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(fr) Italy, FDCA, Cantiere #41 - Plateforme organisationnelle de l'Union générale des anarchistes à l'occasion de son premier centenaire [Traduction automatique]
Date
Sat, 7 Feb 2026 19:35:09 +0000
Ce texte est le premier d'une série que nous publierons, à l'instar de
la Cantiere, en préparation des initiatives prévues pour le centenaire
de la Plateforme organisationnelle de l'Union générale des anarchistes,
plus connue sous le nom de «Plateforme Archinov», du nom du camarade
anarchiste Piotr Andreïevitch Archinov, l'un de ses rédacteurs. La
nécessité de cette réflexion sur la Plateforme découle du désir de
donner au communisme anarchiste une dimension unifiée et organisée, et
ainsi d'approfondir son enracinement dans la société. Cette réflexion a
déjà permis aux camarades qui ont rédigé la Plateforme de saisir
pleinement la défaite politique subie par l'anarchisme lors des phases
cruciales de la lutte révolutionnaire en Russie entre 1917 et 1921, où
il s'est trouvé confronté d'abord à la contre-révolution blanche, puis
au bolchevisme.
La première partie de la Plateforme a été publiée dans les numéros 13-14
de juin/juillet 1926 de la revue Delo Truda (La Cause du Travail),
publiée à Paris par un groupe d'anarchistes contraints à l'exil par la
dérive de la Révolution russe qui a abouti à la dictature du Parti
communiste bolchevique au pouvoir et qui, en réprimant toute dissidence
politique et toute opposition sociale et de classe par la répression
policière et les pelotons d'exécution, aurait jeté les bases de la
dictature du parti et de la construction capitaliste de l'État, ouvrant
ainsi la voie à la contre-révolution stalinienne.
L'intention de la Plateforme n'était pas de susciter une polémique
doctrinale sur les principes de l'anarchisme, cadre théorique et
politique au sein duquel tous les camarades russes se reconnaissaient et
continueraient de se reconnaître, à commencer par les camarades Nestor
Makhno et Ida Met, mais de placer la question de l'organisation
politique au coeur du débat, afin de définir une réponse concrète à la
crise du mouvement anarchiste international, toujours secoué par de
réelles tendances anti-organisationnelles qui l'exposaient à la
paralysie politique et à la marginalisation sociale. Au cours des
discussions, qui se poursuivirent au Delo Truda jusqu'au printemps 1927,
la Plateforme affina progressivement son contenu, qui s'articulait
autour de plusieurs points fondamentaux: la reconnaissance de la lutte
des classes comme moteur de l'histoire; l'adoption du communisme
anarchiste comme référence fondamentale pour l'action politique des
anarchistes et pour la construction de la société future;
l'anticapitalisme, le rejet de la démocratie bourgeoise, de l'État et de
toute autre autorité; le syndicalisme comme instrument fondamental de
lutte. la nécessité d'une organisation politique communiste anarchiste
unie dans la théorie, la stratégie et la tactique, active dans tous les
pays et dotée d'un programme d'action politique complet pour la
révolution sociale.
Mais quelle valeur peut avoir aujourd'hui la réactivation de la
Plateforme dans un monde où l'ampleur des changements paraît si profonde
et si dramatique que l'escalade des conflits entre puissances pourrait
préparer le terrain à une troisième guerre mondiale impérialiste? Cela
accroît la confusion et la difficulté d'identifier, parmi une profusion
de sources, les outils appropriés pour comprendre le présent. Ce
sentiment s'est peu à peu ancré, se muant en une prise de conscience
généralisée de la futilité de l'analyse, et compromettant ainsi la
possibilité même de définir, en théorie comme en pratique, des approches
et des perspectives pour dépasser le système capitaliste, désormais
considéré comme le seul monde possible. Or, si l'on se penche sur
l'histoire, on constate que la réalité du système de production
capitaliste présente une analogie avec les périodes historiques
précédentes: le monde entier continue d'être caractérisé par l'existence
d'exploités et d'exploiteurs aux intérêts opposés. Cette analogie est
loin d'être négligeable car, malgré les profonds bouleversements
survenus, la même contradiction inhérente au capital et au travail
persiste: la lutte des classes, au sens où l'ont définie Marx, Bakounine
et les autres théoriciens du socialisme.
De plus, la Plateforme demeure inconnue en dehors du mouvement
anarchiste, qui l'a sciemment et à plusieurs reprises exclue,
ridiculisée et réprimée. Pour notre part, nous restons convaincus
qu'elle pourrait intéresser les travailleurs et travailleuses, ainsi que
les générations d'étudiants et de personnes en situation d'emploi
précaire, en particulier ces derniers, profondément marqués par
l'euphorie des années 1970 face aux politiques de hausse des revenus et
à la concertation; par la modération des revendications syndicales,
notamment salariales; par la privatisation massive des services publics
essentiels tels que l'éducation, la santé, les transports et la sécurité
sociale; et par le «package Treu», qui a institutionnalisé la précarité
de l'emploi.
Tous ces choix à l'origine de la montée du néolibéralisme ont été
délibérément poursuivis, voire imposés, par la gauche parlementaire, la
gauche au pouvoir et les dirigeants syndicaux (pensons au «tournant de
l'euro» de 1978), dans un échange inconditionnel avec la bourgeoisie.
Cet échange a sacrifié la protection des conditions de vie des classes
populaires afin de faciliter, par la baisse des couts du travail, la
relance de la compétitivité des produits italiens sur les marchés
internationaux, au seul profit des profits et des rentes, dans l'intérêt
de la bourgeoisie et d'un impérialisme italien affaibli. Ainsi s'est
évanouie l'illusion réformiste qui, dans une subordination parfaite au
capital, facilitait les grands processus de restructuration capitaliste,
contribuant à préparer le terrain pour la droite politique et
gouvernementale actuelle, et pas seulement en Italie.
Pourquoi, dès lors, n'y a-t-il aucune autocritique objective de la part
des groupes politiques et syndicaux qui ont soutenu ces choix, mais
seulement une célébration nostalgique des prétendus mérites attribués à
des individus, ou groupes d'individus, politiquement orientés vers la
gauche parlementaire, dont «la force personnelle est surestimée au point
d'en faire les despotes mêmes de l'histoire»? Et dans notre contexte
actuel si dramatique, pourquoi persister à omettre une analyse critique
des choix susmentionnés qui ont permis au capital de se réorganiser, de
triompher et de s'imposer sur les acquis du travail?
Nous n'avons aucune passion pour les clichés, et si nous avons recours à
une citation, ce n'est pas pour apporter des réponses faciles à toutes
les questions que nous devons nous poser de toute urgence, mais pour
souligner que les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui
trouvent encore leurs racines dans le passé, dans l'histoire du rapport
de force entre le capital et le travail. Bien que cette
contextualisation ne permette pas de prédire l'avenir, elle nous aide à
comprendre pourquoi, aujourd'hui, en Italie et dans le monde entier, des
gouvernements aux penchants clairement réactionnaires et fascistes
gagnent du terrain, au mépris total d'une part importante de la
jeunesse: «Les idées de la classe dominante sont, de tout temps, les
idées dominantes; autrement dit, la classe qui détient le pouvoir
matériel dominant dans la société détient simultanément son pouvoir
spirituel dominant. La classe qui contrôle les moyens de production
matérielle contrôle également les moyens de production intellectuelle,
de sorte que, dans l'ensemble, les idées de ceux qui ne disposent pas
des moyens de production intellectuelle lui sont soumises. Les idées
dominantes ne sont rien d'autre que l'expression idéale des rapports
matériels dominants, ce sont les rapports matériels dominants pris comme
idées: elles sont donc l'expression des rapports qui font d'une classe
la classe dominante et sont donc les idées de sa domination.» [1]
Souvent, face aux événements sociaux et politiques internationaux, des
réponses déviantes sont proposées, visant à justifier, dans une sorte
d'autoréférentialisme, les regrets fréquemment exprimés à l'égard de
révolutions individuelles vaincues. Ces révolutions, en nationalisant
tout ou partie des moyens de production au profit exclusif de leurs
bourgeoisies nationales respectives, historiquement déterminées à
s'affranchir de la domination impérialiste des grandes puissances pour
s'affirmer à leur tour, se sont finalement révélées être tout le
contraire, interprétant non pas le socialisme, mais «le nouvel État de
classe qui, dominant tous les autres, s'attelle à planifier le surmenage
et la surexploitation, la restauration des privilèges perdus et la
légitimation de nouveaux intérêts particuliers, et enfin la faim, la
prison et la mort pour la patrie socialiste».
Mais quel rapport avec la Plateforme?
La réponse à une telle question ne peut commencer qu'à travers notre
parcours politique, certes long, mais toujours présent, au sein de
l'anarchisme. Nous y avons représenté, et continuons de représenter, une
tendance matérialiste et de classe spécifique, malgré ses limites et ses
retards. Par conséquent, parler de la Plateforme aujourd'hui, c'est
aborder de manière critique notre parcours dans un contexte historique
particulièrement difficile, d'autant plus qu'il ne nous reste qu'un
aperçu de l'histoire, notamment celle qui a éclairé les événements
révolutionnaires avortés, où l'anarchisme a néanmoins offert les plus
beaux moments de son utopie réaliste: como estaba felix nuestra Revolución.
En analysant les origines, le développement et le déclin de la lutte des
classes, nous constatons une profonde insuffisance qui ne se manifeste
pas par l'absence d'un «parti dirigeant», mais par l'inadéquation
qualitative et quantitative d'un tissu militant capable de contribuer à
l'édification des fondements du conflit social; de soutenir son rôle
unificateur en l'orientant vers des contextes plus larges; de servir de
point de référence durant les phases de défaite et de désillusion qui
dispersent les forces et les expériences de la lutte; et de resserrer
les rangs pour favoriser le développement d'une conscience sociale et de
classe, alimentant ainsi une nouvelle opposition sociale au capitalisme,
en vue de réaliser les intérêts historiques du prolétariat moderne.
Ce sont là les tâches qui mènent à la construction de l'organisation
politique que l'on pourrait aussi appeler «parti», si ce terme n'avait
pas historiquement acquis une signification mystificatrice et, de ce
fait, inutilisable. Dans la sphère bourgeoise, ce terme a, en effet, été
consumé entre progressisme et réaction; dans la sphère marxiste, il
s'est dispersé parmi des orthodoxies paralysantes, des révisionnismes et
des acquis réformistes qui s'entremêlent avec la modération des
idéologies, orientations et objectifs bourgeois. Ces derniers embrassent
historiquement tout l'horizon du réformisme, jusqu'aux expériences
subordonnées de la social-démocratie et à l'horizon léniniste, très
nuancé, perspective qui nous est en tout cas inacceptable.
Partir de la Plateforme et de son contenu signifie donc réaffirmer la
nécessité d'engager concrètement un débat sur la nécessité pour
l'organisation politique non pas de diriger, mais de soutenir,
d'orienter et de renforcer la lutte des classes, jetant ainsi les bases
du dépassement du système capitaliste.
La question à aborder est donc complexe, notamment en raison de la
fragmentation des sources historiques disponibles et des profondes
divisions politiques et personnelles que toute l'affaire de la
Plateforme a pu engendrer au sein du mouvement anarchiste italien et
international, au moins jusqu'au début des années 1980. Nous estimons
donc que le moment est venu de replacer objectivement les événements et
les controverses dans leur contexte historique, de revenir avec un
regard critique sur nos débuts, lorsque nous étions des figures de proue
de ce mouvement communiste libertaire qui, depuis la Seconde Guerre
mondiale, s'efforçait d'offrir une alternative à la crise de
l'anarchisme en proposant la construction d'une organisation politique
ciblée et fédérée, en redécouvrant et en réintroduisant de manière
critique des contributions politiques irresponsablement négligées ou
omises, dont la Plateforme. En réalité, nous pensons aujourd'hui que
toutes ces transitions que nous avons interprétées depuis la fin des
années 1960, parfois avec naïveté et présomption, ne renvoient pas à
d'anciens ennemis à combattre, mais à des situations qu'il convient de
comprendre. Car si nous croyons pouvoir identifier et critiquer les
erreurs d'autrui, nous estimons qu'il est de notre devoir, avant tout,
d'identifier et de critiquer les nôtres. D'où la nécessité de décrire,
dans les prochains numéros d'Il Cantiere, les grandes lignes de notre
parcours politique, dont la Plateforme d'Archinov fut l'un des jalons.
Note
[1] Karl Marx, L'Idéologie allemande , 1846.
https://alternativalibertaria.fdca.it/wpAL/
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