A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Courant Alternative #356 (OCL) - Pourquoi la pollution est d'abord un gros problème d'égalité

Date Thu, 22 Jan 2026 19:54:45 +0000


Introduction ---- Vous connaissez sans doute la définition scientifique (et par conséquent juridique) actuelle de la pollution: elle correspondrait à l'introduction de "quelque chose" (substances, radiations...), généralement (mais pas obligatoirement) liée à une activité humaine, dans l'environnement (au sens de ce "grand bidule plus ou moins naturel qui nous entoure" où l'on distingue l'eau, le sol et l'air mais aussi le vivant non-humain), ayant des conséquences sur la santé (voire la vie) des êtres vivants qui s'y trouvent. ---- Dans le langage courant, et surtout dans la vulgarisation journalistique, la pollution c'est tout ce qui "menace notre équilibre": nos santés physique et mentale (qui sont bien sur liées, chez un grand nombre d'animaux, et pas seulement chez l'humain...). Elle correspond alors à des substances chimiques, des radiations, du bruit, un excès de lumière ou de chaleur, et parfois même à la publicité vue comme une "pollution visuelle"...

Mais, pour plusieurs raisons, cette définition est totalement bancale (aussi bien pour les sciences de la nature que pour les sciences humaines) et surtout, malheureusement, elle n'a aucun effet positif si l'on veut se débarasser des pollutions (et en punir les auteurs!).

Des jeux de langage

D'abord il faut se méfier des usages du singulier et du pluriel. Le pluriel permet de tout mettre sur le même plan (les "pollutions" sont alors comparables) alors que le singulier "la pollution" désigne non plus des "trucs divers" (qu'on appelera des "polluants"), ni un processus, ni des conséquences d'importance variable (selon la quantité ou la dangerosite du polluant par exemple) mais un acte. Et ce point est essentiel!

En résumé et par comparaison, ce petit jeu de langage (pluriel/singulier) ressemble à l'entourloupe classique: celle du passage de la bombe "atomique" à la centrale "nucléaire". Par la substitution de mot, on a l'impression de ne pas parler de la même chose. Et pourtant, dès le début, on parlait de "l'atome pour la guerre" et donc de "l'atome pour la paix"... ce qui rappelait qu'on parlait bien de la même chose, du même danger. Comme pour les pollutions.

Le sens moderne du mot pollution est d'origine anglaise. Il a commencé à être utilisé en France dans le sens général que nous lui prêtons à la fin des années 1860.

Et au passage, cet usage a complètement effacé les deux sens classiques qu'il avait en français. Pollution voulait en effet dire d'abord "salissure provoquée par un animal dans un lieu sacré" (comme un chien qui ferait ses besoins dans une église). Et ensuite, pollution signifiait "rejet nocturne involontaire de sperme" (des rejets associés à des pensées impures: encore une fois l'aspect religieux et moral est très présent mais il sert aussi à dédouaner les auteurs des pollutions: le chien qui urine ou l'adolescent qui souille ses draps ne le font pas exprès! Il suffit d'ailleurs de nettoyer les liquides sales avec de l'eau douce (bénite ou pas!) et la "faute" est réparée!

Soulignons tout de suite l'aspect "involontaire" que contenaient ces anciennes significations car il est encore présent dans nos usages actuels du mot pollution. Or ce caractère involontaire pose problème. Et ce pour deux raisons.

D'abord car les pollueurs ne feraient pas exprès de polluer. Ils le feraient par inadvertance ou ignorance. Cette idée est contraire à toutes les conclusions sérieuses pouvant être tirées de l'étude des pollutions depuis au moins deux siècles: les pollueurs savent très bien ce qu'ils font et se moquent des conséquences de leurs actes.

Détournement d'une pub des Chantiers de l'Atlantique par VAMP, une association de riverains...

Ensuite parce quc ce caractère involontaire permet de dédouaner les pollueurs: même s'ils doivent payer des réparations selon le fameux principe "pollueur-payeur" (qui peut se résumer par la formule suivante: "si tu es riche, tu es autorisé à polluer!"), ils ne sont vraiment responsables des effets des pollutions. Et lorsque ces effets se font à long terme - comme de lents empoisonnements, sournois et permanents des milieux et des gens - eh bien, c'est le problème des générations suivantes et des collectivités en général. Ce n'est pas leur problème. De toute façon, ils ont parfois disparu du coin devenu, par leur faute, impropre à la vie ou à une vie décente.

Les pollueurs en tant qu'individus ne sont presque jamais reconnus coupables et depuis que les sociétés par actions ont pris l'importance que l'on sait (surtout à partir des années 1870... encore durant la même période!), les individus pollueurs ne sont plus jamais jugés responsables du tout! C'est la société dont ils sont actionnaires qui paiera. Enfin, disons pour être plus juste que leur société "paiera peut-être ou dans très longtemps", les amendes ridicules que la justice aura bien voulu lui infliger en cas de procès.

Alors pourquoi l'usage contemporain du mot pollution a-t-il pu si facilement effacer les anciennes significations de ce mot?

D'abord parce que cet usage a très vite bénéficié de l'autorité des savants et médecins britaniques qui étaient alors les spécialistes du sujet (en raison des pollutions précoces associées à la première révolution industrielle qui débute en Grande-Bretagne, fin XVIIIe, et de la "grande puanteur" de la Tamise à la fin des années 1850).

Mais aussi parce que le mot pollution va permettre de masquer un autre mot déjà utilisé pour la désigner dans sa forme la plus grave: le mot "empoisonnement"! Or cet acte-là est, quant à lui, clairement volontaire, délibéré et il réclame une condamnation à la hauteur de sa gravité. De tout temps, et au moins jusqu'à la révolution industrielle (encore!), l'empoisonnement était considéré comme le crime le plus grave car il est prémédité, dissimulé, sournois, lâche, commis à distance, avec un effet parfois retardé...

Le mot pollution va même remplacer d'autres mots qui avaient le mérite de la clarté comme les mots "nuisance", "inconvénient", "désagrément"... parce qu'on voit bien en les disant qu'ils impliquent des victimes. Le mot pollution lui ne comporte pas cette dimension: il a l'avantage d'avoir l'air neutre...

Un son perçant qui nous vrille les oreilles est une nuisance. Les vibrations des moteurs diésel des gros navires apportant des tonnes de soja puant dans un port breton - port dont le maire ne veut pas électrifier les quais parce qu'il préfère garder assez de courant pour électrifier un nouveau stade de foot loin du centre-ville (alors qu'il y en a déjà un, sympa et populaire, dans le coeur de la ville...) sont des "nuisances", tout comme l'odeur répugnante du soja dans les rues (et qui cause des migraines et des vomissements)... Le mot "nuisance" est claire: il a bien un "nuisible" qui est à l'origine du problème. Au nuisible de faire cesser la nuisance qui, par définition, nuit aux autres. Et une nuisance n'a pas besoin d'être mesurée, quantifiée: elle est vue comme telle par celles et ceux qui la subissent parce que son caractère est évident et, sauf mauvaise foi, indéniable. On voit bien que les victimes - mais aussi les responsables et coupables! - sont immédiatement signalées dans l'utilisation du mot nuisance. Comme dans les mots inconvénient ou désagrément.

La fonction politique de la définition actuelle: masquer ou diluer les responsabilités!

Nouveau souci: la définition actuelle est ce qu'on appelle une métonymie. C'est-à-dire qu'on confond la cause avec la conséquence: on parle en effet de pollution après l'arrivée des polluants, autrement dit "quand elle est déjà là"... On confond en quelque sorte polluant et pollution car on ne regarde plus que la conséquence de la présence du "truc en trop" (pétrole, plastique, radiations...) qui en est la cause matérielle.

Et pire encore, on finit même par oublier la "vraie" cause de la pollution. Et cette cause, ce n'est pas l'ignorance des effets du polluant, c'est la décision du pollueur.

On peut en effet ignorer les effets d'un polluant la première fois qu'on le libère dans l'environnement. C'est irresponsable mais c'est possible. Pourquoi irrresponsable? Parce que pour balancer une substance (parfois artificielle) pour la première fois dans la nature, il faut quand même être parfaitement irresponsable. Mais admettons que cela soit possible de le faire et qu'on le fasse. On en voit aussitôt les effets négatifs. Donc, dès la seconde fois qu'on pollue, on sait très bien ce qu'on risque et les conséquences de son acte. L'excuse de l'ignorance n'est valable qu'une fois!

Imaginons maintenant que ce soit la quantité de la substance qui joue le rôle principal. Imaginons qu'on en ait libéré une immense quantité dans la nature et que cela s'avère toxique. On peut encore plaider qu'on ne savait pas et qu'on ne libérera plus autant de polluants par la suite... c'est la fameuse invention des seuils. Ils sont tous plus ou moins faux. Car on sait depuis près de 70 ans que la quantité de polluant n'est pas vraiment liée à ses effets négatifs. Un polluant comme le DDT peut s'accumuler dans la chair des animaux et devenir mortel pour les plus gros prédateurs du milieu sans être réellement toxiques pour les animaux les plus petits servant de nourriture aux autres. Un polluant peut aussi être plus dangereux à petite dose (c'est l'exemple des perturbateurs endocriniens). Ce qui contredit l'idée que c'est la dose qui fait le poison! Enfin, deux substances sans effet quand elles sont séparées peuvent constituer un véritable coktail toxique en petite quantité quand on les met en contact avec un être vivant... Bref, même si on a compris tout ça depuis des décennies, on continue à agir comme si c'était les excès de polluants - souvent visibles comme une marée noire - qui posaient problème. Pourtant c'est chaque jour, à petite dose, sournoisement et en toute connaissance, que les populations du globe sont empoisonnées par toute une panoplie d'armes de destruction massive...

On peut le dire dès maintenant, quitte à choquer notre matérialisme classique (souvent d'inspiration marxiste) et notre rationalisme rassurant (parce qu'il nous donne l'impression que nous pourrions trouver des solutions scientifiques et techniques au problème des pollutions), ce n'est pas l'industrialisation, ni le mode de production capitaliste, ni le souci de faire des économies... qui sont à la base des agissements meurtriers que sont les pollutions. Non! Pour reprendre le vocabulaire marxiste, il faut en chercher la cause dans les superstructures de notre société. Les pollutions tiennent leur origine dans la conviction ancrée chez le dominant de sa supériorité naturelle, et dans sa volonté délibérée de prouver en toute circonstance, par tous les moyens qu'il est supérieur aux autres et aux lois communes. La vraie cause de la pollution c'est le sentiment de supériorité propre au pollueur. Car, en tant que dominant (économique, politique et culturel), il prend en toute conscience la décision d'agir de manière criminelle et d'empoisonner ses contemporains. Et en faisant cela, il prouve sa supériorité car un dominant n'a pas à justifier a priori ses actes, ses décisions, ses paroles... Il est partout chez lui. La nature est son bien. Il en use et en abuse autant qu'il veut comme le droit de propriété le lui permet. Il a toujours le droit de faire ce qu'il fait. Et s'il doit se justifier - toujours sous la pression et jamais de lui-même - il le fera seulement a posteriori. Et il trouvera le moyen de tricher - par la loi, grâce à l'argent... - pour échapper à ses responsabilités.

C'est-là sans doute le pire aspect de la définition actuellement admise. En permettant de confondre polluant, pollution et pollueur, cette définition finit par nous faire oublier la cause première de la pollution qui est toujours le résultat d'un choix. Une pollution est une violence, parfois différée dans le temps et dans l'espace, mais elle est bien une violence. Et elle permet au dominant de soumettre les autres - ses contemporains - voire à les supprimer s'ils resistent ou s'ils font mine de lui demander des comptes.

Autre problème, cette définition est un immense "fourre-tout" qui sème la confusion. Une pollution est forcément d'origine humaine. Quand on dresse la liste des pollutions, on y ajoute tout un tas de phénomènes qui sont pas des pollutions et cela permet aux polleurs de diluer leur crime. Par exemple, du pétrole qui s'échappe d'une roche en surface ou sous l'eau n'est pas une pollution, c'est un "suintement naturel".

Il faut être clair: une pollution est toujours artificielle et elle est toujours volontaire. Et les scientifiques de la nature (chimistes et biologistes principalement) ne peuvent pas être les seuls autorisés à nommer pollution un "phénomène". Il faudrait aussi écouter les victimes de ce phénomène et, quand celles-ci disent qu'elles se sentent atteintes dans leur santé, leur bien-être et leur dignité, en tenir compte! Bref, ne pas se baser que sur des données chiffrées, des mesures, pour affimer qu'il y a ou non une pollution en cours quelque part.

Si nous continuons à répéter, comme des perroquets décérébrés, la définition inconséquente que les technocrates (ingénieurs, polytechniciens, politiciens et juristes) ont réussi à nous imposer, nous n'arriverons à rien.

Enfin, l'expression "généralement d'origine humaine" pose elle aussi problème. Elle laisse croire que nous serions toutes et tous à l'origine des pollutions. Or, nous n'avons jamais choisi de les "émettre" ni de les "commettre" et encore moins de les subir.

La définition est donc tronquée car elle ne parle pas des causes réelles des pollutions et insiste plutôt sur leurs effets - leurs conséquences - plutôt que, d'une part, sur les raisons qui poussent certains à polluer et d'autre part sur les conditions qui leur permettent de continuer en toute impunité à empoisonner les autres (et parfois eux-mêmes, mais toujours dans une moindre mesure).

Alors, cette définition est-elle réellement sérieuse, "scientifique" (au sens de rigoureuse, complète, efficace, pertinente, opératoire, liée au monde matériel, etc.)? Ou est-elle d'abord un moyen de "diluer", voire de masquer, les responsabilité des uns - les quelques pollueurs - et la soumission des autres - les innombrables pollués - en racontant que nous sommes toutes et tous à l'origine des pollutions?

L'exemple des pollutions pétrolières

Prenons un exemple assez classique pour souligner le caractère obscène et écoeurant de ce type de tour de passe-passe: les pollutions pétrolières.

En 2018, lors d'une audience au tribunal fédéral de San-Francisco, l'avocat de Chevron, ExxonMobil, Shell, ConocoPhillips et British Petroleum, affirme que le «changement climatique est réel» et qu'il est «extrêmement probable» que l'activité humaine en soit la cause principale, mais... la responsabilité de ce réchauffement devrait être partagée entre, d'un côté, quelques industries du pétrole et, d'autre part, quelques milliards de consommateurs d'essence. Parce que, explique-t-il encore: «l'extraction ou la production de pétrole» ne sont jamais mises en cause directement dans les émissions de CO2. Ce qui en est responsable c'est «l'activité économique» qui, pour procurer à chacun de nous énergie, matières premières, nourriture, loisirs, objets manufacturés... brule en énorme quantité des combustibles fossiles. Autrement dit, les entreprises qu'il représente ne peuvent être poursuivies devant les tribunaux car nous sommes, nous autres, consommateurs insatiables, les vrais coupables des pollutions atmosphériques et du déréglement climatique associé!

On voit ici, dans cette anecdote assez récente, l'efficacité délétère de la définition de la pollution. Car l'histoire nous montre clairement que l'argument de l'avocat n'est qu'un ignoble mensonge. Depuis quand sait-on que le pétrole est un polluant? Depuis les années 1860, juste après le début de son exploitation indutrielle, qui débute officiellement aux USA en 1859. Dès 1862, par exemple, un médecin autrichien dénonce ses effets sur la santé des personnes (marins, dockers, ouvriers...) qui sont obligés de le manipuler! Dès les années 1870, le pétrole est mesuré, parmi d'autres substances chimiques, comme un polluant des eaux douces. Au début des années 1880, des biologistes et médecins russes en démontrent les effets néfastes sur les animaux de la Volga et de la mer Caspienne et sur la santé des ouvriers des champs pétrolifères de Bakou... On sait tout des effets du pétrole depuis le début et même bien avant qu'on l'utilise comme source d'énergie dans des moteurs à explosion (qui commencent à se diffuser pendant les années 1880)! Jusque-là, les dérivés du pétrole servaient dans la peinture, le graissage des machines et les lampes à pétrole... Après, le pétrole et le gaz envahiront tous les espaces, tous les domaines de nos vies. On parle même d'une pétrolisation des sociétés (qui rencontre partout des résistances plus ou moins puissantes mais toutes tôt ou tard vaincues par la force, la loi, le commerce, l'imposition du mode destructeur de "développement" que nous subissons depuis).

Et dès le début aussi, on en connaît le caractère dangereux: des bateaux de transport prennent feu dans des ports aux USA, en Angleterre, en France dans les années 1860. Des accidents domestiques sont nombreux à cause des lampes à pétrole (et frappent surtout femmes et enfants). On va même l'utiliser dans des bombes incendiaires comme lors de la guerre franco-prussienne de 1870. Et les Versaillais craignaient que les Parisiens ne les utilisent pour bruler Paris pendant la Commune. Les premiers navires pétroliers coulent dans les années 1890. Et la première marée noire repérée date de... 1907! soixante ans avant celle que l'on cite généralement - celle du Torrey Canyon dans la Manche - comme la première de l'histoire. Encore une fois, l'histoire officielle n'est jamais très précise et masque plus de choses qu'elle nous en rélève.

Et enfin, a-t-on une seule fois depuis les années 1860, demander aux gens s'ils souhaitaient voir du pétrole partout autour d'eux (puis en eux sous forme de microplastiques ou de dérivés d'essence)? A-t-on pu un jour démocratiquement contester cette pétrolisation de nos sociétés? Jamais!

La fonction politique de la pollution

Pourquoi les pollutions sont-elles un problème politique? Parce que les dégradations des paramètres vitaux d'un écosystème atteignent toujours la santé humaine. Mais aussi parce que nous ne sommes jamais atteints toutes et tous de la même manière par les pollutions. Autrement dit, leur dangerosité est directement liée aux inégalités sociales, de genre et de race: les populations les plus pauvres, racisées et féminines sont les plus exposées et touchées par les pollutions (hier la Cancer Valley aux USA... Aujourd'hui, les gens du voyage en France vivent dans les zones les plus polluées des villes). Les femmes en sont même la cible privilégiée: les études menées dans le milieu du travail (rémunérés ou "domestiques") montrent que les femmes sont plus souvent que les hommes soumises à des environnements et des produits toxiques (en résumé: elles ne les croisent pas que sur leur lieu de travail rémunéré, mais dans tous les moments de leur existence, jusque dans les produits cosmétiques et d'hygiène qu'elles utilisent, dans les traitements médicaux qu'elles suivent. Les femmes sont les plus empoisonnées d'abord parce qu'elles forment la majorité de la population mondiale (et que l'écrasante majorité de cette population est condamnée à vivre dans des environnements toxiques!), mais aussi parce qu'elles sont les plus pauvres parmi les plus pauvres et les plus méprisées dans presque tous les sytèmes sociaux et culturels.

Les scientifiques de la nature, les historiens, les sociologues, les philosophes et les juristes s'affrontent - malheureusement trop poliment et trop discrètement (il ne faudrait pas créer de polémique!) - sur cette difficulté à faire reconnaître les pollutions pour ce qu'elles sont vraiment: des empoisonnements, donc des crimes, des actes volontaires et répétés, visant à nuire à la majorité des populations pour affirmer le pouvoir, l'impunité et la domination écrasante de quelques uns.

Je comprends bien que la majorité des chercheuses et chercheurs ne veuillent pas endosser le travail de persuasion à mener. Parce que la nécessaire redéfinition de la pollution est politiquement dangereuse. On peut y laisser sa carrière et sa réputation! Et puis il est difficile d'admettre que dans la guerre que les dominants mènent pour maintenir leur hégémonie économique, politique, culturelle, ils soient prêts à utiliser toutes les armes, jusqu'à la plus sournoise, la plus écoeurante mais aussi la plus efficace: l'empoisonnement délibérée des populations vues comme des ennemis dangereux.

Car les puissants veulent, en polluant et en continuant à le faire en toute impunité, imposer leurs choix (législatifs et techniques d'abord) et leur idéologie (un capitalisme par essence destructeur qui repose sur l'idée d'inégalité et sur le mythe du "progrès technique" qui serait bon pour l'ensemble de l'humanité alors qu'il ne fait jamais l'objet de choix démocratiques).

En polluant, les dominants veulent aussi se distinguer et affirmer avec force et arrogance leur supériorité. Soit une supériorité de naissance: les premiers pollueurs au moment de la révolution industrielle étaient des nobles et ils ont alors acquis par le moyen de la chimie (de la soude ou du charbon) la capacité d'empoisonner en masse leurs contemporains (que cela soit en Grande-Bretagne ou plus tard, en France et en Allemagne). Ou par une supériorité acquise par le "mérite" et le travail: les bourgeois pollueurs - en France, en Allemagne, ou aux USA (Rockefeller, Carnegie, Ford, et leurs amis "les barons voleurs" pour ne citer que les plus connus) - ont passé leur temps à faire adopter des lois leur permettant d'échapper à la justice en cas d'empoisonnement de leurs voisins, de leurs ouvriers, de leurs clients, tout en imposant leurs choix à tout le monde.

Là encore, la chimie a joué un rôle éminent. On peut bien sur parler du pétrole (avec ses marées noires et ses continents de plastique), mais aussi du gaz (avec ses engrais azotés et son gaz moutarde). On pourrait aussi parler du nucléaire... Tout cela a participé et participe encore à empoissonner des populations pauvres que l'on juge en même temps responsables de la dégradation de la planète en raison de leur trop grand nombre. C'est évident: le peuple pollue tout par sa simple présence! Il suffit de regarder un fleuve comme la Tamise ou la Seine: une fois qu'il ressort des quartiers populaires, leurs flots sont répugnants!

Les dominants, en continuant à empoisonner les autres, prouvent aussi leur supériorité parce qu'ils vivent plus longtemps: leur durée de vie plus grande est aussi un moyen d'affirmer leur meilleure "nature" - même si c'est de la triche! Car, eux, ils parviennent à échapper presque jusqu'au bout, aux pollutions qu'ils provoquent. Ils peuvent, par exemple, installer leurs usines polluantes à l'est de Paris et vivre à l'ouest de la ville, car les vents dominants poussent les fumées de leurs usines vers l'est de la capitale, là où s'entassent les pauvres...

Leur objectif est toujours le même: démontrer leur supériorité en toute circonstance, même par delà la mort. Ce qui paraît parfois difficile à admettre jusqu'au jour où nous voyons enfin leurs gigantesques caveaux de famille comme de nouvelles pyramides ou d'immenses doigts d'honneur tendus par delà la mort à leurs contemporains. Les dominants doivent prouver sans cesse qu'ils font ce qu'ils veulent, qu'ils sont au dessus des lois, que les autres ne peuvent échapper à leur pouvoir de nuisance. Et ils veulent mourrir les derniers: c'est la preuve ultime de leur supériorité! Ils iront s'installer sur Mars, avec quelques dizaines de milliers d'esclaves dans les soutes de leur fusée, après avoir pourri la Terre et abandonner ses milliards d'habitants à leur triste sort.

Certains scientifiques sont vent debout contre la remise en question de la définition actuelle. Cela serait, à leurs yeux, un retour aux définitions anciennes, subjectives, non quantifiables (la question des seuils de pollution et des normes est en soi un autre sujet que nous ne verrons pas ici mais il y a des livres entiers à écrire sur l'immense escroquerie que sont normes et seuils de pollution!). Mais depuis les mouvements associant inégalités de genre, inégalités sociales, économiques, raciales et écologiques, les choses changent... doucement. Trop doucement!

Heureusement, il est maintenant possible d'écrire, comme l'a fait Max Liboiron que "Polluer, c'est coloniser" (titre de son livre paru en français en 2024) ou parler de carbo-fascisme ou de pétromasculinisme. L'omerta se fissure un peu!

Conclusion

Les pollutions sont donc un problème politique primordial, pas seulement une question écologique et sanitaire ou un souci de résidant des beaux quartiers amoureux des petits oiseaux et des légumes bio... C'est d'abord une question d'égalité!

Un Communeux, anarchiste déclaré, géographe et voyageur, défenseur d'une écologie égalitaire comme Elysée Reclus ne disait rien d'autre. Il avait parfaitement vu qu'en polluant les rivières les riches industriels atteignent les pauvres dans ce qu'ils ont de plus précieux: un cadre de vie sain et décent, une alimentation correcte, un air gratuit à respirer, des paysages à contempler...

Et un autre penseur, écrivain et historien, pas forcément un de nos alliés les plus évidents, a très bien dit cela en deux phrases datant de 1846!: «Vous allez, la loupe à la main, vous cherchez dans les ruisseaux, vous trouvez là je ne sais quoi de sale et d'immonde et vous nous le rapportez: Triomphe, triomphe! Nous avons trouvé le peuple.»

Il s'agissait de Jules Michelet et son livre s'intitulait sobrement: "Le peuple". Il avait compris, lui aussi, que les riches avaient déjà trouvé le coupable idéal pour lui attribuer tous leurs propres crimes: les pauvres! Car, grouillants et sales, dangereux et fainéants, mal élevés et ne sachant pas se nourrir, les misérables polluent tout, par leur nombre, par leur simple présence. Ce n'est en aucun cas les industriels, leurs complices ingénieurs, politiciens et juristes, leurs usines, leurs moteurs à essence, leur gaz moutarde, leurs centrales nucléaires, leurs banques, leur idéologie inégalitaire et donc forcément meurtrière.

R-Vitriol

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4618
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center