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(fr) Monde Libertaire - Le retour de l'empire de la violence
Date
Mon, 19 Jan 2026 18:32:23 +0000
Les forces américaines ont attaqué le Vénézuéla et enlevé le président
vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse lors d'un raid militaire. Trump
a annoncé très fier de lui qu'aucun militaire américain n'avait été
blessé dans l'opération menée avec l'aide de la CIA et des forces
spéciales Delta. Il a juste oublié de préciser que cette opération a
fait plus de 100 morts du côté vénézuélien. Les autorités vénézuéliennes
ont également accusé les États-Unis d'avoir ciblé des zones civiles, ce
qui aurait uniquement servi à détourner l'attention de l'opération de
kidnapping. ---- Cette attaque, image du nouvel impérialisme américain,
a commencé avec la destruction de petits bateaux, soi-disant de
narcotrafiquant, qui ont fait 115 morts sans qu'aucune preuve n'ait
jamais été apportée sur ce narcotrafic. Il est évident que tout cela ne
vise bien sur que le pétrole du Vénézuéla, qui possède les plus
importantes réserves prouvées au monde et également les terres rares que
contient le sous-sol de ce pays. En 1997, le pays produisait près de 5 %
de la production mondiale, mais l'embargo américain, et non pas la
corruption, comme le dit Trump, sur les pièces de rechange pour les
machines nécessaires pour le forage a anéanti cette industrie. Il est
bon de rappeler que la grande majorité des puits de forage sont de
construction américaine.
Cette attaque arrive après que Maduro se soit déclaré prêt à négocier et
à coopérer avec les États-Unis dans la lutte contre le narcotrafic et
sur l'accès aux réserves de pétrole
vénézuéliennes! Rappelons-nous que les États-Unis larguèrent les deux
bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki alors que les Japonais
étaient en train de discuter la reddition du Japon. Tout comme les
bombes atomiques sur le Japon étaient un message à l'URSS, l'enlèvement
de Maduro est un message à la Russie, à la Chine et à un autre niveau à
Cuba et à l'Amérique latine. Les États-Unis adorent envoyer des messages
de domination géopolitique, peu importe le nombre de morts que cela
entraîne: plus de 200 au Vénézuéla et 220 000 au Japon, sans compter les
cas ultérieurs de cancers ou autres effets secondaires.
Après avoir déclaré que les États-Unis s'impliqueraient «très fortement»
dans l'industrie pétrolière vénézuélienne, Trump insista en disant, je
cite «Nous allons diriger le pays jusqu'à ce qu'une transition sure,
appropriée et judicieuse soit possible» et a laissé entendre que cela
pourrait prendre des années. Il a ajouté «nous allons récupérer le
pétrole que, franchement, nous aurions du récupérer depuis longtemps».
Bien entendu que cette opération s'est faite en dehors du droit
international et même du droit américain. La lutte contre le narcotrafic
ne constitue pas un fondement juridique du recours à la force. De plus,
l'administration Trump n'a pas sollicité l'autorisation du Congrès avant
d'attaquer le Vénézuéla, comme l'exige la Constitution. Aux États-Unis,
la Chambre des représentants et le Sénat sont censés donner leur aval en
cas de conflits à l'étranger. Or, ils n'ont été ni consultés ni même
informés, mais viennent de décliner de limiter les pouvoirs de Trump au
Vénézuéla! Trump a déclaré dans une interview qu'il n'y avait qu'«une
seule chose» pour limiter son pouvoir mondial, qui est: «Ma propre
moralité. Ma propre volonté. C'est la seule chose qui puisse m'arrêter».
Il a ajouté qu'il n'avait que faire du droit international.
Trump a dit avoir discuté avec les patrons des grandes compagnies
pétrolières américaines avant et après l'opération. Ils lui auraient
confirmé qu'ils «meurent d'envie de retourner au Vénézuéla» ou y rester,
comme la compagnie Chevron qui est la seule à être restée quand Hugo
Chávez, alors président du pays, nationalisait des pans entiers de
l'industrie pétrolière vénézuélienne, contraignant les investisseurs
étrangers à accepter des participations réduites dans les projets. Le
PDG de Chevron, Mike Wirth, déclara «Si nous partions à chaque désaccord
avec le gouvernement, nous quitterions tout, y compris ce pays»!
La même chose s'est produite en Bolivie. Le documentaire que j'ai
réalisé qui se nomme «La Fin de la Pauvreté?» nous a conduit en Bolivie,
où nous avons eu une longue conversation avec le vice-président d'Evo
Morales, Álvaro García Linera, théoricien marxiste et ancien guérillero,
qui fut vice-président pendant 13 ans. Il nous a expliqué que pendant
plus de 50 ans, les sociétés américaines ont exploité le pétrole et
surtout le gaz bolivien et le partage des profits était de 82% pour les
sociétés américaines et 18% pour la Bolivie. Quand ils sont arrivés au
pouvoir, ils ont dit: maintenant les choses vont être inversées, durant
les prochaines 50 années, vous, les sociétés pétrolières allez recevoir
18% et la Bolivie 82% des profits. La réponse de toutes les sociétés fut
qu'elles allaient quitter le pays. Mais finalement elles sont toutes
restées, contentes de toucher leurs 18%.
Il est bon de rappeler que les sociétés pétrolières ont versé 19
millions de dollars au fonds d'investiture de Donald Trump, Chevron
ayant effectué la plus importante contribution de 2 millions de dollars.
Trump a d'ailleurs continué à saisir les pétroliers transportant du brut
vénézuélien, y compris récemment un navire battant pavillon russe au
large de l'Écosse, opération à laquelle le Royaume-Uni a participé! Il a
annoncé que les dirigeants intérimaires du Vénézuéla remettraient entre
30 et 50 millions de barils de pétrole, que les États-Unis vendraient au
prix du marché et que cet argent serait, d'après Trump: «sous mon
contrôle, en tant que président des États-Unis d'Amérique». Il a ajouté
que le Vénézuéla n'achèterait que des produits américains financés par
les recettes de son pétrole.
Il faut comprendre que l'opération visant à contrôler le Vénézuéla
remonte à de nombreuses années et a commencé durant la présidence d'Hugo
Chavez. Plus récemment, en janvier 2019, l'administration Trump a
reconnu Juan Guaidó, un député d'opposition peu connu, comme président
du Vénézuéla, alors que Maduro avait été donné vainqueur des élections.
Le monde entier accusa Maduro d'avoir falsifié les élections, tout comme
Chavez à son époque. J'étais au Vénézuéla durant l'une des élections que
Chavez remporta, et je me fis expliquer par les observateurs des Nations
Unies que les élections au Vénézuéla étaient beaucoup plus contrôlées
que dans les autres pays. Chaque électeur reçoit de la machine
électronique une copie papier de son bulletin de vote qu'il peut
vérifier et apporter en cas de contestation. Ils ont même déclaré devant
ma caméra qu'à l'époque, ils n'avaient constaté aucune irrégularité
durant l'élection. Ce que nous avons aussi vu, c'est l'immeuble
qu'occupait la CIA qui propageait ce genre de fausses informations et
oeuvrait à la déstabilisation du régime.
Pourtant, la reconnaissance de Guaidó fut suivie peu après par le Canada
et d'autres pays d'Amérique latine et d'Europe, dont le Royaume-Uni,
l'Espagne, la France, l'Allemagne, la Suède et le Danemark. Mais en
quelques mois, il devint évident que la tentative de changement de
régime avait échoué: l'ensemble du territoire vénézuélien, les
ministères et l'armée restaient sous le contrôle de Maduro.
Dans notre précédente chronique, nous avons montré comment le comité du
prix Nobel a joué un rôle essentiel dans cette opération décernant le
prix noble de la Paix à Maria Corina Machado, va-t'en-guerre
vénézuélienne de la première heure qui oeuvre depuis des dizaines
d'années pour l'intervention militaire américaine. La semaine dernière,
Julian Assange, fondateur de Wikileaks, a lancé une action judiciaire
contre le comité Nobel pour les mêmes raisons. Le comité Nobel a donc
donné ainsi une légitimité à l'intervention américaine. Maintenant même
CNN appelle Machado le «leader de l'opposition», ce qu'elle n'est
définitivement pas, au moment où elle va être reçue par Trump à la
Maison Blanche à qui elle a promis de donner son Prix Nobel!
Trump adresse maintenant des avertissements à peine voilés aux
gouvernements du Mexique, de la Colombie et de Cuba, disant du président
colombien Gustavo Petro qu'il «possède des laboratoires de cocaïne et
des usines où il fabrique de la cocaïne» ajoutant qu'il faut qu'il fasse
«gaffe à son cul»!
Cet impérialisme guidé par les intérêts financiers dessine-t-il un
nouvel ordre mondial basé sur la loi du plus fort? Surement, car en même
temps, les valeurs mondiales des sociétés d'armement ont connu une forte
hausse en ce début d'année, gagnant en moyenne plus de 10 %. Les
performances les plus impressionnantes ont été réalisées par les géants
européens de l'industrie militaro-industrielle, tels que Saab et
Rheinmetall, qui ont progressé respectivement d'environ 25 % et 20,5 %.
Cela fait suite à l'augmentation massive de 50 % des dépenses de défense
américaines, pour atteindre 1 500 milliards de dollars en 2027, un
montant que Trump juge nécessaire pour bâtir une «armée de rêve». Pour
le plaisir, notons que Trump vient d'annoncer qu'une nouvelle armée
navale de «20 à 25 navires» de grande taille allait être construite,
baptisée la «Trump Class USS Defiant». Il a ajouté: «Chacun d'eux sera
le plus grand navire de guerre de l'histoire de notre pays» et même «du
monde»!
Maduro, quant à lui, a été transféré devant un tribunal de New York pour
se défendre de l'accusation d'orchestrer le trafic de drogues vers les
États-Unis. Il a plaidé non coupable. Il est intéressant de noter que la
charge principale de Trump selon laquelle Maduro était le chef d'un
cartel de trafiquants de drogues, charge sans aucune preuve, et qui a
justifié son enlèvement, a été retirée des chefs d'accusation apportés
devant le tribunal. Maduro est maintenant détenu à l'isolement, forme de
torture préférée des États-Unis, dans une prison fédérale connue pour
ses «conditions barbares».
Philippe Diaz
«L'Autre Voix de l'Amérique»
www.philippe-diaz.com
https://monde-libertaire.net/?articlen=8795
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