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(fr) Communistes Libertaire CGT - Du 53° au 54° Congrès: une réflexion des CSR
Date
Tue, 26 May 2026 20:28:03 +0100
Nous partageons ici la publication, pour réflexion et débat, des
militants CSR dans la CGT:
<https://www.syndicaliste.com/_files/ugd/465208_69ec6ab4c2e440e180242370724cfa2a.pdf>
---- ++++ ---- 54e congrès - CGT L'ENVAHISSEMENT DE TRIBUNE EST-IL
LÉGITIME? ---- Le congrès confédéral est statutairement l'instance
souveraine de la CGT. C'est l'instance qui fixe la ligne que doit suivre
la commission exécutive confédérale sur l'ensemble de son mandat, et
donc toute la CGT. Lors du 53e congrès, mandat a été donné d'axer la
lutte contre la réforme des retraites et c'est ce que la confédération a
suivi lors des différents appels à mobilisation durant la mandature.
---- Dans l'histoire, d'autres prises de position en congrès ont
considérablement orienté la confédération, et donc toute la CGT, pour
les années suivantes. La période donne suffisamment de raisons aux
adhérent·es de la CGT pour préparer ce 54e congrès de la manière la plus
collective et démocratique possible: le contexte géopolitique, l'avancée
des extrêmes droites, l'individualisme porté par le néolibéralisme...
Comme pour n'importe quel autre congrès de la CGT, l'ouverture d'un
congrès confédéral présente son lot de rituels démocratiques, mais avec
des spécificités qui, en raison de leur méconnaissance réelle ou simulée
de la part de certain·es congressistes, ont causé des remous importants
à l'ouverture du 53e congrès confédéral. Les perturbations occasionnées
ont donné à voir de la CGT une image délétère, fait perdre un temps
précieux et semé le doute dans l'esprit de nombreuses et nombreux
primo-congressistes.
Comment analyser les incidents qui ont émaillé la première journée du
53e congrès, afin d'en tirer la leçon pour le 54e congrès?
COMMENT CELA DEVAIT SE PASSER
Les congrès sont habituellement préparés par une commission
Mandatements, dont le Comité confédéral national (CCN) valide la
composition et les travaux. Le CCN n'est pas un obscur groupe de travail
dont tout le monde ignorerait l'objet ou la composition. D'après
l'article 28 des statuts confédéraux disponibles en ligne, il est
«constitué des secrétaires généraux des fédérations et des unions
départementales ou de leurs représentants [... ] dument mandatés par
ces organisations. Aucun membre de la commission exécutive confédérale
et de la commission financière de contrôle ne peut être porteur d'un
mandat délibératif».
On dit parfois que c'est le «Parlement» de la CGT.
La mission de la commission s'arrête à l'ouverture du congrès: l'article
27-7 des statuts confédéraux précise que, pendant le congrès, une
nouvelle commission Mandatements et votes est constituée pour remplacer
la commission Mandatements: «Toutes les opérations concernant les votes
sont placées sous le contrôle et la responsabilité de la commission
Mandatements et votes élue par le congrès.» Aux textes cadres que sont
les statuts confédéraux, il faut ajouter les usages. Ainsi, la
commission Mandatements et votes du congrès confédéral est
habituellement la seule commission fermée. Comme le secrétaire de la
commission Mandatements l'a précisé en tribune en 2023: les congrès d'UD
ou de fédérations ont généralement des commissions Mandatements et votes
ouvertes, mais ce n'est habituellement pas le cas au niveau confédéral.
La raison est que la commission Mandatements et votes comptabilise les
votes toute la semaine: la tâche est fastidieuse, et surtout énorme.
Aussi, elle n'est pas ouverte aux délégué·es afin qu'ils et elles
puissent assumer sereinement leurs mandats et participer aux débats de
la salle. En général, la commission Mandatements et votes proposée, à
son ouverture, est composée de camarades issu·es de la Commission
exécutive confédérale (CEC) sortante, de propositions des fédérations et
éventuellement de secrétaires généraux d'UD. Il est habituel que des
camarades ayant participé à la préparation du congrès dans le cadre de
la commission Mandatements qui le précède se retrouvent dans la nouvelle
commission Mandatements et votes élue par le congrès: cela permet
d'assurer une continuité entre la préparation et le déroulement du
congrès. Si la liste proposée est approuvée par le congrès: la
commission démarre immédiatement ses travaux.
COMMENT CELA S'EST RÉELLEMENT PASSÉ
La commission Mandatements et votes proposée au vote du 53e congrès est
composée de quatorze camarades, dont la liste a été approuvée lors d'un
CCN préalable. Ont été pris en compte la parité, l'équilibre entre les
régions, départements ou professions.
La commission Mandatements et votes proposée par le CCN fait l'objet
d'un premier vote à main levée, qui semble positif, mais plusieurs
personnes interviennent pour contester la liste soumise au vote. Puis 60
à 90 personnes s'exclament, protestent, crient au coup de force et
envahissent la tribune. Au moins un (ancien) secrétaire de fédération,
courageusement resté dans les travées, harangue publiquement les
manifestant·es. Les «insurgé·es» réclament deux choses: l'ouverture de
la commission Mandatements et votes et la publication immédiate des
votes relatifs à l'adoption de la commission Mandatements et votes.
Sur les images du congrès, on entend plusieurs manifestant·es dire: «Pas
de 49.3 à la CGT!» Les personnes ayant envahi la tribune encerclent et
intimident physiquement le président de la séance et les deux assesseures.
Pour que le congrès ne dégénère pas en altercation publique voire en
bagarre générale sous les caméras des télévisions, le reste du congrès
reste assis et attend que ça passe. Le service d'ordre n'intervient pas.
Sous la pression de moins de 10 % du congrès, et pour restaurer un
climat serein, il est décidé de procéder à un deuxième vote de la
commission, assorti cette fois d'un comptage.
L'AVIS DES CSR
La demande d'ouverture de la commission Mandatements et votes pouvait
être fondée: les statuts n'imposent pas de fermer cette commission. Les
usages peuvent toujours être mis en cause. Cependant, il aurait fallu
les questionner en amont du congrès, au CCN, en mandatant des
secrétaires d'UD ou de fédération pour cela. Le faire sur le congrès
lui-même traduit au mieux une méconnaissance des règles de
fonctionnement de l'organisation et du rôle de ses instances
démocratiques; au pire, une parfaite connaissance mais un profond mépris
de ces règles et instances. Dans tous les cas, ce type de manoeuvre pose
un problème démocratique: plus on y consacre du temps, moins on consacre
de temps à débattre des amendements ensuite.
Comment expliquer l'impatience furieuse d'ouvrir la commission
Mandatements et votes?
Comment expliquer le nombre de candidat·es souhaitant l'intégrer, alors
que son travail est notoirement rébarbatif? On peut soupçonner l'action
organisée d'une fraction interne. L'attitude paradoxale d'au moins un
(ancien) secrétaire de fédération dans les travées le laisse penser: les
membres du CCN validant la liste de camarades proposée par la commission
Mandatements et votes, les anciens et actuels secrétaires connaissent
les règles.
De plus, entre le premier et le deuxième vote, seize personnes de dix
fédérations (cinq de la santé) ont réclamé de façon synchronisée
l'ouverture de la commission, se portant candidates pour l'intégrer,
tout en mettant en cause par-ci par-là le CCN et les critères ayant
présidé à la constitution de la liste de camarades devant être soumise
au vote pour l'élection de la nouvelle CEC. Un travail d'interventions
concertées est acceptable dès lors qu'il a été discuté dans les
syndicats dont les intervenant·es portent les mandats. Mais les
syndicats réunis en assemblée générale ou au moins en commission
exécutive ont-ils effectivement mandaté les intervenant·es à cet effet?
Si ce n'est pas le cas, cela constitue du fractionnisme. Or, la pratique
consistant à se passer de mandat pour développer ce type de stratégie
est devenue courante dans certaines fédérations.
Mais comment s'étonner, quand on sait que le congrès confédéral pose un
double problème majeur qui en fragilise la démocratie? Le premier
problème est le contrôle strict des délégations par certaines
fédérations, au mépris des mandats confiés par les syndicats (quand ils
existent...). Le deuxième est la méconnaissance par la CGT de ses
syndicats affiliés, elle-même liée en partie à la défaillance de ses
outils comptables et de connaissance de l'adhérent (soit Cogetise et
Cogitiel). En effet, adhérent·es isolé·es et sections syndicales non
rattachées à un syndicat sont temporairement identifié·es sous le terme
fourretout de base. Conséquence: un certain nombre de camarades,
représenté·es au congrès n'ont en réalité pas eu la possibilité
matérielle de s'exprimer.
Ce phénomène ne peut que diluer les voix des syndicats ayant porté une
réflexion collective (et potentiellement dissidente) parmi un amas de
voix sans mandat. La confédération semble consciente du problème.
Avec Cogitiel v2, l'objectif est de poser des garde-fous et de faire le
ménage pour ne faire apparaître que les syndicats statutaires.
Résultat: le 53e congrès s'est montré spectaculairement vulnérable à une
tactique reposant sur une perturbation grave de la séance.
Son élection ne devait être qu'une formalité habituelle, mais la
commission Mandatements et votes a été élue par une majorité en fin de
compte chétive: 416 voix pour, 408 voix contre, 89 absentions. Dans un
tel contexte de dysfonctionnements et de manoeuvres fractionnistes, une
telle répartition est le signe que beaucoup trop de délégué·es
méconnaissaient le fonctionnement d'un congrès de la CGT. Cette
méconnaissance traduit un manque de formation de base et de préparation
du congrès.
On peut pointer la responsabilité individuelle de camarades ayant mal
préparé leur mandat, mais la responsabilité collective d'une
organisation incapable de préparer les camarades qui seront mandaté·es à
son instance la plus stratégique est plus préoccupante. Si le CCN a été
si peu respecté lors du 53e congrès, c'est qu'il est mal connu et perçu
comme un organe bureaucratique et barbant, déconnecté des réalités
quotidiennes des syndicalistes lambda. Ce qu'il est peutêtre en partie,
mais la vulnérabilité du 53e congrès aux manoeuvres fractionnistes en
dit surtout long sur deux autres problèmes qui le dépassent et qu'il
nous faut régler. Notre démocratie syndicale et notre capacité
d'organisation et de résistance en dépendent:
1) Le manque de formation des camarades fait que, de toute évidence, ils
et elles n'identifient plus le rôle et le fonctionnement des instances
de la CGT.
2) Une mauvaise circulation de l'information syndicale ne compense pas
ce manque.
Les comptes rendus de séances de CCN et de réunions de bureau confédéral
ne parviennent pas à l'ensemble des membres dirigeant·es d'UD, d'UL et
de syndicats (souvent pas référencé·es dans le Cogitiel, ce qui bloque
toute possibilité de diffusion automatique). La qualité de
«dirigeant·e», habilité·e à recevoir ce type de documents, est
restreinte de fait aux membres de bureaux, voire aux seul·es secrétaires
généraux, et à un nombre restreint d'initié·es, qui accaparent ainsi une
information stratégique.
Le Peuple, où sont publiées l'ensemble des interventions en CCN, est
diffusé trop parcimonieusement pour que la plupart des camarades lambda
connaissent son existence. Résultat: pour le 54e congrès, la direction
confédérale a diffusé aux UD une procédure permettant la préparation des
débats, ce qui est positif. Mais tou·tes les camarades mandaté·es en
auront-ils/elles eu connaissance? Pas sur.
C'est toute une éducation syndicale qu'il nous faut reconstruire.
En attendant, la déstabilisation provoquée au 53e congrès estelle encore
souhaitée par certaines fédérations ou UD? On peut le craindre: les
mandats désignatifs avec double validation fédération et UD devaient
être envoyés fin janvier 2026, mais tous les syndicats n'ont pas été
informés des étapes de préparation du congrès confédéral. En partie du
fait du centralisme du syndicalisme d'entreprise, un certain nombre ne
se sent ni concerné ni en capacité de construire le débat démocratique
préparatoire. Il est pourtant de la responsabilité de chaque syndicat,
de chaque fédération, de chaque UD de permettre démocratiquement à
chaque syndiqué·e de s'exprimer sur les orientations confédérales qui
seront débattues en congrès.
Pour les mandaté·es: il est nécessaire de connaître les statuts de la
CGT avant de se rendre à un congrès, les avoir sur soi, avoir lu le
règlement du congrès qui sera soumis au vote dès la récupération des
pochettes; il est aussi nécessaire de participer avec sa fédération et
son UD à des AG préparatoires invitant les syndicats et sections
représentées. Ce travail doit être construit préalablement au niveau des
syndicats avec notamment l'étude et la formulation des amendements sur
les différents documents préparatoires et particulièrement sur le
document d'orientation. Pour cela, il faut organiser un vote des
syndicats que l'on représente pour savoir quoi voter soi-même aux
différentes étapes du congrès, y compris à celles qui semblent les plus
évidentes.
Lorsque cela est possible (c'est le cas pour certains votes, comme
précisé dans le règlement du congrès qui est approuvé lors de la
première séance), il faut savoir comment panacher son vote en fonction
de la répartition des votes des camarades du ou des syndicats que l'on
représente.
Encore mieux: avoir organisé la possibilité de sonder «en direct» les
instances représentatives du syndicat (CE), lorsque des questions
soumises au vote prennent au dépourvu, et il y en a toujours.
Enfin, se préparer à résister aux coups de pression de sa fédération ou
de son UD (certaines sont expertes dans ce type de sabotage) est
absolument nécessaire.
Pour préparer au mieux au congrès confédéral, contacteznous en écrivant
à:commissioncongres-cgt@comites-sr.org.
4 FÉVRIER 2026 I CSR
https://www.communisteslibertairescgt.org/Du-53o-au-54o-Congres-une-reflexion-des-CSR.html
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