A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Alternative Libertaire #374 (UCL) - Lire Marie-Anne Dujarier: «Travail»

Date Tue, 29 Sep 2026 20:20:57 +0300


Sociologue du travail, Marie-Anne Dujarier constate que ce dernier a pris trois significations dans les sociétés capitalistes: l'activité, la production et l'emploi, alors que les institutions n'envisagent que ce troisième aspect. ---- Depuis le XIesiècle, le terme de travail désigne l'«effort ou la peine requise pour faire quelque chose». Pourtant, les politiques publiques comme les économistes tendent à le réduire à l'«exécution d'une tâche», déniant l'«épaisseur de l'action», l'élaboration invisible qui engage corps et âme. ---- À partir du XIVesiècle, le mot désigne également le résultat et s'est imposé à l'époque moderne puisque les institutions nationales et internationales ne désignent ainsi que «la production réalisée intentionnellement pour une utilité mesurée en terme monétaire» (sans prendre en compte les destructions actuelles et à venir). Aussi, la reconnaissance de l'utilité d'une production relève d'un rapport de force «non exp
licité, derrière l'apparente unanimité et naturalité du mot travail».

En instituant la «liberté du travail» contre l'ordre ancien et ses corporations, la Révolution française inaugure un nouveau champ de significations: le «rapport social dans lequel une personne emploie un individu pour réaliser des tâches prescrites organisées par elle, en vue de s'approprier sa force de travail, le produit fabriqué ou la valeur créée». En se déployant, le capitalisme industriel transforme profondément les finalités de l'activité employée: il s'agit désormais de faire du profit avant tout, en créant de nouveaux et de faux besoins. En 1841, une première loi régule le rapport salarial en France puis, en 1910, le Code du travail. La faible espérance de vie des employé·es de l'industrie met en péril la reproduction de la main-d'oeuvre. Les femmes sont alors renvoyées à leur foyer pour «fabriquer» la force de travail. La famille est ainsi restructurée autour de l'emploi, instituant une séparation genrée des tâches. En parallèle, l'autosu
bsistance disparaît. Désormais l'institution salariale encadre toutes les dimensions, matérielles, sociales et psychiques, de nos existences.

L'auteure montre ensuite comment les valeurs d'usage intrinsèques et économiques entrent en tension, générant des luttes professionnelles et sociales. L'employeur espère obtenir le meilleur ratio entre ce que lui coute la main-d'oeuvre et ce qu'elle lui apporte, en utilisant la «motivation» économique ou la «morale du travail», qui permet de faire culpabiliser au point de faire accepter des conditions dégradantes. La qualification de pratiques sociales (les tâches domestiques, la production de contenus numériques qui enrichissent les firmes, les pratiques d'autosubsistance...) comme «du travail» est également un enjeu.

Le futur du travail, défendu par les discours économiques et politiques dominants, postule sur une automatisation, grâce aux innovations technologiques, qui menacerait l'emploi. Les entreprises du numérique préconisent d'ailleurs l'instauration d'un revenu universel pour y pallier. Ces prévisions ne concernent que les pays du Nord et présupposent un monde stable avec des ressources infiniment disponibles, hypothèses difficilement crédibles. Marie-Anne Dujarier identifie trois attitudes: s'adapter aux institutions, les fuir ou les transformer. Elle conclut en proposant d'imaginer des institutions privilégiant des activités désirables et des productions servant «la subsistance de la vie des diverses espèces (dont la nôtre) dans leur inextricable diversité», qui lutteraient contre les dégradations écologiques et sociales criminelles.

En clarifiant le sens du mot travail, Marie-Anne Dujarier déjoue les discours hégémoniques pour mettre en lumière l'ensemble des enjeux dissimulés derrière un flou savamment entretenu. Une approche inattendue, à la fois historique, étymologique et sociologique, qui bouleverse les points de vue en les multipliant.

Ernest London (UCL Le Puy-en-Velay)

* Marie-Anne Dujarier, Travail, Anamosa, 2026, 112pages, 9euros.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Lire-Marie-Anne-Dujarier-Travail
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center