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(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - Décarbonation: L'impasse du marché de l'électricité et la crise des renouvelables
Date
Sat, 22 Aug 2026 08:54:22 +0300
La décarbonation de l'économie oblige une forte planification de l'État.
Dans le secteur énergétique, ses revirements sont fréquents et les
contradictions avec le capitalisme sont nombreuses, au grand désarroi
des petits et moyens patrons du secteur des énergies renouvelables. Les
salarié·es, pris et prises entre le marteau et l'enclume, commencent à
se mobiliser. ---- La publication de la troisième Programmation
pluriannuelle de l'énergie (PPE3) devait donner une trajectoire à la
transition énergétique française pour les prochaines décennies. Elle
révèle finalement l'incapacité persistante à sortir d'un pilotage fondé
sur la concurrence, les arbitrages budgétaires court-termistes et
l'instabilité des marchés. Derrière les annonces gouvernementales, les
objectifs ralentissent et restent dépendants de plafonds de soutien, des
appels d'offres et de décisions politiques réversibles.
Les conséquences sont très concrètes dans le secteur. Que ce soit dans
les bureaux d'études, chez les développeurs [1], dans les entreprises de
construction ou encore de maintenance, les restructurations, les gels
d'embauche et les licenciements se multiplient. Toute la filière vit
suspendue aux volumes de projets autorisés et aux signaux envoyés par
l'État. Lorsque les commandes ralentissent, les salarié·es deviennent la
variable d'ajustement d'un système incapable d'assurer une continuité
industrielle stable.
Un secteur privé aux crochets de l'argent public
Ainsi, beaucoup de travailleurs et travailleuses du secteur, par crainte
de perdre leur boulot, s'enferment dans une défense immédiate de leur
entreprise ou de la filière... quitte à jouer l'alliance avec les
organisations patronale Mais la «défense de la filière» ne permet plus
de répondre au problème de fond. Les renouvelables resteront
structurellement fragiles tant qu'elles fonctionneront dans un marché
concurrentiel où chaque acteur dépend de sa rentabilité immédiate et où
les volumes peuvent être ralentis du jour au lendemain.
Car contrairement au récit dominant, notamment tenu par les patrons et
leurs lobbies, les renouvelables ne se sont jamais développées grâce au
marché. Le photovoltaïque, l'éolien encore d'avantage, vivent déjà
largement de planification publique. Tarifs d'achat, appels d'offres,
objectifs fixés par l'État, programmation énergétique, règles de
raccordement, investissements réseau, etc... toute la filière dépend
¬d'orientations collectives! Ce que l'on appelle aujourd'hui «marché»
est en réalité une planification fragmentée organisée autour et pour la
concurrence entre acteurs privés.
Les entreprises se disputent alors des volumes limités de projets, les
investissements dépendent des anticipations de rentabilité financière et
toute la filière des énergies renouvelables fonctionne par cycles de
boom et de ralentissement. Les entreprises du secteur sont
particulièrement exposées à cette instabilité. Elles sont souvent plus
petites, plus récentes et plus facilement sacrifiables que les grands
groupes historiques de l'énergie. La droite et l'extrême droite
utilisent déjà cette fragilité pour attaquer les renouvelables en
présentant leurs difficultés comme la preuve de leur inefficacité.
Pourtant, les problèmes actuels ne viennent pas des technologies
elles-mêmes mais du cadre économique. Les besoins futurs en électricité
nécessitent massivement du solaire et de l'éolien [2]. Le problème n'est
pas la nécessité des renouvelables mais bien l'organisation marchande de
leur développement.
Les contradictions sautent aux yeux avec la multiplication des prix
négatifs sur le marché SPOT de l'électricité (le marché à court-terme).
Lors des périodes de forte production d'énergie renouvelable et de
faible demande, les prix deviennent parfois nuls voire négatifs. Cette
situation illustre parfaitement les limites d'un système où la valeur de
l'électricité dépend de mécanismes marchands déconnectés des besoins
sociaux et des couts réels de production.
Dans un système réellement planifié, ces variations seraient anticipées
par des investissements coordonnés. Dans un système de marché, elles
deviennent une source supplémentaire d'instabilité économique qui
fragilise les producteurs et ralentit les investissements. Ces
technologies se re-trou¬vent ainsi pénalisées précisément parce qu'elles
produisent une électricité abondante et peu couteuse.
La PPE3 illustre ce compromis permanent entre intérêts industriels
concurrents, contraintes budgétaires et calculs électoraux. Les
trajectoires de la transition énergétique restent floues et réversibles.
Les renouvelables deviennent des variables d'ajustement politiques,
notamment face aux offensives d'une droite de plus en plus hostile à
l'éolien terrestre tout particulièrement.
Dans ce contexte, continuer à opposer les technologies entre elles ou
défendre séparément chaque filière énergétique devient une impasse. Le
problème n'est pas de choisir entre nucléaire, hydraulique, solaire ou
éolien comme s'il s'agissait de marchés concurrents ou de technologies
autonomes politiquement. Le problème est l'organisation globale du
système énergétique et des investissements nécessaires à la transition
écologique.
La socialisation de l'énergie devient centrale
Le 10février 2026, quelques jours avant la publication de la PPE3, une
première mobilisation historique des salarié·es des renouvelables a eu
lieu à Paris et Montpellier. Elle montre un début de prise de conscience
mais aussi ses limites. Beaucoup revendiquent «plus de renouvelables»
sans remettre en cause le cadre marchand. Après cette mobilisation, la
dynamique s'est rapidement affaiblie. Parmi les causes, on trouve le
très faible niveau d'organisation syndicale mais aussi la composition du
salariat. En effet, les salarié·es sont dispersé·es dans des entreprises
jeunes et éclatées et bénéficient de niveaux de salaires et de confort
plus élevés que la moyenne. Pourtant, sans organisation collective forte
et sans remise en cause du marché de l'électricité lui-même, les
renouvelables resteront condamnées à subir les mêmes crises à
répétition, et à la fin, c'est aussi la transition énergétique qui trinque.
Côté syndical, la Fédération nationale des mines et de l'énergie CGT se
prononce pour envisager «une nationalisation à terme de l'ensemble du
secteur de l'énergie». Même son de cloche au syndicat SUD Énergie mais
de manière plus volontariste. Une revendication réactualisée dans un
récent ouvrage collectif [3]. Cette orientation est essentielle. Mais il
faut pousser plus loin la réflexion sur les mécanismes de financement de
la transition. Les investissements nécessaires dans les renouvelables,
les réseaux, le stockage ou l'électrification dépendent principalement
de la dette émise sur les marchés financiers et des exigences de
rentabilité du capital privé. Sortir de cette logique est tellement à
contre-courant de l'idéologie dominante qu'il faudra un changement en
profondeur de la société. Le capitalisme est incompatible avec une
planète vivable pour notre classe sociale. Une perspective
révolutionnaire s'impose.
Tom (UCL Montpellier)
Notes:
[1] Entreprise qui développe un projet depuis la prospection à la mise
en place de la centrale.
[2] Comme le rappellent le Réseau de transport de l'électricité,
l'Agence de la transition écologique, le Groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat ou encore l'Agence
internationale de l'énergie.
[3] ATTAC, L'énergie est notre avenir, socialisons-la !, Les liens qui
libèrent, 2025, 80pages, 8euros.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Decarbonation-L-impasse-du-marche-de-l-electricite-et-la-crise-des
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