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(fr) Courant Alternative #356 (OCL) - Pourquoi la pollution est d'abord un gros problème d'égalité
Date
Thu, 22 Jan 2026 19:54:45 +0000
Introduction ---- Vous connaissez sans doute la définition scientifique
(et par conséquent juridique) actuelle de la pollution: elle
correspondrait à l'introduction de "quelque chose" (substances,
radiations...), généralement (mais pas obligatoirement) liée à une
activité humaine, dans l'environnement (au sens de ce "grand bidule plus
ou moins naturel qui nous entoure" où l'on distingue l'eau, le sol et
l'air mais aussi le vivant non-humain), ayant des conséquences sur la
santé (voire la vie) des êtres vivants qui s'y trouvent. ---- Dans le
langage courant, et surtout dans la vulgarisation journalistique, la
pollution c'est tout ce qui "menace notre équilibre": nos santés
physique et mentale (qui sont bien sur liées, chez un grand nombre
d'animaux, et pas seulement chez l'humain...). Elle correspond alors à
des substances chimiques, des radiations, du bruit, un excès de lumière
ou de chaleur, et parfois même à la publicité vue comme une "pollution
visuelle"...
Mais, pour plusieurs raisons, cette définition est totalement bancale
(aussi bien pour les sciences de la nature que pour les sciences
humaines) et surtout, malheureusement, elle n'a aucun effet positif si
l'on veut se débarasser des pollutions (et en punir les auteurs!).
Des jeux de langage
D'abord il faut se méfier des usages du singulier et du pluriel. Le
pluriel permet de tout mettre sur le même plan (les "pollutions" sont
alors comparables) alors que le singulier "la pollution" désigne non
plus des "trucs divers" (qu'on appelera des "polluants"), ni un
processus, ni des conséquences d'importance variable (selon la quantité
ou la dangerosite du polluant par exemple) mais un acte. Et ce point est
essentiel!
En résumé et par comparaison, ce petit jeu de langage
(pluriel/singulier) ressemble à l'entourloupe classique: celle du
passage de la bombe "atomique" à la centrale "nucléaire". Par la
substitution de mot, on a l'impression de ne pas parler de la même
chose. Et pourtant, dès le début, on parlait de "l'atome pour la guerre"
et donc de "l'atome pour la paix"... ce qui rappelait qu'on parlait bien
de la même chose, du même danger. Comme pour les pollutions.
Le sens moderne du mot pollution est d'origine anglaise. Il a commencé à
être utilisé en France dans le sens général que nous lui prêtons à la
fin des années 1860.
Et au passage, cet usage a complètement effacé les deux sens classiques
qu'il avait en français. Pollution voulait en effet dire d'abord
"salissure provoquée par un animal dans un lieu sacré" (comme un chien
qui ferait ses besoins dans une église). Et ensuite, pollution
signifiait "rejet nocturne involontaire de sperme" (des rejets associés
à des pensées impures: encore une fois l'aspect religieux et moral est
très présent mais il sert aussi à dédouaner les auteurs des pollutions:
le chien qui urine ou l'adolescent qui souille ses draps ne le font pas
exprès! Il suffit d'ailleurs de nettoyer les liquides sales avec de
l'eau douce (bénite ou pas!) et la "faute" est réparée!
Soulignons tout de suite l'aspect "involontaire" que contenaient ces
anciennes significations car il est encore présent dans nos usages
actuels du mot pollution. Or ce caractère involontaire pose problème. Et
ce pour deux raisons.
D'abord car les pollueurs ne feraient pas exprès de polluer. Ils le
feraient par inadvertance ou ignorance. Cette idée est contraire à
toutes les conclusions sérieuses pouvant être tirées de l'étude des
pollutions depuis au moins deux siècles: les pollueurs savent très bien
ce qu'ils font et se moquent des conséquences de leurs actes.
Détournement d'une pub des Chantiers de l'Atlantique par VAMP, une
association de riverains...
Ensuite parce quc ce caractère involontaire permet de dédouaner les
pollueurs: même s'ils doivent payer des réparations selon le fameux
principe "pollueur-payeur" (qui peut se résumer par la formule suivante:
"si tu es riche, tu es autorisé à polluer!"), ils ne sont vraiment
responsables des effets des pollutions. Et lorsque ces effets se font à
long terme - comme de lents empoisonnements, sournois et permanents des
milieux et des gens - eh bien, c'est le problème des générations
suivantes et des collectivités en général. Ce n'est pas leur problème.
De toute façon, ils ont parfois disparu du coin devenu, par leur faute,
impropre à la vie ou à une vie décente.
Les pollueurs en tant qu'individus ne sont presque jamais reconnus
coupables et depuis que les sociétés par actions ont pris l'importance
que l'on sait (surtout à partir des années 1870... encore durant la même
période!), les individus pollueurs ne sont plus jamais jugés
responsables du tout! C'est la société dont ils sont actionnaires qui
paiera. Enfin, disons pour être plus juste que leur société "paiera
peut-être ou dans très longtemps", les amendes ridicules que la justice
aura bien voulu lui infliger en cas de procès.
Alors pourquoi l'usage contemporain du mot pollution a-t-il pu si
facilement effacer les anciennes significations de ce mot?
D'abord parce que cet usage a très vite bénéficié de l'autorité des
savants et médecins britaniques qui étaient alors les spécialistes du
sujet (en raison des pollutions précoces associées à la première
révolution industrielle qui débute en Grande-Bretagne, fin XVIIIe, et de
la "grande puanteur" de la Tamise à la fin des années 1850).
Mais aussi parce que le mot pollution va permettre de masquer un autre
mot déjà utilisé pour la désigner dans sa forme la plus grave: le mot
"empoisonnement"! Or cet acte-là est, quant à lui, clairement
volontaire, délibéré et il réclame une condamnation à la hauteur de sa
gravité. De tout temps, et au moins jusqu'à la révolution industrielle
(encore!), l'empoisonnement était considéré comme le crime le plus grave
car il est prémédité, dissimulé, sournois, lâche, commis à distance,
avec un effet parfois retardé...
Le mot pollution va même remplacer d'autres mots qui avaient le mérite
de la clarté comme les mots "nuisance", "inconvénient", "désagrément"...
parce qu'on voit bien en les disant qu'ils impliquent des victimes. Le
mot pollution lui ne comporte pas cette dimension: il a l'avantage
d'avoir l'air neutre...
Un son perçant qui nous vrille les oreilles est une nuisance. Les
vibrations des moteurs diésel des gros navires apportant des tonnes de
soja puant dans un port breton - port dont le maire ne veut pas
électrifier les quais parce qu'il préfère garder assez de courant pour
électrifier un nouveau stade de foot loin du centre-ville (alors qu'il y
en a déjà un, sympa et populaire, dans le coeur de la ville...) sont des
"nuisances", tout comme l'odeur répugnante du soja dans les rues (et qui
cause des migraines et des vomissements)... Le mot "nuisance" est
claire: il a bien un "nuisible" qui est à l'origine du problème. Au
nuisible de faire cesser la nuisance qui, par définition, nuit aux
autres. Et une nuisance n'a pas besoin d'être mesurée, quantifiée: elle
est vue comme telle par celles et ceux qui la subissent parce que son
caractère est évident et, sauf mauvaise foi, indéniable. On voit bien
que les victimes - mais aussi les responsables et coupables! - sont
immédiatement signalées dans l'utilisation du mot nuisance. Comme dans
les mots inconvénient ou désagrément.
La fonction politique de la définition actuelle: masquer ou diluer les
responsabilités!
Nouveau souci: la définition actuelle est ce qu'on appelle une
métonymie. C'est-à-dire qu'on confond la cause avec la conséquence: on
parle en effet de pollution après l'arrivée des polluants, autrement dit
"quand elle est déjà là"... On confond en quelque sorte polluant et
pollution car on ne regarde plus que la conséquence de la présence du
"truc en trop" (pétrole, plastique, radiations...) qui en est la cause
matérielle.
Et pire encore, on finit même par oublier la "vraie" cause de la
pollution. Et cette cause, ce n'est pas l'ignorance des effets du
polluant, c'est la décision du pollueur.
On peut en effet ignorer les effets d'un polluant la première fois qu'on
le libère dans l'environnement. C'est irresponsable mais c'est possible.
Pourquoi irrresponsable? Parce que pour balancer une substance (parfois
artificielle) pour la première fois dans la nature, il faut quand même
être parfaitement irresponsable. Mais admettons que cela soit possible
de le faire et qu'on le fasse. On en voit aussitôt les effets négatifs.
Donc, dès la seconde fois qu'on pollue, on sait très bien ce qu'on
risque et les conséquences de son acte. L'excuse de l'ignorance n'est
valable qu'une fois!
Imaginons maintenant que ce soit la quantité de la substance qui joue le
rôle principal. Imaginons qu'on en ait libéré une immense quantité dans
la nature et que cela s'avère toxique. On peut encore plaider qu'on ne
savait pas et qu'on ne libérera plus autant de polluants par la suite...
c'est la fameuse invention des seuils. Ils sont tous plus ou moins faux.
Car on sait depuis près de 70 ans que la quantité de polluant n'est pas
vraiment liée à ses effets négatifs. Un polluant comme le DDT peut
s'accumuler dans la chair des animaux et devenir mortel pour les plus
gros prédateurs du milieu sans être réellement toxiques pour les animaux
les plus petits servant de nourriture aux autres. Un polluant peut aussi
être plus dangereux à petite dose (c'est l'exemple des perturbateurs
endocriniens). Ce qui contredit l'idée que c'est la dose qui fait le
poison! Enfin, deux substances sans effet quand elles sont séparées
peuvent constituer un véritable coktail toxique en petite quantité quand
on les met en contact avec un être vivant... Bref, même si on a compris
tout ça depuis des décennies, on continue à agir comme si c'était les
excès de polluants - souvent visibles comme une marée noire - qui
posaient problème. Pourtant c'est chaque jour, à petite dose,
sournoisement et en toute connaissance, que les populations du globe
sont empoisonnées par toute une panoplie d'armes de destruction massive...
On peut le dire dès maintenant, quitte à choquer notre matérialisme
classique (souvent d'inspiration marxiste) et notre rationalisme
rassurant (parce qu'il nous donne l'impression que nous pourrions
trouver des solutions scientifiques et techniques au problème des
pollutions), ce n'est pas l'industrialisation, ni le mode de production
capitaliste, ni le souci de faire des économies... qui sont à la base
des agissements meurtriers que sont les pollutions. Non! Pour reprendre
le vocabulaire marxiste, il faut en chercher la cause dans les
superstructures de notre société. Les pollutions tiennent leur origine
dans la conviction ancrée chez le dominant de sa supériorité naturelle,
et dans sa volonté délibérée de prouver en toute circonstance, par tous
les moyens qu'il est supérieur aux autres et aux lois communes. La vraie
cause de la pollution c'est le sentiment de supériorité propre au
pollueur. Car, en tant que dominant (économique, politique et culturel),
il prend en toute conscience la décision d'agir de manière criminelle et
d'empoisonner ses contemporains. Et en faisant cela, il prouve sa
supériorité car un dominant n'a pas à justifier a priori ses actes, ses
décisions, ses paroles... Il est partout chez lui. La nature est son
bien. Il en use et en abuse autant qu'il veut comme le droit de
propriété le lui permet. Il a toujours le droit de faire ce qu'il fait.
Et s'il doit se justifier - toujours sous la pression et jamais de
lui-même - il le fera seulement a posteriori. Et il trouvera le moyen de
tricher - par la loi, grâce à l'argent... - pour échapper à ses
responsabilités.
C'est-là sans doute le pire aspect de la définition actuellement admise.
En permettant de confondre polluant, pollution et pollueur, cette
définition finit par nous faire oublier la cause première de la
pollution qui est toujours le résultat d'un choix. Une pollution est une
violence, parfois différée dans le temps et dans l'espace, mais elle est
bien une violence. Et elle permet au dominant de soumettre les autres -
ses contemporains - voire à les supprimer s'ils resistent ou s'ils font
mine de lui demander des comptes.
Autre problème, cette définition est un immense "fourre-tout" qui sème
la confusion. Une pollution est forcément d'origine humaine. Quand on
dresse la liste des pollutions, on y ajoute tout un tas de phénomènes
qui sont pas des pollutions et cela permet aux polleurs de diluer leur
crime. Par exemple, du pétrole qui s'échappe d'une roche en surface ou
sous l'eau n'est pas une pollution, c'est un "suintement naturel".
Il faut être clair: une pollution est toujours artificielle et elle est
toujours volontaire. Et les scientifiques de la nature (chimistes et
biologistes principalement) ne peuvent pas être les seuls autorisés à
nommer pollution un "phénomène". Il faudrait aussi écouter les victimes
de ce phénomène et, quand celles-ci disent qu'elles se sentent atteintes
dans leur santé, leur bien-être et leur dignité, en tenir compte! Bref,
ne pas se baser que sur des données chiffrées, des mesures, pour affimer
qu'il y a ou non une pollution en cours quelque part.
Si nous continuons à répéter, comme des perroquets décérébrés, la
définition inconséquente que les technocrates (ingénieurs,
polytechniciens, politiciens et juristes) ont réussi à nous imposer,
nous n'arriverons à rien.
Enfin, l'expression "généralement d'origine humaine" pose elle aussi
problème. Elle laisse croire que nous serions toutes et tous à l'origine
des pollutions. Or, nous n'avons jamais choisi de les "émettre" ni de
les "commettre" et encore moins de les subir.
La définition est donc tronquée car elle ne parle pas des causes réelles
des pollutions et insiste plutôt sur leurs effets - leurs conséquences -
plutôt que, d'une part, sur les raisons qui poussent certains à polluer
et d'autre part sur les conditions qui leur permettent de continuer en
toute impunité à empoisonner les autres (et parfois eux-mêmes, mais
toujours dans une moindre mesure).
Alors, cette définition est-elle réellement sérieuse, "scientifique" (au
sens de rigoureuse, complète, efficace, pertinente, opératoire, liée au
monde matériel, etc.)? Ou est-elle d'abord un moyen de "diluer", voire
de masquer, les responsabilité des uns - les quelques pollueurs - et la
soumission des autres - les innombrables pollués - en racontant que nous
sommes toutes et tous à l'origine des pollutions?
L'exemple des pollutions pétrolières
Prenons un exemple assez classique pour souligner le caractère obscène
et écoeurant de ce type de tour de passe-passe: les pollutions pétrolières.
En 2018, lors d'une audience au tribunal fédéral de San-Francisco,
l'avocat de Chevron, ExxonMobil, Shell, ConocoPhillips et British
Petroleum, affirme que le «changement climatique est réel» et qu'il est
«extrêmement probable» que l'activité humaine en soit la cause
principale, mais... la responsabilité de ce réchauffement devrait être
partagée entre, d'un côté, quelques industries du pétrole et, d'autre
part, quelques milliards de consommateurs d'essence. Parce que,
explique-t-il encore: «l'extraction ou la production de pétrole» ne sont
jamais mises en cause directement dans les émissions de CO2. Ce qui en
est responsable c'est «l'activité économique» qui, pour procurer à
chacun de nous énergie, matières premières, nourriture, loisirs, objets
manufacturés... brule en énorme quantité des combustibles fossiles.
Autrement dit, les entreprises qu'il représente ne peuvent être
poursuivies devant les tribunaux car nous sommes, nous autres,
consommateurs insatiables, les vrais coupables des pollutions
atmosphériques et du déréglement climatique associé!
On voit ici, dans cette anecdote assez récente, l'efficacité délétère de
la définition de la pollution. Car l'histoire nous montre clairement que
l'argument de l'avocat n'est qu'un ignoble mensonge. Depuis quand
sait-on que le pétrole est un polluant? Depuis les années 1860, juste
après le début de son exploitation indutrielle, qui débute
officiellement aux USA en 1859. Dès 1862, par exemple, un médecin
autrichien dénonce ses effets sur la santé des personnes (marins,
dockers, ouvriers...) qui sont obligés de le manipuler! Dès les années
1870, le pétrole est mesuré, parmi d'autres substances chimiques, comme
un polluant des eaux douces. Au début des années 1880, des biologistes
et médecins russes en démontrent les effets néfastes sur les animaux de
la Volga et de la mer Caspienne et sur la santé des ouvriers des champs
pétrolifères de Bakou... On sait tout des effets du pétrole depuis le
début et même bien avant qu'on l'utilise comme source d'énergie dans des
moteurs à explosion (qui commencent à se diffuser pendant les années
1880)! Jusque-là, les dérivés du pétrole servaient dans la peinture, le
graissage des machines et les lampes à pétrole... Après, le pétrole et
le gaz envahiront tous les espaces, tous les domaines de nos vies. On
parle même d'une pétrolisation des sociétés (qui rencontre partout des
résistances plus ou moins puissantes mais toutes tôt ou tard vaincues
par la force, la loi, le commerce, l'imposition du mode destructeur de
"développement" que nous subissons depuis).
Et dès le début aussi, on en connaît le caractère dangereux: des bateaux
de transport prennent feu dans des ports aux USA, en Angleterre, en
France dans les années 1860. Des accidents domestiques sont nombreux à
cause des lampes à pétrole (et frappent surtout femmes et enfants). On
va même l'utiliser dans des bombes incendiaires comme lors de la guerre
franco-prussienne de 1870. Et les Versaillais craignaient que les
Parisiens ne les utilisent pour bruler Paris pendant la Commune. Les
premiers navires pétroliers coulent dans les années 1890. Et la première
marée noire repérée date de... 1907! soixante ans avant celle que l'on
cite généralement - celle du Torrey Canyon dans la Manche - comme la
première de l'histoire. Encore une fois, l'histoire officielle n'est
jamais très précise et masque plus de choses qu'elle nous en rélève.
Et enfin, a-t-on une seule fois depuis les années 1860, demander aux
gens s'ils souhaitaient voir du pétrole partout autour d'eux (puis en
eux sous forme de microplastiques ou de dérivés d'essence)? A-t-on pu un
jour démocratiquement contester cette pétrolisation de nos sociétés? Jamais!
La fonction politique de la pollution
Pourquoi les pollutions sont-elles un problème politique? Parce que les
dégradations des paramètres vitaux d'un écosystème atteignent toujours
la santé humaine. Mais aussi parce que nous ne sommes jamais atteints
toutes et tous de la même manière par les pollutions. Autrement dit,
leur dangerosité est directement liée aux inégalités sociales, de genre
et de race: les populations les plus pauvres, racisées et féminines sont
les plus exposées et touchées par les pollutions (hier la Cancer Valley
aux USA... Aujourd'hui, les gens du voyage en France vivent dans les
zones les plus polluées des villes). Les femmes en sont même la cible
privilégiée: les études menées dans le milieu du travail (rémunérés ou
"domestiques") montrent que les femmes sont plus souvent que les hommes
soumises à des environnements et des produits toxiques (en résumé: elles
ne les croisent pas que sur leur lieu de travail rémunéré, mais dans
tous les moments de leur existence, jusque dans les produits cosmétiques
et d'hygiène qu'elles utilisent, dans les traitements médicaux qu'elles
suivent. Les femmes sont les plus empoisonnées d'abord parce qu'elles
forment la majorité de la population mondiale (et que l'écrasante
majorité de cette population est condamnée à vivre dans des
environnements toxiques!), mais aussi parce qu'elles sont les plus
pauvres parmi les plus pauvres et les plus méprisées dans presque tous
les sytèmes sociaux et culturels.
Les scientifiques de la nature, les historiens, les sociologues, les
philosophes et les juristes s'affrontent - malheureusement trop poliment
et trop discrètement (il ne faudrait pas créer de polémique!) - sur
cette difficulté à faire reconnaître les pollutions pour ce qu'elles
sont vraiment: des empoisonnements, donc des crimes, des actes
volontaires et répétés, visant à nuire à la majorité des populations
pour affirmer le pouvoir, l'impunité et la domination écrasante de
quelques uns.
Je comprends bien que la majorité des chercheuses et chercheurs ne
veuillent pas endosser le travail de persuasion à mener. Parce que la
nécessaire redéfinition de la pollution est politiquement dangereuse. On
peut y laisser sa carrière et sa réputation! Et puis il est difficile
d'admettre que dans la guerre que les dominants mènent pour maintenir
leur hégémonie économique, politique, culturelle, ils soient prêts à
utiliser toutes les armes, jusqu'à la plus sournoise, la plus écoeurante
mais aussi la plus efficace: l'empoisonnement délibérée des populations
vues comme des ennemis dangereux.
Car les puissants veulent, en polluant et en continuant à le faire en
toute impunité, imposer leurs choix (législatifs et techniques d'abord)
et leur idéologie (un capitalisme par essence destructeur qui repose sur
l'idée d'inégalité et sur le mythe du "progrès technique" qui serait bon
pour l'ensemble de l'humanité alors qu'il ne fait jamais l'objet de
choix démocratiques).
En polluant, les dominants veulent aussi se distinguer et affirmer avec
force et arrogance leur supériorité. Soit une supériorité de naissance:
les premiers pollueurs au moment de la révolution industrielle étaient
des nobles et ils ont alors acquis par le moyen de la chimie (de la
soude ou du charbon) la capacité d'empoisonner en masse leurs
contemporains (que cela soit en Grande-Bretagne ou plus tard, en France
et en Allemagne). Ou par une supériorité acquise par le "mérite" et le
travail: les bourgeois pollueurs - en France, en Allemagne, ou aux USA
(Rockefeller, Carnegie, Ford, et leurs amis "les barons voleurs" pour ne
citer que les plus connus) - ont passé leur temps à faire adopter des
lois leur permettant d'échapper à la justice en cas d'empoisonnement de
leurs voisins, de leurs ouvriers, de leurs clients, tout en imposant
leurs choix à tout le monde.
Là encore, la chimie a joué un rôle éminent. On peut bien sur parler du
pétrole (avec ses marées noires et ses continents de plastique), mais
aussi du gaz (avec ses engrais azotés et son gaz moutarde). On pourrait
aussi parler du nucléaire... Tout cela a participé et participe encore à
empoissonner des populations pauvres que l'on juge en même temps
responsables de la dégradation de la planète en raison de leur trop
grand nombre. C'est évident: le peuple pollue tout par sa simple
présence! Il suffit de regarder un fleuve comme la Tamise ou la Seine:
une fois qu'il ressort des quartiers populaires, leurs flots sont
répugnants!
Les dominants, en continuant à empoisonner les autres, prouvent aussi
leur supériorité parce qu'ils vivent plus longtemps: leur durée de vie
plus grande est aussi un moyen d'affirmer leur meilleure "nature" - même
si c'est de la triche! Car, eux, ils parviennent à échapper presque
jusqu'au bout, aux pollutions qu'ils provoquent. Ils peuvent, par
exemple, installer leurs usines polluantes à l'est de Paris et vivre à
l'ouest de la ville, car les vents dominants poussent les fumées de
leurs usines vers l'est de la capitale, là où s'entassent les pauvres...
Leur objectif est toujours le même: démontrer leur supériorité en toute
circonstance, même par delà la mort. Ce qui paraît parfois difficile à
admettre jusqu'au jour où nous voyons enfin leurs gigantesques caveaux
de famille comme de nouvelles pyramides ou d'immenses doigts d'honneur
tendus par delà la mort à leurs contemporains. Les dominants doivent
prouver sans cesse qu'ils font ce qu'ils veulent, qu'ils sont au dessus
des lois, que les autres ne peuvent échapper à leur pouvoir de nuisance.
Et ils veulent mourrir les derniers: c'est la preuve ultime de leur
supériorité! Ils iront s'installer sur Mars, avec quelques dizaines de
milliers d'esclaves dans les soutes de leur fusée, après avoir pourri la
Terre et abandonner ses milliards d'habitants à leur triste sort.
Certains scientifiques sont vent debout contre la remise en question de
la définition actuelle. Cela serait, à leurs yeux, un retour aux
définitions anciennes, subjectives, non quantifiables (la question des
seuils de pollution et des normes est en soi un autre sujet que nous ne
verrons pas ici mais il y a des livres entiers à écrire sur l'immense
escroquerie que sont normes et seuils de pollution!). Mais depuis les
mouvements associant inégalités de genre, inégalités sociales,
économiques, raciales et écologiques, les choses changent... doucement.
Trop doucement!
Heureusement, il est maintenant possible d'écrire, comme l'a fait Max
Liboiron que "Polluer, c'est coloniser" (titre de son livre paru en
français en 2024) ou parler de carbo-fascisme ou de pétromasculinisme.
L'omerta se fissure un peu!
Conclusion
Les pollutions sont donc un problème politique primordial, pas seulement
une question écologique et sanitaire ou un souci de résidant des beaux
quartiers amoureux des petits oiseaux et des légumes bio... C'est
d'abord une question d'égalité!
Un Communeux, anarchiste déclaré, géographe et voyageur, défenseur d'une
écologie égalitaire comme Elysée Reclus ne disait rien d'autre. Il avait
parfaitement vu qu'en polluant les rivières les riches industriels
atteignent les pauvres dans ce qu'ils ont de plus précieux: un cadre de
vie sain et décent, une alimentation correcte, un air gratuit à
respirer, des paysages à contempler...
Et un autre penseur, écrivain et historien, pas forcément un de nos
alliés les plus évidents, a très bien dit cela en deux phrases datant de
1846!: «Vous allez, la loupe à la main, vous cherchez dans les
ruisseaux, vous trouvez là je ne sais quoi de sale et d'immonde et vous
nous le rapportez: Triomphe, triomphe! Nous avons trouvé le peuple.»
Il s'agissait de Jules Michelet et son livre s'intitulait sobrement: "Le
peuple". Il avait compris, lui aussi, que les riches avaient déjà trouvé
le coupable idéal pour lui attribuer tous leurs propres crimes: les
pauvres! Car, grouillants et sales, dangereux et fainéants, mal élevés
et ne sachant pas se nourrir, les misérables polluent tout, par leur
nombre, par leur simple présence. Ce n'est en aucun cas les industriels,
leurs complices ingénieurs, politiciens et juristes, leurs usines, leurs
moteurs à essence, leur gaz moutarde, leurs centrales nucléaires, leurs
banques, leur idéologie inégalitaire et donc forcément meurtrière.
R-Vitriol
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4618
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