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(fr) Alternative Libertaire #370 (UCL) - Face à l'extrême droite: Un antifascisme de masse et de classe

Date Fri, 3 Apr 2026 16:27:45 +0100


Après la mort d'un militant fasciste à Lyon le 14 février dernier, notre camp social a gardé la tête froide et a continué de revendiquer son antifascisme malgré les tentatives de récupération. Mais face à l'avancée toujours plus grande de l'extrême droite, il devient urgent de s'interroger sur la forme que doit prendre cet engagement. ---- Le flottement n'aura été que de courte durée après la mort de Quentin Deranque à Lyon. Il aura suffi de quelques jours pour confirmer son activisme parmi les franges les plus violentes et radicales de l'extrême droite. Les enquêtes viendront même dessiner le profil d'un individu ayant solidement conceptualisé ses idées fascistes [1], ultime démenti du récit porté par l'extrême droite d'un «bon catholique» qui aurait presque été là par hasard. Ce travail journalistique a rapidement coupé court aux récupérations de l'extrême droite. Il a aussi permis de voir que la mort du militant a fait suite à plus de deux heures à refuser de se rendre à l'hôpital, renforcé dans cette décision par ses «camarades», dans une dangereuse attitude viriliste.

En parallèle, il a été rassurant de constater qu'après quelques hésitations, l'ensemble du mouvement social et de la gauche révolutionnaire a fait front commun et a tenu de manière presque unanime un discours clair sur la nécessité d'un front antifasciste, évitant l'écueil du rejet de toute violence, dans lequel toute la gauche parlementaire est tombée. Non pas pour revendiquer la violence comme mode d'action, mais pour affirmer la nécessité de se défendre face à celle de l'extrême droite.

Faire front commun

Dans les semaines et les mois à venir, la question de la solidarité antifasciste va continuer à se poser, alors que les arrestations se sont enchaînées ces derniers jours. Quelles que soit les conclusions des enquêtes sur le déroulé des faits, et quelles que soient les analyses que nous en tirerons, il sera aminima nécessaire de dénoncer d'une seule voix le traitement médiatique et politique de ces inculpé·es. Traité·es comme des coupables par une grande partie des médias et des partis politiques, ils et elles n'auront par profité de la sacro-sainte présomption d'innocence pourtant si souvent brandie dans d'autres circonstances. L'identité de certain·es inculpé·es a même été révélée publiquement par le torchon fasciste Frontières, probablement renseigné par une police dont on connaît la couleur politique.

Tenir la rue?

Mais au-delà de cette affaire, après les appels unitaires à l'antifascisme vient alors une question: de quel antifascisme parle-t-on? Ou en d'autres termes: quelle stratégie pour barrer réellement et efficacement la route à l'extrême droite?

Cette résurgence des discours antifascistes a eu l'effet prévisible de réanimer ici et là des groupes de l'Action antifasciste (AFA). Pré-existant à la Jeune Garde -dont la dissolution semble plus que jamais actée- ces groupes partagent avec elle l'idée d'organisations spécifiquement antifascistes, accompagnée généralement de pratiques similaires: un travail de veille pour identifier les militantes et militants d'extrême droite locaux, et des pratiques sportives plus ou moins martiales, dans l'objectif affiché de «tenir la rue» et d'assurer des pratiques d'autodéfense populaire.

Une des tâches historiques les plus utiles de ces mouvements a souvent été la veille et la publication d'informations et de cartographies de l'extrême droite, comme le fait depuis longtemps le collectif La Horde. Ces dernières années, ce travail a été largement rejoint par la presse: Streetpress, Mediapart, Libération, et plus récemment Blast ou l'Humanité, consacrent tous une part importante de leurs moyens aux enquêtes sur l'extrême droite, avec l'avantage de pouvoir profiter d'une logistique et d'une protection personnelle et juridique bien supérieure à celle permise par un groupuscule politique. On peut se féliciter de ce sursaut et de ce travail, qui ne remplace néanmoins pas totalement le travail de terrain des organisations militantes, qui lui sert souvent de source.

Au fil des années, ces groupes antifascistes ont pour la plupart fait le constat que les actions de veille et d'autodéfense n'étaient pas suffisantes, et ont cherché à être moteurs dans des cadres unitaires auprès d'autres organisations, ou à porter des propositions politiques alternatives, parfois révolutionnaires, parfois en cherchant à s'allier à la gauche réformiste, comme l'a fait la Jeune Garde en faisant élire Raphaël Arnault avec le soutien de LFI [2]. Mais si de nombreux groupes aux effectifs souvent conséquents ont éclos ces dix dernières années -l'AFA Paris-Banlieue en 2012, la Jeune Garde en 2018 à Lyon, puis dans plusieurs autres villes ...- on ne peut que faire le constat que leur seule action ne pourra pas suffire à endiguer la montée de l'extrême droite.

Chez les communistes libertaires, il est d'usage de dire qu'on milite pour un antifascisme de masse. L'interprétation de cette ligne inclus souvent un certain regard critique sur les organisations antifascistes spécifiques, leurs pratiques volontiers musclées se prêtant mal à la massification. Elles portent aussi le risque de se voir déléguer un travail antifasciste qui devrait concerner tout le mouvement social. Il nous semble aussi que pour combattre le fascisme sur le long terme, il est indispensable d'y opposer un projet de société conséquent, nécessairement révolutionnaire, anticapitaliste et émancipateur.

Ne pas déléguer l'antifascisme

Mais surtout, il faut porter partout ce projet antifasciste! Si l'on ne veut pas que siammo tutti antifascisti ne reste qu'un slogan, nous devons lui donner corps partout où nous vivons, où nous travaillons, où nous militons. Si l'on refuse que l'antifascisme soit le sujet de quelques organisations spécifiques, c'est pour mieux le porter à tous les endroits de nos vies. Car, en retour, le fascisme aussi tente de s'immiscer partout, prêt à toutes les récupérations. On le voit dans les tentatives d'entrisme syndical, comme en juillet dernier à Mertzwiller près de Strasbourg, où un député RN a pu prendre la parole lors d'un rassemblement contre la fermeture d'une usine, ou dans les tentatives de récupération des luttes féministes par des collectifs d'extrême droite comme Némésis.

Au sein des syndicats, l'association Visa [3] a connu ces derniers mois plusieurs développements documentés par Alternative libertaire [4], et constitue un véritable exemple d'antifascisme de terrain intégré à un front de lutte, en l'occurrence le syndicalisme. Au sein des luttes féministes et LGBTI, le travail de veille fait souvent partie intégrante de l'action des militantes et militants, alors que le fémonationalisme et l'homonationalisme [5] sont largement investis par l'extrême droite. Alors que nous entrons dans une année de campagne présidentielle qui va hélas servir de mégaphone à la propagande d'extrême droite, nous allons devoir serrer les rangs et incarner partout un antifascisme populaire et combatif. Pour opposer aux idées mortifères de l'extrême droite un front uni pour l'émancipation et la solidarité, soyons toutes et tous antifascistes!

N. Bartosek (UCL Alsace)

Notes:
[1] Alexandre Berteau et Marie Turcan, « Quentin Deranque, catholique traditionaliste à la ville et néonazi en ligne », Mediapart, 12mars 2026.
[2] À ce sujet, l'article « L'antifascisme, l'État, la rupture révolutionnaire et nous » détaille, dans ce numéro, un point de vue révolutionnaire communiste libertaire.
[3] Vigilance et initiatives syndicales antifascistes.
[4] « Les collectifs syndicaux antifascistes s'enracinent », Alternative libertaire n°362, été 2025.
[5] Le fémonationalisme et l'homonationalisme sont des concepts désignant l'instrumentalisation des luttes féministes et LGBTI par l'extrême droite, les conservateurs ou l'État.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Face-a-l-extreme-droite-Un-antifascisme-de-masse-et-de-classe
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