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(fr) Liberté ouvrière - Le fascisme et la guerre
Date
Mon, 23 Mar 2026 18:57:00 +0000
Alors que depuis bientôt deux ans et demi, la guerre fait fureur à Gaza
et que nous entendons des mensonges à longueur de journée: un cessez-le
feu déclaré mais inexistant, etc. Israël et les Etats-Unis ont attaqué
l'Iran; Israël envahit et bombarde le Liban, causant les mêmes
destructions qu'à Gaza, à Beyrouth et au Sud-Liban. Ces nouvelles
guerres font presque oublier tant d'autres conflits meurtriers,
l'Ukraine par exemple, alors que Trump lève des sanctions économiques
imposées à la Russie pour répondre à la pénurie de pétrole et de gaz...,
montrant une fois de plus ce qu'il en coute de croire aux promesses du
gouvernement américain. Les Kurdes de Syrie en ont fait l'amère
expérience. Quand les auxiliaires ne servent plus, on les laisse se
faire massacrer ou l'on demande à d'autres - l'Union européenne dans le
cas de l'Ukraine - de payer la facture: business is business.
C'est comme cette prétention qu'ont les Etats-Unis d'instrumentaliser
les mouvements sociaux pour renverser l'adversaire. Prenons l'Iran qui
est emblématique. On sait qu'il existe un profond mécontentement du à la
nature théocratique et autoritaire du régime, ainsi qu'à une situation
économique désastreuse (inflation record...). Cette situation qui
s'aggrave rapidement est provoquée par les sanctions internationales.
Donc, on appauvrit un pays, ce qui favorise des révoltes dont on attend
qu'elles servent nos plans. Les manifestant.es sont massivement et
cruellement massacré.es... Ensuite, on bombarde pour achever le régime
qui semble prêt à tomber comme un fruit mur. Mais il ne tombe pas. Il a
été sous-estimé.
Ce n'est pas le Vénézuéla. En plus, en Iran, le personnel de rechange
n'est pas disponible: les hauts dignitaires qui auraient pu servir
d'interlocuteurs ont été assassinés en même temps que le guide suprême.
Et cela alors que des négociations auraient pu aboutir entre les
Etats-Unis et l'Iran, ce dont on n'a guère parlé dans les médias. Au
moment où nous écrivons ces lignes, la terreur des bombardements
provoque en Iran une vague nationaliste qui permet au régime de serrer
les rangs. Pourtant, Trump et son gouvernement semblent vouloir
appliquer le même genre de traitement à Cuba...
La politique erratique, à première vue, de Trump et de Netanyahou
déconcerte, où veulent-ils aller? Quel sont leurs objectifs, sinon
assassiner et détruire? S'agit-il seulement de faire diversion pour que
l'on oublie l'affaire Epstein? et les casseroles de Netanyahou?
L'argument - éculé - d'apporter la démocratie et de lutter contre le
terrorisme, martelé par les médias officiels, convainc-t-il encore
quelqu'un? Face à leurs déconvenues, les alliés américains et israéliens
finiront-ils par faire usage de l'arme atomique? On peut le craindre.
La montée du fascisme et la dynamique génocidaire sont liées. L'analyste
palestinien Muhammad Shehada lance un avertissement: «Quand une classe
politico-médiatique se délecte du meurtre de nos enfants, pensez-vous
qu'elle se souciera des vôtres?» Aujourd'hui aux Etats-Unis, il y a des
voix qui n'hésitent pas à traiter la gauche et les progressistes
d'«inhumains» et dont les intentions génocidaires ne sont pas voilées,
en faisant explicitement l'apologie des «tueries» de Franco et de
Pinochet.[1]
La guerre (celle de 14-18) a engendré une brutalité qui a favorisé le
fascisme et le nazisme. Owen Jones, le chroniqueur du Guardian qui cite
Shehada, se remémore Aimé Césaire pour qui le colonialisme a décivilisé
le colonisateur. La déshumanisation et les horreurs commises dans les
colonies sont revenues en Europe, dans les années 1930. Cela est
illustré par les troupes «africanistes» sur lesquelles s'appuya le
général Franco en Espagne, lors de la révolution des Asturies en 1934 et
suite au coup d'Etat militaire de 1936, pour semer la terreur en
exterminant ceux et celles qui, à ses yeux, représentaient une menace
pour le national-catholicisme: la classe ouvrière organisée, les
paysan.nes qui luttaient pour la terre, les anarchistes, les militant.es
de gauche, les enseignant.es laïques...
Aujourd'hui, les guerres menées par Israël et les Etats-Unis sont autant
de terrains d'expérimentation pour les nouvelles armes et les systèmes
de surveillance. Derrière l'usage militaire de l'IA, il y a notamment la
société Palentir Technologies crée entre autres par Peter Thiel
(fondateur de PayPal, membre du conseil d'administration de Facebook...)
qui a fourni à l'armée israélienne des outils appelés Gospel et
Lavender. Ceux-ci permettent de générer des cibles et de recommander des
objectifs militaires bien plus rapidement et sur une plus large échelle
que ce pourrait faire un humain. Comme le précise Olivier Tesquet[2],
ces systèmes développés par Tsahal «contribuent à une logique de ciblage
de masse, dans laquelle le seuil de tolérance aux dommages collatéraux a
été algorithmiquement rehaussé».
Les outils mis en oeuvre par Palentir sont aussi utilisés par les
appareils répressifs de nombreux Etats (Grande-Bretagne, France...). La
police de l'immigration américaine ICE y recourt systématiquement. L'ICE
n'a pas été crée par Trump, mais par George W. Bush après le 11
septembre 2001 et le contrat avec Palentir a été signé sous Obama, il
s'appelle «Falcon». Il agrège des données provenant de toutes sortes de
bases de données: dossier policiers, dossiers judiciaires, données
biométriques, information sur les véhicules, réseaux sociaux, relevés
téléphoniques... En quelques minutes le portrait d'une personne peut
être réalisé et celle-ci localisée pour permettre son arrestation. Quand
des municipalités démocrates refusent de coopérer avec l'ICE, Falcon
parvient à reconstituer les informations manquantes à partir d'autres
sources. Nous avons donc affaire à des logiciels très puissants. Comme
le résume Olivier Tesquet: «La logique est celle de la chaîne logistique
appliquée à l'humain: identifier, localiser, collecter, livrer.». Au
plan militaire «cela signifie que le renseignement humain, les données
satellitaires, les flux de communication interceptés et les bases de
données logistiques peuvent soudain être interrogés ensemble, en temps
réel, dans une interface unique.»
Palentir ne produit pas pour les particuliers: ses plateformes
s'adressent aux gouvernements et aux multinationales. Pourtant la
société s'efforce de vendre son image. Elle a son fan-club qui commente
ses succès sur le web; elle vend des produits associés: casquettes et
autres t-shirts; se lance dans la production cinématographique pour
promouvoir son imaginaire... Dans le même ordre d'idées, dans une
tribune du Monde du 16 mars 2026, Louis Lapeyrie montre comment la
Maison Blanche instrumentalise les codes visuels de Call of Duty, l'une
des sagas de jeux vidéo les plus vendus de l'histoire, pour sa
communication militaire. Des images réelles de frappes sont entremêlées
d'images virtuelles qui reprennent les codes visuels de ce jeu de tir à
la première personne. Le spectateur est immergé dans l'action et y
retrouve les représentations d'un espace culturel qu'il connaît bien.
Pour cette guerre sans finalité évidente, l'esthétique se substituerait
à la stratégie...
A côté de ses couts humains incalculables, la guerre au Moyen Orient a
une dimension économique et commerciale. La question est: à qui profite
le crime? Si on regarde les Etats-Unis, les MAGA qui sont les principaux
soutiens électoraux du parti républicain sont majoritairement contre la
guerre, mais Trump est aussi redevable du lobby de l'armement. Sa
stratégie consiste sans doute à convaincre les premiers et à satisfaire
les seconds, ce qui pourrait expliquer ses revirements. La flambée du
prix du pétrole et du gaz et la raréfaction des engrais, liées au
blocage du détroit d'Ormuz, entrainement de l'inflation et causeront
probablement une récession économique mondiale, mais ce n'est pas perdu
pour tout le monde: appauvrissement et famines d'un côté, enrichissement
des profiteurs de guerre de l'autre.
Comment réagir face à la situation présente? Le poids des intellectuels
qui travaillent à la recomposition idéologique des droites a été
sous-estimé. A gauche, on a longtemps cru à une évolution «progressiste»
imparable des démocraties, alors qu'une radicalisation d'une large
partie de la droite était à l'oeuvre, avec à son service les médias
mainstream ou prétendument «critiques». Que ce soit aux Etats-Unis avec
Trump; en Hongrie avec Orban, en Argentine avec Milei ou maintenant au
Chili avec Kast, un disciple de Pinochet, et dans d'autres pays encore,
une vague autoritaire prend les rênes du pouvoir et abroge des droits
acquis par les femmes, les salarié.es, les retraité.es, les LGBTIQ+, les
migrant.es...
Partout où c'est possible, il s'agit déjà de lutter contre les valeurs
et les croyances sur lesquelles s'appuient les fascistes et autres
néo-réactionnaires: la famille patriarcale, la morale religieuse,
l'exaltation du chef; le virilisme; l'exploitation capitaliste; le
nationalisme et le racisme. Nous avons mieux à offrir: l'amour libre;
l'auto-organisation et le mandat impératif; le communisme libertaire;
l'appui mutuel; l'internationalisme.
[1] Jack Posobiec et Joshua Lisec, Unhumans: The Secret History of
Communist Revolutions (and How to Crush Them), 2024, préface de Steve
Bannon, cité par Raphaël Demias-Morisset, L'illibéralisme: l'idéologie
de la nouvelle révolution conservatrice? Le Bord de l'eau,
Carignan-de-Bordeaux, 2025
[2] Auteur avec Nastasia Hadjadji de Apocalypse Nerds. Comment les
technofascistes ont pris le pouvoir, Quimperlé, Editions Divergences, 2026.
https://liberteouvriere.com/2026/03/23/le-fascisme-et-la-guerre-%e2%94%82-laffranchi-suisse-2026/
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