la performance au travail et l'adéquation au marché.

Au-delà de la gestion de la pauvreté

Remettre les besoins au centre, c'est remettre les conflits sociaux au centre, même dans leurs formes quotidiennes et les plus insidieuses.  C'est affirmer que le droit à l'alimentation n'est pas une concession à exiger, mais une pratique à construire, à contre-courant de la logique de la rareté et de la culpabilité.

Tant que des millions de personnes seront contraintes de choisir ce qu'elles doivent sacrifier - la qualité de leur alimentation, leur santé, leurs interactions sociales -, tout discours sur la croissance, la stabilité et la responsabilité individuelle restera vain.

Mais tant qu'il existera des pratiques de mutualisme et d'autogestion, il y aura aussi la possibilité concrète d'imaginer et d'expérimenter une autre organisation de la vie matérielle, affranchie du chantage de la faim.

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