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(fr) Courant Alternative #358 (OCL) - CAMEROUN Un régime qui tient malgré tout
Date
Tue, 24 Mar 2026 17:37:50 +0000
Au sortir de la crise postélectorale liée à des irrégularités
habituelles dans le scrutin (1), le régime de Paul Biya veut revenir aux
affaires courantes et met tout en oeuvre pour que la situation se
normalise. Mais, de l'aveu même de ses proches, le 8e septennat ne sera
pas un long fleuve tranquille pour le plus vieux dirigeant du monde
(Premier ministre de 1975 à 1982 et président de la République depuis,
il a 92 ans). Non seulement l'opposition s'organise afin de tirer les
leçons de la répression, mais les gouvernants camerounais ont toujours
plusieurs épines dans le pied. ---- Le régime poursuit sa politique de
punition collective contre les manifestants et les émeutiers d'octobre
dernier. Selon différentes organisations d'opposition ou de défense des
droits humains, des centaines de personnes sont encore emprisonnées.
Parmi elles, 148 sont détenues et poursuivies par le tribunal militaire
de Yaoundé pour «propagation de fausses nouvelles, attroupement,
rébellion en groupe et défaut de carte d'identité». Un collectif
d'avocats (Défense citoyenne) défend ces prisonniers et dénonce
l'incompétence juridique de ce «tribunal», et donc toutes les procédures
en cours à leur encontre. Leur procès a été renvoyé au mois de mars. Par
ailleurs, selon les dires de ce collectif, seul le tribunal de Yaoundé
«travaille» à l'heure actuelle dans le pays: il n'y aurait aucune autre
procédure engagée contre les prévenus des autres villes - signe que le
pouvoir temporise.
Sur le plan social
Des révoltes éclatent périodiquement au Cameroun, à la veille ou au
lendemain des scrutins présidentiels, du fait que Biya se maintient par
la force, la corruption et le trucage systématique des élections, mais
aussi et surtout pour des raisons sociales. On l'a vu par exemple en
2008, où des émeutes (violemment réprimées) ont eu lieu contre la
«révision constitutionnelle» voulue par le Président pour conserver le
pouvoir et contre la hausse du cout de la vie liée à celle du pétrole.
Deux mouvements récents sont à signaler:
D'une part, la grève générale des enseignants dans les universités
d'Etat, qui s'est déroulée entre le 7 et le 14 janvier 2026 pour
dénoncer des retards ou des arriérés de salaire, le non-versement
(depuis des années) des allocations pour la recherche, et plus largement
les conditions de travail et de vie.
D'autre part, la lutte menée par le Syndicat des travailleurs
saisonniers de la filière canne à sucre. Ce Strascas défend les intérêts
des ouvriers saisonniers employés par la Sosucam (Société sucrière du
Cameroun), une filiale détenue majoritairement par l'entreprise
française Castel qui est implantée depuis les années 60 dans le centre
du pays. Une grève a démarré fin janvier 2025 contre les conditions de
travail et pour une augmentation des salaires - les coupeurs de canne
touchent actuellement 85 euros par mois. Le mouvement qui était plutôt
bon enfant a fait tache d'huile: il s'est étendu à d'autres unités de
production sucrière de l'entreprise et à d'autres champs, avec près de 4
000 grévistes. Mais la direction a alors décidé de recruter (certains
disent de force) afin de briser le mouvement, selon les témoignages de
grévistes et de la population. Le mouvement s'est durci et a tourné à
l'émeute et aux affrontements avec les forces de l'ordre. Les ouvriers
saisonniers ont brulé 980 hectares de champs (un manque à gagner de 7
millions d'euros pour la société). La police a tiré à balles réelles sur
les manifestants et grévistes, faisant un mort. Un policier aussi est
décédé, des suites de ses blessures. Après deux semaines de cessation
d'activité, l'entreprise a daigné augmenter les salaires de... 1,5 euro.
Mais, face à la molle reprise du travail, elle a été contrainte de
lancer une campagne de recrutement pour 600 postes d'ouvriers agricoles.
Aujourd'hui encore, la tension est palpable au sein de cette entreprise.
Mourir en Ukraine
L'armée russe recrute également en Afrique afin de faire face à sa
pénurie d'hommes pour sa guerre en Ukraine. Depuis quelques années, le
Kremlin a retissé des liens et conclu des accords économiques et
militaires avec des Etats africains.
Selon l'enquête «Le business du désespoir» de l'organisme All Eyes On
Wagner, des centaines de Camerounais ont fini par migrer en Russie. Sur
les 20 000 combattants étrangers qui renforcent son armée, plus de 1 400
sont semble-t-il africains (d'autres sources évoquent 5 000). Les
Camerounais constitueraient les effectifs les plus gros (après les
Egyptiens), avec 335 combattants; et ce serait aussi eux les plus
touchés, avec près d'une centaine de morts au combat.
S'il y a bien, parmi ces soldats, des militaires de formation qui sont
volontaires pour arrondir leur solde, on y trouve également des civils
pris au piège. Des agences russes de travail leur font miroiter une
migration de travail pour une meilleure situation; mais, une fois
arrivés sur place, le piège se referme: ils sont contraints de s'enrôler
dans l'armée, ou, quand ce sont des femmes, d'aller travailler dans les
usines de fabrication de drones de combat.
Membres du Syndicat des travailleurs saisonniers de la filière canne à sucre
La situation dans l'extrême Nord
Depuis 2013, le conflit entre l'Etat fédéral du Nigeria et le groupe
djihadiste Boko Haram s'est exporté dans la région la plus au nord du
Cameroun. Cette région étant limitrophe du Borno - l'Etat où est
précisément né Boko Haram -, il n'y a rien d'étonnant à ce que ce groupe
y soit présent.
Plusieurs facteurs ont facilité son implantation:
D'abord l'action des forces militaires nigérianes qui, en repoussant de
sa base l'organisation Boko Haram, l'a tout naturellement conduite à se
replier dans cette région du Cameroun.
Ensuite, le fait que le pouvoir central de Yaoundé s'intéresse peu à ce
territoire très rural et aride, qui est le plus pauvre du pays avec la
région du Nord-Ouest (nous reviendrons sur celle-ci) et qui a toujours
été un espace d'échanges et de trafics en tous genres (bétails, armes,
etc.), avec aussi des tensions communautaires liées aux questions de
l'accès au foncier et de l'élevage.
Enfin, depuis quelques années, des groupes et franges de la population
s'y sont organisés contre la pauvreté et la précarité en entrant dans le
banditisme; et, de l'aveu même des autorités, il est difficile de savoir
si certaines actions sont imputables à cette forme de banditisme social
ou à Boko Haram.
En tout cas, le nombre des actes de terreur perpétrés par ce groupe
(enlèvements, assassinats, attaques ciblées) s'est considérablement
réduit depuis l'alliance entre les forces militaires du Nigeria, du
Cameroun, du Tchad et du Niger. Mais, comme le soulignent les opposants
au régime, les raisons sociales du conflit dans cette région subsistent,
et l'Etat n'agit pas tant contre Boko Haram que contre des populations
«oubliées».
La guerre dans le NOSO (Nord-Ouest et Sud-Ouest)
En 2016 a éclaté au Cameroun un conflit nouveau, mais qui n'est pas sans
rappeler la guerre d'indépendance perdue (1955-1971), et qui a pour
origine le découpage du pays auquel il a été procédé après la Première
Guerre mondiale.
En 1919, les puissances française et britannique se sont en effet
partagé les possessions de l'Allemagne vaincue. Trois ans plus tard,
elles ont été mandatées par la Société des nations (l'ancêtre de l'ONU)
pour administrer le Kamerun. La France a pris possession des quatre
cinquièmes de son territoire; Royaume-Uni n'a eu que «le reste» - mais
en fait le British Cameroons (ou «Cameroun britannique») comprenait
également trois Etats qui appartiennent maintenant au Nigeria).
Chaque puissance a ensuite imposé son modèle colonial dans sa sphère
d'influence. Le Royaume-Uni a ainsi mis en place l'indirect rule,
autrement dit il s'est appuyé sur les élites locales pour assurer la
gestion des régions anglophones. Mais, de par la taille du «Cameroun
français», les francophones représentent 80 % de la population totale du
pays. Qui plus est, depuis la réunification du Cameroun en 1961, et plus
encore depuis la fin du fédéralisme en 1972, le pouvoir politique et
administratif réside à Yaoundé, et est donc de fait majoritairement
francophone.
La partie anglophone du Cameroun a fini par se soulever, en 2016,
révoltée par le mépris et la relégation sociale qu'elle subit. Un
mouvement de grève lancé par des avocats et des enseignants a rapidement
été rejoint par des jeunes chômeurs qui dénonçaient leur
marginalisation. Les revendications catégorielles d'une frange de la
petite-bourgeoisie se sont transformées en revendications plus
structurelles (par exemple le retour au fédéralisme ou la fin des
discriminations contre les anglophones et leurs langues). Il y a eu des
manifestations et des émeutes à Bamenda et Buéa, les villes principales.
Le pouvoir a, comme il sait si bien le faire, recouru à la force. Il est
resté inflexible et insensible aux revendications. Ironie de l'Histoire:
le Premier ministre qui a mené alors la répression n'était autre qu'Issa
Tchiroma, le candidat opposant à Paul Biya lors des dernières élections.
Tchiroma a fait arrêter et condamner pour terrorisme des leaders du
mouvement; il a fait couper internet pendant trois mois - cette coupure
pour raison politique est une des plus longues dans le monde.
En réaction, une frange de militants anglophones est passée à la lutte
armée, et, en 2017, elle a déclaré l'indépendance de la zone anglophone
sous le nom d'Ambazonie. Mais l'armée camerounaise s'est installée
durablement dans la région et elle a multiplié les opérations contre les
séparatistes ou supposés tels. Des attaques ont eu lieu contre ces
forces militaires, contre des hommes politiques loyalistes ou encore,
lors d'un événement sportif (la Course de l'espoir), contre les
populations civiles.
Le pouvoir central a engagé, en 2019, un «grand dialogue national» afin
de résoudre la «crise», mais rien n'a été résolu. Même si on parle très
peu de ce conflit, comparé à la lutte contre Boko Haram, il est
important puisqu'il a déjà entraîné le déplacement de populations par
dizaines de milliers (au Cameroun et au Nigeria), et il a fait près de 7
000 morts et plus d'un millier de prisonniers.
Alfano
1. Voir Courant alternatif n° 355 (décembre 2025).
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4661
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