|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 40 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
_The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours |
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025 |
of 2026
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Alternative Libertaire #375 (UCL) - Léa LV (Vietnam dioxine): «On est face à un véritable colonialisme chimique»
Date
Sun, 18 Oct 2026 21:16:51 +0300
Entre 1961 et 1971, les États-Unis ont déversé sur une grande partie du
Vietnam l'agent orange, un herbicide puissant utilisé comme arme de
guerre lors de la deuxième guerre d'Indochine. Ce sont des millions de
personnes qui ont été touchées et tuées par cet agent, ou qui ont
survécu et ont été contaminées. Alternative libertaire s'est entretenue
avec Léa LV du collectif Vietnam dioxine. ---- AL: Quelles est
l'histoire du collectif Vietnam dioxine? Pourquoi avoir créé un
collectif sur l'agent orange? ---- Léa LV: Le collectif a été créé en
2004 à l'initiative de jeunes d'une association qui s'appelle l'Union
des jeunes Vietnamiens de France. Elles et ils ont fait un voyage au
Vietnam où elles et ils ont rencontré des victimes de l'agent orange et
ont décidé de créer une association qui les aiderait depuis la France et
qui ferait connaître ce crime. Depuis 2005, Vietnam dioxine commence à
faire des actions de visibilisation et récupère des dons pour des
projets d'aide au Vietnam comme des constructions, des centres d'accueil
pour les victimes qui ont besoin d'aide au quotidien.
Plus de 20ans après le collectif continue cette lutte puisque la
reconnaissance des crimes, la justice et la réparation n'ont pas été
apportées. Depuis 2014, le collectif accompagne aussi Tran To Nga, une
résistante franco-vietnamienne directement impactée par l'agent orange
et qui intente un procès aux multinationales qui l'ont fabriqué. Le
collectif se structure autour de ce procès, mais continue de s'engager
sur des questions de mémoires, de justices et de réparations. Il en
profite également pour mener une lutte autour de l'écologie décoloniale
et continue à soutenir d'autres causes en faisant le lien avec d'autres
associations en France notamment Cancer colère qui politise les causes
du cancer.
Est-ce que tu pourrais nous faire un rappel de l'impact de l'agent
orange sur la santé, les terres et comment il a été utilisé par les
États-Unis durant la deuxième guerre d'Indochine? C'est un outil
colonial produit par des entreprises privées.
L'agent orange est un défoliant qui a été utilisé pendant la deuxième
guerre d'Indochine qui a permis de contrôler les corps et les terres. Le
but était d'enlever le couvert végétal qui protégeait les résistants et
résistantes dans la forêt. On estime à plusieurs millions le nombre de
personnes touchées directement. Les conséquences sur la faune, la flore
et les humains sont également extrêmement lourdes. Il y a 14maladies
recensées (peau, cancers, diabètes...). C'est une substance tératogène
puisqu'il y a des malformations sur 3 à 4générations.
Actuellement, plusieurs hotspot au Vietnam ont des taux de
contaminations comparables aux années 1960-1970. Personne ne peut
cultiver la terre, élever des animaux qui, eux aussi, sont touchés avec
les végétaux. C'est un impact environnemental catastrophique. De plus la
décontamination coute chère. La dimension coloniale est déjà là
vis-à-vis de ces entreprises qui ont testé ces défoliants à grande
échelle dans un contexte de guerre tout en sachant parfaitement que le
produit était dangereux. Il y a derrière un rapport colonial à la terre
et aux populations qui sont sacrifiables pour une guerre impérialiste.
Pourtant, aucune réparation n'a été proposée aux victimes vietnamiennes
alors que les vétérans états-uniens, eux, ont pu être dédommagés par les
entreprises productrices de l'agent orange. Ce qui, pour nous, est un
aveu de culpabilité très clair. Quand en 2004, des associations
vietnamiennes ont fait la même chose, elles ont été déboutées. La
dimension coloniale est très claire et l'absence de réparation montre ce
continuum. Il y a un racisme environnemental dans le refus de
reconnaître les victimes.
Par rapport à la dimension coloniale, est-ce qu'il y a des liens avec le
chlordécone dans les Antilles françaises ou, plus largement, avec ce qui
est en train de se passer en Palestine et au Liban avec le glyphosate?
Oui, c'est important pour nous parce que ce sont des luttes qui vont
ensemble. On se sent très proches par exemple des luttes pour la
reconnaissance du scandale du chlordécone aux Antilles française. On
organise souvent des manifestations, des conférences ou des événements
ensemble pour l'accès au soin, et la reconnaissance de ces crimes. Dans
les deux cas, on a des substances très toxiques utilisées sur des corps
non blancs qu'on considère comme moins précieux. On empoisonne des
terres et des générations entières. On coupe le lien des peuples avec
leur moyen de subsistance. En France métropolitaine, les associations
écologistes décoloniales ne sont pas beaucoup et il faut qu'on fasse
bloc ensemble. Ceci n'est pas un cas unique, c'est vraiment un système.
C'est la colonialité du pouvoir qui se perpétue. Il en va de même pour
les associations polynésiennes qui luttent pour la reconnaissance des
conséquences des essais nucléaires français. Pour le lien avec d'a
utres parties du monde où des armes chimiques sont utilisées, on a eu
des contacts avec le Sahara occidental, où il y a utilisation de
phosphore blanc. Pour nous, le lien avec la Palestine est évident, car
ce sont les mêmes entreprises qui produisent ces substances.
Concrètement, en tant que collectif on soutient toutes les
manifestations pour la Palestine. On est aussi dans l'inter-organisation
Guerre à la guerre et au côté de pleins d'organisations engagées contre
la course à l'armement notamment Stop Arming Israël.
Est-ce que le procès pourrait être un moyen de trouver une forme de
réparation? Comment voyez-vous ce procès au sein du collectif en sachant
qu'il a démarré en 2014? Récemment en juillet, la Cour de cassation a
renvoyé l'affaire.
Le procès nous structure pas mal en tant que collectif parce qu'il y a
des échéances claires à la fois judiciaires et médiatiques. Pour nous,
le procès sert à faire connaître ce crime et c'est déjà une victoire.
Notre espoir est une reconnaissance du crime -pas seulement pour Nga,
mais pour l'ensemble des victimes avec la jurisprudence- et ensuite, des
compensations financières pour les énormes préjudices sur la santé pour
Nga, ses filles et ses petites filles. On est plutôt assez optimiste,
même si le procès dure, ils font exprès de le retarder parce que Nga a
84ans et est malade.
La Cour de cassation a décidé que l'affaire était trop importante pour
être jugée par un seul juge. Cela montre aussi l'importance historique
de ce procès qui remet au centre la responsabilité des entreprises et
pas seulement des États dans les crimes environnementaux. Cette longueur
judiciaire peut paraître décourageante parce qu'actuellement, on juge
juste la forme. Est-ce qu'un tribunal français peut juger des actes
d'entreprises étrangères qui disent avoir agi sous le coup de l'immunité
de juridiction, qu'elles n'avaient pas d'agentivité dans ces choses?
Cela pose la question de l'utilisation de ces substances en contexte de
guerre, mais aussi de la responsabilité des entreprises. Nga est face à
une dizaine d'entreprises multinationales et une batterie d'avocats très
bien formés. Mais nous avons la force du collectif et de nos
convictions, on ira donc jusqu'au bout.
L'UCL sera à la manifestation Stop pesticides le 3octobre. Est-ce que
Vietnam dioxine y sera? Pour sensibiliser et mobiliser sur les
pesticides qu'on a aussi en France et dire qu'ils sont également
utilisés comme arme chimique.
On sera présents et présentes dans une démarche anticoloniale et
anti-impérialiste. C'est un enjeu de lutter contre le colonialisme
chimique, dont l'agent orange fait partie. Ce qui se passe avec
Syngenta, c'est exactement ça. On utilise des substances polluantes dans
d'autres pays du Sud global parce qu'on considère, encore une fois, que
les corps, les terres et les écosystèmes de ces endroits sont moins
précieux que ceux d'ici. C'est clairement un exemple de racisme
environnemental, d'absences de considérations des vies ailleurs. Pour le
collectif, la solidarité internationale est très importante.
Le colonialisme chimique est un mot important avec notamment
l'entreprise Bayer-Monsanto qui fournit l'alimentation, qui soigne et
qui profite des guerres impérialistes mondiales. Est-ce que tu pourrais
revenir sur ce terme?
Oui, exactement, c'est assez fou le pouvoir incroyable qu'a cette
entreprise pour outrepasser toutes les règles, fixer tous les cadres,
empoissonner la terre, les écosystèmes et les corps et nous vendre le
remède après, comme le dit très bien le collectif Cancer colère.
Bayer-Monsanto a plus de 40 000procès en cours dans le monde, mais ils
s'en fichent parce qu'ils ont les moyens d'y répondre. Face à cela il
n'y a que la force du collectif, le fait d'en parler, de se battre par
l'action directe, mais aussi en procès, de médiatiser et de
sensibiliser. Les ramifications du système alimentaire mondial sont
vertigineuses et pour le collectif, la notion de santé environnementale
est hyper importante. On est face à un véritable colonialisme chimique
et la lutte englobe toutes les thématiques face à cela. À partir de
notre lutte, on part d'un cas particulier pour aller vers le général, à
la fois dans des contexte de guerres mais aussi de paix et
d'alimentation. On pense que tout le monde en France devrait se
mobiliser dessus. Ce qui a été un peu le cas avec la pétition contre la
loi Duplomb: il faut garder cet élan là.
Est-ce qu'il y a des choses que tu aimerais ajouter?
J'aimerais mentionner le travail que fait Génération lumière pour lutter
contre l'extractivisme mortifère au Congo. C'est aussi une lutte
d'écologie décoloniale. Il y a un lien réel avec notre lutte, car
pendant la guerre au Vietnam, les armes étaient aussi fabriquées avec
des métaux du Congo. Les substances et les matériaux servent pour les
entreprises mortifères et circulent sans grande restriction
contrairement aux personnes.
Pour les prochaines dates, la grosse échéance c'est le 3octobre, mais
d'ici là on sera présents et présentes aux manifestations contre le
permis de tuer et la mobilisation écologiste du 26septembre. Pour la
suite, on attend la date du procès et sinon, de manière un peu plus
joyeuse, on a un week-end de rentrée qui s'annonce les 7 et 8novembre et
qui sera l'occasion de réfléchir sur des thématiques de fond, sur la
santé, sur le validisme, sur l'aide à d'autres victimes depuis la France.
Propos recueillis par Elsa (UCL Grenoble) et MarceL (UCL Toulouse)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Lea-LV-Vietnam-dioxine-On-est-face-a-un-veritable-colonialisme-chimique
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center