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(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - Répression: Affaire du 8 décembre, suite et fin?
Date
Tue, 28 Jul 2026 21:53:54 +0300
Arrêté·es en 2020, jugé·es en première instance en 2023, les inculpé·es
du 8 décembre comparaissaient à leur procès en appel à Paris ce mois de
mai. L'occasion de revenir sur ce fiasco judiciaire, cas d'école d'une
politique répressive de plus en plus dure et arbitraire. ---- Depuis fin
mai, c'est de nouveau l'attente pour les inculpé·es de l'affaire du
8décembre et leurs soutiens. Leur procès en appel a pris fin le 22mai,
et le délibéré tombera en septembre. Seront-ils et seront-elles, cette
fois-ci, relaxé·es? Pour rappel, ils et elles ont été condamné·es en
première instance pour «association de malfaiteurs terroriste» à des
peines allant de deux ans de prison avec sursis à cinq ans
d'emprisonnement incluant du sursis probatoire. C'est la première fois
depuis les années 1980 qu'une telle condamnation s'abattait sur des
militants et militantes d'extrême-gauche.
En cause, un supposé groupe formé autour de Florian, qui se fait appeler
Libre Flot. À son retour du Rojava, où il était engagé auprès des forces
kurdes contre Daech, le militant est placé sous surveillance. Le point
de départ d'une enquête policière qui s'acharnera dès lors à démontrer
la dangerosité de Florian et à imaginer autour de lui une cellule
terroriste. Cette construction se fonde sur des extrapolations et des
faits décontextualisés: certaines et certains sont accusés d'avoir
détenu des armes de chasse de manière illégale, ou d'avoir fabriqué un
explosif pour tuer le temps lors du confinement (l'un des inculpé·es est
artificier de métier). S'ajoutent à cela des conversations alcoolisées
et virulentes, l'usage d'outils informatiques de chiffrement
(Signal...), quelques parties d'airsoft et des lectures un peu trop
politiques... Tous et toutes ne se connaissaient pas auparavant, ou de
manière très distante pour certains et certaines.
L'enquête policière échoue à démontrer un quelconque projet d'attentat.
Mais pour le délit d'association de malfaiteurs terroriste, nul besoin
de projet concret ni de groupe parfaitement organisé. C'est d'ailleurs
tout le problème de cette qualification pénale, dont la jurisprudence
rend le cadre de plus en plus flou... et peut donc s'appliquer à peu
près à tous et toutes les militantes politiques.
Avec des conséquences répressives dramatiques. Dès lors que l'on sort du
droit commun pour entrer dans le «terrorisme», les lois ordinaires
cessent de s'appliquer. Les inculpé·es du 8décembre ont ainsi connu de
longues gardes à vues traumatisantes dans les locaux de la DGSI, de la
détention provisoire, y compris à l'isolement -une pratique considérée
comme de la «torture blanche»-, des fouilles à nu systématiques après
chaque parloir, puis des interdictions d'entrer en contact, une
inscription au fichier des auteurs d'infractions terroristes (Fijait)
qui les astreint en outre à un pointage régulier au commissariat et à un
signalement de tout déplacement à l'étranger... Soit en tout au moins
sept années de vie pulvérisées par l'antiterrorisme. Alors «qui
terrorise qui», pour reprendre le titre du livre compilant les
chroniques du premier procès?
Aucun doute: c'est bien l'État qui terrorise sa population. Depuis les
doctrines de contre-insurrection nées dans les colonies à la «guerre
contre le terrorisme», c'est aujourd'hui la continuation de la guerre
aux peuples qui se joue dans l'affaire du 8décembre, comme dans bien
d'autres affaires de «terrorisme».
Agrippine (UCL Nantes)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Affaire-du-8-decembre-suite-et-fin
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