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(fr) Anarchosyndicalisme! n°196 (CNT-AIT) - Les marchands de viande
Date
Tue, 5 May 2026 19:15:45 +0100
Qu'est-ce donc que le travail intérimaire, qui est une précarité
institutionnalisée à destination des milieux populaires,
particulièrement chez les ouvriers? ---- À l'origine, cela d'abord était
utilisé aux U. $.A pendant l'entre-deux guerres, puis en France à partir
des années 1950 auprès d'une main-d'oeuvre majoritairement féminine.
L'institutionnalisation de cette forme d'emploi dérogatoire est
confortée dans les années 1990 avec l'alignement de sa réglementation
sur celle du CDD. L'intérim, aujourd'hui, est devenu une norme d'emploi
concentré essentiellement sur les fractions basse du prolétariat
industriel et du BTP, 76 % des intérimaires travaillent sur des postes
d'ouvrier, l'intérim atteint 14 % dans le secteur du tertiaire et
seulement 2 % chez les cadres dans les années 2015.
Ces missions sont souvent pour des travaux pénibles et difficiles,
souvent avec des forts taux d'accidents du travail ou maladie
professionnelle et soumise à une certaine flexibilité sous peine de
perdre sa «mission». Les intérimaires sont en moyenne plus jeunes que
l'ensemble de la population active, et la part des plus de 50 ans a
triplé entre 1995 et 2015. Notamment dans le secteur de
l'agroalimentaire un secteur vieillissant où le travail s'exécute à la
chaîne sur les lignes de production. Les adaptations au poste de travail
sont peu proposées, ce qui à la longue, provoque des douleurs dorsales
dues à des positions inconfortables dans la manutention, mais aussi du
stress et de l'anxiété. Les travailleurs intérimaires perçoivent leur
travail essentiellement comme source alimentaire, supportent tant bien
que mal ces conditions de travail, en passant d'une entreprise à
l'autre. Face à la multiplication des «missions», les possibilités
d'obtenir des avantages collectifs à l'instar des salariés en CDI
deviennent ridicules, et ils ou elles se voient souvent proposer des
boulots peu valorisés et valorisables, dans l'organisation du travail,
car la plupart des «missions» d'intérim sont des métiers non-qualifiés,
payés au SMIC ou à peine un peu plus, et parfois aux horaires difficiles
plus ou moins imposés de facto, avec tous les risques que cela comporte;
qui sont généralement les accidents du travail qu'ils soient bénins
jusqu'à l'accident mortel. Ces travailleurs sont soumis au diktat d'une
«convocabilité permanente», c'est-à-dire qu'ils doivent faire leurs
preuves en permanence, s'ils veulent que la «mission» se prolonge et se
doivent d'être docile et zélé, sous peine d'être accusé de tirer au
flanc et de se faire virer.
Il est évident que dans cette situation, c'est particulièrement
intéressant pour l'employeur, puisque l'intérim, pour ce dernier, permet
d'amenuiser un éventuel conflit social, faisant faire le «sale boulot»,
sans bien entendu remettre en cause les politiques d'entreprise
«court-termistes», démultipliant les heures supplémentaires à gogo, à
effectuer sans rechigner, plutôt que d'embaucher.
Dans les hôpitaux, cela permet par exemple de compenser le manque
d'effectif, tout en préservant les travailleurs titulaires des taches
pénibles et astreignantes, en étant par ailleurs peu regardant en
matière de sécurité, dans des contextes où l'encadrement est souvent
réduit par des logiques d'économie de main-d'oeuvre. Il en résulte que
la plupart du temps les intérimaires se sentent étrangers à l'égard du
collectif professionnel, et développent un rapport individualisé au
travail, qui les expose forcément à l'autoritarisme des petits chefs,
des cadres ou du patron lui-même. Il est à noter également que pour les
salariés intérimaires, rester en bonne santé est un gage
d'employabilité, ce qui semble être le cadet des soucis des patrons et
des agences d'intérim, puisque la gestion de la bonne santé du
travailleur intérimaire est gérée extérieurement avec une gestion
individualisée et bricolée de leur propre santé: la médecine du travail,
reste surtout la médecine des employeurs, cela permet de renvoyer les
«feignasses» au boulot le plus rapidement possible [1].
En matière de santé, ce sont des adaptations stratégiques qui se jouent
de part et d'autre. Du côté des salariés, la nécessité du maintien d'un
emploi conduit fréquemment à dissimuler les problèmes de santé pour
éviter de tomber sous le coup des restrictions médicales, qui pourrait
compromettre leur employabilité. Du côté des employeurs et des agences
d'intérim, les dispositifs de santé, ne sont tout simplement que des
dispositifs managériaux, les agences d'intérim classent leurs clients en
fonction de leur taux d'accidentologie, ou bien alors, que la visite
médicale est aussi une ficelle pour sélectionner les travailleurs. Sur
une base d'aptitude physique, compte tenu de la réalité de ce qu'est la
santé au travail et ses organismes, gageons que les objectifs de
performances auxquels sont soumis les managers, se substituent à des
vraies démarches de prévention et accusent le contrôle hiérarchique et
les divisions entre les bons et les mauvais travailleurs.
Dans le marché du travail, puisque le salariat est aussi et surtout un
marché comme un autre. Il est généralement admis parmi les mythes du
libéralisme, que l'on doit être son propre maître, acteur de ses propres
choix, usant de sa liberté au sein de la société capitaliste. L'intérim
incarne par excellence cette fausse liberté, ou le travailleur se croit
libre de toute contrainte, du patron, des petits chefs, recevant un
salaire soi-disant plus élevé; il peut choisir, paraît-il librement son
propre lieu d'esclavage quand il n'est pas satisfait. Cette «liberté
libérale» au sein de cette société n'est de facto qu'une chimère,
puisque, la vie que nous menons tous, nous oblige à aller gagner notre
survie; la précarité sociale oblige les travailleurs au chômage à opter
pour la voie du travail en intérim. Quand on est intérimaire dans une
boite, nous sommes totalement coincés pour mener une vie à peu près
décente, étant constamment sur le fil du rasoir vis-à-vis des banques,
du loyer à payer, de la bouffe... Quand on est intérimaire, nous sommes
condamnés à être isolés face au patron, et nous sommes obligés de nous
taire et subir des abus de tout genre si nous désirons nous faire
embaucher en tant que CDI. L'intérimaire est parfait pour les
employeurs, qu'ils peuvent utiliser quand ils en ont besoin et qu'ils
jettent sans plan social, ni indemnité de licenciement quand la mission
est «terminée». Le travailleur intérimaire auquel on vend la liberté
dans le boulot, est en réalité un travailleur corvéable et taillable à
merci.
L'intérim est une forme de l'esclavage moderne.
* source de l'article: La condition intérimaire (collectif) édition la
dispute 2024
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1499
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