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(fr) Union Communiste Libertaire (UCL) - Loi chlordécone: bien loin des réparations nécessaires!

Date Fri, 17 Jul 2026 22:33:29 +0100


Le 2 juin 2026, le Parlement a adopté une loi dans laquelle l'État français «reconnaît sa part de responsabilité» dans la contamination au chlordécone de la Guadeloupe et de la Martinique», «s'engage à oeuvrer à la dépollution des Terres» et se donne pour «objectif» d'indemniser les victimes (sans en faire une obligation). ---- Pesticide utilisé dans les îles antillaises depuis 1972, le chlordécone est resté légal jusqu'en 1993 puis a été été utilisé illégalement jusqu'en 2000, et ce alors qu'il a été reconnu dangereux et interdit aux États-Unis dès 1976. En France métropolitaine, ce pesticide a été interdit dès 1990. Un deux poids deux mesures flagrant qui illustre la perception des vies sur les territoires non occidentaux. Après des décennies d'inaction, de freins à la recherche et de répression de la part de l'État français, c'est aujourd'hui 90% de la population martiniquaise et guadeloupéenne qui est contaminée, provoquant notamment des cancers, de l'endométriose, une baisse de
la fertilité. Les terres sont quand à elles contaminées pour plus de 600 ans, rendant leur culture dangereuse.

Cette contamination est non seulement un scandale écologique, mais elle s'inscrit également dans une dynamique coloniale: la Guadeloupe et la Martinique sont soumises, comme les autres territoires «d'outre-mer», à une logique extractiviste, où la culture intensive et l'exploitation des ressources se fait au dépens de l'environnement et des habitant-e-s. Face aux profits des grands propriétaires Békés [1] qui contrôlent depuis des siècles l'économie des îles, les vies des personnes Noires qui les peuplent ne vaut pas grand-chose. Comme le souligne le député de la Guadeloupe Élie Califer, «si un tel empoisonnement avait touché 90% de la population de la Creuse, de la Bretagne, de l'Île-de-France, la responsabilité de l'État aurait été reconnue depuis longtemps».

Cette loi reste une avancée, permise par la lutte de nombreuxses habitant-e-s et collectifs en Martinique, en Guadeloupe et en métropole. Mais dans cette loi édulcorée, l'État ne reconnaît qu'une «part de responsabilité» dans ce scandale et n'aborde aucunement la responsabilité des personnes et entreprises qui se sont enrichies grâce à l'empoisonnement des deux îles. Il refuse le préjudice d'anxiété des habitant-e-s qui ne peuvent plus se nourrir de leur terre et vivent dans la peur de la maladie. L'Etat refuse de donner des objectifs clairs de dépollution et de réparation, ainsi il n'y a aucun engagement formel à indemniser les habitant-e-s. Il est également important de mentionner le non-lieu rendu le 22 juin dernier refermant l'information judiciaire et l'enquête, évitant ainsi de trouver des coupables à ce scandale.

Rappelons que lors de l'abolition de l'esclavage, lorsqu'il a été question d'indemniser les békés esclavagistes dont sont issus les profiteurs de ce scandale écologique, l'État français ne s'est pas contenté «d'objectifs» mais leur a donné suffisament d'argent pour conforter leur main-mise économique sur les îles jusqu'à aujourd'hui. On ne peut pas attendre d'un État capitaliste et néocolonial qu'il répare ses propres injustices de lui-même. La solution, les antillais-e-s la connaissent, il s'agit de la lutte pour des réparations véritables, pour la décontamination et la garantie de l'autonomie alimentaire, mais aussi pour la fin de la domination métropolitaine, pour l'expropriation des propriétaires békés et pour la libération de la Guadeloupe et la Martinique comme de toutes les colonies.

Réparations, liberté et autodétermination pour les Antilles Françaises!

Union communiste libertaire, le 17 juillet 2026.

Notes:
[1] Les békés sont les descendants des colons esclavagistes aux Antilles. Ils ont toujours une forte emprise sur les territoires antillais, notamment par le biais de la domination économique et terrienne.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Loi-chlordecone-bien-loin-des-reparations-necessaires
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