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(fr) Courant Alternative #361 (OCL) - Contre le "montagnisme" hegemonique
Date
Sun, 14 Jun 2026 18:36:15 +0100
Introduction ---- Les forêts et les montagnes ont joué un rôle important
pour les exilés, les bannis, les réfractaires, les désobéissants et les
résistants. Pour les vaincus, elles représentent des lieux où se cacher
et se faire oublier des autorités. Pour les insubordonnés et les
séditieux, elles évoquent le terrain à partir duquel s'organise une
résistance. ---- En France, le massif du Vercors comme le plateau des
Glières incarnent cette résistance organisée durant les années 1943 et
1944. En Espagne, la victoire de Franco en 1939 n'a pas abouti à une
reddition immédiate. Après la défaite de la République, la lutte contre
le franquisme a continué dans les villes, mais également dans les
montagnes. L'échec de l'opération «Reconquista de España» d'octobre
1944, orchestrée dans le Val d'Aran par le Parti communiste espagnol, a
conduit à une dispersion des actions de guérilla à l'échelle nationale.
Le maquis libertaire et ses réseaux de passages clandestins vers la
France, facilitant l'évasion des persécutés et le soutien à la
résistance intérieure par les réfugiés espagnols, sont quant à eux
restés très actifs dans les Pyrénées durant plus de trente ans, de 1939
aux années 1970.
Aujourd'hui, la montagne est souvent considérée comme un simple terrain
de sport et de loisirs dépourvu d'histoire. Le montagnisme y est décrit
comme un catalogue d'activités sportives glorifiant la performance
individuelle, la compétition, la conquête des sommets, les innovations
et la commercialisation du matériel.
L'UGEL (Unió de Grups Excursionistes Llibertaris) apparaît en Catalogne
en 2012. Le but de cette fédération de groupes de randonneurs est avant
tout de s'opposer aux logiques capitalistes. En hommage au maquis, elle
s'organise de manière autonome, pour promouvoir un sport collaboratif,
non compétitif et respectueux de l'environnement. Liée au mouvement
libertaire, les premières campagnes menées par l'UGEL de Catalogne ont
consisté à ôter les croix des sommets et à raviver la mémoire historique
des sites et des luttes de guérilla par l'organisation de rencontres.
L'UGEL catalane a notamment ouvert et balisé le GR-179 sur 150 km,
reliant Manresa à la France. Ce chemin s'inspire des sentiers utilisés
par les résistants à la dictature pour se mouvoir dans la clandestinité
durant le franquisme.
L'UGEL de Madrid est née un peu plus tard, en 2022. Elle a été
influencée et soutenue à ses débuts par l'UGEL catalane afin de jeter
les bases d'une organisation réunissant les différents groupes
d'affinité existants et pratiquant le montagnisme à Madrid. Elle repose
sur les mêmes valeurs libertaires: non-compétitivité, horizontalité,
entraide et respect de l'environnement. L'UGEL-Madrid organise aussi des
randonnées historiques et politiques à la mémoire des résistances et
répressions franquistes, ainsi que des causeries et des présentations de
bouquins. Elle participe à des débats et s'oppose à certains projets en
montagne. Elle a notamment publié le fanzine «Renaturaliser ce qui a été
dévasté - Saboter ce qui a été sportivisé - Débarbeler ce qui a été
privatisé» et annonce la parution prochaine d'un second fanzine.
Henri Mora participe à l'administration du «Blog de l'antitourisme» une
plateforme d'archives et d'analyse critique du tourisme et de la
marchandisation du monde. (https://antitourisme38.over-blog.com)
Il a adressé le courrier qui suit aux membres de l'UGEL. Tout d'abord,
il y salue l'initiative d'envisager une communauté de lutte dans le
montagnisme et le fait d'avoir publié un fanzine qui questionne ce
montagnisme. "La critique des activités de loisir est rare, et elle
l'est d'autant plus lorsqu'elle est associée à une critique sociale
globale". Puis, comme invitation était faite de discuter, de débattre et
de recueillir l'avis des lecteurs et lectrices du texte de l'UGEL, Henri
Mora reprend la critique que font ces camarades du montagnisme
hégémonique et expose son avis sur certains aspects qui lui semblent
essentiels.
Nous publions ce courrier qui complète et étend la réflexion d'une façon
que nous jugeons fort intéressante.
A L'ATTENTION DES CAMARADES MONTAGNISTES DU COLLECTIF UNION DE GRUPOS
EXCURSIONISTAS LIBERTARIOS DE MADRID
Je partage bien des aspects de la critique du montagnisme hégémonique
que vous décrivez parfaitement. Le culte de la performance et de la
compétitivité doit être dénoncé sans aucun doute. Et vous avez raison de
souligner que les rapports sociaux jouent un rôle majeur dans l'approche
que l'on peut avoir de la montagne. Les "montagnistes du dimanche" sont
en général perçus comme les responsables des dégradations causées par
leur présence massive le week-end. Et vous les dédouanez de manière
juste, en soulignant que le salariat impose un "saucissonnage" de la
semaine entre temps travaillé et temps libre; ce temps libre durant
lequel le salarié urbain cherchera à se reconnecter avec la nature.Nous
ne sommes pas seuls à partager l'idée de l'importance d'une nature
compensatoire face à une vie artificialisée par la société industrielle.
Le marquis de Villaviciosa de Asturias, Pedro Pidal - homme politique de
la Couronne et montagnard notoire reconnu pour avoir instauré le premier
parc national d'Espagne en 1918 - déclarait ceci en 1932: «La vie est un
contraste, et ceux qui vivent dans les villes toute l'année, fatigués du
mur de la maison d'en face, du bruit de la rue, des vitrines des
magasins, des frises des théâtres, du séjour prolongé dans l'atelier, le
cabinet ou le bureau, en fait, de la vie artificielle et urbaine,
désirent, naturellement, pouvoir contempler une nature vierge et sauvage
- et plus elle est vierge et sauvage, mieux encore - où on n'ait ni
coupé les arbres, ni tué les animaux, ni détruit ou détérioré le
paysage, où ils puissent flâner ou se délasser, fureter librement, en
oxygénant le corps et l'esprit... et c'est pour cela qu'aux États-Unis
ils disent qu'«en revenant des parcs nationaux, l'avocat est meilleur
avocat, l'ingénieur est meilleur ingénieur, l'architecte est meilleur
architecte, le tailleur est meilleur tailleur. Que si tout le monde
pouvait profiter des parcs nationaux, on pourrait dire que la question
sociale serait résolue.»(1) Cette citation de Pedro Pidal - dont on ne
peut soupçonner la sympathie pour les idées marxistes ou libertaires -
reflète assez bien les aspirations d'une partie de la noblesse
progressiste du début du XXe siècle: la nature devrait résoudre la
"question sociale"! Tout y est assumé: l'incursion en pleine nature doit
permettre aux travailleurs de devenir "meilleurs". Elle devient
essentielle aux yeux de la classe dominante, et de la société en
général, pour le rôle compensatoire que la société industrielle lui
demande de jouer face à l'aliénation du travail et de la vie urbaine.
Cette aliénation est alors acceptée comme un mal nécessaire: le salarié
doit renouer avec la nature pour mieux admettre sa condition.
En France, l'idée de préserver la nature dans des parcs nationaux émane
de membres du Club Alpin Français (fondée en 1874) et du Touring Club de
France. Ce dernier, créé en 1890 par un groupe de bourgeois passionnés
de vélo, avait pour but «le développement du tourisme sous toutes ses
formes».[2]
Malgré la reconnaissance des parcs nationaux par la loi en 1960, leur
essor a été entravé par la protection très stricte des espèces sauvages
et les couts importants liés aux expropriations et à leur gestion à la
charge de l'État. Ces Parcs nationaux - où les gens ne sont tolérés que
comme observateurs de passage et non comme résidents - font alors
émerger l'idée de Parcs naturels régionaux[3] (PNR). Dans ces derniers,
on cherchera à protéger la nature tout en maintenant une économie locale
vivante.
L'idée de PNR apparaît comme une alternative aux nuisances de la
concentration urbaine, alors même que se déploient de grands projets
d'urbanisation touristique: la mission Racine de 1963 sur le littoral
languedocien dans le sud de la France (500 000 lits) et le Plan Neige,
essentiellement dans les Alpes (150 000 lits). Ces projets visaient à
concurrencer le modèle touristique espagnol franquiste du "Sol y playa".
Dès 1965, des rapports soulignent aussi l'importance d'établir, «aux
alentours des grandes métropoles, [des] Parcs régionaux de loisirs et de
détente où les citadins pourront renouer avec la nature».(4)
Le projet de PNR comme terrain de jeu et de détente pour les citadins
est clair dès le départ. Et de nombreux naturalistes et penseurs
s'opposent, dès les années 1960 à ces parcs naturels ou nationaux.
Bernard Charbonneau affirmait, par exemple: «Ce sont les hommes de
l'auto et de l'avion qui escaladent à pied les montagnes. La sympathie
pour les sociétés indigènes aboutira tout au plus à un folklore pour
touristes plaqué sur un abîme d'uniformité. On enfermera les derniers
hommes sauvages, comme les derniers grands mammifères, dans des réserves
soigneusement protégées, où ils joueront le rôle du primitif devant un
public de civilisés. Le parc national n'est pas la nature, mais un parc,
un produit de l'organisation sociale: le jardin public de la ville
totale.»(5)
L'organisation sociale se veut généreuse et soucieuse de
l'environnement. Cependant, ses discours technocratiques et politiques
visent avant tout à faire accepter le monde tel qu'il va et tel qu'il
continue de se développer. Derrière les arguments formulés se cache la
gestion d'un monde entrainé - "parce que c'est bon pour l'emploi et le
PIB" - sur les pentes de la déraison; un monde inféodé à sa propre
marchandisation. C'est pourquoi le tourisme dévore déjà la nature et le
réel pour les transformer en marchandises.
Il est crucial de débattre de ce que représente «un montagnisme de
loisir, contemplatif, d'exploration ou d'aventure»[6] dans le cadre
d'une société de loisirs de masse administrée par le système industriel.
À l'ère des technologies de plus en plus invasives, le comportement de
nos contemporains n'est pas seulement dicté par des règles explicites ou
par l'État: une simple photo sur Instagram peut devenir virale et créer,
du jour au lendemain, une nouvelle destination touristique. Le tourisme
cherchera toujours à capter le montagnisme non marchand dans ses filets.
À ce titre, le président de la commission déléguée au tourisme de
l'association Régions de France soulignait, en ce début d'année 2026, la
nécessité de transformer les promeneurs en consommateurs(7).
L'industrie du tourisme est passée de 25 millions de touristes
internationaux en 1950 à 1,52 milliard en 2025, selon l'ONU Tourisme
(ex-OMT). Elle représente la première industrie mondiale. En 2019, on
comptait 36 000 passages sur un lieu stratégique du parcours du Tour du
Mont-Blanc. En 2023 sur ce même sentier, plus de 60 000 passages ont été
recensés durant les quatre mois d'été, entre début juin et fin
septembre. Certains jours, la fréquentation dépassait les 1000
randonneurs par jour, avec des pics atteignant 1 500 personnes par
étape. Par ailleurs, de décembre à mai, 65 000 skieurs empruntent et
descendent la célèbre Vallée Blanche, toujours dans le massif du Mont-Blanc.
Le massif du Mont-Blanc souffre d'un surtourisme où parfois le
comportement insoucieux de certains visiteurs nous laisse pantois: on a,
par exemple, pu voir deux touristes se poser en avion non loin du sommet
pour n'avoir qu'à gravir les derniers mètres, un autre abandonner un
rameur après l'avoir monté, des patriotards lettons tenter d'ériger un
mât de 10 mètres pour y hisser leur drapeau ou encore un groupe de
joyeux lurons installer un jacuzzi gonflable pour s'y photographier en
maillot de bain. Si le comportement individuel de certains et l'effet de
groupe sont condamnables, là n'est pas notre propos. Laissons les
sociologues, ethnologues et autres experts institutionnels se pencher
sur cette question. Ce qui nous importe est de savoir si ce genre de
dérive n'est pas intrinsèquement lié au tourisme en général. N'a-t-on
pas déjà entendu dans la presse, l'expression de la colère d'habitants
permanents face au comportement antisocial de certain touristes -
beuveries, tapages, conduites inconvenantes envers les riverains, etc. -
dans des villes ou autres lieux touristiques? Pourquoi l'individu en
groupe se "lâche"-t-il dès lors qu'il revêt l'habit de touriste?
Revenons sur une critique plus générale du tourisme élaboré par les
institutions. La touristisation colonise et monopolise l'ensemble de
l'activité humaine et des terres en montagne. Cette mise en tourisme de
la montagne «fait augmenter le prix de l'immobilier et du foncier, si
bien que les habitants et employés se retrouvent totalement exclus du
marché. Les logements sont loués à des touristes ou vendus comme
hébergements touristiques ou comme résidences secondaires. On compte en
montagne de nombreux volets fermés; ce qu'on nomme communément dans le
jargon touristique des "lits froids"»(8).
Le développement d'un tourisme "4 saisons" encourage la transformation
des stations de ski en stations de montagne. Confrontés au manque de
neige, les décideurs s'adaptent: certaines régions investissent dans des
canons à neige, tandis que d'autres préparent leur reconversion.
Pourtant, aucune ne semble pouvoir ni vouloir abandonner le tourisme.
Toutes investissent désormais dans une transition durable soutenues en
cela par le plan «Avenir montagne»[9]. Cette nouvelle touristisation,
alternative au modèle du "tout-ski", nécessite cependant de nouveaux
aménagements: infrastructures d'accès et d'accueil, mobilités
écoresponsables (avec leurs bornes de recharge pour vélos et
trottinettes tout-terrain à assistance électrique), transports par câble
ou "ascenseurs valléens", voies vertes, parkings, tunnels permettant
l'accès aux autocars à doubles étages, signalétique pédagogique, murs
d'escalade conviviaux (outdoor ou indoor), événements culturels
(traditionnels ou pas) et folklore. Toutes les initiatives de
développement sont bonnes et valorisées lorsqu'il s'agit de "sauver la
planète".
Je ne sous-entends pas que vos intentions aillent dans ce sens, bien
entendu. Mes propos visaient avant tout à souligner que le montagnisme
est désormais totalement intégré à l'industrie du tourisme. Il est
devenu un rouage essentiel de la transition vers un prétendu "tourisme
durable", toujours plus diffus et imposant ses règles en tant que
mono-industrie des territoires de montagne. On peut légitimement douter
de l'impartialité du président d'un cabinet de conseil en développement
touristique soutenant que «la notion de surtourisme relève du mépris de
classe»[10]; on ne peut être à la fois juge et partie. Vos propos
s'inscrivant aussi autour de cette même idée, ils méritent qu'on s'y
attarde.
Bien que je sois d'accord avec vous pour dire que la massification de la
montagne n'est pas due à une guerre culturelle entre différents modes de
vie, je ne pense pas que cette massification puisse être exclusivement
perçue comme relevant du mépris de classe. La massification du tourisme
pourrait de prime abord, être considérée comme une forme de
démocratisation: ce qui était autrefois réservé à une élite privilégiée
devient accessible au plus grand nombre. On pourrait y voir
l'aboutissement du principe d'égalité d'accès ou encore la fin des
privilèges. La réalité est bien différente. La massification du
montagnisme - comme celle du tourisme en général - pousse les élites à
se tourner vers des projets "sur mesure" et ultra-personnalisés, nourris
par le besoin de se distinguer à la montagne comme ailleurs. Et ce
besoin de distinction n'est-il pas le corolaire de la standardisation,
de l'uniformisation, de la massification de la production de
marchandises, et des rapports sociaux imposés par la société
industrielle? Ne contribue-t-il pas à créer une nouvelle niche
économique à exploiter, laquelle sera, à son tour, "démocratisée" pour
répondre à l'envie de la majorité des montagnistes attirée par les
nouveaux produits devenus de nouveaux marqueurs sociaux?
La lutte des classes visait l'abolition des classes sociales au siècle
dernier. Dénoncer les privilèges des élites ne doit pas pour autant
conduire à revendiquer un accès au montagnisme de loisir pour tous. Dans
un monde de production et de consommation de masse en perpétuelle crise
- qui, on le sait aujourd'hui, empoisonne la terre, l'air et l'eau, tout
en détruisant les espèces et le climat - une telle démarche ne traduit
pas l'avènement d'une société plus juste, égalitaire et sans domination
ayant abolie le salariat et la marchandisation; elle se limite à un
simple droit de consommer des loisirs, pour tous.
Espérant que ces quelques remarques puissent enrichir la discussion que
vous avez initié sur le montagnisme, je vous souhaite que de belles
initiatives émergent de vos rencontres.
Avec tout le respect que je vous dois,
Henri Mora, le 13 avril 2026
Notes:
1- Cette citation était affichée à l'entrée du Centro de visitantes
Pedro Pidal du Parc national des Pics d'Europe. (Cf. photo en lien ici
et ci-dessous à la fin des notes)
2- Le Club Alpin Français et le Touring Club de France fondent en 1920
l'Union nationale des associations de tourisme (UNAT)
3- Nacima Baron et Romain Lajarge, Les parcs naturels régionaux - Des
territoires en expériences, Quæ, 2016
4- Ibid
5- Bernard Charbonneau, Le jardin de Babylone (1969), Encyclopédie des
Nuisances, 2002.
6 - Cf. Renaturaliser ce qui a été dévasté - Saboter ce qui a été
sportivisé - Débarbeler ce qui a été privatisé.
7- L'association Région de France regroupe 18 membres (12 régions
métropolitaines, la collectivité territoriale de Corse, et cinq
collectivités d'Outre-Mer). Cette association se présente comme un
espace de concertation entre les Présidents des Conseils Régionaux, les
élus et leurs services. On peut retrouver les propos exacts de Franck
Louvrier, président de la commission Tourisme de l'association, lors de
la conférence de presse à 1H 20mn 20s de l'enregistrement:
https://www.youtube.com/watch?v=tyb...
8- «L'avenir des montagnes», article publié dans le journal Ricochets du
mois de janvier 2023
9- Selon la présentation du plan: «Avenir montagnes répond à l'ambition
d'un tourisme durable et résilient à travers trois axes: 1) Favoriser la
diversification de l'offre touristique et la conquête de nouvelles
clientèles; 2)Accélérer la transition écologique des activités
touristiques de montagne; 3)Dynamiser l'immobilier de loisir et enrayer
la formation de «lits froids»
10- Jean Pinard, «la notion de surtourisme relève du mépris de classe»,
Le Monde, 3 septembre 2024. (https://www.lemonde.fr/idees/articl...)
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4728
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