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(fr) Alternative Libertaire #374 (UCL) - Kurdistan turc: Le pari risqué de la paix
Date
Thu, 3 Sep 2026 09:32:38 +0300
Après des gestes purement symboliques, une loi vient d'être votée en
Turquie pour mettre fin à la guerre entre l'État et la guérilla du PKK.
Ce cadre de paix est une stratégie de la gauche kurde, mais ce n'est que
le début d'un processus qui peut tourner à son désavantage. ---- En ce
mois d'aout, a été votée puis ratifiée en Turquie la «loi pour renforcer
la solidarité nationale et la cohésion sociale». Cette loi vise à mettre
fin au conflit entre le parti révolutionnaire kurde du PKK et l'État
turc. Elle intervient plus d'un an après l'appel pour la paix d'Abdullah
Öcalan, leader politique du mouvement kurde, depuis sa cellule sur
l'île-prison d'Imrali, suivi d'un désarmement ainsi que d'une
dissolution symbolique du PKK. ---- Cette loi offre essentiellement un
cadre qui permet de mettre fin à la guerre. Cela inclut, entre autres,
la situation des prisonniers et prisonnières politiques kurdes accusé·es
de «terrorisme» et le retour des combattants et co
mbattantes à la vie civile, le tout sous la supervision d'un comité
d'observation et de coordination. Les condamné·es pourront voir leurs
cas réexaminés et voir leurs sentences «reportées» puis annulées si
aucune nouvelle infraction n'est commise lors de cette période de
report. Il s'agit d'une sorte d'amnistie générale très conditionnelle
et très fragile qui concernerait près de 80 000 personnes. Si la plupart
des décisions seront dans le giron de la justice, le cadre de la loi et
du comité laisse une place pour l'implication de l'exécutif. Il n'y a
surtout aucune garantie que les lois anti-terroristes, particulièrement
larges en Turquie, ne seront pas à nouveau appliquées contre
l'opposition kurde.
Enfin, la loi ne prévoit rien concernant les problématiques qui ont
causé le conflit: l'effacement d'un peuple, sa langue, sa culture, la
spoliation de ses terres par un État autoritaire et centralisateur. Le
parti DEM, parti institutionnel de la gauche kurde, a annoncé que cette
loi n'était qu'une première étape. L'objectif est d'en finir avec le
contre-terrorisme comme mode de gouvernement du Kurdistan. Cela freine
l'activité politique, mais surtout, cet état de guerre perpétuelle en
Turquie renforce l'autoritarisme de l'État. La paix n'est donc qu'une
première pierre de la démocratisation de la Turquie dont la finalité
serait un changement constitutionnel capable d'apporter une solution
durable aux problèmes des Kurdes de Turquie.
Les dangers d'une paix injuste
Cette loi a été votée unanimement par la droite. L'AKP du président
Erdoğan l'a désigné comme un pas décisif vers une Turquie «sans
terrorisme» et l'ultranationaliste MHP la voit comme une nécessité pour
mettre fin à ce qu'ils appellent «le front intérieur» dans un contexte
plus large de conflit au Moyen-Orient. Pour de nombreux acteurs, dont
l'extrême-gauche turque, ce processus de paix est une manière pour
Erdoğan de préparer les élections présidentielles à venir en désamorçant
les possibilités d'alliance entre les forces d'opposition kémalistes et
kurdes, ainsi qu'en se présentant comme celui qui a réglé la question
kurde aux yeux du public.
Cette loi est un premier acte concret de la part de l'État turc, mais la
route vers la paix est loin d'être assurée. En tant que révolutionnaire,
il est difficile d'observer ce processus réformiste avec la certitude
que les aspirations démocratiques et culturelles kurdes seront possibles
au sein d'un État qui malmène par tous les moyens ses oppositions. Les
aspirations à la paix sont légitimes, mais seul le temps nous dira si
elle aura eu l'impact transformateur espéré en Turquie et, au-delà, au
Moyen-Orient.
Corentin (UCL Kreiz-Breizh)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Kurdistan-turc-Le-pari-risque-de-la-paix
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